‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 33 sur 43 · DE L AIFKCTION CMTEE LES PÈRES ET LES ENI-ANS · texte numérisé non relu

DE L AIFKCTION CMTEE LES PÈRES ET LES ENI-ANS

Malgré la rigueur, et quelquefois Tauslérite des seuls liens que légitime le sjstème accueilli en Occident, on a senti qu*il est impossible de ne pas tolérer des conventions , des rapports, dont le plaisir soit presque le seul objet. Néanmoins il ne sera jamais diantre union parfaite que celle dont nous nous pro-

mettrons les suites naturelles , conformément ànotre longue prévoyance et à Tétendue de nos idées. Tout amour qui n'admet pas la naissance des enfans a besoin d^excuse.

Les enfans contribuerontd'ailleurs à prolonger rintimité , en faisant penser que le temps la consacre. Ils la rajeuniront par un nouveau mouvement autour du foyer conjugal. Us pourront être regardés comme un des meilleurs fruits du mariage , si Téducation n'est pas impuissante à cet égard , et si d'autres chances sont favorables ; mais cette satisfaction paternelle est un prix offert dans Téloignement, et non pas une conséquence à peu près sure des unions régulières. Celui qui avant la naissance de ses enfans examinera s'il doit beaucoup attendre d'eux , ne conservera cette espérance qu'en demandtint Taide de la fortune.

Il résulte de diverses coutumes , et surtout de la perpétuité du mariage , que , dans les classes élevées et moyciiues, peu d'hommes s'y décident durant les douze ou les quinze

premières années de k jenneste ; maïs cela suflirait pour que la plupart des enfans ne fussent pas asseï les amis de leurs pères. Une grande difFërence d'âge nuit à rattachement, à moins qu'elle ne soi I extrême , et qu'à défiiut d'une autre harmonie , on ne jouisse de celle des contrastes, ce qui n'est guère dans les mœurs modernes.

Les années fiiTorables commencent à passer ]K>ur vous , et ce que vous ne prétendes pins recevoir de TOtre propre destinée , vous tous le promettez de vos enfans : il Taudrait mieux donner gratuitement vos soins. C^est entre ' vous , maris et femmes , qn*îl faut établir surtout l'intimité , si vous aies du petit nombre de ces esprits justes qui peuvent la rendre durable. Soutenez-vous constamment , et cherchez-vous Tun l'autre , vous qui serez réellement ensemble. Quant k vos enfens , ils s'éloigneront pour mieux s^appnyer sur des amitiés d'un jour, et lorsqn'enfin ils s'aviseront de vous comprendre , vous ne serez plus. Si nous admettons des circonstances com-

muues , des familles que rien ne distingue , et utie certaine opposition d'âge, nous ayouerons qu'ordinairement Tamour paternel est un besoin , et que Tamour filial n*est guère qu^un devoir. Ce n'est pas qu il Êiille en cela se plaindre aussitôt des yices de Thomme, ou des erreurs de la nature : les inconvëniens changent ayec les institutions , et la nature n'a pu vouloir que conditionîiellement les effets de l'état présent des choses.

Une sorte d'instinct que partagent peutêtre toutes les espèces vivantes , a pour objet de séparer un animal entrant dans sa force de ceux qui Tont fait naître , afin que la race entière ne s'arrête pas dans les mêmes lieux. Cet empressement pour se jeter dans les hasards, cette disposition à compter sur une autre destinée , ou même à se croire d'une nature supérieure , égare un grand nombre de jeunes gens; mais enfin c'est un penchant naturel chez eux , et il explique souvent leurs imprudences. Les pères éprouveraient difficilement ce besoin de séparation; la société a

déjà fortifié en eux les idées et les sentimeiis qui conviennent à la famille permanente.

Les fiicultés physiqueset morales se dévelop^ pent dans Tenfant, et il est naturel de s'intéresser à ce qui s^embellit ; elles diminuent dans le père y et il n'est pas aussi ordinaire de sWréter a ce qui décline. A la naissance de Tos fils , TOUS êtes encore dans toute la tîgueur de Tâge , vous prenez sans peine à leur égard des habitudes courageuses , parce que vous avez des espérances. Mais lorsque vos pères ont besoin de vous , déjà vous connaissez les difficultés j et il faut qu*à la place de quelque illusion, 1 amour du devoir vous soutienne : cela n'est donné que faiblement au plus grand nombre des hommes

Ceux pour qui s*ouvre la carrière imagineront rarement de s'associer de toutes les forces de leur ame avec celui qui a déjà éprouvé de la fiitigue. Mais quand vous sentez approcher le terme de vos jours , vous appelez à vous ceux dont la vie continuera ; vous vous figurez qu^ils vous imiteront.

Les eufaus peuvent voir daus leui* pèi^ uue puissance qui diminue leur liberté. Quant à lui, il les considère quelquefois comme des agens qui semblent augmenter son pouvoir. 11 croit aussi discerner ce qu il doit y avoir à &Àre eiK leur £Eiv€ur ; c'est bu but à oonciKer avec d'autres projets, et un prétexte pour les tentatives ambitieuses. Un fils ignorera long-temps les moyens de travailler pour ses parens : il se propose sans doute de les se* courir un jour si les circonstances le veulent, mais ces époques incertaines occupent peu la pensée.

Le rang que prendront les enfans dans le monde est presque inconnu , ainsi que le bonheur dont ils jouiront, et 1 imagination s'en nourrit. Mais ce que les parens auront à faire, déjà ils le font : il n'y a pas là cette incerlitude qui agite ou qui passionne.

Un temps viendra peut-être où le succès de ceux qui aujourd'hui sortent de Tenfance répandra de riionneur sur la famille. Leur père observe curieusement une conduite dont

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il lui œt permis d^aitendre «t avantage , et qu'en outre il se flalle de diriger. Mais 00 que peutt ou ce que désire un père, sott pour Topulence , soit pour TiHustration de ses enfans, ne leur donne guère d'inquiétude ; il Ta entrepris arant qn ils fussent d'Age à y songer.

<>n s'attache par le sonTenir des sacrifices anciens^ ou même par Teffort que demandent les sacrifices actuels 9 mais non par Tidée de ceox que Tavenir exigera peut*étre. Les enfanscoûtent des soins^ et ils en ont coûté beaucxiup; mais les sollicitudes qu'un père doit occasioner restent en perspectiTc% de sorte que Tafiection des fils pourra se renfermer, même à leur insu, dans les bornes de la prudence.

Tout parait volontaire de la part de ceux à qui Tautorité appartient; ils ont le plaisir de se montrer généreux , bien qu ils aiment naturellement. Cet amour étant au contraire une obligation de la part des subordonnés , ils n'aiment bien que quand ils réiléchissent sur leui^ devoirs. Heureusement on aime aussi [)ar une suite des premièi*es habitudes.

Nous yo3rons de plus qu'un père devant rarement hériter de ses fils, peut avoir beaucoup à perdre s'ils viennent à mourir , tandis que la plupart des enfans ne possèdent presque rien jusqu'au décès de leurs pères. Les successions multiplient, pour les hommes faibles, les difficultés morales. Enfin Tordre universel exigeait sans doute que les pères aimassent leurs fils , mais il n'importait pas à la conservation de l'espèce que les fils aimassent leurs pères aussi généralement : cette distinction seule serait décisive (i8).

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