CINQUANTE- SEPTIÈME OBSERVATION
Histoire d'un père et de sa fille. (1). — Scrofules des os, sans tubefcules dans aucun point de V économie. — Hérédité des scrofules.
En 1841 ou 42, la fille d'un homme fort distingué avec lequel nous avons eu l'honneur d'entretenir des relations amicales, mourut par suite d'une affection scrofuleuse des os, qui avait duré à peine six à huit mois. Cette maladie s'était développée, disait-on, à la suite d'un refroidissement pris sur un banc de pierre où la jeune enfant s'était assise étant en sueur. Les symptômes qui la caractérisèrent se développèrent rapidement et furent vraiment terribles. Ils consistèrent d'abord dans de nombreux abcès qui se formèrent autour du bassin et dans la continuité des membres inférieurs. La marche de ces abcès, la nature de la suppuration, qu'ils fournirent , firent facilement reconnaître des abcès froids, abcès par congestion, abcès symptomatiques de la carie des os ; carie que la sonde fit reconnaître dans tous les points, où la collection purulente correspondait à l'os malade. Le travail de désorganisation s'étant aussi porté sur les articulations coxo-fémorales, il en résulta une double luxation spontanée du coi du fémur et cette jeune fille succomba enfin, à l'âge de onze ou douze ans, épuisée par la douleur et par la suppuration.
(1) Nous devons cette double observation à un homme, qui, quoique bien jeune encore, occupe déjà dans la science un raDg fort distingué. Des considérations de société et de convenance nous forcent cependant «à taire son nom.
Elle fut ouverte et Ton trouva pour ainsi dire tons les &s du bassin cariés. Du reste, tous les autres organes étaient sains et Y on ne rencontra de tubercules ni dans les poumons, ni dansaueun autre point de V économie.
Le père de cette jeune fille vient ( 1846) de succomber à son tour, à peine âgé de 44 à 45 ans, et voici dans qu'elles circonstances.
A la suite d'un refroidissement contracté pour s'être couché sur Therbe, prétendait-il lui-même, il fut pris de douleurs qui s'irradiaient le long des deux nerfs sciatiques ; il se manifesta de la fièvre et le malade fut obligé de prendre le lit. On ne tarda point à reconnaître des phénomènes d'insensibilité dans plusieurs points de la peau de la région du bassin, des fesses et des cuisses ; puis la défécation et la mixtion, quoique en restant soumises à l'action de la volonté, s'opérèrent à l'insçu du malade. Nous le vîmes alors, et tout en croyant, comme les médecins distingués qui lui donnaient des soins, à une lésion d'une portion de la moelle épinière, nous eûmes à l'aspect de son teint, qui était d'un jaune livide, la pensée qu'il devait exister dans la région du bassin quelque lésion profonde et plus grave encore, que celle que dénotait la paralysie de la sensibilité.
L'autopsie démontra la justesse de ce diagnostic, tout vague qu'il fût.
En effet, on trouva une carie des quatrième et cinquième pièces du sacrum ; carie profonde, qui avait déterminé la formation d'un foyer purulent ; cet abcès , par la saillie qu'il fit , avait d'abord usé la face antérieure du sacrum ; puis il vint s'ouvrir, par des trajets fistuleux qui se dirigeaient vers la face postérieure, dans le canal mé-
dullaire et permirent une exsudation purulente, dont la matière, en exerçant une légère compression sur la face postérieure de la moelle, détermina les phénomènes d'insensibilité dont nous avons parlé. — Il existait un autre point de carie sur la face antérieure et moyenne du sternum. Cette carie correspondait à une tumeur, qui s'était manifestée avant les accidents mortels , que nous venons d'exposer, et qu'on avait traitée par un caustique potentiel ; tumeur qui était elle-même de nature scrofuleuse.
Sauf ces lésions, qui étaient bien suffisantes pour expliquer le développement de tous les symptômes qui se manifestèrent successivement et qui se terminèrent parla mort, arrivée après plusieurs accès d'un délire calme et un coma profond , résultant d'un épanchement sérieux dans le cerveau , on ne trouva nulle part aucune lésion, et les poumons, très -développés, étaient aussi sains qiCil est possible,
et il n'existait nulle part la moindre trace de tuberculisation.
La personne dont nous venons de donner une biographie rapide, a laissé deux autres filles dont l'une, l'aînée, paraît jouir d'une santé aussi bonne que celle de la mère, tandis que la plus jeune, âgée de douze ans environ , offre déjà de nombreux engorgements des glandes du cou.
l&l. Cette observation est un exemple frappant de l'hérédité du scrofule ; les deux suivantes ne seront pas non plus sans valeur dans cette question, car on sera presque nécessairement porté à attribuer à une cause héréditaire , celte circonstance de plusieurs scrofuleux dans une même famille.