NOIES
principes différens des maximes et des sentimens vulgaires. Le sage ne cherche pas à devenir insensible, et il n’est pas même austère; sachant le prix des affections humaines, il se garde de confondre ce qu’elles ont de louable, avec l’intempérance des passions. Cette distinction a été faite par M. Bergasse, dans son fragment de la Liberté.
Platon, regardant, avec tant de raison, comme une même chose la beauté morale ou la justice, demande, au neuvième livre des Lois, qu’on lui accorde qu’une passion juste est belle au même degré. Mais la justice est dans l’intention, et non dans l’inclination, et cela résulte des principes que: Platon admet dans ce même livre. Il est donc difficile de comprendre ce que c’est qu’une passion juste; dès lors nous n’avons aucun motif d'admettre de belles passions. Celles où on aperçoit des traces de générosité, ou même de grandeur, sont seulement plus excusables. Aussitôt que ces mouvemens, heureux dans le principe, deviennent des passions, ils s’éloignent de la justice, hors de laquelle rien n’est beau : toute passion est désordonnée, toute passion est un écart, et l’homme juste réprime en lui les divers excès.
« Pour n’avoir hanté cette vertu suprême... ayant pour guide nature volupté pour compagne, ils sont allés, selon leur faiblesse, feindre cette sotte image triste, querelleuse, depite, menaceuse, mi- neuse, et la placer sur un rocher, à l’écart, emmy des ronces, fantôme à étonner les gens. C’est la mère nourrice des plaisirs humains; en les rendant justes, elle les rend sûrs et purs.» MoNTAIGNE.
Mais ce que Montaigne a dit du plaisir, et même d’une certaine volupté, il n’eût pu le dire des passions. Le plaisir est un délassement; la passion est
un joug. « N’épargnons, disait le confesseur de
Louis XIII, ni travail, ni étude pour nous rendre maîtres des passions. c’est le travail que Dieu nous
a donné en cette vie. Un homme qui ne s’étudie
point à la mortification de ses appétits, mène une vie très-misérable, toujours captif.…. »
« Les passions. sont une des causes les plus destructives de nos corps... Les passions dans l’institution de la nature ne doivent être que des mouve- mens brusques et passagers. Une impulsion involontaire et irrésistible devait porter l’animal à propager son espèce; mais ces momens, aussi rares qu’orageux, étant passés, il devait rentrer sous læ direction d’un instinct paisible. Dans l’état actuel: de certaines sociétés les passions ne sont qu’un accès: continuel... Elles ont acquis un tel degré d’activité en se choquant, qu’elles sont devenues un feu dé-. vorant qui consume l’espèce humaine. Ces expres-. sions ne sont pas outrées; elles sont les seules qui puissent désigner les effets réels qu’une passion vive ou lente produit sur l’économie animale. » (Système physique et moral de la femme, ch. vi.)
« L’homme dont la constitution est la plus heureuse, et en même temps la plus rare, est celui qui a ses deux vies dans une espèce d’équilibre, dont. les deux centres, cérébral et épigastrique, exercent . l’un sur l’autre une égale action, chez qui les passions animent ou échauffent les phénomènes intellectuels sans en envahir le domaine, et qui trouve dans son jugement un obstacle qu’il est toujours maître d’opposer à leur impétueuse influence.» (Recherches phys. sur la vie et la mort, BICHAT.)
Note cinquante-septième. (page 278.)
« Ne le voyons-nous pas (l’amour) varier avec le temps, les lieux, les gouvernemens, et même avec les rangs divers de la société. Tout autre en Orient qu’en Occident. La coupe du plaisir est-elle présentée ; le paysan s’y désaltère, l’homme de la société s’y enivre; et, bien ou mal traité, c’est à l’homme du monde qu’il appartient de mieux connaître et de mieux analyser cet être, moitié réel, moitié factice, ce tissu des affections les plus contraires, ce mélange incompréhensible de fureur et de tendresse, de confiance et de soupçons, de ruse et de candeur, d’espoir dans l’angoisse, et d’inquiétude dans le succès; enfin ces peines mêlées de délices, et ces délices mêlées de peines que l’on appelle amour. » (BOUFFLERS.)
Note cinquante-huitième. (page 293.)
<il est vrai que, dit Cassiodore au livre de l’A-
mitié, une affection dégénère insensiblement en une
autre. Que l’on ne s’étonne point si le sage a dit que cette conversation trop libre (avec les femmes) était un brandon dans le sein... si saint Bernard a écrit que d’être toujours avec les femmes, sans y
offenser, c’est plus faire que de ressusciter les. morts ;.… si saint Jérôme avertit qu’il les faut toutes
également aimer, ou toutes également ignorer... Il peut y avoir des amitiés entre sexe et sexe qui soient pures... mais cela n’appartient qu’à des personnes. extrêmement prudentes, plus dignes d’admiration que d imitation. » (Cour Sainte. t. V.)
du ur a ne. don
n ï « he