‹ De l'anémie consécutive aux hémorrhagies traumatiques et de son influence sur la marche des blessuresChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Etude clinique. — Etiologie. — Symptômes ; marche

et terminaisons.

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ÉTIOLOGIE.

Tous les traumatismes s’accompagnant de l’effusion d’une grande quantité de sang peuvent produire l’anémie. Qu’il s’agisse de traumatismes accidentels, ou d'opérations chirurgicales, le résultat est le même. Mais, dans ces deux cas, la marche des phénomènes peut être différente, suivant que l’anémie survient tout d’un coup, d’une manière aiguë pour ainsi dire, ou bien qu’elle se manifeste lentement et d’une façon progressive. Cette différence dans la marche est liée intimement au mode de production de cet état morbide. Tandis que les hémorrhagies abondantes amènent d’emblée l’anémie aiguë, ce sont surtout les pertes de sang répétées et successives qui arrivent à produire l’anémie lente et durable. Ces deux formes cliniques peuvent se voir, et dans les traumatismes, et dans les opérations chirurgicales. De tous les traumatismes, ceux qui sont le plus propres à provoquer l’anémie, ce sont les blessures des artères volumineuses, telles qu’on les observe, par exem-

pie, dans les plaies par armes de guerre. Dans ces cas, au moment de la chute des eschares, on voit souvent se produire une série d’hémorrhagies secondaires qui, par leur répétition autant que par leur abondance, plongent le blessé dans un état d’anémie profonde. Il n’est pas de chirurgien qui n’ait eu l’occasion de voir se produire l’anémie à la suite des blessures accidentelles des artères, ou consécutivement à la ligature de ces vaisseaux, faite dans un but chirurgical.

Parmi les opérations, il en est un certain nombre qui, tant à cause de l’étendue de la plaie que de la richesse vasculaire de la région, ont le fâcheux privilège de se compliquer d’anémie. Nulle n’est plus grave à cet égard que la désarticulation de la cuisse. Les récentes statistiques de Lüning (I) et de Hug (2) montrent, en effet, que sur 341 cas de mort, la terminaison fatale a été causée 47 fois par l’anémie résultant de pertes sanguines précédant l’opération, 19 fois par la perte de sang qui accompagna l’opération, 21 fois par des hémorrhagies consécutives.

Comme l’a fait remarquer M. Lefort (3), il faut tenir compte non seulement du sang qui s’est écoulé pendant l’opération, mais aussi du sang contenu dans le membre enlevé. Or, d’après les expériences de Bruns et de

(1) Luning. Ueber die Blutung bei der Exarticulation des Oberschentels und deren Vermeidung. Zurich, thèse de 1877.

(2) Hug. Des causes de la mort à la suite de la désarticulation coxofémorale, thèse de doct. Paris, 1877.

(3) Lefort. La désarticulation de la hanche et le pansement des plaies, discours à l’Académie de médecine, 1878.

Ranke, la quantité de ce dernier peut être évaluée à 760 grammes environ. Cette perte, ajoutée à celle qui se fait par les vaisseaux ouverts, augmente singulièrement la gravité de l’opération.

« Ce qui le prouve, ajoute M. Lefort, c’est la bénignité relative de la désarticulation cliez les malades déjà amputés de lo cuisse à une époque plus ou moins éloignée

du moment de la désarticulation Il existe dans la

science 10 cas dans lesquels des amputés de cuisse furent désarticulés ultérieurement....; sur ces 10 désarticulés, 8 guérirent. Et cependant dans ces cas l’étendue de la plaie était la même, les chances d’hémorrhagie étaient les mêmes que dans une désarticulation ordinaire. »

En résumé, d’après l’étude des causes et la marche des accidents, on peut établir dans l’anémie traumatique les divisions suivantes :

1° Anémie aiguë , se montrant subitement après un traumatisme ou dans le cours d’une opération.

2° Anémie lente , survenant peu à peu par le fait d’hémorrhagies répétées.

On pourrait encore, suivant que la perte de sang arrive ou non à la réparation, diviser l’anémie traumatique en temporaire ou définitive.

Nous suivrons de préférence, dans notre description clinique, la première division plus importante au point de vue des symptômes, tandis que la seconde s’applique surtout à la marche et aux terminaisons.

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