‹ De l'amourChapitre 63 sur 75 · Yolney, Tableau des États-Unis d'Amérique, pages · texte numérisé non relu

Yolney, Tableau des États-Unis d'Amérique, pages

ment ne donne aucun signe de douleur, mais qui brave et défie ses bourreaux par tout ce que l’orgueil a de plus hautain, l’ironie de plus amer, le sarcasme de plus insultant; chantant ses propres exploits, énumérant les parents, les amis des spectateurs qu’il a tués, détaillant les supplices qu’il leur a fait souffrir, et accusant tous ceux qui l’entourent de lâcheté, de pusillanimité, d’ignorance à savoir tourmenter ; jusqu à ce que, tombant en lambeaux et dévoré vivant sous ses propres yeux par ses ennemis enivrés de fureur, le dernier souffle de sa voix et sa dernière injure s’exhalent avec sa vie U Tout cela serait incroyable chez les nations civilisées, paraîtra une fable à nos capitaines de grenadiers les plus intrépides, et sera un jour révoqué en doute par la postérité. »

Ce phénomène physiologique tient à un état particulier de lame du prisonnier qui établit entre lui, d’un côté, et tous ses bourreaux de l’autre, une lutte d’amour-propre, une gageure de vanité à qui ne cédera pas.

Nos braves chirurgiens militaires ont souvent observé que des blessés qui, dans un état calme d’esprit et de sens, auraient poussé les hauts cris durant certaines opérations, ne montrent, au contraire, que calme et grandeur d’âme s’ils sont préparés d’une certaine manière. Il s’agit de les piquer d’honneur ; il faut prétendre, d’abord avec ménagement, puis avec contradiction irritante, qu’ils ne sont pas en état de supporter l’opération sans jeter des cris.

1. Un être accoutumé à un tel spectacle, et qui se sent exposé à en être le héros, peutn’être attentif qu’à la grandeur d’âme, et alors ce spectacle est le plus intime et le premier des plaisirs non actifs.

Page 1