CHE\AL£AI£ DES DAMES
cusé rejetait le témoin qu on avait produit contre lui. Le démenti était en pareil cas une formalité essentielle. Je veux prouver, disait-on , mon champion, que tu mens, toi et ton témoin* Lia formule devait être à peu près la même, lorsque Ton avait produit tânoins contre témoins.
Il était permis aux femmes d'être leurs champions à dies-mêmes, quand elles se sentaient assez de courage pour le faire. La loi qui contient cette permission, et qui fiût un règlement en conséquence , fournit en même temps la preuve qu^il y avait des femmes assez braves pour plaider leur cause les armes à la main : telle fut Torigine des Chevalières , selon M. le Comte du Buat.
La loi des fiefs, qui fut postérieure aux précédentes, institua des fiefs de chevalerie proprement dits , c'est-àdire, que, pour les posséder et teair, il était indispensable de se faire reconnaître et armer chevalier; mais quand ces fiefs , par hérédité ou concession , passaient aux femmes, il fallait uëcessairemeut qu'elles se fissent admettre à la Chevalerie, et c'est pour cela , dit Uémericourt, « que les femmes et les filles se fiiîsaient (aire « Chci'alicrcs pour être capables de tenir les fiefs de <c chevalerie , et nous voyous quelques tombeaux aux « pays de Liège et aux Pays-Bas, où la qualité de Che^ « vdlicre est douiitie à des filles et à des femmes dont a les maris n'étaient pas chevaliers. »
Les femmes avaient non-seulement toute l'aptitude possible à porter le titre de Chevalière, mais on trouve encore chez elles le droit de créer des Chevaliers : A fœminis interdhm militare cingulum induUum militibus repetitur. (Qrderic vitalis, lib. 2 , p. 8a5.)
CHEVALEBIE DES DAMES.
Cécile, fille de Philippe P*^, Roi de France, et veuve du célèbre TancrMe, priooe d*Àntioche, conféra l'ordre de Chevalerie à Gervais, Seigneur breton, fils d'Aimon. Comte de Dol, et à plusieurs ëcuyers, vers Tan 1 1 1 5 : CèctUa Philippi, Francorum régis j filia, quœ Tancrcdi uxor fuit, Gen asiurn Britonem, Dolensis vi» cecomUis filium , miuxem fecit : aliosque plures Ar^ migeros miUtanlms armis contrà Paganos insimxêt; et la Reine Blanche, mère de Saint Louis, un peu avant sa mort, qui arriva eu laSi, fit Chevalier U Seigneur de Saint-Yon.
On pourrait objecter ici que ces actes dérivaient de la puissance souveraine dont les Princesses étaient investies; ce serait à tort, car dans mille autres occasions, soit après les combats, soit dans les tournois et carrousels, on vit des femmes armer des C'/ie^aJierji, et leur ceindre 1 epée.
J'ajouterai encore que , si des Ordres de chevalerie furent institués pour récompenser le courage et le mérite militaire des hommes, on vit également des Ordres de chevalerie institués spédalemeni pour récompenser la valeur et les services de guerre rendus par des femmes.
La ville de Tortose étant assiégée et réduite à lextrémité , les femmes s armèrent de haches , montèrent sur la muraille, et défendirent si courageusement cette ville, qu^elles obligèrent les assiégeans à décamper.
Les femmes , dans cette occasion, ayant fait paraître plus de courage que les hommes , le Comte Raymond fonda en leur honneur V Ordre de la Hache y et accorda à ces Chevalières les privilèges sui vans : de précéder les hommes .dans toutes les cérémonies et I. s6
4dil 0»tVAtEltll ÙEÈ I^AUêB.
assemblées publiques; si" rexenipliou de tout impôt et subside; 3^ qu'elles lerai^t héritières de tous k» bijotix, pierretîes, et de Tôt et de l'argent de leurs maris; 4° enfin, qu'on aurait pour elles la même vénération , et qu'on leur rendrait les mêmes honneurs qu'aux Chè^alier^ des Ordres militaires.
