‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 37 sur 43 · DERNIERES REFLEXIONS · texte numérisé non relu

DERNIERES REFLEXIONS

Si nous pouvions obscn^er àla fois toutes les suites des passions , de quelle imprudence, de quelle folie n^accuserions-nous pas ces extrémités 011 Ton se hasarde parce qu'on a eu la faiblesse de s'ennuyer en ne soutirant pas? On se félicite d'aimer éperdùment, et on se promet de rester ainsi attaché avec constance ;

plein de cette trompeuse idée , on sacrifie tout à des impressions d'un jour. On préfère une fantaisie qui ne produira que des dangers , à des liens dont les douceurs , plus durables y pourraient être exemptes d'amertume. Il y aura toujours dans les besoins exagérés du cœur et de l'imagination quelque cbose de funeste ; cette impatience trouble la pensée , fait négliger les principes , et s^oppose à Tordre dans les desseins , à la sécurité dans les sensations , à l'art du bonheur.

Assez d'obstacles devaient naître de la seule difiérence des conditions ; pourquoi en susciter de plus fâcheux encore? Au milieu de ces vues si contraires , comment former de Tégoïsme des particuliers un véritable intérêt public? Quelle discordance ! Que d'êtres froissés et blessés! Il est vrai que tout parait se soutenir, parce que le tout ne saurait être détruit. Il est vrai que nous distinguons de certaines règles, et qu'en apparence on maintient souvent l'ordre; mais de quels élémens secompose-t-il?

Combien la sagesse est difficile pour les familles dans la confusion où vivent les peuples ! Que de fois on est dupe, même sans Tignorer ! Que de fois aussi on contribue au malheur de ceux dont on voudrait la satisfaction ! Que d'injustices on souffre ; que dMnjustices on commet inévitablement ! Notre marche est douteuse ou embarrassée : la consolation du juste est seulement de &ire moins de mal que les hommes iniques y et de ne jamais partager avec eux la volonté d*en faire.

Le genre humain gagnerait beaucoup à ce que la vertu (ut moins laborieuse. Lie mérite ne serait pas aussi grand; mais quel bien procore cette élévation rarement soutenue? Ce que nous devons désirer y c'est que les hommes droits ne paraissent plus des personnages remarquables. Pourque le devoir fut toujours aimé, ne faudrait-il pas qu'on pût le pratiquer toujours? Malheur a toute administi*ation réduite à dire : N'écoutez |>as votre intérêt! Malheur à toute doctrine qui demande de rhéroïsme ! Malheur aux cités où il sera

sublime d'être juste! Misérable terre ! où les lois ne répriment que des écarts trop scandaleux, où il nest pas encore reconnu que la passion et l'entière abstinence s'éloignent également de Tordre général , ou enfin la patrie ne se fait entendre que pour imposer comme un joug, après les avoir altérées, d'importantes maximes de la morale de tous les âges !

Si la plupart des hommes étaient sans retenue, la société serait trop méprisable; si beaucoup d'entre eux étaient austères, leur vie semblerait inutile pour eux-mêmes. Des habitudes circonspectes, mais douces et même sensuelles, sont les seules où généralement les coeurs doivent trouver du repos. L'abus des ])laisirs nous accable, les reproches nous déchirent , le renoncement exigerait trop de force : il faut entretenir des affections phis conformes à l'idée qu'on peut se faire ordinairement de l'ordre essentiel. Rectitude et plaisir, ce sont les indications les moins obscures au milieu des lénèbres que l'avenir éclaircira peut-être. 11 est des signes accordés à lespérance : les par-

»5 fums (lu prinlempSj^les plus intimes émotions (le Tamour, la diguité de Ihomme sage, annoncent que nous ne sommes pas oubliés sur la terre. Jouissons des biens qui passent, mais sans diminuer en nous le besoin de vivre ; restons justes et capables de jouir encoi*e , aiin de croire qu^in jour la secrète volupté qui soutient Tunivers nous sera mieux connue.

Nous ne verrons |>as cbanger le monde.

Tenter une réforme subite , ce serait remplacer les misères par des désastres, et les vices par des fureurs. Si les j>euples peuvent être ramenés sur des traces lieureuses , ce sera 1 effet tardif de la persévérance des écrivains dans une morale moins aveugle. Ce])endant la probabilitéde quelques institutions meilleures riiez des générations que nous ne connaîtrons pas . ne peut nous paraître un dédommagement assez positif. Comment serait-il interdit ù c|uelc|ues-uns de nous de regretter la simplicité des lois premières. Kn renonçant à saisir ce que niMunioiiis leur pensre aura con-

stamment pour objet , en^ayouant que le beau absolu est inaccessible , ils pourront s'attacher à une image moins imparfaite des vrais biens, et quelquefois ils jugeront suffisant que le plaisir ne soit pas déshonnéte.

Elle serait trop inconsidérée sans doute la règle de conduite qui supposerait un peuple entièrement raisonnable. Les sentimens d^une vie libre sont devenus romanesques. Au milieu de nos usages , qui pourra discerner avec justesse , et faire recevoir des idées de bonheur général? Que de recherches pour un génie infirme , pour une vie précaire ! La loi du monde est peu étudiée. Elle subsiste, exprimée sans cesse par le cours des choses: mais avant de la bien comprendre , chaque homme se décourage ou disparait.

Entraînés par les illusions d'une race turbulente et chargée de besoins , nous n'avons qu'un moment pour apprécier tant de mobiles mal combinés. L'inconstance humaine se joint à l'inconstance du sort : nos années que nous croirions fécondes, sont livrées aux plia-

SCS (liycrses d'un vain désir. Que penser de nos siècles si brillans, et pour lesquels il n*est pas d^autre avantage? Echappé k la démence ignorante , aux erreurs sans frein de la bar« barie, mais liyré à la fatigue y on perd le fruit des lumières. Dans l'impossibilité de songer à de fortes institutions, dans la nécessité d'aroir une foule avilie, qu'entreprendrez«vous pour le bonheur public? Qu'obtiendrez-vous de ces vœux inquiets et de ces vertus inutiles? comment la paix, Tunion, la vraie joie se concilieront-elles avec ces goûts extrêmes , ces inimitiés, ces rivalités, avec toutes ces prétentions chagrines et opiniâtres ?

L*orage parcourt tous les lieux; à chaque instant il fait des victimes, ^(ous sommes nés sur d'innombrables ossemens, et le sol qui nous porte en est composé. Une fermentalion dévorante , un mouvement sinistre laboure ce chaos où chacun de nous surnage durant quelques minutes. Unissez - vous , hommes vrais; vous dont les penchans sont

• purs^ et les vues équitables, unissez- vous , aimez-vous. Le faste des esprits superbes est resté sans excuse ; on a vu que Taudace n avait pas de fondement , et que toute science

. rencontrait des abîmes. Chérissons la tranquille intimité : en se consolant ainsi, en allégeant ce qu*on ne réformerait pas, ou s'approche sans désespoir du moment oùrenthousiasme même finit, où la poussière vivante s^éteint. Là se perdent nos larmes comme notre gloire y comme nos travaux sans but , et nos opinions téméraires. Tandis qu'un mortel déjà célèbre s^agrandit avec éclat, des mortels malheureux s'agitent dans leur carrière silencieuse. Ce qui triomphe , ce qui succombe , sera également dissipé. L'industrie, la frugalité, la mollesse , l'imposture qu on méprise , comme celle qu'on adore, les fidèles des divers dogmes, et les agens des factions contraires , tout passe, touts'oublie. Le luxe des villes, la splendeur des peuples, Tespoir des héros, se consument. Environnés de ce trouble, soyons paisi-

blés; témoins de ce délire, desceudons avec prudence la pente universelle. Aimons la justice , afin que des jouissances irréprochables nous aident à soutenir nos années , confusément pressées entre le premier jour dont Taurore n a pas été vue, et le temps où il ne restera rien à Thomme de la terre.

