‹ De l'ancienne FranceChapitre 74 sur 105 · CHAPITRE XXXI. DBS lécuTBms · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. DBS lécuTBms

Divers historiens prennent rétyoïglogie de ce npip <ian5 lé ^ot écu^ sciUum, dont on a fait>. 4^4rws, scutifer, parce que les Ëeuyers pbrtaîent k la guerre et dans leb tournois jes écus ou boucliers dci^ Chevaliers, ou bien dans le mot ËQURiÈ, Scwia» faiy» <|i:ie les

DSS iOUTMRS. 4>'

ccLiyers avaient soin des elievaux el gouvernaient les écuries de leurs maîtres. D'autres auteurs pensent (qu'ils prennent leur origine d'une sorte de gens d'armes qui , sous l'empire romain, combattaient avec des écus ou boucliers, et qu'on nommait sculani; Técu était alors d'une si haute importance parmi les armures, qu'on punissait ceux qui en faisaient l'abandon , parce qu'il formait une espèce de rempart, à l'armée, contre les traits on l'attaque des ennemis. Ces sculani avaient la garde du prétoire , et étaient sub dispasitione gis tri ofjiciorum.

Les Oaulois avaient aussi des écuyers qui servaieut les grands à la guerre, et qui, 'en tout temps et en tout lieu , même à table , se tenaient derrière leurs maîtres , avec leur écu et leur lance.

Tacite, dans son livre des Mœurs des Germains ^ assure que, quand un jeune homme était en âge de porter les armes , quelqu'un des Princes, ou bien le père, ou un parent du jeune h<Hnme, lui donnait, dans , l'assemblée de la nation , un écu et un javelot : Scuto fi(U)ie(i(iiicjiii'enem.ornant, Ainsi, il devenait »çctt/rt////J, ce qui relevait beaucoup sa condition; car, jusqu'à cette cérémonie, les jeunes gens n'étaient considérés que comme membres de leur famille ; ils devenaient ensuite les hommes de la nation, jinte hoc domils, pars mox reipublicœ. Ce fut sans doute de là qu'en France , ces écuyers furent appelés gentilshommes ; Quasi gentis homines.

Les Français^ à l'imitation des Romains, des Gaulois et des Germains , conservèrent cette institution ; nos

auciens capitulaues nomment arma patnœ la lance et

BES iCUYERS.

l'écii que portaient les ëcuyers, et disent d'eux , lib. 3, cap. '11 : JSullusadmallumvelplacitumy nisi anna patrias, id est, scutum et lanceam portet, c est-à-dire, que, dans les grandes assemblées nommées malles ou plaids, ils devaient y paraître armés de la lance et de Técu.

lis furent aussi appelés armiger, armigeri, parce qu'ils étaient tenus d'avoir soin des armes des Chevaliers et de les leur présenter au moment du combat| soit dans les batailles, soit dans les tournois; et ils remplissaient auprès d'eux les mêmes fonctions que les écuyers gaulois envers les Chevaliers gaulois.

Le P. Ménestrier , en parlant de nos écuyers , dit : « C'étaient des gentilshommes qui faisaient le service « militaire à la suite des Chevaliers, avant que de par- « venir eux-mêmes à la dignité de Chevaliers.

« La fonction des écuyers était d'être assidus auprès •« des Chevaliers , et de leur rendre certains services- à ^ a Tarmëe et dans les tournois. Ils portaient les armes ti du Chevalier, jusqu'à ce qu'il voulût s'en servir. Us « étaient à pied ou à cheval, suivant que le Chevalier «c allait lui-même. Ils n'avaient pas le droit de se vêtir « aussi magnifiquement que les Chevaliers ; et de quel- « que naissance qu'ils fussent, quand ils se trouvaient « avec les Chevaliers , ils avaient des sièges plus bas V qu eux et placés un peu en arrière ; ils ne s'asseyaient « point à tahle avec eux, fussent-ils Comtes ou Ducs. « Un écuyer qui aurait frappé un Chevalier, si ce n'é- « tait en se défendant, était condamné à avoir le poing « coupé. V

Le fils même d'un Chevalier de haut parage , lorsqu'il n'était qu écuyer, devait se soumettre à en remplir

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toutes les fonctions, dans quelque classe (l'écu)ei ^u'il fût placé; ces classes se divisaient ainsi: Vécuyer du corps, Vécuyer de la chambre, Vécujrer tranchant et Vécujer de V écurie, qui était chargé de dresser les chevaux à tous les usages do la guerre ; il avait sous lui d'autres ëcuyers plus jeunes , auxquels il faisait fiiire l'apprentissage de cet exercice.

