‹ De l'amourChapitre 14 sur 67 · RE · texte numérisé non relu

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dans les temples n’aura été qu’une suite des preuves directes de la mutilation des prêtres. Cet usage, ainsi considéré, ne semble plus en opposition avec la continence perpétuelle: il se rapporte à l’ensemble des macérations,;| des sacrifices humains, des divers modes de pénitence, à une superstition tellement triste qu’elle se répandit avec beaucoup de promptitude. Cette disposition à souffrir volontairement et sans retour, ce culte de la doll n'est-il pas comme la soif du plaisir, une des: infirmités de notre race inégale et opiniâtre,, puissante et malheureuse (9)?

Peut-être aussi le soin d'exposer aux regardss du public une preuve d’abnégation succéda-:

t-il, en quelques contrées, aux coutumes que durant l’ancienne faiblesse du peuple on avait: établies dans le dessein de favoriser les progrès: de la population. Pour faire croire que le ciell condamnait enfin les coutumes accréditées; d’abord, il aura suffi du désastre de quelque: métropole du culte où avaient figuré les em-: blèmes de la fécondité générale. N’a-t-on pas: appelé, il y a environ vingt ans, un châtiment, du ciel, la ruine de la ville napolitaine d’Isernia, où les traces des anciennes processions! du phallus n’ont été détruites que par ce tremblement de terre?

Dans l’âge du monde où on ne lisait pas, et où l’on commerçait peu, la hardiesse des institutions dégénérait quelquefois en bizarrerie.

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A côté de la licence légale, d’autres nations portaient un autre joug, celui de la privation absolue. Sans être plus embarrassés qu’aujourd’hui pour interpréter la volonté céleste, les docteurs de la loi avaient jadis des fantaisies plus naïves.

Le prix attaché par plusieurs nations à la virginité des femmes ne provient pas seulement de ce qu’on a trouvé de flatteur dans la possession exclusive; on en peut voir une des premières causes dans l’idée mystique qu’on s'était formée de la continence habituelle.

Avant les progrès de l’industrie, on ne connaissait guère d’autres joies que celles de l’amour, et pourtant c'était alors, dans l’opinion d’une partie de l’Orient, un devoir, une nécessité politique de suspendre le courroux du ciel; les idées relatives à la propagation se trouvèrent ainsi liées au culte de l’Être puissant dont la vengeance avait sans doute puni la multiplication des hommes. Pour paraître devant les autels, on évitait tout ce qu’on regardait comme une souillure. On voulut que le mal fût impossible, ou que le dévouement fût attesté; on mutila les uns, mais que les autres étaient seulement rasés, ou circoncis. Des femmes épilées et nues dansaient devant le bœuf saint, et la nudité fut prescrite pour les fonctions de sacrificateur. Chez les modernes on a vu de semblables prétentions à une pureté toute particulière; elle s’éloignait de celle

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soin, mais elle n’était pas beaucoup pou | étrange (10). (|

Les épidémies qui renaissent constammen | sous diverses formes, la petite vérole si dan gereuse encore dans de vastes régions, la hil deuse maladie d'Haïti, enfin l’éléphantiasi] dont l’Abyssinie, le Congo, les Moluques et Il Bengale ne paraissent pâs délivrés, que le Africains portèrent dans les Antilles, et don] on a vu des traces jusqu’en Provence, en Hol| lande, ou en Écosse, tous ces fléaux seraient insuffisans pour balancer l'accroissement di population que nos lois excitent. Mais, tandiü qu’on lutte contre des calamités presque iné vitables, on reproduit sans relâche les mau:)

que les hommes doivent aux HORS on en}

leurs penchans (11), ou une passion pouil la guerre, qui, sans nécessité même, inter’ rompra les plus douces habitudes. La multi:

tude verra d’un œil prévenu ces travers qui seront principalement son ouvrage; chacuri s’y conformera docilement, et si pourtant ils sont désapprouvés quelque part, beaucour d’hommes diront que ce blâme est une singularité, ou même une innovation alarmante.

