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sorte. Il faut pourtant avouer que si l’affeeta: tion de supprimer, autant qu’il se peut, dansé notre conduite extérieure tout souvenir positif d’une action que nous ne saurions évitei elle-même, n’a pas commencé chez des hom-+ mes éclairés, quelques hommes adroits ont dû s’en promettre de spécieux avantages. Ils ont dû se dire qu’une morale servile conviendrait à une multitude qu’ils achèveraient d’avilir par! d’autres maximes, et ce système n’est pas inconnu aujourd’ hui, dans les royaumes les plus vantés.
Le dogme de deux causes générales produisant tous les phénomènes, quelque erroné qu'il paraisse quand on l'interprète mal, quand on n’admet pas en même temps une!
autre cause première, ce dogme était du moins une conception vaste. En se rappro-!
chant de cette hypothèse, on a ébauché quel-| que symbole de la force animée, ainsi que!
des propriétés passives dont les combinaisons: maintiennent le monde. Comme on ne s’efforçait pas alors de découvrir dans presque toute chose un côté plaisant ou défavorable, l'organe de la génération, loin de paraître rappeler de. honteux besoins, devint le signe religieusement consacré dés faveurs célestes. On l’avait même choisi pour être l'emblème de la nature! universelle; effectivement la fécondité caractérise la nature, et sa force est de conserver aw moyen du renouvellement (13). Le lingam, et.
le pulleiar parmi les Hindous, le phallus dans
le culte isiaque, et, dit-on, dans les mystères |d’Éleusis, furent l'objet de la vénération pulblique. Les Assyriens, les Phéniciens, les Chaldéens, les Égyptiens, les Grecs, ou même les Romains, et les peuples du Mexique et du Congo parurent d’accord en cela. Dans la plupart de ces contrées de jeunes vierges porjtaient un phallus de forte dimension au milieu | des processions, ou des pompes, et on croit | que ce fut d’abord en mémoire du grand tau- ‘reau, l’ancêtre des espèces vivantes.
Il n’était pas étonnant que l’on eût pris pour une figure de la force générale ce qui [rappelait assez bien les impénétrables opéraftions de la nature (14). Cet emblème n’était pas noble à tous égards; mais on a prouvé kdepuis qu’un choix plus ridicule n’avait rien d’impossible. Ceux qui ont préféré ce dernier ssimulacre dont il faut déguiser le véritable om, devraient ne pas sourire avec mépris Ilorsqu'ils rencontrent dans les cabinets des curieux les petites idoles que de certains resorts achevaient de rendre vénérables aux yeux des gens superstitieux de cette époque.
.La nature même indique comme la plus i importante faculté de l’animal celle qui lui proicure les émotions les plus douces qu’il conmaisse dans la vie ordinaire, et les plus fortes qu’il puisse éprouver sans souffrir. Des légis-. lateurs ont su voir dans ce qui appartient à
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| 72 DES MŒURS | l’union des sexes un des principaux mobiles de la vie humaine. Par une suite de ces idées dans des temps si différens du nôtre, l’organa viril n’a plus été l'instrument d’une fonction brute et aveugle; on y voyait une expressior| énergique du mouvement qui reproduit tous les êtres. Au milieu des choses terrestres, il était, en ce sens, ce que paraît être lé soleil dans la partie de l’univers où nous sommes placés. Ces deux figures, les plus caractéris: tiques qu’on pût choisir, ont été souvent adop: tées en même temps, soit chez les Orientaux!
soit dans leurs colonies du Nouveau-Monde!
Les brahmes avaient une statue qui repré:
sentait l’ensemble des choses, et qui réunissait les deux organes. L’un se rapportait au soleil! et désignait les principes de fécondité qui des: cendent des régions supérieures; l’autre était la lune, et le monde sublunaire qui est animé, perpétué, vivifié par cette communication des forces d’en haut. Dans le Bhaguat-Geeta Kreeshna dit à Arjoon : Le grand Brahme (1 nature perpétuellement féconde) est la matière où je place les fœtus; je suis le père qui distribue toute semence (15).
On objectera que ces idées occasionaient divers écarts, et particulièrement la prostitution dans les temples. Mais du moins les effets d’une sorte de prostitution que les erreurs du culte avaient établie, ou qu’elles faisaient tolérer dans plusieurs pays, n'étaient pas
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avilissans comme le sera toujours le désordre. Le mal sur lequel on s’abuse, dégrade beaucoup moins que celui qu’on fait en le connaissant, en sachant qu’on se livre à la bassesse, et qu’il faudra désormais en prendre l’habitude. Quelquefois même des fautes héroïques, des fautes nuisibles sans doute à la société, agrandirent pourtant sous un rapport le caractère de Pindividu. On ne peut être perverti que par une suite d’actions contraires aux devoirs dont on ne saurait se dissimuler la réalité. Ce qui est’ immoral c’est surtout ce que nous croyons illicite. Quant à ce qui nous déshonore extérieurement, c’est ce que nos compatriotes regardent comme déshonorant, et non point ce qui passera pour tel dans un autre siècle. Si d’ailleurs les maximes d’une morale équivoque peuvent jeter un peuple dans de longs travers, c’est parce que les lumières lui manquent pour sortir d’une situation qu’il blâme lui-même, et qui lui inspire peu de confiance. S’apercevant qu’on ne fait pas bien, et ne Sachant comment on pourrait mieux faire, chacun prend le parti de céder à sa passion. Ainsi se trouveraient jJustifiés, Jusqu'à un certain point, les auteurs qui ont proposé une prostitution légale, et qui ont moins considéré les graves inconvéniens d’un semblable établissement, que la secrète dépravation, ou les autres misères dont il leur paraissait le terme naturel (16).
DU SYSTÈME MORAË