\ÀÉcujer tranchant^ toujours debout dans les festins et dans les repas, était occupé à couper les viandes, avec la propreté, Tadresse et Téléganoe convénables, et à les faire distribuer aux nobles convives.

UÉcujrer de la chambre, ou ( 'hanit^llau, avait inspection sur la vaisselle d or et d'argent destinée au service de la table.

UÉcujer du corps était attaché particulièrement à la personne du maître ; il raccompagnait presque partout , portait sa bannière à Parmëe, criait le cri d*armes de son Seigneur, et faisait les honneurs de sa maison dans les cérémonies d'éclat.

On appelait Êcuyers d'hormeur ceux i qui les chevaliers donnaient en garde , pendant le combat, les prisonniers de guerre qu'ils fe^isaient. Ces écuycrs d'honneur défendaient leur patron : c'est ce que fit Saint- Séverin, à la bataille de Pavie, en combattant vaillamment devant François P^. Cet usage, qui depuis s'est restreint aux écuyers de nos Rois, ne subsistait plus, même à leur égard, du temps de l'historien Brantôme: à peine les anciens en avaient-ils conservé la tradition.

D'autres écuyers veillaient à la panneterie et à l'échansonnerie : ils avaient soin de préparer les tables, de donner à laver, avant et après le repas, de disposer

/4I4 ' DKS ÉCUYERS.

tout ce (fdi était nécessaire pour les divertissemens qui suivaient les fiestins, de servir ensuite les ëpiœs, les dragées, les coiifUurcs, les liqueurs, qui , sous Pliilij)pe- Auguste et ses successeurs, étaient les clairets, le jjî- .ment, le vin cuit, Vhypoxas (ou hydromel), et les autres boissons qu'on nommait le vin du coucher. Ces ccuyers conduisaient enfui les étrangers dans les appartemens qu'ils leur avaient eux-mémès pr^rés.

Or' rencontre les noms des plus illustres maisons parmi les pages, les écuyers, et même les domestiques inférieurs des Chevaliers ou Seigneurs qui pouvaient ne valoir pas mieus, et peut-être valoir moins du c&Xé de la naissance. Le mérite seul dc'n idait du choix qu'on faisait de celui à qui l'on s'attachait. Comme sa maison était ufte école oit Ton venait s'instruire, on ne comidérait c{uc la valeur, l'expérience' et Thahilelé dans lart militaire du maître dont ou voulait recevoir les leçons. Ce fut sans doute ce motif qui détermina Antoine de' Chabannes à entrer page d'abord dans la maison du Comte de Ventadour, et ensuite dans celle de la Hire ; et jusqu'au quinzième siècle, on vit les plus grands Seigneurs, les hauts Barons, et même les Princes du sang royal, se décorer du titre d'écuyer dans leur jeunesse , et jusqu'à ce qu'ils fassent admis à l'Ordre de chevalerie.

Nul, s'il n'était Chevalier, n osait combattre un Cheçeûiér, La loi était conforme à cet usage : elle n'accordait point à récuyet* le duel ou gage de bataille contre le Chevalier. Néanmoins, connue les Chevaliers, abusant de leurs privilèges , et sûrs de 1 impunité, auraient pu commettre des violences et des injustices, au pr^udioe

DES ÉCL'YEKS. /| I 5

des écuyers, notre ancienne jurispiruiience apporU des remède» à cet InoonvéïiMiit : elle soumit, dans certains

cas, lo Chevalior à se battre à pied contre récuser, et comme lui armé seulement de Tépée et de 1 écu.

