‹ De l'ancienne FranceChapitre 8 sur 105 · CHEZ LB8 GAULOIS ET LIS FKAHCS · texte numérisé non relu

CHEZ LB8 GAULOIS ET LIS FKAHCS

l'ayait été jusqu'alors : tout Franc originairement libre fut noble et en prit le titre ; c'est ce qu'atteste une infinité de monumens. Mais , dès que le titre de noble fut devenu commun à tous les Francs , il fallut trouver un mot qui exprimai la difTérence qu'il devait y avoir entre un Franc et un autre Franc ; car tous ne devaient pas être d'une noblesse égale , et il est certain qu'au temps de Gharlemagne , on reconnaissait encore les familles descendues de ces Francs , qui avaient joui parmi leurs compatriotes d'une noblesse distinguée ; et lorsque Ton parlait d'eux, on les qualifiait de ftobilissimes ( nobilissimi , nobiliores). Ainsi, quoiqu'ils ne composassent point un ordre particulier , quoique leur condition fût la même que celle des autres hommes libres , on les appelait suivant les circonstances ou nobilissimes ou simplement nobles, par opposition à deux autres conditions , qu'op désignait par les mots médUh' cres et infimL Ce dernier mot répondait à celui de minores , que Grégoire de Tours emploie en plusieurs endroits.

Cette classe se formait de tous les roturiers et d^

la petite bourgeoisie.

La bonne bourgeoisie composait avec les cantonniers et les autres Francs Tordre des médiocres ou la moyenne noblesse. Us étaient inférieurs à la haute noblesse ; mais si l'on en excepte les bourgeois , ils étaient militaires, et portaient même Tbabit piilitaîre.

Ils avaient tous un honneur quelconque; c'était l'attribut inséparable de la liberté dont je parle , et quiconque n'avait pas d'honneur était au nombre

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des mineunu On le fouettait , on remprisonnait , tandis qu'on ne punissait l*honime lige que par h perte de son honneur.

Dans la suite , on vit se former encore la classé des Ingénus , dans laquelle vinrent se fondre , sans doute,

les Leudes , les Anstrustions et les Fidèles, parce qu'elle devint tout-à-fait la classe privilégiée. U fallait en être sorti pour aspirer à tous les emplois et offices du gouvernement , avoir droit de suffrages et autres privilèges , dont les ajfranchis étaient exclus , parce que la tache de leur naissance les mettait toujours au-dmsous des Ingénus,

Il y avait donc deux sortes de manière d*être libre ; Tune y que l'on ne pouvait jamais devoir qu'à ses ancêtres y et cette liberté s'appelait aussi noblesse ; Tautre, à laquelle on parvenait par l'affraiu liissement, et cette liberté était bien dififérente de la précédente. C'est dans ce sens que Thegan apostrophe les évèques que Louis-le-Dëbonnaire avait tirés de la servitude pour les flaire parvenir à ce grade , et qui avaient ensuite le plus contribué à sa déposition , il dit à l'un d'eux : « Quelle reconnaissance ! Il vous a rendu libre , et s'il « n'a pas fait de vous un noble , c'est quil est impoS' « sibledeledei^enirquand on doit sa liberté à un affran* « ehissement. Il vous a donné la pourpre et le manteau, « et vous l'avez revêtu d'un cilice ! »

La portion du terrain que les Francs prirent pour eux dans les Gaules fut appelée terra saUca, terre salique , ainsi que je Tai déjà dit.

La plupart de ces terres passèrent aux Leudes , aux Ingénus et aux grands vassaux qui furent tenus au ser-

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vice militaire , soit qu'ils jouissent de ces terres à titre de bénéfice ou de fief ; et les hommes libres^ Francs,

Romains ou Gaulois, qui n'avaient pas de bénéfice ou de fief, possédaient des terres allodiales, et servaient à Tannée sous la conduite du Ck>mte et de ses ofiiciers.

Les propriétés, où le noble franc dominait presque en toute souveraineté , étaient cultivées par le Gaulois vaincu, qui, loin de maudire son sort, le préférait mille fois à celui que lui faisaient subir les Romains. Les Francs, devenus nouveaux: propriétaires, dans la conquête , étaient intéressés à augmenter leur produit territorial , et à traiter avec douceur et ménagement ceux qui labouraient leurs terres et les faisaient fructifier avec abondance ; de sorte que les Gaulois , qui avaient appelé les Francs à leur secours, s'en firent bien de nouveaux maîtres , mais ils se trouvèrent plus heureux dans cet esclavage , qu'ils ne l'avaient été dans la jouissance de la fausse et prétendue liberté que leur avait promise les Romains : et si la conquête fut profitable aux Francs , elle n'accabla pas trop les Gaulois , qui ne quittèrent point la terre qui les avait vu naître et qu'ils avaient l'habitude de cultiver ; ils préféraient en oflrir le tribut au Franc, qui devenait habitant, plutôt qu'au Romain , qui restait toujours étranger à son égard. Telle fut l'origine de la noblesse et de la servùude, des nobles et des serfs.