La ville dé Falentift, éteint asslé^ par les Anrglais, pendant que la noblesse du pays était au service du Roi de Castille, les femities resolnreot de défendh^ oMe place. Après quelques jôurs de vigoureuse défense, elles firent une sortie avec tant de résolution, qu'elles contiaignirent les Anglais à cesser le siège, et à se retirer en désordre. Getle victoire fut cause que le Roi Jean P*^ fît une paix fort avantageuse. Pour laisser à la postériré des marques d'une action si généreuse, et pour récouifienser la iraleur de ces dames, il ordonna qu'elleà seraient agrégées à Tordre de la BamJe , ïonàé par Alphonse, sou aïeul paternel, leur accorda tous les privilège^ des GfaevalieÉs de cet Ordre, et exigea ^'oi» leur rendît les mêmes tfonneur», et qu'elles portassent toujours la même marque^ .c'est-à-dire, une écharpe d'or pttr^dessus leur manteau.
La Francte péut ausdi s'efiorgueilllr d^avdii' eu des femmes qui ont défendu et délivré ses villes, et qui ont rivalisé d'iiéroisme et de courage lâvec ses pins ndbks citojens.
Sous le règne de Louis XI, en it\^i ^ le Duc de jB<Nirgogne, Charles-le-Téroéraire, vint mettre le siège devant la vilte de Beauvats. Son artillerie était fonni^ dablc, et vpti^ en avoîr battu les tiitirs pendant vingtsix jours, it commanda un a^ut général; la ville se
ch£vali:hi£ des dambs. /^o'i défendait avec une valeur extraordinaire, et les homnies, forcés par le nombre des asnégeans, allaient succomber, lorsque les femmes, conduites par Jeanne Hachette, parurent sur les murailles, armées de pierres, de feux grégeois et de plomb fonda : cette héroïne, h la tête de ses compagnes, repoussa les Bourguignons, arraclia sur la brèdie le drapeau ({u'nn ofticier y avait planté, est força les ennemis à lever le siège.
Louis XI , voulant donner à ces femmes courageuses des marques de sa reconnaissance, ordonna que, « toutes les années, on célébrerait une messe solen* « n^e où il y aurait sermon ; qu'on porterait en pro- « cession les reliques de Sainte Angadre&me, et que les « femmes y précéderaient les hommes , en marduint « immédiatement après le clergé ; quVIles porteraient a ce jour-là leurs habits de noces, et que, tout autant « de fois qu il leur plairait , elles se pareraient comme « elles voudraient, sans que personne put y trouver à « redire. » Le portrait de Jeanne Hachette fut placé dans Thotel-de- ville, et ses descendans furent exempts de tout impôt
Les femmes de la ville de Livron , en Dauphiné , ne montrèrent pas moins de courage que celles de Beauvais, lorsque Louis de Saint*Lary-fiellegarde fut envoyé par Henri III, en i574 , avec une bonne armée contre les huguenots du Dauphiné. Ce favori du Prince, qui venait d'être fait Maréchal de France, attaqua cette petite ville, et fut repoussé à trois assauts qu'il donna. Comme il y avait peu d'habitans pour la défendre, les femuies trouvèrent sa conduite si méprisable, que, pour l'insulter, elles vinrent filer leur quenouille sur la brè-
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che. Peu de temps après, elles soutinrent seules un nouvel assaut , et repoussèrent le Maréchal avec tant
de vigueur qu'il fut forcé de lever le siège.
A la vérité, des Ordres de chevalerie n'ont pas été créés en France pour récompenser tant d*héroîsnie et de vertu, ce qui eût excité cependant l'émulation d'un sexe qui est appelé à tous les genres de mérite et de gloire ; mais l'esprit du temps avait tout décerné à la religion , et ce fut pour les cloîtres qu'on érigea des Ordres de C/ieualières , connues plus communément sous le nom de Chanoinesses, Cette existence claustrale . ne pouvait répondre à tout ce que la nation avait lieu d'espérer de cette moitié d'elle-même ; car , si l'amour de- la retraite et l'exercice d'un saint ministère ont eu des attraits qu'il eût été fâcheux de contrarier , on pouvait en même temps ouvrir un champ plus vaste à d'autres vocations qui eussent été plus utiles à l'ordre social.
