BWJNE SECRÈTE INIMITIÉ DES SEXES
On a donné sous quelques rapports trop d'ëtendue aux suites de la difFërence des sexes. On exagère tout y et , même après les excès , il se trouve quelqu'un pour proposer des choses encore inouies .
(Test la. nature même qui dans plusieurs
espèces , en ayertissant le mâle de demander TiTement le plaisir , suggère à la félhelle d*en éluder un instant les lois, pour y céder à sa manière ; mais la libre actiyité qui distingue la race humaine , ajoute quelquefois à ces divers mouvemens des sentimens et des prétentions étranges. On a changé la brusque attaque d'un sexe et la simple • résistance de Tautre en une multitude de moyens d'attaque et de résistance ; Tamour-propre en a ùit uae guerre défensive , et trop souvent offensive , une guerre pleine d*adresse , de subtilités , de fausseté. Quelquefoû en cherchant à tromper, on devient exigeant; on prescrit la fidélité en s*attribuant un privilège contraire , et on affe^Jte de resserrer le lien dont on se détache soi-même. Jadis il n'était point rare de passer la vie entière dans ces luttes infructueuses , tandis qu'ailleurs on se vouait sans rçtour à une constance systématique ou bizarre. Suscitées d'abord par Tamour , mais dépravées par l'orgueil , ces différentes passions n'étaient
p^^ ocmfomies à la premièra inspiration du ^^^^ ; elles suiTaient les caprices d'un temps ^ ^tti voulait quelque fanatisme jusque dans "^ choses profanes.
^ général la rivalité d^ sexes est peu na- '^tttlle; mais» chez les Français surtout ^ elle t dùrétulter en partie des tristes démêlés qu'a* Tait sufcités la galanterie même. Cette espèce de point dli(Mmeur , cette guenni^ d'amour* propre dans les relations qui en paraissaient le moins susceptibles, produit (ftus de maux qu'on ne le croit communément. L|| hommes •apposent qu*à Texception du manège de la cupidité , les hostilit^ d&iyent se terminer à leur ayantage; mais lorsj^ils coriximpent les figmmes , ils s'aTilissedVeux-mémes , et ce ne aéra jamais impunément qu'ils feront parmi elles un grand nombre de victimes. Le sentiment le plus vanté se change en amertume quand il s'éloigne de Tordre qui , bien compris, serait l'accord en toute chose.
Si TOusjiAveneas à captiver une femme , au
moyen des louanges , ce n'est pas seulement parce que sa vanité est flattée : le souvenir des agrémeus qu'on possède , conduit à Tidée de ne pas les laisser inutiles. Ck>mme il est naturel qu'une femme aimable soit aimée , ce pçuvoir de plaire la dispose à aime»* elle-même. On désire entrer dans des voies où on peut se montrer honorablement. S'apercevoir *de cette destination , c'est déjà s'engager à la remplir: on songe au prix de ce qu'on peut donner , et bientôt, afin de ne mériter aucun reproche , on sattemlrit.
Quand une femme joint à des inclinations droites la candeur âe ^inexpérience , quand elle réunit toutes ^Ujacul tés de 1 amour, il faut bien qu'elle aime. Tous les moyens de plaisir sont en elle , il &ut qu'elle soit aimée. L'homme qu'elle rencontre est à ses yeux l'homme qui lui est destiné ; ce sera une justice de lui consacrer sentiment et beauté , énergie de l'ame , et grâces de l'esprit. (>n entre dans la vie; que serait-elle sans amour.
sang union ? Pourquoi Tharmonie de ces mouTemens , el cette Toix habile atout dire, et œ sourire si puissant sur le cœur de Thomme? Cest à Tamour qu'appartiennent cette main farmëe pour les plus douces caresses , cet œil dont Tart inépuisable resterait inutile, ces fiMrmes qui changeraient sans ayoir été con-« nues, ce sein qui un jour se flétrirait sans ivoir été admiré ! Les émotions profondes ou impétueuses , Tambition du cœur , Théroïsme de la persérérance , tout favorise , tout conir mande Tamour. Il faut écouter ce que Tuni* Ter» redit sans cesse ; il faut remplir ce rôle flatteur qu'on sait si bien , que tout rappelle, que le jour prépare, et que la nuit prescrira. Quelle femme sensible iioLginera de renoncer 4 de si tendres impressions ? Les cœurs purs lont vaincus les premiers ; plus susceptibles d^élération , comment ne seraient-ils pas séduits par celle que Tamour afiecte. En prétendant choisir avec bonheur , on hasarde tout, et ons*égare en voulant ne céder qu*à
une juste estime. On se donne ayee enthou-siasme parce qu'on aimerait - àmsi la vertu : 6n se perdra, parce qu'on se vante à soî*màme un homme qui ne 'songe nullement à réaliser des suppositions semblables. Mais' doitron s-occuper beaucoup d'un avenir qu'éloigike le charme actuel ? Vivre y c^est aimer , et aimer auîourd^ui. Tout l'indique , tout le veut.
Llotoléràble inquiétude des heures si]ea«cieuses , une progression à suivre , un espoir a entrelenir, une fidélité à couronner, le désir de commencei* à payer de longs sacrifices , d^adtres désirs encore , et des incidens faisables , et une certaine crainte jaloune , et une certaine curiosité , tout le demabde ; tout concourt à faire tomber une femme nimante dans les bi'^as de Lovelace. Elle' aime , elle s'abandonne ; mais cet homme veut seulement un tiîomphe d'amour-piT>pre. 11 tù k ses fins, tandis quelle croit aux suites d*uuè mutuelle affection ; il réussit, et ne sait rien (le plus. Ije lendemain elle est étonnée , elle
eftt détrompée. Estime générale , sécurité de
U inaiaon paternelle, faciles plaisirs d*ane
*^^^ qui n'aurait pas été trouUée , tout a
^'^paru. U ne s*agit plus d'illusions heureuses
durant la confiante jeunesse ; il fiiut repousser
^^ipérance , et chaque jour supporter les
^^Weurs de la mort.