Les Francs n'employaient point leurs serfs au service intérieur de leurs maisons ; ils leur donnaient des terres à cultiver et des maisons à habiter, où chacun vivait à sa manière , en payant au maître un revenu arbitraire de sa part : Suarn puisque sedem , suos pénates régit;

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frumenti modum Dominas aui pecotis^ am vestis tti

colono injungit et srrvf/s hactenns parct. CVst aussi pourquoi on les nomma serfs de glèbe , seivi adscripti glebœ; serfs de masse , servi massarii, et serfs casses , servi cassati.

Il n'y avait donc que deux sortes de cooditioii dans k monarchie des Francs; la liberté et la servitude. L'essence de la liberté était de ne devoir aucune sujëtion à personne, et d'aller à la guerre; l'essence de la servitude était de cultiver la lerre pour uu autre, et de ne point être appelé à manier lés armes , puisqu'il eût été dàngereux de laisser des armes aux peuples vaincus, et de les habituer, surtout, h. en faire remploi.

On sait que les portions de terres qui ne reçurent pas le nom de saliques, se nommèrent ^//^«(Allodium), ou Franc-jdlleu; et furent laissées par les Francs à des Gaulois, naturels du pays, eu toute possession , propriété et hérédité, comme ils les avaient tenues auparavant, sans reconnaître d'autres seigneurs fonciers qu'eux-mêmes; à la charge néanmoins de contribuer, du fruit do ces terres, envers les Francs, si le besoin en était. Quelquesuns des FVancs furent également mis en possession de ces sortes de terres.

Le FranC'AlLeu était donc une propriété franche et libre de tous devoirs féodaux, et qui né devait ni cens, ni rentes, ni servage, ou relief, soit pendant la vie, soit à la mort. Dans la suite, il y eut deux sortes èA PranioAUeu^ Tun noble ^ l'autre roturier. Le Franc- Alleu noble était celui qui avait justice, fief ou censive. Le Fraiic-Alleu roturier était celui qui n'avait aucune de ces qualités, mais qui était exempt de toute redevance.

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De cet état de choses dérivèrent bientôt le système de féodMU^ et rinstitatkm des fiefsi et dès lors hs anciens Leudes, A ns trustions , Fidèles et Ingénus, soit qu'ils possédassent des terres à titre de bénéfice militaire, ou comme propriétés héréditaires , fermèrent la première classe de la nation , sous le titre de noblesse territoriale ou féodale.

Ces familles, considérées comme descendant des Francs, compagnons de Clovis, furent encore renforcées par celles des magistrats ou guerriers romains, ou des Gaulois nationaux, qui, eu restant dans le pays, y avaient conservé une certaine infkience, à raison de leurs propriétés ou de leurs fonctions civiles ou militaires. Cette masse, ainsi formée, se plaça entre le sou- ¥erain et le peuple, et se rendit nécessaire par Tezeir' cice des armes, auquel eUe se livrait exehisiveuettt pour le soutien du prince et pour la défense du pays, et, comme chez les Francs la valeur militaire était le principe de toute récompense et de toute élévation, ces Êimilles, qui versaient à profusion leur sang pour \e service de la patrie, furent investies dans la suite des titres de duc, marquis, comte, vicomte, baron, vidame, banneret, dievalier, écuyer, qui avaient été pour la plupart implantés dans les Gaules par les Romains.

Ces nobles de différentes classes, en observant leui^ rang, pouvaient seuls posséder des fie£i et des seigneur ries; ils levaient des subsides et des tailles pour isubvenir aux dépenses qu'ils étaient obligés de faire pendant la guerre; et, couverts de plaques et de maillés, ils combattaient h ciieval pour la défense du pays. Siiir vant la prééminence ou la supériorité de leurs fiefs , ils .

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oonduisaiieiit leurs wiaux sous leurs Wnnières, ou

suivaient celles de leurs supérieurs, dans les armées que formaient nos rois.

M. l'abbë de Gourcy, dans un travail ex profisso (1768), qui a été couronné par FAcad^nie, s'attache principalement à prouver le fait d'une noblesse héréditaire sous la première et la deuxième race de nos Rois. Sa marche est généralement ferme; le cortège de ses preuves est nombreux. Il s'appuie de ces expressions absolues que l'histoire applique aux personnages de ces règnes : NoinU progenk ^ nobili génère, nMlipro^ sopiây -altus parentum sanguine ^ ex progenie eelsa ae nobUissimd in pago cameracensi y nohilissimis ex pro^ gmitaribus prosapiam ducens, etc. Voilà donc une noblesse, non pas transitoire comme les charges et les emplois, non pas seulement individuelle, mais de race, de sang antique : Alias sanguine y génère y progenie ceisd, et conséqucmment héréditaire de génération en génération.

Nos historiens les plus accrédités ont remarqué qu'il existait en France , avant la révolution , environ soixante dix mille fie/s ou arrière-fief s ^ dont à peu près tr(ns mille étaient érigés en duchés , marquisats , comtés, vicomtes et baronnies : ils comptaient aussi dans ce ro3fanmey environ quatre miUe familles d'ancienne noblesse , c'est-à-dire, de noblesse chevaleresque et immémoriale, et environ quatre-vingt-dix mille famUles qui avaient acquis la noblesse par l'exercice des charges de magistrature et de finance , ou par le service mi* iitaire , ou par des anoblissemens quelconques.