NOTES

ni

NOTES

KOTE 1. (Pig< II).

Il mablerail agrcaUe , pour ainsi dire, de s'abuicr lur In |ienoaiK* àaot le principil aiëriie eit d'avoir ce (|u'od appdk Tatgairtaieiit un bon cBur. Hais loukt le* pceTCHtiou de- Tkaam miiiUet, iwJiiiii Ica pc^caliou Jadalgente», ri le fi^ipinit iDcoDTéoieDi de m voir détnnpe Inp lard l'esporir

sur cette sorte d'avantage d'être quelquefois séduit pour toujours.

Une belle ame est portée aux affections pures , et une bonne tête veut ce qu'exigent les principes impérissables. Mais on vante comme méritant la qualification de bon cœur un homme dont il faut excuser tous les écarts y sous prétexte qu'il n'est pas dur, insensible, implacable, un homme qui ne s' étant jamais connu de penchans atroces , prétend céder indistinctement à l'impulsion présente. Il n'est guidé ni par ses propres réflexions , ni même par des maximes de justice généralement reconnues ^ se livrant presque sans choix à des émotions successives , il entreprend avec confiance ce qu'il prend pour l'inspiration d'une bonté naturelle. Tout ce qu'il sait éviter, c'est d'offenser positivement , ou directement , et il croit bien faire lors même qu'il devient la cause d'un mal plus grand que le bien qu'il a en vue.

Ces bons cœurs contribuent généralement aux désordres de la socic'lé. On ])rcnd des précautions contre 1rs méchans ou contre les traîtres , et un hypocrite sera dcmas/^|ué ; mais à quel moyen recourir contre Thomme faible, complaisant et inconséquent? Chaque jour sa bonté importune , et on est compromis ou déconcerté par ses bévues ; mais il n*afflige personne avec malice , ou même avec une entière ineapacité. On ne saurait le punir, on ne saurait le réformer. Sun excellent coeur lui répète qu'il suit une bonne direction en n'écuulant jam.iis la raison , et qu'il sera complètement justifié s'il peut dire que ses intentions n'étaient pas mauvaises.

Si chez uDc femme un semblable caractère est moÎDS à craindre an dehors , parce qu'elle be lègle en général que les afiaires domestiques, il lui est funeste à elle-même, et il doit l'être aussi pour sa famille. Un homme (ait quelquefois oublier ses (autrs |)armi les autres effets de l'activité à laquelle il se livre ; mais les travers d'une femme , concentrés pour ainsi dire dans la maison, peuvent en déranger toute l'économie.

Souvent les hommes qui ont un bon cœur sont plus dangereux qu'un homme livré au vice. Dans le repos d'une conscience trompée ils ne se corrigeront pas , et leurs imprudences feront de nouvelles victimes. Ils se dévouent pour un confrère , et ils oublient leur fiimille ; ils chérissent un de levrs enfans , et ils laissent opprimer les autres ; ils cautionnent un ami de table, et ils ruinent leurs créanciers ; leurs laquais les volent , et ih négligent un parent malheureux qui ne les obsède pas ; ils souffrent qu'on foule les peuples , mais ils enrichissent des favoris; ils retirent de l'exil un factieux , mais ils laissent des provinces dans la détresse. Sous des institutions sages , on verrait peu de gens aussi inconsidérés : la nature des choses demande que ce soit la raison qui règne. I^e cœur proposera , mais la tête examinera : ordinairement elle gouvernera bien quand elle restera libre , quand le cceur n'aura pas trop d'ascendant.

NOTB SI. ( Pt{re 80 }.

« Ea Prusse , est-il dit daos le Tableau de Paris, toiitif les filles DOurrisseDt leurs enlans , et publiquement... Oo s'accoutume à ne voir plus en elles que des mères. Voilà ce qa» fait UB roi philosophe , voilà comme il a donuë des ide'es saines à sa nation. » Il aurait fallu examiner si cette tolérance était éclairée, si le roi de Prusse renonçait absolument à multipUrr les mariages, si enfin toutes les lois relatives au sort des femmes, à Tétat des enfans, et à l'hérédité, s'accordaient avec cette liberté de se marier , ou de ne se marier pas. Fredénc n'a eu peut-être d'autre guide que la sagesse souvent inconsidérée du temps où il philosophait en soupant.

Si on voulait que la loi du mariage conservât toute sa forte, les enfans illégitimes n'appartiendraient qu'à l'état. Néanmoins une mère pourrait quelquefois en garder un. Ce serait l'obJ4i d'une permission spéciale , accordée très-rarement. Cdtr femme resterait veuve , et elle ne transmettrait à son enfant aucune propriété. Cependant quelques années plus lanl. elle pourrait être réhabilitée par un acte exprès , à la demande de l'homme qui voudrait répoiiser. H se chargerait do Tenfjnt

par une &iinplc adoption ; mais il ne lerait jamais autorise à 5* m déclarer le père , et à le mettre au rang des e&lans légitimes.

NOTB S. (Ptt^f5)

Les hommes instruits ont presque toujours raison en un sens, lors même qu'ils prennent des résolutions fatales. Ce qu*on soutient de part et d'autre, dans des questions compliquées, rsi juste il quelques égards ; mais m a tort de %*y attacher exclusÎTemeot. Chacun s*arrétant à une des faces de la vérité, an lieu de la considérer d*en haut , regarde la perspective , et néglige le plan : cette manière étroite est la principale cause des disputes. L'avantage donné opiniâtrement à des points de vue particuliers a suffi pour remplir le monde , tantôt de sectaires c|ui , avec des opinions ou des sentimens semblables au fond , he détestaient ou se méprisaient tantôt de factieux qui guerrojaient en voulant , de bonne foi peut-^re , le triomphe de princl|>es peu difîérens. Mais substituez le plan à la perspective, aussitôt les hommes s'entendront, et s'approcheront du lionhcur. Cela ne pourrait, à la vérité, se réaliser entièrement, |Kirre que Irilc ne doit pas ^re la fin actuelle du mouvement

des hommes ; mais il leur est enjoint de s'efforcer de se senrir de toute leur raison , et il leur Cbi permis d'espe'rer en cela des succès durables.

