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DE LA. CHEVALERIE MIUXAIBE. I

Chevalerie militaire des les premiers siècles de Imur

monarchie. On en trouve la preuve dans Grégoire de Tours, qui raconte qu'un Chevalier, nommé Léonard, ayant donné du chagrin à la reine Frëdëgonde, cette princesse, emportée de colère, ordonna qu'on ôtdt à ce Clievalier le baudrier dont le roi Chilpéric I Avait honoré : Jussit ^paUari^ nudaJtumqu/e vestimeniis ac BaUheo , quod ex munere ChÛperid régis habebat; et Chilpéric régnait en S^o.

La Chevalerie était, sous la première et seconde r^ioe de nos Rois, la plus grande dignité è laquelle un homme de guerre pût aspirer. Les Monarques euxmêmes en investissaient leurs enËins, et Louis-le-Débonnaire, fils de Chariemagne, âgé de i4 tns, déjà reconnu roi d'Aquitaine, en 780, selon les Annales du moine Aymoin , fut fait Chevalier à Aatisbonne par son père , qui était sur le point de conquérir la Hongrie, et qui lui donna solennellemoit Taccolade, le baiser , l'épée , et tout Téquipage d'un homme de guerre.

Sons le règne du même Empereur, les Chevaliers

étaient toujours armés , et portaient une médaille où il y avait une couronne gravée ou peinte : c'est à cette nïarque qu*t>n les reconnaissait. Il était ordonné, dans la pragmatique-sanction que fît Charlemagne , que les Chevaliers marcheraient toujours armés, suivant la coutume du royaume de France ou de l'Empire : U$ deinceps more militum sacri Franciœ regni vel impe* rii incedant armati. Il fallait encore qu'ils portassent un insigne de leur Chevalerie , sar lequel devait être peinte une couronne impériale : Signum suœ mUHicif I. la

recipere d^bent , in quo corona imperialis debeat esse depictaL

Sous la première race de nos Rois , les nobles^, à pro-

portioQ de leur rang, portaient de longs cheveux, moins longs cependant que les Rois et les Princes de h maison royale : c'était une marque de leur ancienne

origine.

Le titre de Chevalier, iK/z/^J, commença à être donné à quelques Seigneurs, dans des actes publics, sur la fin de la seconde race. Le P. Mabillon en fournit plusieurs

exemples.

D'après les lois du gouvernement £éodal, qui s'était introduit en France sous le règne de Cbarles-le-Chauve,

vers 876 , et que Hugues-Capet avait consacré à son avèiMneat au trône, en 987 , tout vassal et arrièrevassal devaient étne toujours prêts à suivre leur Seigneur à la guerre : c'était un devoir qu'il fallait rem- ■.|>lir et qui ne conduisait à aucunes distinctions. On li'était jamais que simple combattant sous la bannière de son Seigneur. Il n'y avait aucuns grades militaires; niai$, à leur défaut , le génie guerrier de la nation imagina un titre d'bonneur, un titre éminent {BdUoœ vit' *ititis insignum ) , qui fut le témoignage et la récompense d'une valeur distinguée , et qui , par conséquent, devait excita l'émulation de toute la noblesse.

Telle fut Torigine de la Chevalerie sous la tpoknème race; mais ce fut surtout vers la fin du onzième siècle (1095) que la Chevalerie prit de l'accroissement, lorsque le pape Urbain II, Français d'origine, vint f>résider le concile de Clerniont, en Auvergne, où il prêcha la première QoUade, Le zèle pour* la religion porta la

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noblesse franç;>ise à faire tous les sacrifices imaginables pour soutenir cette entreprise; elle vendit ses châteaux , ses fi^, ses domaines, et partit pour la Terre-Sainte, oîi elle soutint des combats périlleux, dont le succès fut ioiu de répondre aux espérances qu elle avait conçues. Le résultat funeste de cette première croisade ne servit pas de leçon aux Princes et aux peuples qui y avaient coopéré. On en tenta jusqu'à cinq pendant le cours de près de deux siècles, et toutes jfurent aussi désastreuses que la première.

A la vérité, l'esprit de Gievalerie s'était accru singulièrement pendant ces voyages et ces guerres : les Chevaliers qui étaient formés à Texerctce des armes avaient également établi entre eux une certaine confraternité qui , en excitant leur émulation, les portait encore à rivaliser de courage et de grandeur d'ame. Beaucoup d'auteurs reportent aux croisades l'origine des armoiri^îs, quoiqu'il soit certain cependant qu'on en ait vues en France dès Fan looo; mais Fusage, à la vérité, en devint plus général, et les campagnes d'Orient fournirent aux croisés d'abondans symboles, em* blêmes et figures pour décorer et meuUer leurs écus.

