ENTRE LES PÈRES ET LES ENFANTS
perdre s’ils viennent à mourir, tandis que la plupart des enfans ne possèdent presque rien jusqu’au décès de leurs pères. Les successions multiplient pour les hommes faibles les difficultés morales; Rousseau l’a très-bien compris. Enfin l’ordre universel exigeait sans doute que les pères aimassent leurs enfans, mais il n’importait pas de même à la conservation de l'espèce que les fils aimassent leurs pères : cette distinction seule serait décisive (359).
La castration était, vers le Bœtis, le châtiment de l’adultère, et celui du viol en Égypte. Elle a été plus récemment chez les Perses la peine réservée à la bestialité. Du moins cette mutilation paraissait indiquée par la nature même des actes qu’on voulait punir; mais elle devient un des plus monstrueux écarts de notre esprit déréglé, quand on ne se propose que de rendre plus sûre l’inspection des harems, ou quand on n’a pour objet, comme dans l’Italie moderne, qu’une certaine manière d'exécuter quelques morceaux de chant.
On a observé jusque dans les Pyrénées des traces d’un usage moins révoltant, mais plus. singulier, qu’on désignait communément sous le nom de couvade. Sans doute des formalités. par lesquelles un homme se donnât pour le père du nouveau-né, semblaient indispensables dans des États où les enfans restaient à la famille, et où cependant une liberté de mœurs, autorisée par les institutions, lais-
sait plus d'incertitude qu’on ne voudrait en. conserver parmi nous. En expliquant chaque coutume ancienne conformément à son sys-. tème général, l’auteur de l’Antiquité dévoilée regarde cette conduite des maris comme une sorte de pénitence, un signe de repentir; il: suppose que quand on avait fait naître quelque individu de l’espèce contre laquelle le ciel était irrité, on cherchait à expier une faute aussi audacieuse (60).
Des erreurs, au nombre desquelles une morale strictement exacte rangerait cette indissolubilité du mariage qui se fait redouter: par beaucoup d’hommes, des erreurs trèsrépandues ont rendu commune la prostitution. Dans des temps moins austères en un sens, déjà on avait vu des courtisanes, et les. Indous ont encore leurs Devedeschies (*), ou. les Japonais leurs Bicanis; mais nos femmes.
publiques paraissent plus viles, parce qu’il y a. dans leur cupide licence quelque chose d’opposé à l’esprit apparent de nos usages. C’est. chez elles que tant d'hommes vont prendre,.
avec la honteuse habitude de mépriser les.
femmes, celle de négliger les convenances les. plus salutaires.
Quels sentimens honnêtes conserve- -t-on quand on a perdu tout le prestige de l'amour?
(*) Esclaves de Dieu.
En vain celui des deux sexes qui a le plus de liberté extérieure voudrait établir que chez lui tout est pardonnable à cet égard.
La délicatesse dans l’ordre moral ne permet pas de prodiguer, ou même de supporter les démonstrations de l’amour, non pas seulement sans aimer, sans estimer, sans connaître, mais avec une prompte répugnance. C’est une
témérité incompatible avec l’honneur même d’aller chercher dans d’ignobles réduits, les restes de ces maux qui firent le désespoir de plusieurs millions d’imprudens.
On peut n’écouter que l'instinct pour satisfaire d’autres besoins des sens, pour prendre des alimens, ou pour se livrer au sommeil. En amour, au contraire, puisqu'il s’agit de concilier les diverses sensations de deux individus dont l'intelligence est exercée, il faut du choix, de la grace, de la pudeur, c’est-àdire quelque réserve au milieu même de l’a:
: bandon.