‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 8 sur 43 · DE LINFLUENCE DE L AGE · texte numérisé non relu

DE LINFLUENCE DE L AGE

SUE LES PENCHAlfS.

Dés Femmes d^uii certain &ge furent sou- Tcnt aimées par des hommes très- jeunes ; mais quand ils devinrent âges , celles qui sortaient à peine de Tenfiince parurent seules leur plaire. La possession d'une femme établie dans le monde |>eut ilatter lamour-propre de Ta-

(lolescent que le inonde étonne , et la supériorité qu*elle semble conseryer s'accorde avec Tespèce d*idolàtrie des premières affections ; mais quand ce même homme verra les approches de la vieillesse , quand déjà plusieurs femmes auront soin de lui parler avec une humiliante déférence, il lui sera sans doute agréable de paraître jeune encore aux yeux les plus jeunes. Quelques autres hommes auront été frappés des changemens qui s*opèrent chez un grand nombre de femmes avant qu^elles cessent de prétendre à Tamabilité ; ils voudront n'avoir pas à craindre de rencontrer ces traces du temps. D*autres enfin céderont à des motifs secrets , et sentant qu^ils ne sont plus eux-mêmes ce quMls furent , ils préféreront une femme qui ne puisse pas, diaprés ses souvenirs, les comparer à des hommes jeunes.

En clierchant ici les raisons de ce qui arrive fréquemment, on ne prétend pas en inférer (|iie cela doive toujours êlrc. A la vérité, si

lOt

dmas la premièi-e jeunesse on a joui de Tamour

^^ec peu de discrétion, il estprobalde qu*en-

>tt.ite les sens seront plus calmes, ou les dé-

^V*9 plus bizarres. Cela ne prouve point que le

'''^^liea de la vie ne convienne jamais aux plai-

; mais les crraintes surviendront, parce

e les forces anront ëté employées avec une

P^^^pitation qui les dura diminuées. Si , au

^^^^^Biraire , cette effervescence dont le sang est

^^^lœptible n'avait pas eu lieu d*abord, elle

it natnrellement dans TAge mûr ce qu*elle

^t été à vingt-rcinq ans.

U se peut même que les désirs deviennent W^us fixes et plus importuns lorsqu'on est ^tioins jeune-^Non-seulement il il^te peu d*an- Uées propices , mais on s aperçoit que chaifue saison s'écoule rapidement. Désabusé de plusieurs autres espérances, onaréflécbi sur Tinépuisable diversité des douceurs de Tunioii domestique. A vingt ans, ou k vingt-deux ans, tout amusait; le jour était rempli de distractions, et, durant la nuit, un sommeil rarement

interrampu rendait Toubli fiaicile. Sans cloute on devait être plus exposé à des attachemeus subits et impétueux, à ces illusions qui subjuguent toutes les acuités; mais si nulle ren* contre semblable n^éyeillait les sens , ils parais* saien£ quelquefois assez tranquilles, malgré Tardeur générale des sentimens. C'est vers trente-six ans, et au-delà, que le désir d\iae intimité voluptueuse se présente avec une nouvelle force. Il se change pour ainsi dire en une détermination raisonnée : ce qui n*eût offert que beaucoup d^agrément vingt années plus tôt semble être devenu un besoin, parce que la première jeunesse du cœur n étant plus, on voudrait enfin tenter le* sort pour en obtenir quelque félicité.

Si les premières années de la jeunesse semblent convenir presque seules à 1 amour passionné , c^st surtout parce qu^il a quelque besoin d'inexpérience. Beaucoup d'hommes et quelques femmes sont jeunes au milieu de la vie ; mais d'autres habitudes reu-«

<leuC aloi'S los inclinations du cœur moios séduisantes. Dans TAge de la confiance , on n élait pas peut-être aussi profondément sensible ; nëanmoÎDs Thunieur paraissait plus aimable. Après «les années remplies de sollicitudes', il se peut qu'on excite un intérêt particulier; mais ce sentiment , sans être inconciliable avec Tamour , n en occasionera guère les entraînantes erreurs , ni chez les hommes qui cherchent au contraire des distractions, et qnckme souvenir de Tancienne joie , ni chez les finnmes qui , voulant un appui, s*attacbenl à tous les genres de prospérité « à moins qu*une circonstance imprévue ne demande d^elles un entier dévouement.

