‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 20 sur 70 · VINGT TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT TROISIÈME OBSERVATION

Tumeur blanche dans V enfance, — Tubercules pulmonaires dans la vieillesse,

M. F... est aujourd'hui (2 mai 1847 ) âgé de 59 ans et demi, et il paraît bien en avoir 70. Quoique je fusse son médecin et celui de sa famille depuis 1830 , ce n'est guère qu'en 1842 que j'ai eu à lui donner des soins. En effet, quoiqu'il fût estropié par une ankilosede l'articulation fémoro-tibiale droite, il paraissait jouir d'une assez bonne

santé. Son infirmité avait succédé à une tumeur blanche dont le point de départ remontait à l'âge de quatre ans, et qui s'était développée lentement sansjamais s'abcéder, quoiqu'il y eût évidemment un gonflement des extrémités osseuses. C'est cette condition pathologique, qui détermina un déplacement de la rotule, celle-ci se porta tout à fait en dehors en môme temps que l'articulation se souda. Cette maladie dura un grand nombre d'années 5 elle ne fut jamais combattue que par les pilules de ciguë prises à plusieurs reprises par doses croissantes, par les bains sulfureux et par des lotions de même nature.

Ce ne fut qu'en 1842 que le malade commença à tousser, et ce ne fut qu'en 1846 et 1847 que la toux résista à tout les moyens mis en usage pour la calmer, et qu'il survint quelques hémoptisies peu abondantes. C'est à la suite d'un accident de ce genre (2 mai 1847.) que nous examinâmes M. F*** à l'aide de l'auscultation et de la percussion, et l'on verra que les symptômes observés et que nous allons relater, vinrent, avec l'hémoptysie (11), témoigner de la présence de tubercules dans les poumons.

La percussion fournit à droite un son faible dans les fosses sus-capulaires et sus-épineuses et sous la clavicule, mais il y a encore de la sonorité, tandis qu'à gauche le son est tout-à-fait mat dans les mêmes points.— Dans le reste de l'étendue de la poitrine, la sonorité nous a paru assez faible, surtout toujours à gauche. — Le bruit respiratoire est très-faible au sommet du poumon droit , s'accompagne d'un souffle en retour, tandis que le murmure vésiculaire est très - marqué ('Respiration puérile) dans les deux tiers intérieurs de ce même poumon, la seule portion de tout

l'organe qui, chez M. F***, fonctionne convenablement.— A gauche, dans tous ces mêmes points où le son est mat, tout-à-fait mat, le bruit respiratoire est nul, absolument nul. A un premier examen fait antérieurement, ce murmure vésiculaire existait encore, mais avec des bruits de craquement peu abondants, que je n'ai retrouvés aujourd'hui que très-difficilement. — Dans la fosse sous-épineuse, toujours à gauche, le murmure vésiculaire se retrouve, mais peu marqué et avec un râle sous-crépitant rare et un peu gros. Les deux tiers inférieurs de ce même poumon sont sans doute perméables à l'air, mais difficilement et avec des obstacles disséminés dans le parenchyme pulmonaire et qui expliquent le souffle en retour qu'on entend parfois. Il n'existe aucun mouvement fébrile et le pouls compté le matin à jeun nous a donné soixante pulsations par minute.

M. E*** vit toujours, il s'est retiré à la campagne. Il est probable, quand il devra finir, que son genou redeviendra malade. Ce qui nous fait porter ce pronostic, c'est l'histoire d'un autre malade que nous allons tracer rapidement.

38 quinquiès. M. Ch*** est mort le 2 janvier 1848 dans sa 65e année, après six ans de maladie et après avoir offert pendant ces six années la succession des symptômes les plus rationnels de la tuberculisation pulmonaire. — Accès d'asthme (point de départ de la maladie), revenant à des époques de plus en plus rapprochées et avec des formes de plus en plus graves;— Rhumes fréquents, état habituel d'oppression, respiration gênée, haletante pour la moindre accélération dans la marche : condition qui rendait le lit insupportable au malade et la position horizontale intolérable.— Après deux ans de cet état , hémoptysîes de plus en plus abondantes et revenant avec la plus grande facilité i déjà douze

ou quinze ans auparavant, dans le cours d'un rhumequi se montra fort tenace, M. Ch*** avait eu une hémoptysie fort abondante. A l'époque du retour de ce terrible symptôme, même quand il n'y avait pas de crachements de sang apparents, le microscope (1) révélait l'existence de globules sanguins dans la matière de l'expectoration; — Hydropisie ascite, infiltration générale qui vient dissimuler un amaigrissement de plus en plus marqué et que l'état de la face permet seul d'apprécier; — aa milieu de cet ensemble de symptômes, la percussion et l'auscultation, à cause d'une énorme couche de graisse qui recouvre les parois thoraciques, donnent des renseignements qui auraient eu besoin de plusdeprécision, s'il avaient étéseuls,maisqui recevaient de l'ensemble des autres symptômes une grande valeur et venaient aussi aider à la confirmation du diagnostic.

He bien I deux ans après le premier accès de suffocation, on vit à la malléole interne droite, se rouvrir un ulcère qui fit lentement de continuels progrès, qui s'accompagna d'un gonflement considérable de la jambe, qui prit un aspect érysipélateux avec développement d'un grand nombre do pustules fournissent une abondante sérosité, dont le papier

(1) Nous croyons avoir fait dans ce cas une application curieuse et intéressante du microscope. — En effet, nous sommes tous d'accord pour reconnaître que l'hémoptysie est un symtôme presque pathognomonique de la tuberculisation pulmonaire ; mais elle ne se manifeste que lorsque l'exhalation sanguine est assez abondante et assez rapide pour produire un volume appréciable de sang, et elle peut cependant avoir lieu sans qu'il en soit ainsi. C'est alors que le microscope vient révéler son existence, et aider ainsi puissamment au diagnostic.

de tourne-sol dénotait l'acidité. Ce mal se porta bientôt à la jambe gauche qui s'ulcéra aussi , et de la même façon. Toutes ces plaies prirent, vers la fin, le plus fâcheux aspect, se couvrirent d'escarrhes gangreneuses, et dans les derniers moments exhalèrent la plus horrible odeur.

Nous avons dit que l'ulcère de la jambe droite n'ayait fait que se rouvrir! c'est qu'en effet son origine remontait à l'âge de quatorze ans. A celte première époque, il s'était manifesté à la suite d'un coup, avait résisté à presque lous les moyens et avait duré quatorze à quinze mois. Pour nous il avait été la conséquence d'une périostite,qui s'était développée sous l'influence de tubercules, existant déjà alors dans le parenchyme pulmonaire.

38 sextîès. Si la tumeur blanche ne se complique pas de la présence certaine de tubercules dans les poumons, il devient probable qu'il en existe dans un autre point de l'économie.

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