L'abolition du divorce dans plusieurs pays, aggrave nécessairement la position de quelques infortune's de mœurs irréprochables. Il n'est pas également certain que ces rigueurs de la discipline contribuent à rendre plus douce une association qui , s'il était permis de la rompre , n'eo subsisterait pas moins ordinairement , et que perfectionnerait souvent alors une solli> citude plus attentive. S'il convient que la faculté de divorcer soit restreinte dans des bornes qui favorisent la durée de la plupart des mariagea^^il n'importe pas moins, et il importe surtout que ce lien ne devienne pas redoutable , que les célibataires ne soient pas nombreux y que le mariage enfin ne soit ))as avili , ou abhorré.

Kn renonçant à la polygamie , on a pu rendre meilleure l'union conjugale , et quelques époux, ceux dont les principes et riiumeiir ont assez d'analogie, obtiennent sans doute ainsi les véritables do'uceurs de la vie domestique. Mais Tindissolubilitc, celte sorte d'unité de temps , appartient aux notions exaj;orées d'une pureté apparente. Cette délicatesse du mariage indissoluble a quelque chose de trop subtil. Qui empêche de dire aussi qu'à d'aulns égards nous serions plus purs si nous n'avions pas les mêmes assujctisscraens que les divers animaux? Copcntlant il faiU savoir concilier avec des dehors honnêtes ces tristes besoins. Vaudrait-il mieux périr faute de les salisCiirc, et dans le dessein de montrer par là notre supériorité?

Milton soutient , dans son traite du DiToiTe,quc le mariafi^ o*a pas été institue |H>iir la seule procréation de Thomme, mais aussi pour sa consolation. Gomme il est rare, ajoute-il, qu'on puisse savoir avant l'union si les caractères ne sont pas inconriliables , il est injuste d'exi|^ qu'on reste encliaîné. Si le mariage , poursuit-il , prërient des désordres, c'est seulement lorsque rafTection est réciproque; il en est tout autrement lorsqu'on ne peut regarder ce lien que comme un joug. I«e nœud du mariage indissoluble, disait un célèbre Espagnol, est un nœud gordien que rompra seule la fiiux de la mort. I^orsque le divorce a ëtë permis en France , il y a plus de trente ans , des eccicsiasiiqnes, qui paraissaient éloignes de toute ambition et de tonte intrigue, ont rassuré, du haut de la chaire , les consciences timorées , en observant que dans h supposition même où l'Évangile exigerait réellement l'indissolubilité du mariage , une loi qui ne prescrirait pas le divorce , et qui , ne le conseillant jamais , le permettrait seulement, ne pourrait être regardée comme contraire à la doctrine sa<*rce.

Ou a beaucoup écrit sur le divorce (*); ce qui conviendrait

y' L< k oli%(rvalioii» qui forineni U «uiir dr C(*il(- lon;;u<' noir , onl rii* é> rito rii IH((j. Ou m a ini|irini«- j|<»ro i|ii un |uiih-, 1j |iioriuI- :;alinfi d« U loi qui 4l>oii^»ail Ir Hhnrtr » fut n-iinT 1**» «{«Toicr* frailIrlA.

La facul;*' (Ir divnrrn- , nirr m IKIti . a rir , m I>i3i , robjcn é'mnr

nmintenant , ce serait de ramener la question à sa simplicité naturelle. Un des premiers soins doit être d*ëcartcr le Tain expose des perfections du mariage indissoluble. I^es esprits justes ne pourraient en rien conclure contre le divorce. I^e lien perpétuel n*ofrre ces avantages qu'à ceux qui sont bien unis , qui se sentent heureux , et qfii par conséquent n'useront pas de la faculté de divorcer.

Il en est de même, k plus fiMte raison y des beautés sunatiirelles qu'on veut apercevoir dans le mariage. Le théologien peut s'en occuper dans une dissertation sur les sacremens; mais l'esprit de la loi civile n'est pas de s'attacher à une harmonie presque idéale , il ne lui appartient de régler que les intérêts présens et positiDs. 5i une certaine dignité y qu'on juge à propos de croire céleste y devenait l'objet des lois civiles , elles conseilleraient, à l'exemple de la loi religieuse y elles favoriseraient la continence , et comme les lois humaines prescrivent au lieu de conseiller seulement , pour empêcher l'État de périr, il faudrait enfreindre sans cesse la loi de l'État.

Plusieurs écrivains ont considéré le mariage sur la terre comme l'essai d*un lien plus durable. Ils ont vu dans cette association de nos rapides années, des fiançailles pour une union sans terme. Ces perspectives d'un autre monde sont très-

|irn|)o$i(ion de M. de Schoncn , esprit ëclairë dont ce qui c«l ju»«e ou iiioraicmciit lUile animo toujours le rèlc. Heurcnsemcnt , il para»< rertain que la question va Atrc disculpe d^ nouveau.

propres à MtisCiire rimagioâtioo ; mais , quand oo rédige une h>î , il but plus d'esaditude. Que Teiiieiil les cootractaos , que peoscDt- ib ? Voilà ce qu'on doit ooosidërer. Certainement c'est du mariage dans la TÎe actuelle qu'ib s'oecupent presque tous, cl ib sont persuadés que les lois Immaines s'arrêtent aux portes du tombeau. Trop souvent ces lois restent défectuenses en réglant les choses visibles « que serait-ce si elles embrassaient l'inconnu? Il faut être reçu citoyen de la Nouvelle Jérusalem pour savoir ce que sera dans les deux l'union conjugale.

On dte avec complaisance la plupart des législateurs qui, en ét^iissant , on en réformant le mariage , firent intervenir le sacerdoce. Nais c'est encore mettre des mots à la place des cboies. Personne ne propose d'empêcher ici la sanction religieuse du mariage « ou même de changer à cet égard la disdpUne de l'Église : il »'agit seulement de permettre le divorce à ceux qtri jugeront que leur conscience ne le leur interdit pas. On sait d'ailleurs que sous la lot de Noise , et dans les premiers siècles du christianisme, le mariage était simplement un contrat civil. Pendant long-temps l'Église ne s'est pas opposée au divorce. Remarquons de plus que ces hommes dont la pieuse sagesse , luttant contre le délire du siède , ne renonce pas à mêler la religion à l'administration civile des États , et a confondre la loi spirituelle avec la loi temporelle , ont ordinairement le malheur de ne pas entendre par religion un culte Mint et nécessaire, un culte révélé. Us abusent, pour vous <(urprendre , de ce qu*il y a de grand et de sacré parmi vous dans l'idée du culte. Tandis que vous songrx h une religion

divine , ils demandent pour tout pays une religion quelconque, c'est-à-dire vingt fausses , et une seule vraie j ou vingt fois contre une des erreurs grossières , et de détestables superstitions. Voilà ce qu'ils vantent infatigablement. Ils disent d'une manière un peu cachée, mais enfin ils disent qu'il n'y aurait en jadis ni morale , ni politique sans les autels de Jupiter ou de Teutatès, et que, par exemple, le mariage n'eût été qu'une honteuse fornication, si Junon ne l'eût pas sanctifié.

