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DES RAPPROCHEMENTS

années de l’homme. Au contraire les femmes, moins bornées toutefois, sont assujetties d’une manière inégale; elles ont des momens et des saisons de retraite qui durent éloigner d’elles plusieurs hommes. Ces diverses causes naturelles de retenue chez l’un et l’autre sexe avaient un grand avantage, celui de prévenir toute habitude trop constante, tout prétendu besoin trop exigeant, et d'empêcher ainsi que l'étendue généralement nécessaire des désirs ne vint à épuiser les forces par l’effet de la cohabitation. Mais aussitôt qu’un homme, sans vouloir en aucun temps renoncer aux voluptés, en perdit le véritable instinct, dès qu’il s’aperçut qu’une femme ne lui était pas absolument nécessaire, de bizarres fantaisies prirent la place des penchans qui s’affaiblissaient. En réduisant pour ainsi dire la jouissance à de certains calculs, avec la triste curiosité d’un anatomiste, il quitta les femmes, comme s’il était possible de les remplacer jamais. Il eut peut-être aussi le malheur de trop songer aux Changemens que font subir l’enfantement, les progrès de l’âge, et quelquefois les plaisirs, ou à des occurrences aussi répétées que les révolutions d’une planète qu’invoque souvent l’amour même (*). |

Il est dans nos sensations une sorte de délicatesse, ou même de justesse qui ne tient pas.

(*) Voyez aussi pages 51 et 52.

moins à l’étendue des idées qu’à la direction naturelle, ou à l’heureuse flexibilité des désirs. Les formes du sein, chez les femmes, rappellent d’une manière si expressive les idées de reproduction et le but de l’amour, qu’on pourrait regarder comme déréglées, ou du moins imparfaites les sensations d’un homme à qui la vue d’une poitrine belle et féconde ne semblerait pas à peu près indispensable au moment du plaisir. Quand on néglige cet attrait, soit par une sorte d'incapacité du cœur, soit avec l’indifférence qu’amènent les abus, on est moins éloigné de tomber dans les écarts reprochés particulièrement jadis aux Thraces et aux Grecs de la Crète, de Thèbes et d’Élis. Mais comment se fait-il qu’on ait célébré hautement de si étranges amours? Que trouvait-on de poétique dans ces ardeurs pour lesquelles on aurait pu réserver l’expression d’appétits charnels, si usités dans les livres ascétiques? Qu’un homme dénué tout à la fois de goût, de délicatesse et de principes, s’avise, dans l’occasion, de se saisir d’un autre homme, cela ne surprend pas absolument; mais ce qui est difficile à comprendre, c’est qu’au milieu de plaisirs semblables, on ait quelque chose de gracieux à se dire. Après avoir écarté volontairement toute idée de convenances naturelles et de paternité, que peut-on accorder à l’imagination, sans que ce soit un ridicule de plus? Les femmes qui n’évitent pas des

inconvéniens ee peuvent du moins supposer que C’est de leur part une sorte de L résignation, et d’ailleurs les manières folâtres qui leur sont particulières peuvent aussi donner à ces. erreurs LUS chose HAE |

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Lorsque ces besoins des sens, qui sont la cause et le fondement de l’amour, n’ont pas.

fait naître une inclination suivie, et que cependant les désirs sont impérieux, il peut être suggéré de les éluder de quelque manière. On y cède étant seul, afin d’obtenir un repos qu’on serait fâché néanmoins de ne pas perdre au premier jour dans de meilleures conjonctures. Des hommes qui vivent isolés, ou qui restent séparés des femmes dans les camps, dans les.

vaisseaux, dans les prisons, et souvent aussi des femmes vouées à une sorte de continence, prennent l’habitude d’un dédommagement.

qui toujours insuffisant et triste lorsqu'il ne fait qu’apaiser les besoins, toujours blâäâmable. quand il est fréquent, deviendra dans l'excès. aussi odieux que fatal. Les femmes en sont accusées plus encore que les hommes, et cette différence est vraisemblable à cause de la retenue extérieure d’une grande partie de leursexe. Dans plusieurs régions, particulièrement. dans les lieux les plus peuplés de l’Asie orien--

tale, les femmes n’ont pas, comme les Romaines, au temps des empereurs, l'usage journalier des bains publics, et les amusemens moins silencieux que ces réunions occasionaient. {

On dit que de certains bipèdes, promenés dans les places publiques pour lamusement du peuple, ont souvent donné de semblables exemples. Cet écart ne doit pas être particulier à notre race, ou à quelques animaux que nous tenons dans la servitude, et sans doute, il serait moins rare encore si la plupart des espèces ne manquaient pas des facilités que les singes, comme les hommes, ont le malheur de trouver dans leur conformation.

