‹ De l'androgyneChapitre 7 sur 7 · I IO · texte numérisé non relu

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rent de la Galerie Lacaze surpasse son pendant la petite Musicienne, comme le Gilles domine sur les conversations galantes! Ce siècle de grâce et d’inconscience ne se figurerait ni par un philosophe, ni par une caillette, et quand on veut nous le montrer, il faut un traA^esti, parce que le type décisif (paroles de Beaumarchais et musique de Mozart) , le type vraiment historique, c’est Chérubin, le page délicieux, le moderne Euphorion, qui périra sur l’échafaud avec prestance et esprit. En lui mourront non seulement la monarchie et la noblesse, mais le génie aristocratique dont Platon fut le merveilleux théoricien.

A un point de vue synthétique, les

rubin, nous en saisissons au théâtre tous les traits, comme la truculence de Robert Macaire contient la prophétie du député et du régime démocratique.

Car il faut entendre qu’il n’y a jamais eu nulle part que trois régimes, en dehors de la monarchie, Aristocratie, Empocratie et Plutocratie; et que le règne du peuple n’est rien que l’avènement de la pièce de cent sous comme hostie nationale. Un Etat dans lequel on ne peut être pauvre, sans déshonneur, est perdu pour l’art.

Car il a ses lois, comme la nature; elles agissent à l’insu de l’artiste.

Carpeaux n’a jamais su pourquoi son génie de la danse était un andro-

arts ne forment qu’un seul ensemble et quoique nous ne possédions pas d’ouvrages donnant la figure de Chégyne, non plus que Paul Dubois son chanteur florentin; le Saint Symphorien d’Ingres est beau comme une femme, et l’ange qui lutte avec Jacob, et les autres qui fondent sur Héliodore, montrent la même voie chez Delacroix. L’androgyne traverse l’œuvre de Gustave Moreau et celle des pré-raphaélites. Chez Rosetti et Burne Jones, par conséquence du traditionnalisme et aussi par le caractère anglais essentiellement aristocratique, il se retrouve.

A l’emploi de ce mot, on conclut à un jugement dédaigneux du peuple :

l’on se trompe. La véritable aristocratie n’a qu’une bête noire, la bourgeoisie : le peuple, dès qu’il peut choisir a le goût de l’idéal : il n’y a que lui qui se plaise encore aux drames qui seuls, au théâtre, manifestent la morale et l’héroïsme. Il a le goût du travesti, forme dernière de l’androgyne, qui survit à la conception sacrée des initiations antiques.

La combinaison de deux termes en produit un troisième, formé des deux premiers : voilà la formule ridicule et exacte de la science proprement dite.

L’idéal du corps humain résulte de la fusion de la pucelle et du puceau à leur période florale; voilà la formule

DE l’ANDROGYNE

lumineuse et précise de l’esthétique Et l’androgyne est vraiment l’Ar chétype.

On permettra à Fauteur de se souvenir qu’il a chanté l’androgyne, avant d’en ébaucher l’histoire plastique.

Le roman où se trouve l’hymne suivant (« L’Androgyne », dixième de VEthopée ) est du reste introuvable; et chacun sait que l’expression lyriffue l’emporte sur les plus subtils commentaires, quelquefois du moins.

HYMNE A LANDROGYNE

Ephèbe aux petits os, au peu de chair, mélange de force qui viendra et de grâce qui fuit. O moment indécis du corps comme de lame, nuance délicate, intervalle imperçu de musique plastique, sexe suprême, mode troisième! Los a toi!

Vierge au bras mince, au peu de gorge, illusion de force qui se joue, cachée dedans la grâce; heure vague du corps et point confus de l’âme; hésitante couleur, accord enharmo-

nique, héros et nymphe, apogée de la forme, la seule conceptible au monde des esprits.

Los à toi!

Jeune homme aux longs cheveux et presque désirable, que le désir n’a pas encore touché; imberbe inconscient des occasions prochaines. Peutêtre de fierté? Peut-être de souillure?

Escholier écoutant les voix de l’insomnie, mauvais garçon ou clerc, et futur chevalier de Malte ou des Meschines! Los à toi!

Jeune fille aux courts cheveux et presque jouvenceau, dont le cœur n’est pas orienté, bouton encore fermé des floraisons charnelles. Peut-

être de péché? Peut-être de vertu?

Bachelette épelant la vie dans la chanson du vent, truande ou damoiselle et bientôt consacrée à Marie ou à Vénus. Los à toi!

