‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 21 sur 70 · VINGT-QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME OBSERVATION

Tumeur blanche du coude. — Tubercules dans le mésentère.

Le 18 août 1844, nous avons constaté le décès de Louise-Adélaïde Guitteaux, qui avait succombé, à l'âge de 12 ans, après sept mois de maladie. Ce fut M. le docteur Gillet, notre collègue au bureau de bienfaisance et médecin des hôpitaux, qui la soigna dans celte dernièremaladie ; aussi nous adressâmes-nous à lui pour nous éclairer sur les conditions pathologiques de cet enfant, qu'il ne nous fut pas permis d'ouvrir. Nous lui donnâmes en môme temps les renseignements suivants :

« Nous avons donné des soins à Louise (du 8 juin au

17 septembre 1840) pour une tumeur blanche avec ankilose incomplète , qu'elle portait au bras gauche, et dont vous avez encore pu remarquer des traces. Elle a été alors traitée par la méthode aurifère, et une grande amélioration a été obtenue dans l'état de l'articulation dont le volume avait considérablement diminué et qui avait retrouvé quelque mobilité, grâces sans doute aussi à des mouvements forcés qu'on lui faisait faire matin et soir ; une plaie iistuleuse, qui existait alors, s'était aussi cicatrisée, après avoir fourni une suppuration de bien meilleure nature, que celle qui existait avant le traitement. La santé générale s'était aussi améliorée, la petite malade s'était fortifiée et avait grandi, mais elle était toujours restée maigre, et fort maigre. Je ne me rappelle pas quels renseignements m'avaient fournis la percussion et l'auscultation, mais j'ai toujours soupçonné chez cette jeune fille l'existence de tubercules dans les poumons, soupçon dans lequel j'étais fortifié

par l'aspect chétif et maigre de la mère. »

« Voici dans quels termes me répondit M. le docteur Gil-

let; on verra combien sa réponse porte le cachet du véritable praticien.

« Cette jeune fille, ainsi que son frère aîné, m'a paru « d'une constitution éminemment lymphatique; mais chez « elle, de plus, pendant tout le temps que je l'ai soignée, « j'ai constaté l'élément tuberculeux. C'est celte cause « qui m'a semblé dominer les diverses affections dont je « l'ai traitée. Cependant je dois le dire, l'auscultation, au- « tant que j'ai pu la pratiquer dans l'état de faiblesse où « elle s'est trouvée si longtemps, ne m'a point révélé de « cavernes ni de signes de ramollissement. Celait une t'ai- « blesse générale du bruit respiratoire, un développement

« de l'expiration dans les régions supérieures de la poi- «« trine. En un mot, les tubercules me paraissent avoir « exercé leur action délétère, moins dans la poitrine que « dans les autres cavités.

« Ainsi pendant longtemps il a existé chez elle à un haut « degré des symptômes de péritonite*, mais la lenteur avec « laquelle ils ont marché malgré leur intensité, les inter- « valles de repos qu'ils ont laissés pour reparaître avec une « nouvelle acuité, la diarrhée presque continuelle qui les « a accompagnés, l'affaissement de l'abdomen , me font « bien plus croire à une péritonite tuberculeuse qu'à toute « autre maladie.

« Les accidents du côté de l'abdomen s'étaient momenta- « nément amendés, iorsqu'apparut en avant de l'aisselle « gauche une énorme tumeur douloureuse provenant de « ganglions hypertrophiés et probablement tuberculeux. « Cette tumeur, à l'aide des cataplasmes, des frictions avec « la pommade à l'iodure de potassium, n'abcéda point et « diminua très-notablement, mais elle ne disparut pas « complètement.

