DE CERTAINES L(X:UTI()]N.S
Les expressions équiyoc|ues, dont Tiisage est devenu si commun, ne peuvent être regardées que comme une suite de la contrainte gé * nërale de nos moeurs , et de la dissimulaticm que des bienséances quelquefois inutiles conseillent à la plu|)art des hommes. On fait des allusions multipliées, parce qu^on u'ose parler
du plaisir dans les termes propres; mais ces mots couverts rendent tout suspect ^ et ils embarrassent les personnes qui n'en partagent pas Tamusement fastidieux.
Affecter ainsi de ne rien dire positivement , c'est tomber dans un inconvénient plus réel , celui d'exprimer en beaucoup d'autres circonstances ce qu on n'avait pas Tintention de dire. Cette interprétation arbitraire une fois admise, on évitera d'autant plus difficilement d'y donner lieu que les mots suspects à cet égard sont innombrables, puisqu'on peut trouver entre tous les objets de vagues rapports.
Avec des étrangers, ou avec de simples connaissances, il serait mieux de ne pas parler de ces choses sur lesquelles la manière de sentir et les opinions diffèrent trop. Entre des hommes, une semblable plaisanterie n'a pas même de motifs. Elle est souvent aussi déplacée , dans leur bouche , devant des femmes , qui ne savent comment repousser cette sorte d'insulte. L'usage ne tolère pas précisément ces abus dans la société choisie qui se flatte de
S19 représenter la société humaiDe tout entièire ; mais il s'agit ici des divers rangs , et des moindres bourgades.
Une chose semble bizarre, c'est que dans les livres erotiques, on évite les expressions directes qui du moins y seraient à leiu* place. Cest peut-être parce que la plupart des lecteurs appartiennent aux classes moyennes, plus timorées ou libres avec moins de franchise. C*est pour cela sans doute que par une décence illusoire, on substitue aux termes naturels, ou de maladroites réticences, ou des ciitx)nlocutions de mauvais goût.
Les livres obscènes ne sont |)as ceux qui nuisent le plus. Ce qui {)erd les mœurs, cVst la légèreté avec laquelle on présente comme excusables, comme ingénieuses même, les infractions les plus positives aux devoirs les plu*s saints, comme des velléités indépendantes, plusieurs procédés licencieux ou pertides , et comme un amusement sans conséquence , ce qui est contraire aux principes que pourtant ou n^oserait désavouer. Le véritable corrup-
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leur serait rhomme qui, s'attachant à faire admettre deux morales, celle du plaisir et celle de la sagesse , permettrait de suivre en secret des insiuuations opposées aux préceptes que la raison confirmera toujours. Quelques lignes échappées à Voltaire, quelques scènes de Molière et de Regnard sont plus immorales que la lubricité de TArétin, ou les excès tristement décrits dans Justine. L'ode à Priapea fait peu de mal; les contes de La Fontaine et de Boccace en ont du faire beaucoup. Le vice, disait Rousseau , ne s'insinue guère en choquant riionéteté, mais en prenant son image, et les mots trop libres sont plus contraires à la politesse qu'aux bonnes moeurs.