Pour que cette doctrine austère, ou cette manie de la constante répression des désirs se perpétuât, c'était assez sans doute qu’elle fûti admirée; mais d’autres pat, contribuèrent

à la faire adopter parmi nous, et ils lui conservent pour long-temps encore des partisans. De temps immémorial, dans presque toutes les contrées les plus habitées, les lois supposent qu’une forte partie de la population doit rester grossière et indigente. Que cette populace se multiplie, qu’elle travaille, qu’elle ne vole pas ses maîtres, qu’elle soit désunie et patiente : le US son affaire. Quand les choses sont disposées avec cette sagesse, l’amour peut entrainer un grand nombre de gens à des excès honteux ou criminels. Les inconvéniens de Pamour devaient donc frapper les chefs, les princes du peuple; ils se ressouvenaient eux-mêmes du délire que peuvent occasioner ces émotions,

et généralement ils n’étaient plus d’âge à chercher, ou peut-être à comprendre les ressources qu’un véritable législateur trouverait dans des penchans impérieux, mais susceptibles de tant de modifications. | | D’autres ont renoncé au plaisir dès leur jeunesse, et ils n’ont pu conserver de viril que les regrets; en proscrivant la volupté, en intimidant la conscience, ils obtinrent un ascendant opiniâtre. L’agitation de l'amour timoré offrant plusieurs moyens d’exercer sur les esprits une influence conforme à l’insatiable idésir de dominer sourdement, les ministres de Idivers cultes recommandèrent la continence.

Is étaient sûrs d'obtenir beaucoup de soumision, en exigeant des sens ou du cœur un cer-

tain nombre de sacrifices. L’amour a sing lièrement contribué à l’autorité du sacerdat en Occident : on aurait pu s’éloigner du ti} bunal de pénitence pour éviter d’autres aveul mais ordinairement ceux de l'amour sont doi!

à faire, et d’ailleurs ils ont dû paraître qd} rieux à entendre.

Dans le mélange qui compose notre moral d’excellens préceptes, transmis et perfectia nés à travers les âges, se trouvent confondil avec l’abstinence rigoureuse, avec cette incori mode fantaisie que des sectaires ont vaniil comme la plus pure des vertus. Les femm! | surtout peuvent chercher dans les précep | exagérés de la continence un refuge contil des désirs trompés à d’autres égards; c’est ul mérite scrupuleux, un honneur auquel «| tient d’autant plus qu’il a coûté davantage, || qu’une longue habitude lui a déjà donné chi} d’autres victimes tous les caractères du fani| tisme.

On pourrait aussi être prévenu en faveul de la continence par la vivacité même, p4 l’opiniâtreté des sentimens relatifs à un act] qui d’abord avait semblé un besoin aveugli En remarquant que cette profondeur des affel tions de l’amour tenait à une faculté qui devail avoir beaucoup d'effets dans le monde visiblé| et peut-être dans le monde intellectuel, 0!

aura trouvé analogue à nos idées sur la per fection, de ne jamais séparer l’emploi de

forces génératives de cette fin qui leur donne tant d’importence. Une telle résolution, qui ine laisserait que très-peu d’instans pour l’usage de ces facultés essentielles, aurait quelque chose de mâle et d’honorable : mais, outre (Pinvraisemblance de l'exécution, du moins dans ce qui se trouve abandonné à l’inconstance des songes, on doit sentir que la volonté de la nature n’est point qu’on s’impose à {cet égard une loi absolue, puisque la fécondité ‘des organes surpasse considérablement les réisultats directs. De mille graines une seule iproduit un nouvel arbuste; les autres ont une idestination différente. Aïnsi, le plaisir des sens test utile de diverses manières; il exerce forte- Iment la pensée, en préparant de justes épreu- Îves, et ce serait un grand moyen de rapfprochement, de conciliation, ou même de (perfectionnement moral.

| La continence est une exception dans le mouvement des êtres, une particularité dans.