On répe'tera qu'il faut pourtant que les lois de l'État soient d'accord avec les préceptes de la religion de l'État? Ce sera encore un vain raisonnement. Le divorce, en tant qu'il oocasionerait un second mariage, n*aurait jamais lieu malgré la conscience des fidèles , et il deviendrait une simple séparation pour quiconque le voudrait ainsi. Ceux qui croiraient enfireindre par là des devoirs d'un autre ordre , n'useront pas d'une telle liberté; mais il est d'autant plus naturel de la laisser en France que les Français n'ont pas tous des croyances qui la prohibent. La loi fera-l-elie des distinctions, et lui appcrtient-il de peser les scrupules ? 'Elle n'exige pas que l'on soit de l'Église romaine , comment rendrait-elle civilement obligatoires les décisions de cette Église? Tout ce qui est respectable n'est pas jiour cela du ressort des lois. Craignez même de Irop exiger dans nos temps de faiblesse ; évitez de n'accorder le divorce qu'à ceux qui déclareraient appartenir aux communions rcfurinccs. Lor^cjuc autrefois l'Eglise de Rome perdit un si p;rand noml>re de ses disciples, beaucoup d'entre cuxsuccorabèrenl à des tentations de cette nature.

C'i^t avec aussi peu dr justesse qu*uQ &it valoir oommc tJécisiTt*» de certaines consid^ralions morales. S*il est quel<|ue mérite dans la coustaDce , quelque vertu dans la résignation , que de desordres , de crimes même seront les fruits presque inévitables d*un assujétissement sans terme, d'un malheur sans espérance, d*une haine sans oubli? La séparation i^cut, il est vrai , 'prévenir ces maux ; mais ne voit-on pas qu'elle offre les inconvéniens réels du divorce , et d*autres encore ? Elle rend au célibat , elle livre aux moeurs trop faciles dont il devient le prétexte , des individus qui sont dans la force de l'âge , et qui , avec une conduite plus timorée , se trouveraient souvent punis tous deux des torts d*un seul.

L'amour de l'ordre est aveugle quand il produit cette régularité inflexible. Vous chérissez dans le mariage irrévocable , l'uniformité d*un mode qui soumette tout ; c*est pour cda que vous préférez au divorce la séparation , qui, presque toujours moins consolante , excepte pour la licence , sera plus rarement invoquée. Vous êtes si éloignés de peuser mal du prochain , que les dehors vous sufliscot. Et d'ailleurs qu'importent une longue suite de periidies , pourvu que vous évitiez l'écbt d'une plainte ouverte. Vous com|>tez pour rien \fs chagrins les plus amers si on n'en parle pas , et les plus détestables abus .s*ils restent déguises sou^ quelque ap|Nireiice honnête, t l'est quand l'hypocrisie s*arrête, que la corruption commence a vu>»yeux. Mai^ non , vous connaissez mieux 1rs hommes, et vou» savez que |iartout les habitudes seront édifiantes aussitôt que la règle sera sévère. Aussitôt que le mariage sera indis-

sdable, la fidâité sera intiolable, d cette netitade dais k Gode cîfil snlfira pour nous ranener'aiix hearewei maanfà hoooftrent nos anettret , afaot le dmvee, an Umf$ de b régence (*)•

Genx qù, en ùîsaot Taloir. lliaraMMÎe poeeilile des cmtèret, appromrent rindîssolnhilîté da mariage, d'aprèa ^• qnes laits pardcolien, renenibleat beaiiBa«p àce peiMie fB, iiial{;ré le désordre sunrenii dana aet idéea, TBohit cboor exercer sod art, et prétendait en mcoler le» boroei. Rancablant pour chaque figure deux modèles , îl réoDissait presque au hasard deux moitiés de visages dififérens ; c'est ainsi qu'il se flattait , dit-on y de découvrir, dans la physionomie, des beautés de tordre le plus élevée semblables â ces beautâ mjtfrrieuses qu'on aperçoit aujourd'hui dans le mariage irrtfocable.

Dans le divorce, dit M. de fi....d , la femme est sacrifier. L'homme , ajoule-t-il y se retire du mariage arec tonte son indépendance y mais la femme ne reprend de ce qu'elle y a porté , que son argent. Ceci n'est pas une plais^mterie de M. de B....d; il suppose très-sérieusement qu'au moment du di- ▼orcc y la femme a généralement perdu sa jeunesse, sa beanle, sa fécondité. Au contraire cela doit arriver rarement, snrtoet

*) Ce ptragiaplie â été cité , le 9 dëcembre 1 831 , daos U CfctaWv des Drputéf , comme donnant nne idée mie des inconvénient da wtri«Qe iiidiMolubie.

il<in.s le véritable divorce , qui e&t , Jit MoDtesquieu , l'Hfet Ju cotkkeutemeiit mutuel : la demaiMle est alors fondée sur r impossibilité' de vivre dans TuiiioD , impossibilité qu*oo ne prétendra guère découvrir après quinte ou vingt ans d'intimité.

Ces remarques de M. de fi....d en (aveur des femmes, manquent de justesse à T^ard du divorce ; mais , pourvu qu'on en 6ut Texagëration , elles conviendraient à la répudiation , à cette autre manière de dissflndre le mariage, et elles feraient bien sentir Tinjustice , ou , comme l'ont dit deux bommes célèbres y la dureté de ce droit exercé par le mari seul. Le di- Torce prononce d'après des torts qui ne sopposeraieut point U vraisemblance d'un sincère raccommodement, pourrait être considéré comme une sorte de répudiation ; mais ceUe-U serait équitable , puisque le jugement rendn en bveur de la partie lëiée ne deviendrait pas le privilège d'un seul sexe.

Il est singulier que M. de fi....d objecte contre le divorce , ce qu'on ne peut opposer qu'à un mode de répudiation trèsdifférent ; mais ce qui surprend davantage c'est que , précise- ■lent dans le même discours , il préfère ce dernier droit accordé au mari S€ul» Selon lui, apparemment les femmes n'étaient pas sacrifiées par la répudiation qu'elles subissaient ooomie une peine , et elles le sont par le divorce qu'elles réclament souvent comme une justice , ou qu'elles implorent comme un asile. Ainsi ce serait pour le bonbeur des femmes , qu'on 6cerait l'espoir aux femmes malbeureuses dans le mariage f et c'est pour Tintàrét de cellci qui se voient réduites à

demander le divorce , qu'on veut rendre leur demande inadmissible. Souffrez qu'elles jugent elles-mêmes de ce qui leur est avantageux. C'est un principe qui n'a rien de révolutionnaire, de laisser à tout individu majeur et jouissant de sa raison , le soin de ce qui le concerne , quand les droits d'autrui ne s'y opposent pas.

Elsl-il dune si peu de re'flexions raisonnables à faire contre le divorce? ne voit-Qp rien de mieux que de paraître prendie part au danger du sexe que le mariage doit le plus favoriser? Voici le raisonnement de M. de B....d en faveur des feuimes : Législateurs, hâtez-vous de consacrer leur entière dépendance, car elles sont offprimées^r cette faculté du divorce y véritable démocratie domestique , qui permet à la partie faible de s^ élever contre l* autorité maritale.