Les plaisanteries d’une servante, en habillant un enfant, peuvent l’accoutumer à des attouchemens. Une irritation légère suffit à l’âge que tout amuse, mais ce trouble prématuré commence peut être l’affaiblissement des nerfs. Plus tard l'imagination, devançant les temps, contribue à cette secrète habitude, et on fait des pertes vaines qui, même sous le rapport moral, doivent relâcher les ressorts de la vie.

Le danger est moins grand, lorsqu'il ne commence pas dès les premiers jours de la puberté, ou même avant cette époque. Dans la force de l’âge cette erreur ne paraît pas capable de détruire la santé, quand on ne s’y livre pas inconsidérément. Si des fautes de ce genre

n’ont lieu que dans un temps de solitude, ou parce qu'il semble impossible d’obtenir quelques jouissances réelles sans des inconvéniens

plus graves, si on ne fait que suspendre d’importuns désirs, ce soulagement peut être par-

donné, surtout chez les femmes à qui diverses

entraves ne laisseraient que l’alternative des

privations extrêmes, ou de l’imprudence et du

déshonneur.

Mais, bien qu’un acte irrégulier, qui n’exige point le concours des deux sexes, ne soit pas un crime, l’habitude en serait essentiellement vicieuse. Le vrai plaisir en tout genre consiste

à donner du plaisir à des êtres faibles comme

nous. De quelque nature que soient les jouissances qui n’ont point cet effet, elles ne nous rapprochent pas directement du bonheur, et il ne faut y voir qu’un simple avertissement

de former des liens heureux. Dès que l’on ob-

serve la vie, on reconnaît le néant de tous les avantages trop directs auxquels souvent nos

désirs s’arrêteraient si nous restions dans

l'ignorance. Il se peut néanmoins qu’un certain nombre d'hommes soient presque incapables de connaître d’autres biens que les biens personnels; mais on aurait mal étudié le cœur humain si on n’apercevait partout

que cette multitude dont notre morale dépourvue d’ensemble a perpétué la dégradation.

C’est une simplicité naturelle, il est vrai,

mais seulement chez des hommes grossiers, de

réduire l’amour aux seuls actes qui en soient: réellement inséparables. Ces jouissances extrémes ont si peu de durée que si elles n’étaient: pas nécessaires pour la conservation même:

des organes, les autres plaisirs d’une liberté intime vaudraient plus sans elles, que jamais: elles ne valent elles-mêmes quand elles sont dépouillées de tout ce qui devrait les accompagner et les embellir. Si on ne voyait dans: l’amour qu’un besoin direct et matériel, qu’um soulagement personnel, où pourrait regarder” comme également bonne, toute manière'de satisfaire ce besoin, ou de le tromper. Néanmoins les jouissances solitaires fatigueraient,, fussent-elles assez rares, tandis qu’en suppo sant la même réserve, il n’en est pas ainsi des vraies jouissances qui ont été préparées, eti pour lesquelles le sang ou les nerfs se trouventi émus généralement. Par un moyen étranger aux inspirations de l’amour, sans doute om peut se délivrer des désirs qui deviendraïenti impétueux, et qu’on prétendrait irrésistibles ;] mais cette commotion est aussitôt suivie de quelque amertume, parce qu’on n’a rien de ce qui précéderait, de ce qui soutiendrait læ volupté, de ce qui la rendrait inappréciable.} On ne peut sans l’altérer péniblement, 1 séparer des détails qui même dans des mœurs simples devaient l’étendre au-delà des bornes du besoin, et de telle manière que le besoi 1 parût seulement en être l’occasion. La nature;

disait M. (*), supporte mieux quelque excès des jouissances partagées, qu’un stratagème stérile par lequel on s’efforce de la contraindre. » Avec une femme aimée on passera des heures dont le souvenir ne se perdra jamais.

