Livourne
Ja raison ; et elle a été jusqu’à trois mois de suite sans lui donner de sujets de plainte. Il avait établi une pique d’amour-propre choquante, sous beaucoup de rapports, entre sa maîtresse et sa fille.
La pique triomphe dans l’amour-goût, dont elle fait le destin. C’est l’expérience par laquelle on différencie le mieux l’amour-goût de Famour-passion. C’est une vieille maxime de guerre que l’on dit aux jeunes gens, lorsqu’ils arrivent au régiment, que si Fon a un billet de logement pour une maison où il y a deux sœurs, et que Fon veuille être aimé de l’une d’elles, il faut faire la cour à l’autre. Auprès de la plupart des femmes espagnoles jeunes, et qui font l’amour, si vous voulez être aimé, il suffit d’afficher de bonne foi et avec modestie que vous n’avez rien dans le cœur pour la maîtresse de la maison. C’est de l’aimable générale Lassale que je tiens cette maxime utile. C’est la manière la plus dangereuse d’attaquer Famour-passion.
La pique d’amour-propre fait le lien des mariages les plus heureux, après ceux que l’amour a formés. Beaucoup de maris s’assurent pour de longues années l’amour de leur femme en prenant une petite maîtresse deux mois après le mariage1. On fait naître l’habitude de ne penser qu’à un seul homme, et les liens de famille viennent la rendre invincible.
Si dans le siècle et à la cour de Louis XV Fon a vu une grande dame (madame de Choiseul) adorer son mari2, c’est qu’il paraissait avoir un intérêt vif pour sa sœur la duchesse de Grammont.
1. Voiries Confessions d'un homme singuliei' (Conte de mistress Opie).