Si une femme s'est attachée avec sincérité , si elle s'est donnée avec candeur, si elle ne demande d'autre joie que les caresses de SCS cni'ans , et l'estime , ou la bonne amitié de son mari ; si j>ourtant il est livre , soit au jeu , soit à d'ignobles habitudes , ou s'il est subjugue par des maîtresses artificieuses qui s'efforcent de l'éloigner sans retour de sa femme; si des lors elle ne peut plus attcodie de lui qu'une dcûance apparente, d'injustes mépri^, et de durs traitemens; si, n'ayant oppose à ces travers que des pleurs |)endantdes années, elle ne voit d'autre moyen dVchappcr au désespoir que de se retirer légalement , vous qualifiez sa prière d'insubordination , et d'ignorance de ses véritables intérêts : c'est disserter en homme de parti, et non s'exprimer en législateur.

M. df B....d ajoute que la loi du divorce a branle' 1rs fondémens des socictes , que cette loi désastreuse , 6lle aînée de la philosophie , a tout corrompu , et qu'enfin ( par suite de cette corruption, sans doute) personne ne veut plus en user. On pourrait conclure , de cette dernière assertion , qu'une lui SI delestable derient du moins innocente faute de partisans , et qii*il n'est pas nécessaire de l'abroger |Hromptement arec une solennelle indignation.

Ailleurs, et par distraction, M. de B....d prétend que U faculté de divorcer est condamnée des législateurs mè^ OMS qui la proposent. Peut-^tre ces législateurs préfèrentils au divorce la durée d'un excellent mariage; mais ib demandent le divorce quand le mariage est mauvais. I>e di- Torce n'est pas un bien ; on le propose seulement comme le moyen d'éviter un mal extrême.

C'est dans les intérêts des enfans que se trouveraient les plu^ faites objections contre le divorce, si les mêmes iocoovéniens ne Insultaient pas en partie de la simple séparation. Toutefois l'exemple de tant de peuples anciens et modernes peut faire ri* garder ces difBctdtés seulement comme un motif de régler a\ ce beaucoup d'attention ce qui concerne les enlans , et de réprime r d'ailleurs les caprices qui changeraient en licence la liberté d^ rompre le mariage. Sans doute il convient que la séparation des époux n'ait lieu que d'après une volonté dnrabir et réflrcbie; mais par quelle raison tirée des choses de ce monde, eeox qui n'espèrent nullement cesser de se mépriser ou de se kttf y seraient-ils condamnés k vivre dans le supplice immoral u. il

d'une apparente intimité? Sans approuver expressément le divorce y la loi peut le permettre comme un remède particulier â des maux qui s'aggraveraient chaque jour. Ne fait-on pas ainsi dans des circonstances plus funestes ? On blâme les jeux publics , et on les tolère. G)nviendrait-il d'interdire tout ce qu'il est difQcile de régulariser? Des lois simples n'ont jamais été suffisantes pour les transactions des négocians; cependant on ne proscrit pas le commerce , on ne le déclare pas subversif de l'ordre social et contraire aux maximes de nos aïeux. ^ Mais en réduisant à une juste valeur ce qu'6n a dit de ces obstacles mêmes , vous verrez que si tout n'^t pas bien pour les enfsins après un mariage rompu , il ne s'ensuit pas que tout soit bien pour eux quand le mariage est indissoluble. Ils sont plus heureux, ou mieux élevés, lorsque le père et la mère sont bien unis ; mais le divorce separe-t-il ceux qui sont vraiment unis? Pourquoi supposer que l'union sera parfaite si le divorce est interdit, et que s'il est admis, au contraire , l'union sera dissoute par une fantaisie , par une passion , qui , sans cette liberté, n'eût pas eu de suites? C*cst un point de vue très-faux. Peut-êlre le divorce fait- il rompre quMques mariages que Ton aurait enfin supportes ; mais gcncralement la durée de ceux qu'il doit terminer serait intolérable pour les époux , et d'une bien faible utilité pour les enfans. Jamais ils ne reçoivent une éducation morale plus mauvaise que chez des parens qui vivent dans la discorde , ou seulement dans une froide inimitié.

M. de M e, qui fait des reflexions très-justes sur les

inconvéniens du divorce (toute loi a ses inconvéniens), suppose

ensuite qae U femme qui le demande obéit aux ooosetls d'un séducteur qui ensuite U méprisera. Avec de telles suppositions , et en généralisant ainsi des cas particuliers , on arrive Cacilement aux conclusions que Ton a choisies.

Autre supposition de M. de M e. Les violences, les

crimes des époux mécontens étaient rares. C'est4-dire que raremeot le public en avait connaissance ; ce secret des attentats domestiques est précisément ce qui les rend aiDreux. Ordinairement la justice n*en était pas instruite , nuis les coniiesseurs en savaient plus sur ces cas réservés. Un homme distingué par rétendue de ses connaissances tenait, disait-il , des grands pénitenciers que le plus ordinaire de ces crimes particuliers était Tempoisonnement des maris par leurs femmes.

A la manière dont on peint les funestes suites du divorce , qui ne croirait que nulle part Texpérience n'en a montré les résidlats y si ce n'est depuis quelques années , et en France seule-

oient. M. de M c observe que la fureur du divorce ne

discontinua pas pendant dix ans. Mais c'étaient dix ans de ré- Tolution ; au milieu des troubles publics , il n'est guère de règlement dont on puisse coimaître les véritables elTets. M. de

M e dit encore que les divorces furent nombreux à Pans;

m^ii il eût trouvé dans la pluprt des provinces des résultats trc»-difierens. On s'occup« trop exclusivement de la capitale , qvi enfin n'est qu'une ville , et tous les jours on parait oublier les trenle-oeuf autres quarantièmes de la population. « Vit-oo rien de semblable , s*écrie-t-il , parmi les nations qui ont adopté le dÎToree ? Cette réflexion mène aurait pu lui faire sentir

qu'en France Isl fureur de divorcer eut quelque chose d'accidentel y et qu'il n'en serait plus de même du divorce régie' pr le temps, ainsi que par de sages précautions légales. On assure qu'il suffit d'une si abominable liberté pour tout pervertir; mais une partie du monde admet le divorce , et , en comparant les peuples entre eux , on aura peine à se persuader que la rectitude générale des mœurs , ou spécialement la régularité des mœurs conjugales dépende de la sévérité des réglemens du mariage.

Quand un auteur qui a joui d'un moment de célébrité s'est occupé avec quelque suite d'une question importante , s'il a eu recours à des sophismes , on doit croire qu'il ne pouvait trouver rien de meilleur en faveur de son opinion. Le 16 décembre i8i5, M. B....d était-il dans les dispositions que le bon paria de Bernardin de Saint-Pierre exigeait pour la recherche de la vérité ? Deux ou trois observations rapides suffiront pour justifier le doute à cet égard.

a La société domestique commença par l'indissolubilité du lien conjugal. » C'est ce que personne ne saura jamais, et ce que tout homme non prévenu trouvera peu vraisemblable.

« Le législateur suprême, en parlant de la dissolution du mariage, dit lui-même qu'il n'en était pas ainsi au commencement. ï> Aussi ne sommes-nous pas au commencement; nous nous en éloignons même beaucoup plus que Moïse, à qui furent dictées , par le législateur suprême , des lois nouvelles,

« La loi en faveur du divorce a été combattue par les meilleurs esprits. » On trouverait des avis contraires; on citerait

Montesquieu , etc. Mais ce n'est |ioint par des autorités qu'on doit ccUircir la question ; pour la décider , il faut un examen sincère des besoins de notre temps.