Seul, durant un instant, on n’obtient au milieu du silence qu’un sentiment de honte. A plusieurs égards c’est le partage des hommes qui se sont isolés de leur propre choix, et sans aucun motif honorable. Les plaisirs exclusifs produisent le vide du cœur; on ne jouit sans mélange, ou sans un triste retour, qu’en faisant éprouver à quelque autre ce qu’on éprouve

soi-même. Nous n’usons réellement des biens

qu’en les communiquant; c’est alors que nous paraissons les saisir, et qu’il en reste quelque chose au dedans de nous.

Cette loi de la nature devient plus sensible dans les divers plaisirs, en proportion de leur activité. Le sommeil est une jouissance négative en quelque sorte; par cette raison nous

pouvons, étant seuls, jouir du sommeil. Il n’en

est point de même d’un repas, surtout quand il y entre des stimulans qui paraissent mul-

tiplier les idées. Comment donc jouirait-on

seul d’un plaisir qui selon l’ordre général serait mutuel, d’une émotion, d’une volupté qui est susceptible d’exciter dans toute sa force le sentiment de l’union morale, lien fécond de

(*) Dans l’Erot.… Bibl...

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l’espèce, et lien plus particulier des individu préférés l’un par l’autre? Celui qui reste se se voit en cela sans espérance, sans avenir] privé de ce qu’il y a d’heureux dans l’amoui il n’est qu’une partie de ce tout que supposé raient des impressions si faciles à communil quer.

Dans les vrais plaisirs la variété des caressé entraîne si loin qu’elle fait oublier les langueut ou les dégoûts de la vie commune. Non-seulk ment le plaisir augmente par l'effet de cett] loi constante qui donne plus d’étendue à 1 jouissance communiquée; mais, en s’appla dissant du choix qu’on a fait, on porte milieu des vives sensations de l’amour le sen timent des avantages qu’on possède soi-mêmi:

ou de cette puissance générative qui est première des facultés corporelles.

Nul plaisir sans doute n’assure notre bom heur. Si quelqu'un pouvait prétendre à ur satisfaction durable, ce serait seuleme l’homme en qui se trouveraient des vertu

élevées, et qui influerait par de mâles travauw sur la destinée des peuples. Mais enfin, parn les dons ou les plaisirs ordinaires, un set semblera prêt à réaliser les promesses de l’imi gination, un seul suffit aux avides mouvemeri du cœur, c’est la possession de l’objet désir! quand il se donne avec une même préférenc!]

Ceux qui savent quel est sur toute notre Oo!

ganisation le pouvoir de la joie, ou de la iii

tesse, lorsque ces impressions deviennent fré-

quentes, sentiront à quel danger on s’expose en remplaçant habituellement la volupté que ‘les désirs annonçÇaïent, par un plaisir faux, et suivi de découragement, ou de reproches intérieurs. Ce mal survient dans le moment où on devrait ressentir encore des émotions très-douces, et quand il faudrait que la grace de l'intimité empêchât de s’apercevoir d’un certain affaiblissement. On est victime d’une faiblesse qui laisse sans diversion, sans asile; on ne peut échapper au sentiment de la misère humaine, et on ne trouve dans l’ame ou dans l'esprit, nulle ressource à opposer à un mécontentement dont on voit le ridicule.

Il en résulte des inconvéniens plus grands encore. L’habitude de substituer des sensations très-imparfaites au moins imparfait des plaisirs, diminue l’énergie morale, et fait particulièrement abandonner le soin de plaire. Ne voir jamais dans les voluptés que de simples soulagemens, ou un préservatif quelquefois conseillé par l'hygiène, c’est éloigner de sa pensée les perspectives favorables qui se composaient principalement des succès, des besoins, des incertitudes même de l’amour. Se séparer de la moitié du genre humain, c’est presque livrer sa jeunesse à l’indifférence qui attriste les vieillards; c’est renoncer, non pas à la plus sûre, mais à la plus douce des affections, à la seule qui puisse soutenir par quel-

ques mouvemens généreux des organes vul-| gaires. Ainsi l'indépendance de cet acte en!

fait le plus grand péril. En y trouvant des.

facilités que l’amour réel offrirait plus rarement, on abandonne une partie des doutes et:

des espérances qui exciteraient l’activité de! l’ame. Par une suite presque infaillible de ce! premier oubli, on néglige bientôt d’entretenir! en soi de certaines qualités; ne se promettant. Sous tous les rapports que des jouissances!

personnelles, on se livre à l’égoïsme, et on] apprend à regarder comme inutiles les autres! hommes, ou à se dispenser de ce qu’il faudrait] faire pour être considéré, pour être aimé, pour être consolé.

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