DES SCIENCES ET DE MEDECINE
MÉDECIN DE L'HÔPITAL DE LÀ CHARITÉ, ElC.
Hommage respectueux de son dévoué confrère
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1. On peut avancer, sans craindre d'être contredit, qu'il n'est peut-être pas un médecin, ayant déjà quelques années de pratique qui n'ait observé plusieurs fois, chez un même individu , la coïncidence fâcheuse de symptômes scrofuleux avec la présence de tubercules, soit dans les poumons, soit dans quelque autre point de l'économie.
2. Les affections scrofuleuses, même quand elles restent pures de toute complication, sont encore, sans nulle espèce de doute, des maladies graves, très-graves même, puisqu'elles peuvent dans quelques cas, assez peu nombreux heureusement, se terminer par la mort. Mais enfin on peut avancer qu'elles sont curables, soit qu'on les combatte par les préparations ferrugineuses , soit par les préparations d*or, soit par l'iode et ses composés, soit par les huiles de
(1) Tel était le sujet d'un prix fondé par feu le baron Portai. L'Académie royale de médecine ( dans sa séance publique du 14 décembre 1847) en donnant le prix à M. le docteur H. Lebert, a accordé une mention honorable au Mémoire de M. le docteur A. Legrand, portant le n° 7.
foie de morue et de raie, plus appliquâmes toutefois au Êraîtement du rachitisme, soit par les toniques, soit enfin par un régime convenable. Cette heureuse condition de curabilité, elles la perdent presque nécessairement sitôt qu'elles se compliquent de la présence de tubercules dans les poumons ou dans le cerveau, puisque dans l'état actuel de la science il est encore permis, malheureusement, de douter de la curabilité des affections tuberculeuses du poumon et du cerveau.
3. Nous avons cru devoir réserver ici les affections tuberculeuses du mésentère, vu leur curabilité dans quelques cas, condition qui devra amener à rechercher si le carreau ne diffère des autres affections tuberculeuses que par son siège ou s'il en diffère essentiellement.
4. Quoi qu'il en soit de cette dernière réserve, on voit de prime abord l'immense intervalle qui sépare les maladies scrofuleuses des affections tuberculeuses 5 celles -ci étant presque nécessairement mortelles, tandis que les premières sont presque toujours curables.
5. De la première proposition qu'on a formulée au début de ce mémoire, de la coïncidence fréquente des scrofules avec les tubercules , on arrive facilement à conclure l'analogie qui existe entre ces deux affections. Gette analogie ne se trouve-t-elle pas encore mieux établie par ce fait fréquemment observé par l'auteur de ce mémoire de la transformation, par la filière de la génération , des affeclions tuberculeuses en maladies scrofuleuses, et vice versa, mais en reconnaissant que cette seconde condition est moins fréquente que la première , qu'elle est môme contestable.
S. Les maladies scrofuleuses sont curables, avons-nous
dit, les affections tuberculeuses ne le sont généralement pas. Cette différence dansle résultat final doit être la conséquence de quelque différence dans l'essence même des deux maladies. Et, un intervalle aussi grand se trouvant entre elles, il intéresse à un haut point de l'agrandir encore en rendant plus saillants les points de dissemblance existants entre ces deux ordres d'affection. Oui, c'est ainsi qu'il faut procéder jusqu'à ce qu'il soit, au contraire, permis de combler l'intervalle qui les sépare en découvrant quelque agent thérapeutique ou quelque nouvelle méthode de traitement qu'on puisse heureusement opposer aux affections tuberculeuses proprement dites.
7. Il faut donc, dans un intérêt scientifique et dans un intérêt humanitaire, rechercher avec un soin minutieux si cette différence qui existe dans l'essence de ces deux maladies ne se trahit pas par quelques symptômes qui permettraient de mieux établir le diagnostic entre elles deux, ce qui constitue la science du médecin , et de proclamer son pronostic longtemps à l'avance, ce qui fait sa gloire. Et puis le diagnostic de ces deux maladies, reposant sur des bases plus solides, le praticien pourrait marcher d'un pas plus ferme vers la guérison, qui doit être le but constant de ses effurts; car c'est là ce qui constitue l'utilité des sciences médicales.
