‹ De l'amputation tibio-tarsienne, et, parallèle de cette opération, de l'amputation sus-malléolaire et de l'amputation de la jambe au lieu d'electionChapitre 1 sur 13 · J. -B. DE MORTIER, IMPRIMEUR DE L’ACADÉMIE, RUE DE NAMÜR · texte numérisé non relu

J. -B. DE MORTIER, IMPRIMEUR DE L’ACADÉMIE, RUE DE NAMÜR

DE

L’AMPUTATION TIBIO-TARSIENNE.

Bien que la chirurgie conservatrice cherche à diminuer tous les jours le nombre des cas qui nécessitent l’amputation des membres, on rencontre cependant encore des lésions qui obligent d’avoir recours à cette dernière ressource afin de pouvoir conserver la vie. Il n’est donc pas inutile de continuer à étudier les amputations, d’autant plus que cette étude peut avoir un intérêt d’actualité.

Il est de règle, lorsqu’on ampute un membre, de le faire à une distance aussi éloignée que possible du tronc. Cette règle, qui dérive du principe conservateur, ne souffre aucune exception pour le membre supérieur ; il n’en est pas tout à fait de même pour le membre inférieur. En effet, beaucoup de chirurgiens préfèrent encore l’amputation de la cuisse à la désarticulation de la jambe, quoique Blandin, Baudens (1), M. le professeur Velpeau, après eux M. le docteur Ollagnier dans un mémoire remarquable (2), M. Maisonneuve (3) et

(0 Clinique des plaies d’armes à feu , pag. 536 et Académie des sciences, séance du 17 décembre 1853.

(2) Gazette médicale de Paris , année 1849, pag. 84, 123 et 161.

(3) Académie Impériale de Paris , séance du 19 août 1854.

d’autres aient donné de bonnes raisons en faveur de l’amputation dans l’article.

J’ai eu occasion, il y a plusieurs années, de désarticuler la , jambe pour une lésion traumatique récente qui était au-dessus de toutes les autres ressources de l’art: cet amputé a succombé à une infection purulente dix-huit jours après l’opération.

Ce n’est que depuis les travaux de M. Goyrand d’Aix et Lenoir, que l’on pratique l’amputation de la jambe à la partie inférieure. On se rappellera sans doute que j’ai présenté à l’Académie royale de médecine (i), un homme auquel j’avais fait une double amputation sus-malléolaire et qui au moyen des membres artificiels de M. Martin, marchait tellement bien qu’il pouvait monter et descendre les escaliers sans s’aider d’une canne et môme sans se tenir à la rampe. J’ai revu plusieurs fois cet opéré et il sait faire des marches de plusieurs lieues sans jamais souffrir des moignons.

Il n’y a qu’une vingtaine d’années que l’on a adopté l’amputation dans l’articulation tibio-tarsienne. En France, en Angleterre, en Allemagne, plusieurs travaux ont été publiés, dans ces derniers temps, sur cette désarticulation. En Belgique, aucun cas de cette amputation n’a été jusqu’à présent rendu public. Il est cependant vraisemblable que d’autres chirurgiens que moi y ont eu recours.

Malgré les nombreux travaux qui ont été publiés en faveur de l’amputation sus-malléolaire et de la désarticulation tibiotarsienne, les chirurgiens sont loin d’être d’accord sur la question de savoir s’il faut préférer ces amputations à celle pratiquée à la partie supérieure de la jambe et si la désarticulation tibio-

(i) Séance du 28 avril 1844. Bulletin de l’ Academie royale de médecine de Belgique , tome 111, pag. 564.

tarsienne est préférable à l’amputation sus-malléolaire. Les doutes sur la valeur relative des amputations que je viens de nommer, se trouvent surtout énoncés dans les discussions et les travaux de la Société de chirurgie de Paris, qui est inconlestablement une des premières sociétés de chirurgie du monde.

Ayant eu occasion de pratiquer l’amputation tibio-tarsienne, j’ai pensé que je ferais bien de publier ces cas et en même temps de taire connaître mon opinion sur la valeur thérapeutique de cette amputation, en la comparant aux amputations qu’elle est appelée à remplacer. Je n’ai pas la prétention de donner du neuf; mon travail est un simple tribut que j’offre à la chirurgie sur une question encore en litige.

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