‹ De l'amourChapitre 3 sur 67 · C.-A. V. DE BOISJOSLIN · texte numérisé non relu

C.-A. V. DE BOISJOSLIN

L'ouvrage à consulter sur Etienne Pivert de Se-

mancour (1770-1846) est celui de Jules Levallois, Un précurseur : Senancour. Avec des documents iné- -dits; Parls, H. Champion, 1897, in-8°.

Les devoirs et les convenances qui résultent de l’union des sexes ont formé de tout temps une des questions les plus embarrassantes que les législateurs eussent à résoudre. Un excellent traité de l'Amour serait une partie consi- -dérable de l’important ouvrage où on réunirait les principes, les lois, les conséquences de la morale pour les cités, ou pour les familles : cette seule partie aurait une longue influence sur les destinées des peuples. Borné presqu' à des considérations relatives à ce qu’on sait être en usage, l’aperçu que l’on donne ici, fût-1il plus achevé, n’offrirait encore qu’un petit nombre de chapitres du traité complet sur l'Amour. Quant au grand ouvrage qu’on pourrait intituler de la Raison des choses humaines, heureux l’homme qui le terminerait, et qui saurait en faire aimer les conclusions fécondes, ou invincibles (1)!

Cet essai sur l’Amour a paru en 1806; il a été réimprimé en 1808. La seconde édition était encore très-défectueuse. Malgré le nombre des corrections faites depuis, malgré des additions et quelques retranchemens, les traces de l’ancienne imperfection du livre subsistent, Du moins, il a pour destination de combattre

une légèreté qui fait méconnaître les principes, ou une austérité qui les altère. Peut-être servira-t-il à persuader quelques hommes dans le secret de la conscience : ce n’est pas tout ce qu’on eût désiré, mais c’est tout ce qu’on peut attendre.

Plusieurs passages de ce volume s’accordent imparfaitement, au premier coup d’œil, avec des maximes générales sur lesquelles Pauteur -insistera dans l’occasion, soit ici, soit ailleurs. Mais en admettant l’état présent de la civilisation, les séductions de l’amour, comme les émotions voluptueuses, doivent être observées surtout chez les hommes qui n’ont pas trouvé, dans des réflexions profondes, un moyen d’obtenir le silence des aveugles désirs, et même le renoncement à la plupart des biens extérieurs. |

Cet écrit, sur un sujet qu’on n’avait peutêtre traité sérieusement dans aucune langue, présentait une difficulté principale qui n’a pas

été surmontée avec assez de bonheur : il fallait, en disant ce que l’amour doit être parmi nous, indiquer ce qu’il pourrait être dans des sociétés très-différentes. Il fallait réunir, et pourtant distinguer, ces deux considérations souvent indépendantes l’une de l’autre; mais il est à craindre que cette distinction ne soit pas toujours ‘exprimée assez clairement pour -des lecteurs peu attentifs. Si on veut entendre

réellement de certaines pages, il importera de

ne point perdre de vue l'intention dans la- quelle est écrit le livre entier. '

Il n’est nullement contradictoire d’invoquer des maximes plus exactes, pour éviter la con-

fusion morale où jettent tant de frivolités, et

d’établir en même temps que la déraison seule, ou un reste de fanatisme, opposeraient à de voluptueux penchans une règle inutilement sévère. Cette rigueur trop constante, cette austérité ne fut jamais qu’une sorte de préoccupation superstitieuse ; mais l’abus du plaisir et le désordre ne sont pas moins funestes: Il

y'aurait plus de justesse, plus de repos, sous

une loi indulgente, moins uniforme, et mieux observée. L’inquiétude de l’esprit connaîtrait des limites; on réprimerait des vœux inconsidérés, ou des prétentions jalouses. En prévenant la mollesse, en ne souffrant aucune li- cence, ou aucun subterfuge, on laisserait de la

; liberté dans ce qui n’est pas contraire à l’intérêt général; ce serait se conformer aux vrais

principes des sociétés humaines.

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