‹ De l'amourChapitre 65 sur 67 · ARE · texte numérisé non relu

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la vertu.» C’est fournir à des raisonneurs inconsidérés un dangereux prétexte. Pour parler comme Anthisthènes il faut du moins être pur de tout reproche, il faut oser dire : Les principes que j’annonce furent toujours ma loi, et je n’ai point consenti que les droits des autres hommes fussent violés en ma faveur; s’il pouvait arriver que je manquasse à des devoirs essentiels, aussitôt je renoncerais à cette sorte de fonction à laquelle j’ai voulu consacrer ma vie, mais dont je ne serais plus digne. Ce vieuxlangage eût paru naturel à des stoïciens, et à quelques-uns de leurs adversaires; mais, dans notre siècle, on le trouverait peut-être suranné. Il est aussi un vulgaire parmi ceux qui aspirent à être sages. Tous n’atteignent pas même à ce degré de sagesse qui peut suffire quand la haute sagesse paraît impossible. Peut-être les mâles erreurs, et la sévérité du Portique conviennent-elles encore à ceux qui ne sont que des hommes de bien, peut-être leur . faut-il une sorte de philosophie qui tienne du fanatisme. Il se peut que leurs intentions soient trop - faibles contre leurs penchans, et que leur raison ait souvent besoin d’être soutenue par des doctrines presque inflexibles. Le stoïcisme semblera même préférable pour toute une cité, quand un Plotin en demandera une à instituer, et que les valets du prince ne souriront pas, ou quand le prince ne sera . pas assez faible pour qu’un mot ironique-change ses vues. Mais le vrai sage conserverait sur toutes ses affections une pleine autorité; il n’aurait pas besoin d’une doctrine inséparable de quelque enthousiasme. | . Si nous supposons seulement des disciples de la sagesse réunis en petit nombre, des hommes éclairés, des hommes libres que rien de raisonnable ne

saurait affaiblir, nous PROC qu’ils se rapprocheraient davantage de ce qu’on peut regarder comme ayant été la pensée réelle d’Épicure. Les maximes du Portique ont été justement admirées en un sens, elles étaient belles et courageuses; mais Épicure enseignait des vérités plus souvent méconnues, et il - montra aussi de la force. Trop simple alors, la vérité alarma les écoles; il fallut calomnier un homme qui était sage trop naturellement. Si même quelques manuscrits, découverts sous les laves de l’Italie, servaient enfin à prouver qu’Épicure fut irréprochable, la tradition populaire affaiblirait long-temps encore la haute estime dont les académiciens entre ‘autres s’efforcèrent de le priver. « J’ai voulu (disaitil) conduire mes disciples au bien par les sentiers que la nature indique. Les hommes sont comme les. fleuves, ils doivent suivre sans résistance les mou- vemens que leur imprime la pente même de leur organisation. Je cherchais à adoucir les épreuves qui attendent tous les mortels dans une vie périssable. J’ai enseigné la vertu. Ces festins qu’on nous reproche, n’ont jamais été célébrés sous de riches lambris; c’était à bien peu de frais que nous nous. procurions les véritables biens de l’existence., Quet: plus bel hommage peut-on rendre à la vertu que de lui rallier tous les humains par les plus douces inclinations de leur être, et par une chaîne de sentimens. ‘agréables? Le plaisir est le souverain bien; mais. malheur à celui qui s’en rassasie ! La douleur est un mal; mais sachons l’affronter et la vaincre, quand ‘la nécessité l’ordonne. Soyons heureux; mais préférons l’infortune à tout bonheur acquis par des voies. déshonnêtes; la vertu seule doit épurer nos jouissances. Sachons surtout nous soustraire à toutes les: passions désordonnées ; elles sont corruptrices de la

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