L'amour passionné est un moyen pour im- * primer, au sortir de Tadolescence , un mou- ▼ement presque irrésistible à des organes dont il cessera bientôt d'être la seule loi. Quand on est fort jeune, il se peut qu'on attende la passion , et qu'on ne juge pas suffisant un simple attachement , un choix raisonnable ; mais,

vers le milieu de la vie , loin de croire nécessaires pour le plaisir des liens qui dégéoèreni en servitude , nous oublierions tout-à-feit ces trunsporU, si notre raison avait moins rarement la vigueur et la maturité convenables à

1.166 liaisons formées par le plaisir ne supposent Tamour passionné qu'aux yeiix de ceux dont Tesprit n*a guère d*indépendance. Si on n est pas sous le joug d^une passion ^ en a-t-on moins des sens, en a-t-on moins et les désirs du cœur , et le sentiment de Tamour dans presque toute son énergie? Pour excuser quelques faiblesses , des femmes auront imaginé d^alléguer un penchant insurmontable , et on a fini par déclarer avilissant tout plaisir que ne commandait point la pas- ^on. Posséder sans aimer, c^est, dit-on, se rap- {NTOcher de la brute ; mais , quelque parti qu*on prenne, cette analogie se retrouve toujours dans la {lossession. Est-ce d ailleurs le seul rapport sous leqiicl nous paraissions condamnés

à nous conduire comme les autres animaux , dont il fiiut bien sans cesse partager les fonctions les moins nobles , et de Tindustrie desqœk la nôtre n'est si souvent qu^une imitation?

DES MOEURS AUSTEHIiS.

Peut-être le ranoncemeiil à lamour con- ▼ieiidrait-il au chef, au législateur de quelques peuplades encore simples. Tous ses momens appartiennent à son ministère, et les destinées publiques deviennent )X)ur sa {)ensëe un aliment inépuisable ; chargé des seules fonctions quun homme supérieur puissi^ dé-

sirer, il n^a pas besoin de se livrer à des im* pressions d un autre ordre.

Mais dans la vie ordinaire pourquoi exiger de constantes privations? Aplanissez les voies du bonheur individuel , si vous voulez qu*on cesse de s'introduire d*un pas oblique dans celles de Tin justice. On a quelquefois traité de moralistes hypocrites les partisans de Taustérité. Il est permis de croire du moins qu^un zèle pur n^inspirait pas la plupart d^entre eux contre une facilité de moeurs qui n^âterait rien à la bonté du peuple , et qu'ils furent animés par des considérations d^intérét « par des préventions irréfléchies , ou par le désir de se faire remarc^uer de la multitude conune de vertueux personnages.

Si les institutions étaient fortes , la voix du plaisir n entraînerait au crime que des êtres déjà Êimiliarisés avec le mal , ou assez ineptes )>our qu'une surveillance particulière fut le seul moyen de régler leur conduite. Ces malfaiteurs, ces gens épars ne peuvent former ({u luu' exception Lorsqu'ils paraissent don-

ner de Tinquiéludei on se demande si Tadministraù'Hi aurait commis des erreurs assez grandes |K>ar rapprocher de ces misérables une classe plus prépondérante.

Dans les mœurs du grand nombre, laustérjlé serait ti^ès-dépkcée. L^exactitude seule est juste et belle. L^austérité ne produit rien; SI elle peut faire cesser des désordres visibles , ell^ les remplace par d*auti*es désordres plus cMmlraires à la morale. Sous des règles impruil^ates qui ne sauraient changer le fond des chofeSy le silence règne peut-être; mais on appcend à s'exprimer à voix basse , et les principes de conduite devenant équivoques', la dissimulation multiplie des dédommagemens inexcusables.

Quel serait le mérite d'une résistance conseillée par les préjugés seuls? N^aurait-elle |>as à la fois contre elle les |>cnchans et la ré- IlexioD? Lorsqu^on n'aura pu éviter de se tromper, on fera bien de suivixî avec courage et avec constance les préceptes qu'on révélera ; mais on serait plus près de la sagesse

MO

si ou joiguait aux forces convenables pour accomplir le devoir la raison qui , en apprenant à le discerner, fournirait de puissans motifs pour rester ferme dans des limites bien connues.

Soyons prudens et circonspects ; soyons scru^ puleux. Mais , afin de rester vraiment bons , et afin de n^étre point dupes, abandonnons les maximes qui aigrissent le cœur , ou qui au moins T isolent, tandis que la volupté même pourrait diriger nos mouvemens vers le bien commun. Il est vrai , la liaison la plus séduisante ne présenterait , dans des circonstances illégitimes, que de faux avantages, et sans dou(e Tamour digne d un être pensant n'existera jamais qu'entre des personnes libres de tout engagement contraire. Mais si les privations et la retenue sont louables quand l'utilité n'en parait pas chimérique , des sévérités sans but seraient des erreurs de Tesprit : attachonsnous à mieux entendre la loi réelle .

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