8. Commençons donc par établir la fatale analogie qui existe entre les tubercules et les scrofules ; nous rechercherons ensuite les points qui les différencient.
9. Dans cette double investigation , nous nous efforcerons de ne marcher jamais qu'éclairé du flambeau de l'anatomie pathologique, convaincu que nous sommes que nous ne pourrons jamais nous égarer tout le temps qu'il
nous sera permis de nous avancer au milieu des lumières qu'il projette de toutes parts dans la science. Si elles viennent à nous manquer, nos pas sans doute deviendront plus timides, et , si nous n'atteignons point absolument le but indiqué par le savant Portai, nous nous efforcerons du moins d'en approcher le plus près possible.
10. Parmi tous les symptômes, considérés pendant longtemps comme purement scrofuleux, figurent en première ligne les engorgements des glandes du cou, désignés antérieurement sous le nom cYécrouelles , et que nos rois (1) pétendaient avoir seuls le pouvoir de guérir. Morton (mort en 1698), qui exellait, disent les biographes, dans la cure de la phthysie, nous paraît être le premier qui ait soupçonné la corrélation qui existe entre les ganglions cervicaux et la présence de tubercules dans les poumons, et il a écrit, à propos de la phthysie pulmonaire, ces mots pleins de justesse et qui prouvent toute la sagacité de ce médecin : E tumoribtjs scrofulosis sumendtjm est dia-
GNOSTICUM.
11. Plusieurs faits, observés dès l'année 1831, nous ont permis d'apprécier toute la valeur de cette phrase, qui peut être considérée comme un véritable aphorisme. Ainsi, au mois de décembre de cette même année (1831) nous fûmes
(1) Clovis (né en 405 — • mort en 511) paraît être te premier qui ail eu cette prétention , partagée plus tard par un roi d'An* gleterre (Edouard, le Confesseur, qui florissait en 1041), prétention singulière, mais qui prouve, qu'à cette époque reculée, on connaissait en Europe les maladies scrofuleuses et leur in« ctirabilité»
appelés pour donner des soins à la sœur Ursule, qui était déjà parvenue à la dernière période de la pbthysie pulmonaire et qui ne tarda point à succomber. Elle était arrivée à la communauté six mois avant de mourir, et elle portait alors au côté gauche du cou un engorgement glanduleux considérable ; elle n'avait pas tardé à cracher du sang (1), et ensuite la matière de l'expectoration était devenue purulente. L'engorgement avait dès ce moment commencé à diminuer, et au fur et à mesure que les poumons devenaient plus malades, il allait décroissant, au point qu'au moment de la mort, il en restait à peine des traces.
Nous avons encore momentanément soigné (février 1836) le jeune B***, qui mourut à l'âge de 11 ans 5 mois* en offrant tous les signes les plus évidents de la phlhysie pulmonaire, et toutes les circonstances qui avaient précédé sa mort, confirmaient ce diagnostic. — Il portait au cou les traces de nombreux et anciens engorgements des glandes, et, plusieurs de ces glandes, quoique en grande partie fondues, suppuraient encore au moment de la mort. B*** était malade depuis six ans, et c'était aussi chez lui par l'engorgement des glandes du cou qu'avait débuté sa maladie.
(1) On nous verra souvent , dans le cours de ce Mémoire , invoquer Y Hémoptysie comme un moyen de diagnostic au sujet de la tuberculisation pulmonaire. C'est qu'en effet , nous sommes fort convaincu , avec MM. Andral et Louis, que c'est un des moyen les plus certains de diagnostic, quand la percussion et l'auscultation ne fournissent encore aucuns renseignements.