Mémoires de madame d’Épinay, Geliotte
Prague, Klagenfurth toute la Moravie, etc., etc. Les femmes y sont fort spirituelles, et les hommes de grands chasseurs. L’amitié y est fort commune entre femmes. Le beau temps du pays est l’hiver ; on fait successivement des parties de chasse de quinze à vingt jours chez les grands seigneurs de la province.
Un des plus spirituels me disait un jour que Charles-Quint avait régné légitimement sur toute l’Italie, et que, par conséquent, c’était bien en vain que les Italiens voudraient se révolter. La femme de ce brave homme lisait les lettres de mademoiselle de Lespinasse.
Znaym, 1816.
2. Grande question. Il me semble qu’outre l’éducation qui commence à huit ou dix mois, il y a peu d’instinct.
L’amour-goût s’enflamme et l’amour-passion se refroidit par les confidences.
Outre les dangers, il y a la difïicullé des confidences. En amour-passion, ce qu’on ne peut pas exprimer (parce que la langue est trop grossière pour atteindre à ces nuances) n’en existe pas moins pour cela ; seulement, comme ce sont des choses très-fines, on est plus sujet à se tromper en les observant.
Et un observateur très-ému observe mal ; il est injuste envers le hasard.
Ce qu’il y a peut-être de plus sage, c’est de se faire soi-même son propre confident. Écrivez ce soir, sous des noms empruntés, mais avec tous les détails caractéristiques, le dialogue que vous venez d’avoir avec votre amie et la difficulté qui vous trouble. Dans huit jours, si vous avez l’amour-passion, vous serez un autre homme, et alors, lisant votre consultation, vous pourrez vous donner un bon avis.
Entre hommes, dès qu’on est plus de deux et que l’envie peut paraître, la politesse oblige à ne parler que d’amour physique : voyez la fin des dîners d’hommes. Ce sont les sonnets de Baffo 1 que l’on récite et qui font un plaisir infini, parce que chacun prend au pied de la lettre les louanges et les transports de son voisin, qui bien souvent ne veut que paraître gai ou poli. Les charmantes tendresses de Pétrarque ou les madrigaux français seraient déplacés.
1. Le dialecte vénitien a des descriptions de l’amour physique d’une vivacité qui laisse à mille lieues Horace, Properce, La Fontaine et tous les poètes. M. Rurati, de Venise, est en ce moment le premier poëte satirique de notre triste Europe. Il excelle surtout dans la description du physique grotesque de ses héros, aussi le met-on souvent en prison. Voir 1 Elefnnleide, YUomo , la Slrefeide.