Le père Ménétrier porte à deux cents le nombre des

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familles de France qu'on peut appeler seigneurs ^ grands seigneurs; ce sont celles qui par alliance descendent des princesses du sang royal, qui se sont mariées dans ces familles; c'est la même ënumération qui en a été fisdte par MM. de Sainte-Marthe.

Le célèbre MaéExpiîlfy dans son excellente statistique de la France ) dit que nos rois, dans le sein propre de leur noblesse, pouvaient lever subitement cent miUe hommes prétsi^ se mettre en campagne et 9 livrer combat.

Les auteurs de l'ancienne Ëncjrclopëdie disent avec le chancelier Bacon, a qu'on peut considérer la noblesse de deux manières: ou comme faisant partie d'un État, OU comme faisant une condition de particuliers. »

« Comme faisant partie d'un Ëtat, toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie : la noblesse entre en quelque façon dans l'essence de la mbaardiie , dont la maxime fondamentale est^ poinS de noblesse , point de monarque. »

« Une noblesse grande et puissante augmente la splendeur du prince, » .

4c Dans un état monarchique , le pouvoir intermédiaire subordonne le plus naturel, est celui de la noblesse; abolisseaf ses prérogatives, vous aurez bientôt un- état populaire, ou bien un état despotique. »

« L'honneur gouverne la noblesse, en lui prescrivant l'obéissance aux volontés du prince; mais cét honneur lui dit en même temps que le prince ne doit jamais lui commander une action déshonorante. Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse , que de servir le prince à la guerre : c'est la profession dis*

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tiuguëe qui convient aux nobles | parce que ses liasards^ ecftsuooès et set malheurs mêmes, conchtiseiit à la grandeur.» '

a II iaut doue que dans les monarchies les lois travaillent à soutenir la noblesse et à la rendre héréditaire, non pas pour être le terme entre le pouvoir du prince et la faiblesse du peuple, mais pour être le lien de tous les deux. »

« Les prérogatives accordées à la noblesse lui seront particulières dans la monarchie, et ue passeront point au peuple, si l'on ne veut choquer le principe du gouvernement, si l'on ne veut diminuer la force de la noblesse et celle du peuple. »

« A régard de la noblesse dans les particuliers, on a une espèce de respect pour un vieux château ou pour un édifice qui a résisté au temps, ou même pour un bel arbre qui est frais et entier malgré sa vieillesse. Combien en doit-on plus avoir pour une noUe et ancienne famille qui s'est maintenue contre les orages des temps? La noblesse nouvelle est Touvrage du pouvoir du prince, mais l'ancienne est l'ouvrage du temps seul; la première comporte plus de talent , Tautre plus de véritable grandeur.»

c Les Rois qui peuvent choisir dans leur noblesse des gens prudens et capables, trouvent en les employant beaucoup d'avantage et de facilité : le peuple se plie naturellement sous eux, comme sous des gens qui sont nés pour commander. »

Nos Kois avaient pensé également que pour la conjolidation de leur gouvernement, pour l'honneur de leur couronna, et souvent pour le sahit de la nation.

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lliistittilion de la noblesse était de né^^sité première, dans uue monarchie bien organisée; Henri III notamment, dans son édit de i57g, s'en exprime ainsi :

«r La principale fbrce de la couronne consiste dans la « noblesse , dont la diminution ne cause que laffaiblis- « sèment de l'État. »

Effectivement, cetite noblesse accoutumée à rëpandre son sang , et à perdre sa fortune pour soutenir les guerres qui avaient lieu contre la nation , savait encore s'infe poser d'autres sacrifices, lorsqu'ils étaient commandés par les besoins du peuple. C-est ainsi qu'avant la révolution, elle annoi^ l'intention de partager le fardeau de la dette publique, delà manière la plus solennelle et la plus philantropique; nous en avons pour preuve ce célèbre arrêt du Parlement de Paris , du 5 décembre 1788, les pmrs y séant y dans lequel le roi fut supplié de sup« primer tous impots distinct ifs des ordres y d'établir/*^ galité des charges, d'Imposer la responsabilité des mi» nistres, de proclamer la liberté indii4duelle des citoyens et la liberté légitime de la presse.

Cet arrêt du Parlement, assisté des pairs du royaume, se trouve encore corroboré par Varrété des ducs et pairs de France, assemblés au Lôui^re, le ao du même mois, signé par trente-deux d'entre eux , et présenté au roi, lequel était en ces termes : « Sire, les pairs de vo- <t tre royaume s'empressent de donner à votre majesté « et à la nation, des preuves de leur zèle pour la pros- « périté de TÉtat et de leur désir de cimenter runion 4téntre tous les ordres, en suppliant votre majesté a de recevoir le vœu solennel qu'ils portent au pied « du trône , de supporter tous les impots et charges pw

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