« Elle existait encore, le malade se plaignait toujours du « ventre, avait de la diarrhée, del'inappétence et se trouvait « dans un état de faiblesse et de maigreur considérable, « îorsqu'apparurent des symptômes cérébraux. Au début, « céphalalgie, agitation, lièvre, trouble dans les idées, cris « hydrencéphaliques; la marche lente des symptômes me « fit croire à une méningite tuberculeuse, mais la termi- « naison n'a pas été celle de cette affection. Les accidents « aigus s'étant en effet un peu amendés, la malade ne « tomba jamais dans un véritable coma ; la sensibilité périt-sistait dans le ventre, et la mort arriva lentement après

« la succession des symptômes de compression du cer- « veau, déterminée sans doute par un épanchement sé- « reux. »

39. Le fait suivant nous offrira un exemple de tumeur blanche probablement causée par le vice scrofuleux seul 5 elle prouvera, ce que nous aurons encore plus d'une fois occasion de démontrer par d'autres faits, que l'amputation, à laquelle il faut bien avoir quelquefois recours, ne fait souvent que faire disparaître un symptôme de la maladie, sans purger l'économie du principe du mal.

Nous fûmes appelé, en août 1838, presque pour voir mourir un nommé M... , qui se trouvait dans un véritable état de marasme et après avoir offert quelques symptômes fort vagues de la présence de tubercules dans les poumons.

Un an auparavant, Meurillon avait été amputé, à l'Hôtel-Dieu, de la jambe droite pour une tumeur blanche du pied ; il y avait alors un an que la maladie avait commencé à se manifester par un léger engorgement. L'opération fut faite par M. le professeur Roux, et suivie d'une cicatrisation rapide. Mais, six mois après, il se manifesta sous l'épaule droite, entre l'omoplate et le creux de l'aisselle; une tumeur froide qui s'abcéda, et qui suppurait encore à l'époque de la mort.

Qu'il y ait eu dans ce cas, comme on peut le prétendre sans le prouver, présence de tubercules dans les poumons ou que le malade n'ait été seulement que contaminé par un vice scrofuleux, il n'en restera pas moins parfaitement démontré que dans la plupart des cas de ce genre, ainsi que dans un autre cas que nous allons rapporter, l'opération n'est pas une véritable solution de la question, et que.

84 — au lieu de se résoudre par la guérison. comme on serait en droit de l'espérer dans les premiers temps qui suivent l'opération, elle se résoud au contraire le plus souvent par la mort, qui survient plus ou moins de temps après la manifestation, aussi plus ou moins prompte, de symptômes de même nature que ceux qui ont nécessité l'amputation du membre malade et qui se sont manifestés sous l'influence d'un vice congénital constitutionnel ou acquis , qu'il eut toujours fallu préalablement combattre.

Nous devons ajouter que la maladie de M... ne paraissait pas reconnaître d'autre cause qu'un séjour longtemps Kolongé dans un domicile et dans des ateliers humides, ce qui diminue la probabilité de la présence de tubercules dans les poumons.

îtous avons encore pris note d'un enfant (Jean Nicolet) dont nous avons constaté le décès le 17 février 1845, et qui avait succombé, épuisé par la suppuration de nombreuses plaies fistuleuses au poignet droit, au genou et au coude-pied du même côté. Il y avait deux ans que cet enfant était malade, et un an auparavant il avait été amputé, dans l'articulation fémoro-tibiale gauche, à l'hôpital des Enfants, par M. Guersant, pour une tumeur blanche de l'articulation t bio-tarsienne gauche, avec plaies fistuleuses qui avaient succédé à des abcès ouverts spontanément ou par le bistouri. La parfaite sonorité de la poitrine dans tous ses points, tous les renseignements que nous avons pris, doivent faire penser qu'il n'y avait pas chez cet enfant de tubercules dans les poumons. Ce fait tend donc à prouver encore l'inutilité de l'amputation, sans un traitement préalable. C'est ainsi qu'il arriva chez un enfant que nous traitâmes sans succès par la méthode au-

rifére,pour une tumeur blanche de l'articulation fémorotibiale droite. Sans doute, ainsi que nous venons de le déclarer, nous ne réussîmes point à le guérir, mais du moins l'amputation de la cuisse fut-elle suivie chez lui d'un succès complet et durable, puisqu'aujourd'hui, quinze ans environ après l'opération, le sujet continue de jouir de la plus excellente santé.

40. Nous allons maintenant, par l'exposition de plusieurs faits, qui, nous l'espérons, ne paraîtront pas sans intérêt, démontrer qu'il peut se développer des maladies des os avec caries , caries essentielles dépendant sans doute de l'action délétère du principe scrofuleux , mais qu'on ne peut bien certainement rapporter à aucun principe tubercnleux.

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