Le P. Méncstrier, dit qu'à Nivelle, on faisait Chevalières les Chanoinesses après leur réception; et qu'à Saint-Qujirin de Nevers, la première fois qu'elles prenaient le surplis, c'était un gentilhomme qui l'attachait^ en signe de chevalerie.
A quoi servaient ces symholés, ces fbrmahtés, puisqu'une fois cloîtrées , ces femmes ne pouvaient plus rendre aucun service à la société , ni remplir aucun des devoirs utiles- que l'Ordre de chevalerie imposait à ses initiés?
On comptait en France une trentaine de chapitres de cbanoipesses; il fallait, pour y être admises, qu'elle» fissent des preuves de noblesse, plus ou moins an-
CHEVALERIE DES DAMES. /^Ol)
cienne, tant du coté paternel que du coté maternel; elles portaient une croix, suspendue à un cordon , soit en échappe, soit en sautoir, en signe de leur noblesse et de leur institution; elles étaient également décorées du titre de ConUesses; la plupart d'entre elles n'étaient point engagées par des vûbux solennels, et eljes pouvaient resigner leurs prébendes, et se luarier.
Elles chantaient tous les jours, au chceur, loffice canonial, avec l'aumusse, revêtues d'un habit ecclésiastique qui leur était particulier: elles pouvaient porter^ le reste du jour , un liabit séculier pour aller en ville : elles logeaient chacune séparément; mais cependant, leurs logemens étaient renfermés dans un même enclos.
L'origine des chanoînesses nous est venue d'Orient : c'étaient des femmes dévotes et pieuses qui avaient soin de la sépulture des morts, et qui, dans leurs convois, chantaient des psaumes avec les acolytes.
Dans l'Occident, on appela chanoinesses des filles vivant en communauté, à l'imitation des chanoines réguliers. Certains auteurs prétendent que cet institut a commencé sous le règne de Pépin, en 755 ; mais, dans le concile de Verneuil, il n'est parlé que de moinesses; et on ne commença à trouver quelques vestiges de chanoinesses que dans un canon du concile de Francfort , tenu en 794.
C'est dans le concile de Châlons-sur-Saone, tenu en âi3, que cet institut s'est introduit dans les formes : on y donna des réglemens que devaient suivre ceiles qui se disaient chanoinesses. Le concile d'Aix-la-Chapelle, en 816, leur fit des réglemens plus commodes; ils consistaient à faire vœu de continence, à ne point
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sortir de leur clôture ; mais à posséder des biens et à pouvoir hériter.
Dans la suite, les chanoinesses régulières se relâchèrent, no cDucliant plus dans le même dortoir, ne xnaDgeant plus dans un même réfectoire , se donnant la liberté de sorthr, et enfin même se dispaasant de ^re vœu dv continence : on ne les a[)pela plus que cJianoinesses séculières. Les conciles , les Papes et les £véques ont fait, en divers temps, des réglemens .tendant à rétablir ces congrégations dans le bon ordre et la régularité.
Plusieurs écrivains ont mis au nombre des Ordres fondés pour les femmes, celui de la Cordelière, que Anne de Bretagne, Reine de Franco et veuve de Charles YIII, institua, disent-ils, en 149S9 pour se déclarer affranchie des lois et du joug du mariage; d'autres disent, au contraire, pour consacrer 1 affection quelle portait à son époux. Elle fit faire un collier d'argent entrelacé qu'elle mit à Fentour de ses armes, en forme d'écharpe, avec cette devise : fai le corps délié. Ce cordon fut distribué aux. dames de la cour; pour le recevoir, il fallait être d'une haute noUesse.
La cordelière sert, depuis ce temps, à décorer l'extérieur de l'écu des armes des veuues ; quelques auteurs font remonter à Tan 1470 l'origine de latcordelièi», et l'attribuent à Louise de la Tour- d'Auvergne , veave de Claude de Moutagu, qui en fit usage avant Anne de Bretagne.
DÉS GBKVÂiMB*mv9Gmm , etc. 407