L'écuyer, n'ayant pas le droit de ae vêtir des armures dti che^lîer, est appelé, pour cette raison , par certains écrivains, nudus miles., cependant , il pouvait avoir une espèce de haubert ou haubergeon, mais plus léger qiie celui du Ghe¥alier, et de moindre résistance contre les coups : il n'avait point de cotte d armes ; son armure de téte oonsistail en un bonnet ou chapeau de fer moins fort que le casque ou le heaume du chevalier, et qui ne pouvait être chargé de timbre, cimier, ni d'aulrcs ouieraens. L'écuycr qui aurait pris les armes de (iiievalîer avant de Fétre, éteit pour jamais exclu de k chevalerie.

Il n'était permis aux écuvers de se Jbattre qifavec Tépée et l'écu, la lance étant réservée aux Chevaliers ; et si ëonyer appelai! en duel un roturier, il devait combattre è pied, annë comme un champion , et de même que le roturier.

Les éeuyen n'avaient ^ droit de sceller leufs actes comme les Chevaliers, qui pouvaient être représ^tés à cheval , armés de toutes pièces. Il y a des exemples des treizième et quatorzième siècles, oii des écuyers remettaient à autoriser des actes de leur sc^u quand ils seraient parv(uuis à la chevalerie.

1 /écuyer ne pouvait porter d éperoos dorés m d'habits de velours ,' mais il portait des éperons argentés et des habits de soie. Il n'était jamais qualifié de rness/re, ni sa ismme^ de madunie; on l'appelait seulement demoiselle o» daraobclle, qnand méjme eUe agirait été Prini;;e$ae;

4t6 Bn icoTfiiis.

mais dès que son mari était devenu Clievalier, elle pou' vait se qualifier ^o^y^ ou madame., et luinuême^ messire ou monseigneur,

ConiiDe il y avait des écuyers qui n'avaient pas assez de biens pour parvenir à la clievalerie, c'est ce qui obligeait souvent les Rois à établir une pension à ceux qu'ils créaient Chevaliers, quand ils n'avaient pas de quoi soutenir cette dignité.

La qualité d'ëcuyer était toujours au-dessous de celle de Chevalier, d'où vint le proverbe, tout noble naît écajevy et devient Chevalier par sa promotion ou réception dans rOrdre de chevalerie; mais il était nécessaire, pour qu'un écuyer pût parvenir à l'état de chevalerie, qu'il fut de bonne maison, qu'il eût de^ fiefs assez considérables, et qu'il eût fait quelque action d'éclat.

Les écuyers d'ancienne famille avaient le pas sur ceux qui avaient été anoblis, ou dont la race était nouvelle: cependant, lorsque le Prince faisait. un noble par ladmission à la chevt^leriey celui-ci précédait les écuyers, quoiqu'il n'eût pas rancienncté d'origine , parce que les grâces du Prince doivent produire tout l'eilet que prétend, la puissance cpii les confère.

Les Chevaliers perdirent de bonne heure plusieurs des prérogatives qui leur avaient donné tant d'avantage sur les écuyers ; ils admirent ceux-ci dès le quatorzième siècle à se mêler avec eux dans les tournois et dans les gages de bataille. Les écuyi^rs , abusant de cette condescendance, s'en firent un droit pour prendre des armoiries, et s'approprièrent même insensiblement les omemens qui étaient affectés anciennement aux écus des seuls Chevaliers: tout, successiTement, se trpuva con-

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jusipi'à ceux du degré le plus inférieur, se mêlèrent enom am ctmHÀ : TaDcime tuboi^iiHitîoii fat Mik»

On vit même, dans la suite, le titre d*écuyer pris indbtÎBCteBMiit par les naUes, pour caïadériser leur état de aoWcMt» et ntee par det voCurim, pour en imposer sur la iK^lesse ù laquelle ils prétendaient : l'orfibnuance de Blois, rendue par Henri III, en mai 1579, et les édita du narâ d*aoûi i5S3, dn Meie de mars 1 600 , et les cahiers des états-généraux de 1 6 1 4 9 voulurent s'opposer à cette usurpation , mais ils furent praqne saqmisians» el Looia XIII, par aon édil da aaais de janvier i6349 AH oUîgé d*inq|>oaer ime amende de 2,000 francs à ces usinrpateiHrs.

