‹ De l'amourChapitre 53 sur 67 · DIFFICULTÉS, ETC · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS, ETC

elle les suppose, comme les sages l’ont toujours dit, cela doit s'entendre des qualités mâles, de l’élévation des pensées, de l'égalité du caractère, de la fidélité parfaite, de tout ce qui rend cette amitié facile, consolante et pleine d'abandon. Qu’y aurait-il de semblable dans une vertu contrainte qui, n’ayant à conseiller que des refus, ou des privations, au lieu d’ouvrir le dernier asile de l’indépendance, poserait des barrières naturellement importunes, et n’entretiendrait qu’une confiance discrète, ou des sentimens calculés?

On n’aimera pas long-temps ceux avec qui on aura toujours à souffrir (*). Il faudrait, ce semble, que des amis se rendissent heureux, qu’ils le voulussent du moins, qu’ils devinssent l’un pour l’autre ce qu’ordinairement des amis peuvent être, qu’ils fussent enfin ce que ne seront pas un homme et une femme aimables qui se borneront volontairement aux relations de l’amitié. Ils s’y bornent quand d’autres engagemens le leur prescrivent, et leur union en est moins profondément altérée que s’ils manquaient à leur devoir; mais elle ne vaut pas la naturelle amitié de deux caractères généreux, qui n’auraient besoin ni de réprimer leurs penchans, ni d’entretenir de coupables espérances (58).

(*) Quélques-unes de ces dernières remarques ont été imprimées ailleurs, en 1813.

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