La dignité de Chevalier était tellement honorable, que les Empereurs et les Rois ne dédaignaient pas de les appeler leurs compagnons : Adde qubd Imperato* , tes et Reges non dedig naniur mïlitum nomen et titU' lum sibi assuinere, cîiin cœteros milites commilitoncs appellant

Cette chevalerie des premiers temps était la chetfa"

lerie militaire y proprement dite; eile se conférait avant ou après les batailles î pendant les siége& des place»'

l8o DE UL CHEVALERIE MILITAIRE.

fortes et des villes; au passage d'un pont, d'une rivière; quand on devait entrer sur les terres des ennemis ; quand il fidlait combattre sur une brèche ; ou enfin , après avoir courageusement combattu dans les mines* Item créant ur Milites in villamm obsidionibus , castra* rum vel forudttiomm si forte assaUus /iat, seu faciendum fuerit Item creantur Milites ad mineram, et in bellis camper tribus ; ce qui a donné lieu de nommer les chevaliers qui étaient créés dans ces occasions, chevaliers de bataille y chevaliers de siège, et chevaliers de mine. Les Souverains qui commandaient eux-mêmes leurs armées, ou leurs lieutenans, avaient coutume, pour exciter les gens de guerre à (aire de grandes ac* tions, de créer des chevaliers dans ces rencontres.

Cest ainsi que Pierre de Bourbon, comte de la Marche, fut fait chevalier par Jacques de Bourbon, son père, avant le combat de Briguais, en i36i ; que Philippe, comte de Nevers,, fils du duc de Bourgogne , reçut cette dignité miUtaire, en i4i5, avant la bataille d'Azincourt, par Jean Le Maingre, dit Boucicauty maréchal de France; que François I", en i5i5, après la bataille de Marignau, voulut être armé chevalier «des mains de Pierre du Terrail , dit le chemlier Bayard.

Il fallait être chevalier pour armer un chevalier.

Le combat des mines était assez fréquent dans nos ' anciennes guerres, aux sièges des places; et c'était toujours un honneur que de combattre le premier dans la mine qui avait été préparée. Louis 11, duc de Bourbon, surnommé le Bon Duc^ ayant assiégé Verneuil, entra le premier dans la mine l'épée à la main ; il y rencontra i écuyer lieuauld de Mouferraud, gou**

DE LA CHBVAXERIB MIUTAIBX. l8f

▼emeur de la place. Ces deux yaillans personnages se battirent quelque temps, jusqu'à ce qu'un officier de la suite du Prince cria à haute voix : Bourbon! Bourbon! Notre-Dame! Ces mots étaient le cri de guerre que ce Prince avait adopte, à cause de sa confiance en la Sainte- Vierge , et des grâces que Dieu lui avait acœrdëes par son intercession.

A ce mot de Bourbon, Renauld mit bas les armes, et pria le Duc de le faire clievaliery eu mémoire de Thonni»ir qu'il recevait de faire des armes avec une si grand Prince, et qu'il lui rendrait la place; ce qui fut exécuté, et illec même le fit chemlier le Duc, Renauld fut créé chevalier dans la mine, et remit les clefs de la place entre les mains du Prince.

La chevalerie était donc le premier degré d'honneur dans les armées^ et celui qui, par conséquent , était le plus ambitionné par les nobles, qui par état devaient tous porter les armes. Nos Princes eux-mêmes se montrèrent tous jaloux d'en être décorés , soit qu'ils partissent pour la guerre, soit qu'ils voulussent l'honorer dans l'intérieur de leur royaume.

Les mémoriaux de la Chambre des comptes portent que le roi saint Louis donna la chevalerie à Robert de 'France, son frère, en 1^37. Il fit la riiéme faveur, en ia4i> ^ Alphonse, son autre frère; «1 Jean, comte de Dreux à Pierre de Dreux , duc de Bretagne; et à Hugues de Luzignan, comte de la Marche. Puis enfin, à Philippe-le-Hardi, son fils, en J267. Les Rois ses successeurs imitèrent cet exemple, et décorèrent de ce titre les Princes de leur maison, et tous les grands du royaume.

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