M. de B — d ajoule que le divorce est un tnonamémi de kontej mais , selon lui-même , c'est le Dieu d'Israël qui posa la première pierre de ce monument de honte. Si le dirorce aitestait la faiblesse des mawrs , le dérèglement des esprits , c'est au-delà des Pyrénées et des Al|>es qu'on devrait troorer presque toute la morale , presque tout l'esprit de l'Occident.

« Nos lois actuelles, séparant avec soin ce que les législateurs de tous les temps avaient mis intérêt k réunir... ne considèrent le mariage que comme un contrat civil. » Ceci pourrait provenir de ce qu'en effet nos lois sont seulement civiles , et de ce que les oracles gardant aujourd'hui le silence, les lé- ^bteurs ne reçoivent plus d'eux leur mission. I^ cours des générations a changé ces usages , et nous venons de voir que, pour les contemporains de Moïse , les choses n'étaient d^ plus comme au commencement, I^ divorce n'a pas même été proscrit constamment dans la France catholique. Au huitième siècle , on divorçait quand l'un des conjoints était attaqué de la lèpre ; alor^ « la partie saine se remariait. »

« 1^ lin du mariage est à la fois la production de l'enfant, et sa conservation. » Le divorce ne s'y oppose point dès que les enfans appartiennent à une famille, ou que l'Etat se charge d'eux.

« l/cs peuplades sauvages, oii tous les individus se marient, soot faibles cl misérables ; mais cha les peuples civilisés où

les lois de la société coodamnent au célibat une partie doidbreuse de la nation , l'état est populeux et florissant. » Il es visible que cette population ne vient pas de l'indissolubilité du mariage , mais des facilités que donnent pour la conservation des enfans les arts utiles, et une vie plus sédentaire. M. de B«...d oublie soigneusement la population florissante de plusieurs contrées où le divorce est admis. Remplacez par les choses relatives à la question , et que M. deB..,.d oublie , les choses qu'il n'oublie pas et qui sont étrangères à la question ; vous vous ferez alors une idée de la manière dont il l'approfondit , i'X de la maturité avec laquelle trop souvent on discute on projet de loi.

« C'est à l'enfant seul que tout se rapporte dans te mariage. » Si c'était à l'enfant seul, il faudrait dissoudre tout mariage stérile , du moins quand la femme entre dans l'âge qui ne laisse plus d'espérance, et il suffirait de ceci pour que le divorce fût pleinement justifié. Mais ceux qu'on marie n'ont pas uniquement en vue l'enfant qui n'existe pas encore, et qui peut-être n'existera pas. Pourquoi s'oublieraient-ils eux-mêmes? Rien de moins naturel, rien de moins juste que ce système général d'abnégation. Sacrifier sans cesse et d'une manière positive le présent.! l'avenir, c'est ôter aux intérêts de la vie toute réalité. Si le végétal n'a jamais de prix que par la graine qui le reproduira , quel sera le but de la culture? Les païens cberclient d'abord leur propre bonheur. Mais ensuite ils veulent celui de l'enfant qui survient; ils disent avec joie : c'est un de nous.

tf Le père et la mère qui font divorce sont deux forts qui

s'arrangent pour dépouiller un faible , et le pouvoir public qui y consent est complice de leur brigandage. » Le dirorce n'est pas une injustice à Tégard des enfans ; ils ne sont pas abandonnés , on ne l«*s dépouille point , et il n'y a point là de hrigandéige. Vainement on dirait que ce qui a été stipulé pour un tiers ne peut être détruit sans son consentement. Si le dirorce est permis , les stipulations qui , dans l'acte de nuriage , coqcernent ce tiers, ne sont pas absolues , et elles supposent toujours la possibilité future du divorce ; d'ailleurs ce qui a été rê»\é à regard de l'enfant , ayant pu l'être, et l'ayant été sans lui , n'est obligatoire qu'autant que les contradans ne rompent pas le contrat. Sî le fils souffrait de cette rupture, ce qui même n'est assurément pas inévitable, il serait encore faux de dire qu'il est sacrifié. I^ loi qui d'abord aura pu lui être contraire pourra ensuite lui devenir favorable k lui-même , s'il se trouve qu'il ait fait un mariage funeste, l^e divorce , qui , par ses suites , diminue Théritage d'un premier enfant , doit-il être considéré comme un acte de brigandage ; alors ce sera aussi un abus» là où le divorce n'existera point, ce sera un brigandage d'avoir plusieurs enfans. Ainsi il nous manque une loi qui enjoigne de se borner dans chaque mariage à un seul enfant , afin que de plus jeunes ne viennent point déranger l'aîné dans son attente , et que leur naissance ne dépouille pas le faible.

• Otte troisième personne ( l'enfant ' ne peut, même présente, consentir à la dissolution de la société qui lui a donné l'être , puisqu'elle (cette troisième personne) est mineure dans la famille y même lorsqu'elle est majeure dans l'état.... et le

pouvoir civil qui Fa représentée pour former le lien de la société ne peut plus la représenter pour le dissoudre , parce que le tuteur est donné au pupille y moins pour accepter ce qui lui est utile que pour l'empêcher de consentir à ce qui lui nuit. » Si la société qui donna l'être k cet enfant est formée sous une loi qui n'interdise pas le divorce, nécessairement le divorce ne changera pas ce qui aura été r^lé à l'yard de l'enCuit. De plus , il suffît d'un peu d'attention pour sentir que l'enCuit parvenu à l'âge de majorité n'est pas plus mineur dans la fiairoille y quant à ses intérêts personnels , qu'il ne l'est dans l'État , bien que le pouvoir ne soit pas entre ses mains. On renonce à combattre le reste de ce passage ^ il faudrait d'abord en déterminer le sens , ce qu'on ne se flatterait pas de fsiire en peu de mots : on est loin même d'assurer que de telles subtilité aient un sens.

M. de B....d observe encore que des écrivains protestans ont blamc le divorce. Cela montrerait seulement qu'il n'y a pas à cet égard, chez les protestans, l'unanimité qu'on ne voit pas non plus chez les catholiques dans le sens contraire. M. de H....d n'en peut tirer aucun avantage, à moins qu'il n'en conclue que les protestans condamnent gëncralement le divorce admis toutefois par les protestans. Il semble vouloir insinuer que , du moins de nos jours , tout le monde est de son sentiment ; mais ce n'est qu'une forme oratoire empruntée de ceux qui ne s'attachent pas à parler avec exactitude. Dans toute discussion morale^ politique , ou autre, quand les avis sont le plus partages , on n'en rc'pcte pas avec moins d'assurance des deux parts :

Tout le monde |>eiise. . . toot le monde Teoc. Dites moins que tout le monde désire ce que vous approuvez ; mais montrez , m raisonnant avec justesse et de boime foi , que vous le prderez |>arce que la raison l'approuve.

