MINES DE VICOIGNE (NORD
Aux mines de Vicoigne, où il y a quatre fosses de charbon maigre, Tanémie ne s'est jamais montrée.
La profondeur des fosses est peu considérable : fosse du Prussien (190"") ; fosse Saint-Gervais (204™) ; fosse n** 3 (222™) ; fosse des Ermites (208™). La houille en est moins maigre et beaucoup moins sulfureuse que celle de Fresnes. Les eaux deflltration y sont plus abondantes qu'à Fresnes (i).
§ 3. — MINES D'àNICHE (nord).
ÉPIDÉMIE d'aNICHE-AUBERCHICOURT, 1827 A 1834 ; FORME ABDOMINALE CHRONIQUE. — En 1827, le docteur
Etienne Buisson (2) trouva l'anémie des mineurs régnant depuis longtemps indistinctement dans les fosses sises à Aniche (3), à savoir : les fosses Sainte-Thérèse,
(1) Communication orale de M. Pantignies, ancien directeur du fond aux mines de Vicoigne.
(2) Communication orale.
(3) La concession d'Aniche date de 1774.
Sainte-Hyacinthe, Sainte-Barbe, Sainte-Catherine, etc., et dans la fosse d'Auberchicourt, dite l'Espérance ou fosse de la Paix, parce qu'elle fût creusée en 1814, lors de la première restauration. Ces fosses, d'une profondeur moyenne d'environ 584'*', donnaient du charbon gras. La fosse Sainte-Catherine seule était sujette au grisou (i).
Les symptômes de l'anémie des mineurs d'Aniche étaient en tout comparables à ceux signalés en 1804 chez les houilleurs de Fresnes : douleurs épigastriques et vomissements, coliques avec diarrhée ou constipation ; hypertrophie et parfois atrophie du foie. Les selles blanchâtres étaient d'un fâcheux augure. La peau offrait une teinte blême jaunâtre; les conjonctives oculaires étaient parfois aussi colorées en jaune. Notons, comme particularité de l'anémie des mineurs d'Aniche, la grande fréquence des asciteset hydropisies diverses.
L'influence de l'hérédité s'est manifestée par la tendance à l'anémie dans le cours de leurs maladies chez les enfants de mineurs anémiques.
Comme à Fresnes, les eaux qui croupissaient au fond, donnaient naissance à l'éruption spéciale appelée ampoules par les mineurs. Le docteur Buisson la traitait avec succès par un mélange de litharge et d'huile, analogue à l'onguent nutritum de Fresnes, composé de litharge, d'huile et de vinaigre.
L'anémie exerçait d'assez sérieux ravages sur 800 ouvriers, 40, en moyenne, étaient assez gravement
(1) On se rappeUe que vers la même époque (1825-1827) l'anémie régnait aussi épidémiquement à la fosse d'Abscon, la Pensée (concession de la Compagnie d'Anzin), sise près les mines d'Aniche, et qu'elle s'y montra encore à l'état sporadique jusque vers 1859.
atteints pour ne pouvoir descendre dans les fosses.
ABANDON DES ANCIENNES FOSSES. MANIFESTATION ENDÉMIQUE DE LA FORME CACHECTIQUE DANS LES NOU- VELLES FOSSES d'ANICHE ET DE SOMAIN, DE 1834 A 1866.
— Déjà les mineurs murmuraient et menaçaient d'abandonner les travaux. Aussi la Société fut-elle forcée, en 1834, de fermer les anciennes fosses, que d'ailleurs rendaient peu productives Tirrégularité du gîte houil- 1er, et d'en creuser de nouvelles jusque sur le territoire de Somain ; c'étaient : à Aniche, les fosses Daoust, Fénélon et l'Archevêque ; à Somain, les fosses Saint- Louis et de la Renaissance. Ces fosses d'où l'on tire du charbon dur ou demi-gras, et où le grisou est inconnu, ont seulement 300"" environ de profondeur. Les galeries y sont beaucoup plus élevée et moins longues, moins humides et mieux ventilées. En 1866, les ventilateurs de chaque fosse aspiraient en moyenne lO"^^ d'air par seconde, quantité encore insuffisante. En s'approchant d'un ventilateur, on percevait, ici comme dans les autres mines à anémie, une odeur sui generis qui prouve combien est impur l'air que la ventilation retire des galeries. Alors les ouvriers descendaient encore dans les fosses au moyen d'échelles inclinées à 75** ; aujourd'hui ils sont descendus et remontés par la machine d'extraction.