l’ordre universel. On ne doit pas la conseiller indistinctement, puisqu’ on ne saurait la prescrire toujours; mais l’équité sociale, la modération, le sentiment de l’ordre conseillent, pu exigent de fréquentes privations. Nous ne pouvons pas regarder comme un bien ce qui Attaque les droits des autres hommes, ou ce ui détruira notre propre bonheur et notre fepos. Par des raisons aussi fortes, par des onséquences aussi certaines des lois inviola-

bles, un plaisir prudent, un plaisir ‘qui né nuit à personne, et dont il n’est pas à croiré que nous ayons dans la suite quelque justé repentir, doit être mis au nombre de nos droits dans la vie ordinaire. Il devient d’ailleurs un compensation des. peines ou des sollicitudes dont elle est remplie. Le mérite d’une entièr continence est chimérique; mais ce serait ur excès non moins déraisonnable, et plus fu:

neste encore, de ne soumettre ses caprices à aucune loi.

La continence, selon la première acception!

du mot, cette fermeté, cette volonté répressive: ne peut être qu’une vertu; il est bon, dans l'intérêt du plaisir même, qu’on soit toujours maître de soi. Contenir, ou réprimer ses dé:

sirs, ce n’est pas les combattre avec obstina: tion. La raison les suspend lorsqu'il le faut; mais sans vouloir les éteindre; toutes les fois| qu’il n’est pas criminel, humiliant, ou dangereux de les suivre, elle les autorise, et elle en approuve la liberté naturelle. Ce qui est tou-| jours convenable, et pour l'individu, et pou la société même, c’est la réunion de l’honnêteté et de la Liberté : quand cette alliance est vraie, elle a quelque chose de sublime.

L’inutilité des privations n’est pas la seule objection à faire contre une extrême sévérité. N’est-il pas à craindre qu’on se jette dans le désordre, en haine d’un ordre défectueux, ou d’une règle trop austère? Si toute résignatio

était à fa fois un acte, et un moyen de vertu, les harems, ainsi que les couvens, renfermeraient toujours beaucoup de femmes admirables. S’il en est autrement, s’il faut donner au mot de vertu un sens plus élevé, parmi tant d’Européennes dont la conduite est régulière, celles dont la chasteté n’a d’autre soutien que l’asservissement à des opinions irréfléchies, ne sont pas réellement vertueuses, quelque louable que paraisse léur retenue. Aux yeux de celui qui, ne se bornant pas au moment présent, ne se laisse jamais surprendre par une application vague des meilleures maximes, l’entière abstinence peut n’être pas moins insensée que la licence même. Une pureté imaginaire serait une faiblesse très-propre à corrompre la morale : des principes mal combinés s’altéreront au lieu de se féconder mutuellement (12).

La force des engagemens, et la modération, ou la prévoyance, Sont des dispositions de la nature aussi utiles que les penchans les plus impérieux. Quand on ne sait pas concilier ces diverses lois, on appelle vertu l’opiniâtreté avec laquelle on suit précisément celles que d’abord on aurait voulu changer. Des hommes Justes au contraire, des sages, les connaissant toutes, les suivraient toutes également. \Celui-là seul s’approche de cette perfection, qui ne redoute aucun sacrifice pour faire son devoir, quelle qu’en soit l'étendue; mais qui hors de là se plaît franchement à à contenter ses on

Susciter des difficultés sous prétexte d’exer! cer l’ame, c’est ouvrir une source d’erreurs: Si vous voulez vous affermir, préférez simple: ment les occasions qui demanderont une rail ‘son courageuse, et qui seraient négligées pal le commun des hommes. N’entreprenez pa un travail stérile; les vertus indispensables sont assez difficiles dans plusieurs circons: tances, et 1l reste à faire assez de choses plus dignes de vos généreuses résolutions. Le cou: rage réel est plus patient qu’audacieux; les obstacles ne l’étonnent pas, mais, loin de les chercher, il n’affecte jamais une préférenca farouche pour ce qui sera plus pénible, et non plus convenable. La sagesse doit rester franche et pleine de candeur, mais elle ne peut jamais devenir inconsidérée : la sagesse humaine ne saurait être autre chose qu’une manière habituelle de vouloir, ou d’agir librement, d’après la recherche impartiale du vrai et de l’honnête. |

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