Dans le Rapport fait au nom de la Commission de la Chambre des Députes, le 19 fipvrier 1816, les objections en laveur du divorce ne sont pas ëludëes ; mab ce qu'on leur oppose de plus posif est tiré de la discipline de l'Église , d*après ce principe que la religion catholique est déclarée celle de l'État, et que la plupart des Français n'en recoonaissent point d'autre. C'est dénaturer la question ; la loi civile n'a pas pour fondement la loi religieuse. L'objet des deux lois est le même à plusieurs égards ; mais les bases étant différentes, et les dernières fins n'appartenant pas au même monde , les moyens peuvent et doivent n'être pas scml>1ables. Si les lois civiles empruniaieni leur plus grande force de la loi religieuse « elles ne devraient être qu'un commentaire du texte sacré. Cet état de choses a lieu quand l'enthousiasme est général , quand la foi est aveugle; alors les lois humaines sembleraient trop profanes, et Tadministration reste théocratique. Mais ces sortes de gouvememens ne sont plus; il faut régler , en Europe, les choses de la

terre confiomMamcDt à la situatioii la plus géDénIe des cspnis ëdairéi dans l'Europe.

Pour concilier les deui^ lois poUtûpie et rdîgîeiise , il ittA pas nécessaire qae Vune des deuxJUchissef il convient scalement que la première ne prescrive pas ce que Tantre a proUbë. Il lant qaelque soin sans doute poor mettre en harmomie les disfH}sitions de l'une et de l'autre, et cet embarras est inévitable dans tout pays soumis , en quelque sorte , à deux autorités ; mais si la loi civile devait exiger tout oe que demande la loi religieuse, cette loi civile n'apnt plus de caractère qui lui lût propre , la loi sacrée suffirait , et ce serait revenir au gouvernement des prêtres de Thèbcs ou des premiers califes. Toute véritable loi civile se règle sur des maximes temporelles , rien n'étant bon s'il ne subsiste selon sa nature. Conune il serait absurde de De pas obéir à Dieu, les législateurs ne peuvent exiger ce qui paraît défendu par la coDScieoce; mais comme il ne leur appartient pas de prononcer sur ce qui dépend de la foi , leur devoir est de n'ordonner jamais ce dont la raison ne se trouve que dans les préceptes d'une communion , cette communion fût-elle unique dans l'État.

Si l'un des deux époux malheureusement désunis rencontre dans sa croyance un obstacle au divorce , tout se réduit pour lui à une simple séparation , et il reste célibataire. C'est assci qu'il rende crt hommage à la force du sacrement; il n'est rrs- |H>nsable que de ses propres œuvres.

On craint (jue la lot civile n induise les fidèles à violer is loi religieuse. Mais la loi civile ne le conseillera nullement , et

cela suflic. Si la destinatioo des lois temporelles était d'ajouter une nouvelle force À des commandenieDs d'une autre origine , il faudrait, premièrement, qu'elles fussent diverses pour les Français des diverses communions ; secondement , qu'elles s'attachassent à faire suhrre sans exception tous les r^lemens de l'Église, ce qu'on n'avait pu cru jusqu'à présent néoesiaire, ou même possible.

D'après le Rapport , tout en distinguant avec justesse le au où la loi religieuse défend ce que la loi civile permet , du cas où la loi religieuse permet ce que la loi civile défend^ on trouve Ixm que cette dernière introduise de nouvelles aévé» rites , qu'après avoir consacre' à sa manière les scrupules de la conscience, elle parte du point où ils s'arrêtent, et qu'elfe tende à améliorer le citojen , en lui imposant un devoir de plus. Ainsi la quantité des devoirs rend les bommes meilleurs , et c'est dans les liens les plus étroits qu'ib jouissent de toute leur moralité. Ainsi on perfectionne les fidèles en leur imposant des devoirs oubliés par le suprême législateur , mal instnnt sans doute de leurs vrais besoins. L'amélioration des mœurs ne serait plus une œuvre qui demandât beaucoup d'étude ; il ne s'agirait, par exemple, que d'asservir tous les Français à la règle des cénobites les plus austères.

Prenons avec franchise ce parti , devenu nécessaire , de laisser à la foi ce qui sans la foi n'est rien , et ne considérons dans les lois temporelles que les diverses convenances de b vie présente. Montesquieu dit que la loi civile peut demander pour la vabdilé du mariage des conditions que la loi religieuse n'a pas exi*

gées. Sans donte; mais il faut que le motif de la loi civile soit conforme aux intérêts de ce monde. Dans le Rapport , au contraire , pour ùire révoquer , même à l'yard des protesUins , la loi du divorce, on prétend s'autoriser du caractère indeldl>ile *du sacrement chez les catholiques.

Pourquoi attacherait-on des idées absolues de perpétuité au mariage considéré sous des rapports civils? C'est im engagement durable en effet , et, quand on le prend , on désire qu'il n'ait pas d'autre terme que celui de la vie , mais ce désir est conditionnel. C'est ainsi qu'on peut avoir choisi, pour s'y fixer , un pays qu'ensuite on quittera , sans que ce soit même une marque d'inconstance. Dans les traités de paix , on désigne pour toujours des limites que les commissaires n'achèveront pas de tracer avant que des obstacles imprévus suscitent une rupture. La longue union que se promettent les époux reste subordoDDce aux éve'nemens , avec d'autant plus de raison que souvent on se marie dans Tâge où on connaît fort mal les hommes et les choses. Comme on ne s'était pas proposé de se rendre malheureux, rinimitié qui survient change la valeur des promesses. On n'en doit faire aucune sans quelque restriction franche; autrement, quel homme sensé oserait donner une parole? Quel homme incapable de manquer à ses devoirs oserait les multiplier? L'inviolabilité de nos cn^^agemens a des bornes; c'est un principe reçu qu'on ne pourrait tenir sans un nouveau crime des sermons criminels , et c'est un principe incontestable que tout pacte doit être annule par la libre resolution des contractans.

On n'entrrprendra pas de rétablir san» resenre en France les engagemens monastiques; cela devrait (aire sentir que rien d'absolument irrévocable ne convient à Tbomme , dont la nature est de changer sans cesse , et qu'une certaine manière eipéditive d'établir Tordre n'était venue que de l'ignorance de l'ordre réel. L'indissolubilité est plus choquante dans le mariage que dans l'assujétissement aux règléi qu'on embrasse en renonçant au monde. Celles-ci supposent la foi , dont les espérances dédommageraient de tous les biens , puisqu'elles les surpasseraient. On connaissait d'ailleurs les conséquences invariables de ces vœux , et de plus , on pouvait se 6gurer qu'un sacrifice fait à la Divinité devait être sans retour. Mais que signifie un engagement civil , un engagement volontaire entre deux personnes qui ne pourront plus redevenir libres si cela leur convient k toutes deux , et dont l'une dépendra des folies ou des vices de l'autre? Pour échapper k cette objection décisive, on n'aura d'autre asile que de tristes subtilités , dont il a été déji^ lait iprntion. L'enfant à naître sera regardé conune une des parties contractantes; mais, de |)eur qu'ensuite il ne consente au divorce de ses prens , on lui ôtera , même dans sà force , et lorsqu'il sera majeur, le bizarre pouvoir qu'on lui aura supposé mystérieusement avant sa naissance , et avant qu'on sût qu'il naîtrait jamais. De telles arguties ont quelque chose de trop suraimé; les docteurs du quatorzième et du seizième siècle auraient été jaloux de M. de B....d.