AoÉKe juriqpntdenoeenigHit encore^ pour qm k tkn ifécuyet Al tamctAiêiifUe ét mMessey cpie oAii qui Tavait pris dans ces actes justifiât d*un état noble. Le Wrlement de Pàna la jugé ainsi par araêt dn 3o octobre 1554^ et par pluiienn antres des années 1607, iGi5, 1616, i6!ii, i6a5 et i632, cités dans la Bihliothèqm du droit français par Jdouchel, au mot notiesse. Cependant on ne pcnt douter que k titre d'éeigrer ne désignât un noble de bonne race, avant Fordonnance de £lois ; mais depuis cette époque, il fut pris, conune jefai dit, indifferentnini par ks anciens nobles et les anoblis»

Ce n'était pas un acte de dérogeanee que d'avoir omis de prendre la «pialité d'écujfer dans quelques actes; mab si eehii qui voidait prouver sa noblesse n'avait pas de

titres constitutifs de ce droit, et que la plupart des actes I. a?

4l9 ras icUTEBA.

qfuHl rapportait ne fissent pas mention de k qualité d*é-

cuyer, prise par lui ou par ses auteurs , en ce cas, on le pi^sumait roturier^ parce que les nobles étaient ordinairement assez jaloux de cette qualité pour ne pas négliger de la prendre.

Il y avait certains emplois dans le service militaire et quelques charges qui donnaient le titre d'éoayer, sans attribuer à celui qui le portait une noblesse héréditaire et transmissible , mais seulement personnelle. C'était ainsi que la dédaiation de i65i , et l'arrêt du grand conseil, disaient que les gardes-du-corps du Roi pouvaient se qualifier d'écuyers, ainsi que les commissaires et contr^eurs d^. guerres: quelques autres officiers prenaient aussi de même oe titre en vertu de leur état.

Les écuyers étaient sujets au ban , comme les Barons, les Bannerets et les Chevaliers; ils devaient servir le Boi dans son armée, aussi long-temps les uns que les autres.

Une ordonnance de Philippe de Valois, de i338, touchant la solde des gens de guerre, porte :

« Les écuyers ayant un cheval de moins de a5 liv., a non couvert, auront une paye de 7 sols par jour. . 4t L'écuyer ayant un dieval de 4o liv. au moins, « couvert de fer, de cuir et de corne, aura 7 sols 6 dea niers* »

Par une ordonnancé du Roi Jean P'*, de Tan i35t , récuyer armé avait une paye de 10 sols, et s*îl avait avec lui un valet armé d'haubergeon, bassinet à camaily ^rgerette, gantelet et chape, 5 sols de plus.

Il y avait aussi des ÉcujerS'Bannerets y qui étaient supérieurs aux autres écuyers, et qui possédaient des

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fiefs avec droit de bannière; mais n'ayant pas encore reçu l'Ordre de la chevalerie, ils ne devaient pas s'en attribuer le titre. Gela n'empêchait pas qu'ils n'eussent le commandement sur les Chevaliers qui étaient leurs vassaux y ou qui servaient dans leur compagnie; ou souvent encore, lorsqu'ils tenaient leur commission de nos Rois pour commander dans les armées.

Les Écuyers-Baunerets ne prenaient point la qualité de Messire, Monseigneur ou Monsieur, non plus que les simples écuyers, avant qu'ils fussent reçus Cheva* lier. Ils avaient la paye des Chevaliers-Baclieliers , qui était de 20 sous tournois.

Dans la maison de nos Rois, il y a toujours eu des écuycrs d'écurie qui étaient de la plus haute naissance.

Roque dit que, sous François en i543, Kobert de Pommereuil , Chevalter, et Yespasien de Carvoisin , étaient écuyers d^ëcuriedu Prince, et qu'ils furent successivement pourvus de la cliarge de premier Ëcuyer.

Le Grand-Écuyer de France est appelé dans les chartes latines : Scutifer^ armiger Régis, parce qu'il portait Fécu du Roi, comme faisaient les écuyers, qui portaient l'écu de leur Chevalier, armorié de ses armes, et décoré de son cri de guerre et de sa devise^ Il sera question du Grand -Eciiyer au chapitre des Grands- Officiers de la Couronne.

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