SYMPTOMES; MARCHE ET TERMINAISONS
1° Anémie aiguë.
Qu’une artère volumineuse soit ouverte, la perte de sang peut être si rapide, si considérable, que le blessé succombe immédiatement à l'hémorrhagie. Dans d’autres cas, la brusque déplétion du système vasculaire produit bientôt la syncope, et, sous cette influence, la perte sanguine est arrêtée. Bon nombre de blessés ont dû la vie à cette syncope qui permet l’oblitération du vaisseau lésé.
D’autres fois la marche des phénomènes est moins rapide; c’est surtout dans les cas où l’état anémique se prolonge quelque temps que l’on peut bien observer les modifications qu’il imprime à l’économie tout entière. De tout temps, ces symptômes ont été étudiés par les chirurgiens sous le nom de phénomènes généraux des hémorrhagies. Nous en trouvons une bonne description dans la thèse de L.-J. Sanson sur les Hémorrhagies traumatiques (1) . Les leçons de Dupuytren renferment également des pages intéressantes sur ce sujet (2).
(1)L. J. Sanson. Des hémorrhagies Iraumatiques, thèse de concours pour une chaire de ciiniqne chirurgicale. Paris, 1836, p. 2. — Effets généraux des hémorrhagies traumatiques .
(v) Dupuytren. Leçons orales de clinique chirurgicale, 2e édilion 1839, t. VI, p. 2. — De l’hémorrhagie traumatique considérée d’une manière générale.
Les auteurs qui se sont occupés de l’effet des pertes de sang, et spécialement des modifications subies par l’organisme sous l’influence delà saignée, nous fournissent aussi pour cette étude de précieux documents. Parmi eux, nous citerons surtout Piorry et Marshall-Hall.
Parfois, quelques instants après la cessation d’une hémorrhagie traumatique abondante, ou bien, subitement, dans le cours d’une opération où il a perdu beaucoup de sang, le malade pâlit, s’affaisse, et présente tous les symptômes de Panémie aiguë. « Ce sont, dit Sanson, la décoloration de la peau et des muqueuses, le refroidissement général, l’apparition d’une sueur froide et visqueuse, surtout au front, sur les régions antérieures de la poitrine, épigastrique, à la paume des mains, à la plante des pieds; les nausées, les vomissements, l’irrégularité des mouvements respiratoires, qui deviennent alternativement petits et précipités, ou rares et profonds, Paccélération du pouls, qui perd peu à peu sa force et sa résistance, tout en augmentant de fréquence, à mesure que la perte du sang devient plus considérable, son irrégularité et son intermittence, le tumulte des battements du cœur, les vertiges, les tintements d’oreilles, les lipothymies, les syncopes, les mouvements convulsifs, quelquefois le coma ou le délire, et enfin la mort. »
Quand la terminaison fatale n’est pas la conséquence de l’anémie aiguë, il n’est pas rare de voir le malade, avant de revenir à lui, « passer par une succession fatigante de syncopes prolongées et de rétablissements de la circulation et de la respiration. »
Quelle que soit d’ailleurs l’issue du phénomène, c’est surtout dans le cas où la marche de l’anémie n’est pas trop rapide, qu’on peut bien observer les différents symptômes, et en faire l’analyse. Pour cela, nous les passerons successivement en revue un à un, en appelant à notre aide les données de la physiologie.
1 0 Influence sur la température. — Le premier effet d’une hémorrhagie abondante, c’est la décoloration de la peau ; la face pâlit, les lèvres, la muqueuse gingivale, la conjonctive se décolorent. En môme temps le malade éprouve un refroidissement général. L’influence d’une grande soustraction de sang sur l’abaissement de la température est un des faits les mieux établis, et que le thermomètre nous permet aujourd’hui de mesurer. Dans une de nos expériences, une saignée de 400 grammes chez un chien du poids de 10 kilog. 500, fi t tomber la température, au bout d’une heure, de 38°, 3 à 3b°,6.
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2 0 Influence sur la circulation. — Quelquefois, avonsnous dit, la syncope survient brusquement, sans qu’aucun phénomène l’ait fait prévoir. Tout à coup, pendant le cours d’une opération où le malade a perdu beaucoup de sang, ou bien encore à la suite d’un grand traumatisme, le blessé s’affaisse et expire. C’est quelquefois au moment où il faisait un mouvement, au moment où il tentait un effort pour se soulever, que cette terminaison fatale a été observée.
Dans une de nos expériences, nous avons vu une
syncope mortelle survenir ainsi subitement, sans que rien l’ait annoncée, chez un jeune chien du poids de 13 kilog. 500, auquel nous avions fait une perte de sang de 600 grammes. L’animal était encore attaché dans la position horizontale ; la respiration était tout à fait normale, quand les mouvements du cœur et ceux du thorax s’arrêtèrent brusquement, sans qu’on ait pu rappeler l’animal à la vie. Ici, il est vrai, la perte de sang avait été considérable, puisqu’elle était dans le rapport de 1 : 22,5 avec le poids du corps. De plus, la canule introduite dans l’artère fémorale étant volumineuse, la déplétion sanguine avait été très rapide.
L’influence de l’anémie aiguë sur la circulation se traduit surtout par les modifications considérables qu’elle imprime aux caractères du pouls.
Presque tous les auteurs notent la fréquence du pouls comme un des effets des pertes sanguines. Piorry (1) dit que « les pulsations s’affaissent et s’accélèrent à proportion qu’il y a plus de sang extrait. »
Marshall-Hall (2) note aussi la fréquence du pouls, il n’a été lent, dit-il, que lorsque la syncope est arrivée, ou lorsqu’il était très rapide avant la saignée.
Si nous parcourons les expériences du mémoire de MM. Yulpian et Dechambre, relatif à l’influence des
(1) Piorry. Du procédé opératoire à suivre dans l’exploration des organes. Paris, 1835, p. 227.
Du même auteur : Note sur les évacuations sanguines, in Archives de medecine, t. X, 1826, p. 138.
(2) Marshall-Hall . Recherches expérimentales sur les effets de la perle du sang, in Archives de médecine, 1833, t. II, p. 370.
saignées abondantes (1), nous trouvons que dans la plupart d’entre elles, les pertes de sang ont eu pour effet d’accélérer le pouls.
Voici, par exemple, les résultats que fournit à cet égard l’expérience IX, rapportée dans ce mémoire :