C'est assex que les protestations des amans soient téméraires jusqu'au ridicule. Il (audrait du moiBS que dans des oecarren-

ces plus sérieuses, nos vœux devinssent prudens et raisonnables. Le seul mariage dont les douceurs puissent se prolonger jusqu'à la fin de nos jours, est celui qui réalise en partie les espérances sans lesquelles on l'aurait évité. Que le divorce devienne rare, mais qu'il subsiste comme un remède certain quand la mësintelligence ne laissera plus d'autre espoir. Il est vrai , l'indissolubilité du mariage peuf inspirer de l'indulgence dans de faibles occasions ; mais cette indissolubilité rend affreux des mécontentemens plus graves. En supposant même que le mariage irrévocable ne fasse que peu de victimes , il fisiut comp ter pour quelque chose le malheur d'un petit nombre d'hommes, quand c'est pour eux le malheur de la vie entière.

On sera , dit-on , patient par nécessité. Que de charme dans une telle perspective ! combien elle doit multiplier les mariages , et combien cette union , silencieusement détestée , améliorera les hommes î On ne tente plus ce qu'on ne peut espérer. C'est en raisonnant de la sorte qu'on a creusé les cachots : un prisonnier charge de fers dans des souterrains infects ne tente pas ce qu'il n'espère point. Au nom d'un siècle qui prétend n'être plus barbare , mcfions-nous de ces moyens de perfectionnement! Fussent-ils plus souvent réels, ce ne se rait pas par la douleur qu'il faudrait conduire à la vertu, puisque la vertu même a pour objet le bonheur général. On aura fait peu de choses dans Tordre temporel , si en rendant les citoyens exempts d'impureté , on ne les a pas exemptés aussi de peines amcrcs. Ils ne seraient pas même de vrais citoyens : c'est par le bien-être qu'on s'attache à sa patrie dans les temps

de mollesse et de raisonnement , c'est-à-dire dans l'eut présent du monde.

r^ divorce peut s'être éuh\\ chez les Français k une époquedësastreuse en un sens. Faudra-t-il pour cela le rejeter? Est-il né dans tous les pays sous de funestes auspices? Ici même, il n'a pas été absolument nouveau de nos jours. Non-seulement des rois , f\\s de l'Église , mais des particuliers divorçaient jadis, et un autre mariage ne leur était pas interdit.

« Si la sainteté du mariage n'avait pas toujours été respectée par nos mœurs , son indissolubilité du moins n'avait jamais été attaquée. » C'est supposer un désordre plus réel. Dès que les mœurs ont cessé d'être simples , les lois inexorables ne produisent que la dissimulation et la perfidie , ce qui est la véritable corruption. De plus , cette indissolubilité avait été au contraire fort contestée ; il parait même qu'elle n'avait pu été formellement admise avant la décision de Grégoire IX.

Bossuet a dit que , dès le temps de Clément d'Alexandrie , l'Église, tout en permettant la séparation pour cause d'adultère y n'avait pas consenti k ce que l'un des conjoints se remarilt du rivant de l'autre. Cela est possible jusqu'à un certain point ; mais du moins l'Église y a consenti quelquefois , et dans différens siècles , en faveur d'hommes puissans on d'hommes riches. Au reste , il parait que l'Église est parvenue à interpréter les deux versets de saint Matthieu , comme s'ils ne coirteiuiient pas les mots : excq^tà fomicaiionis causa. Lorsqu'on rencontre des expressions équivoques dans le texte d'une

kuaaiie , c'est seulement malheureux ; Hiaif si on en trouve

dans une loi infiaâlliiblc, c'est singulier. Lorsqu'enfin eilesy sont, et que le sacerdoce les explique dans le sens le moins naturel, afin d'en tirer le précepte le plus rigoureux , cela , au contraire n'est pas surprenant. Avouons néanmoins qu'il reste à dire que l'Église a deviné la véritable intention de Jésus dans cette sentence timidement prononcée. Il vivait sous la loi juive, et la peur d'être lapidé , selon la menace qu'on lui faisait quelquefois , l'aura forcé de déguiser sa pensée divine.

« Si le mariage est indissoluble par son institution et par sa nature , si la religion de l'État le déclare tel, si l'intérêt de la société exige qu'il le soit , conunent la loi civile pourrait-elle admettre le divorce ?» La conséquence est juste. Il ne s*agit plus que de prouver ces trois choses : que le mariage soit indis> sduble par sa nature , qu'une religion soit le fondement de la loi civile , et que l'intérêt de la société exige l'indissolubilité du mariage.

a Pour ceux qui ont conservé la foi de nos pères , les lois du mariage ont une source noble. » Premièrement, le divorce a quelquefois une source noble , selon vous , puisque , ditesvous, Dieu même Ta établi chez les Hébreux. Secondement , la faculté de divorcer sera nulle ici , comme nous l'avons vu , pour ceux qui auront conservé toute la foi d'aujourd'hui ; ils ne feront pas ce qu'ils ne voudront , ce qu'ils ne devront pas faire. Mais cette même faculté peut être donnée sans inconvénient , soit à beaucoup de Français qui n'ont retenu que l'apparence d'une foi dès long-temps affaiblie chez nos pères ( apparence très- voisine de rhypocrisié ) , soit à beaucoup d'autres

VrUÈÇiiiê qui peuveot avoir perdu cette ùà , sans être plus coupables que tant de catéchumèDes de?oteseiit arrackét par le lèle de quelque miiiiooBaiie à la loi de leort pèrat dâos des pays recules.

« L*ttiiioo des tfpoox doit DéoassairentBt at prolooger pt»dant tout le temps que réducation exige. » Noirt ordre social «it bieo imparfait , si rëdoèation manque quand les «iCmu n'appartiennent plus qu'à l'un des deux époux , cirronstancr qui a lieu tous les jours maigre' l'indissolubilitë du mariage. Le concours du père et de la mère est très-bon ; mais quand Fun des deux est mort , on ne regarde pas l'enCuit comme alMmdonoe. 11 faudrait encore examiner, et si l'éducation est soutenue par de bons exemples quand la perpétuité du mariage enchaîne des époui très-désunis , et si , quand on a prooooeé la séparation , cela n'équivaut pas à peu près au di- Torce pour l'éducation des enfaus. Un mot encore : l'intéréc im cofans n'a pas fait interdire le maiiage aui militaires, dont la TÎe est si sourent eiposée. Ce fait rappelle que la loi de charité n'empécbe pas le carnage méthodique de la guerre. Les seotimeBS religieux sont toujours subordonnés à d'autre» coBvcnaoees lorsque cela oonricnt aux vues politiques ; puis ils sont présentés comme supérieurs à toute antre considératiou , quaod cela conneot aux Tues politiques.

L*indissolubilité du mariage est , dit- ou , fondée sur àew

imêérêts plus grands que les intérêts pmrtieuliers des éfHMX,

Cette doctrine ne sera bien comprise qtie des seok adeptes ; le»

aalm liommes ignorent sansdoute comment peuveat s'introduire

Page 1