Puceau, prestige incomparable, seule grâce plénière, délicieux inédit, poème réticent; sur le vélin du cœur, pas un nom ne s’inscrit; sur le vélin du corps, pas une trace rose; chair qui n’a pas faibli, esprit encore planant, alabaster d’où rien nes’évapore.

Los à toi!

Pucelle, diamant impérial parmi toutes les gemmes de la féminité, ornement qui défie en sa comparaison les célestes couronnes : tes membres

précieux ignorent toute étreinte et tes nerfs n ont subi, cordes sentimentales, aucun doigt dissonant, viole où 1 harmonie dort entière, clavecin de silence. Los à toi!

Homme qui charmes et demain œuvreras, Siegfried qui s’ignore, Chérubin s’éveillant et page d’aujourd’hui, écuyer de demain, baschelier étonné et musant au bord de l’adolescence; premier duvet aux lèvres et premier trouble au cœur; joli balbutieur qui découvre un cou nu, blanc comme un bras de femme! Los à toi!

Femme qui penses et demain aimeras, c’est Desdémone qui s’ignore et

Juliette avant le bai; effort de réflexion aboutissant au rêve; Pandore curieuse qui demande à la lune d’éclairer le désir tapi à l’ombre de son coeur, Bradamante ingénue qui s’endort parmi ses tresses longues et semble Endymion au corps vermeil et fier! Los à toi!

Sexe très pur et qui meurs aux caresses ;

Sexe très saint et seul au ciel monté;

Sexe très beau et qui nies la parèdre ;

Sexe très noble et qui défies la chair;

Sexe irréel que quelques-uns traversent comme autrefois Adamah en Eden;

Sexe impossible à l’extase terrestre! Los à toi qui n’existes pas!

Sexe très doux et dont la vue console l’esseulé;

Sexe très calme et qui endors les nerfs en quête;

Sexe très tendre et qui émanes du plaisir pur;

Sexe très caressant qui nous baises à lame;

Sexe très enivrant et qui nous mènes en haut;

Sexe très charitable qui nous donne nos rêves;

Sexe de Jeanne d’Arc et sexe du miracle! Los à toi!

Tu t’appelais jadis Adonis ou Tammuz. Avant Mozart tu fus Alcibiade :

chrysalide idéale d’où jaillirent les anges et d’où les hommes tombent au viril inférieur, aux ma! étés des larves. O forme si parfaite que Dieu l’a consacrée comme le vêtement de l’éternelle fête! Los à toi!

Tu t’appelais pour Platon, Diotime : Sapho, Hypathia, abbesse de Gandersehim, Hrotsvitha, te désignaient, Polyomine, dont la gloire est formée par le prisme complet des

nuances mortelles, éclairées de pérennité.

O grâce si sereine que Dante a pu, par trois élans, monter aux nues. O dame de beauté, de sagesse et de gloire, Wal kyrie du Walhala chrétien! ô Béatrice! Los à toi!

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Eros intangible, Eros uranien, pour les hommes grossiers des époques morales tu n’es plus qu’un péché infâme; on t’appelle Sodome, céleste contempteur de toute volupté.

C’est le besoin des siècles hypocrites d’accuser la Beauté, cette lumière vive de la ténèbre aux cœurs vils contenue. Garde ton masque monstrueux qui te défend du profane! Los à toi!

Anteros, ô guérisseur des banales tendresses, alchimiste puissant du dé-

sir imparfait, Athanor du grand œuvre dans le monde des âmes : c’est ton destin qui veut tes erreurs passagères, les fécondes erreurs d’où dégangué, tu montes au devenir sublime, parmi 1 étonnement curieux des agnostes! Los à toi!

Anges de Signorelli, Saint Jean de Léonard, punisseur de l’Eden et coupable d’Ereck, messager du mystère et moyen du miracle, céleste embassadeur, tu es le point suprême où notre exil de matière peut concevoir l’esprit : tu es la visibilité où la Norme céleste peut se manifester à la prière. Los à toi!

Vrais anges du vrai ciel, brûlants Séraphs et Kerubs abstracteurs, tenants des trônes de lavhé, Seigneu-

rie et essence Déiforme! Prince du Septénaire, qui tour à tour commandes et obéis. O sexe initial, sexe définitif, absolu de l’amour, absolu de la forme, sexe qui nies le sexe, sexe d’éternité! Los à toi, Androgyne!

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