L'anémie se manifesta encore dans ces nouvelles fosses, mais beaucoup moins grave qu'avant 1834, grâce aux meilleures conditions d'aérage. Ce n'était plus la forme abdominale chronique^ mais seulement la forme anémique proprement dite ou cachexie anémique des mineurs, telle qu'on l'observa à Fresnes depuis l'épidémie de 1803-1804. D'après le docteur François
Buisson fils (i), la maladie régnait encore en 1866.
Le traitement ferrugineux (lactate de fer) est celui qui a donné les meilleurs résultats.
Aujourd'hui, l'anémie ne s'observerait plus que rarement aux mines d'Aniche.
§ 4. MINES DE l'ESCÂRPELLE (NORD).
FORME ABDOMINALE CHRONIQUE ET ÉRUPTIONS CUTA- NÉES SPÉCIALES (fosse n"* 4 A DORiGNiES). — Aux mines de l'Escarpelle (charbon 1/2 gras), près de Douai (Nord), on rencontre parfois l'anémie, ainsi que le prouve l'observation suivante :
Obseroaiion. — X , âgé de 38 ans, est ouvrier
aux mines de houille de la Société de l'Escarpelle depuis l'âge de 12 ans et demi.
En août 1871, il était employé depuis trois mois, dans la fosse N** 4 à Dorignies, au percement d'une galerie en cul-de-sac dans laquelle l'aération se faisait difficilement, lorsqu'il présenta divers symptômes d'anémie spéciale (coup de la fosse) : céphalalgie avec bourdonnements d'oreille et vertiges ; battements de cœur ; dyspnée et toux avec crachement noir. Teint d'une pâleur jaunâtre ; sueurs, vomissements et coliques accompagnées de diarrhée ; urines se décomposant facilement. Crampes dans les mollets, et même convulsions généralisées ; frilosité. Il fut aussi atteint
(1) Etude médicale sur Fouvrier bouilleur, Thèse de Paris,
d'une éruption pustuleuse aux pieds, causée par les eaux du fond.
Un intervalle de trois mois, pendant lequel cet ouvrier travailla dans le bon air, améliora son état ; mais un second percement de galerie en cul-de-sac qui dura trois ou quatre mois, aggrava tellement sa maladie qu'il fut obligé de quitter la fosse.
Plus tard, quand ses forces le permirent, il fut utilisé au jour comme voiturier.
Depuis le 25 avril 1876, il s'est fait de nouveau porter malade. Nous le voyons le 2 septembre. Son teint est encore un peu pâle, jaunâtre. Il a parfois de la céphalalgie pulsative avec bourdonnements d'oreille. Sa vue a considérablement faibli. Bruit de souffle vasculaire au cou et souffle cardiaque au V^ temps et à la base. Fraîcheur des extrémités ; sueurs abondantes. Crachement noir le matin seulement et dyspnée à la suite de la moindre fatigue ; signes stéthoscopiques de l'emphysème pulmonaire. Douleur épigastrique et constipation. Urines jaune-verdâtre, et anaphrodisie. Douleurs aux creux poplités. Grande faiblesse générale.
La fosse N"" 4, où ce malade a contracté l'anémie, se trouve dans de moins bonnes conditions de ventilation que les autres fosses. Il n'y a jamais eu de grisou, aussi n'y emploie-t-on que des lampes à feu nu.
Le sujet de notre observation a connu plusieurs de ses compagnons qui avaient eu le « coup-de-fosse " .