ÉTIOLEMBNT OU ANÉMIE GRA^^ DES BOUILLEURS
(riembault, 1861). — Parmi les maladies spécialement propres aux mineurs des bassins houillers de Saint-Etienne et de l'Allier, A. Riembault (1861), attaché pendant cinq ans à un service médical des mines, depuis, médecin de l'Hôtel-Dieu de Saint-Etienne, mentionne « rétiolement ou anémie grave des mineurs, affection peu décrite, et sur laquelle les livres classiques n'appellent peut-être pas suffisamment l'attention, bien qu'on la rencontre souvent r> (i).
Caractère anatomique. — D'après l'auteur, cette maladie reconnaît pour caractère anatomique une modification des trois principaux éléments du sang ; la fibrine, l'albumine et les globules diminuent, tandis que la proportion d'eau augmente. La diminution des globules rend compte des symptômes qui suivent.
(1) Hygiène des ouvriers mineurs ; Paris, 1861.
Symptômes (forme cachectique de V anémie). — La face, décolorée, acquiert une teinte analogue à celle de la cire jaune; les . vaisseaux veineux eux-mêmes les plus volumineux s'effacent complètement ; le pouls est très-fréquent, 90 à 100 pulsations par minute, sans accroissement sensible de chaleur à la peau ; palpitations, bruits de souffle au cœur et aux carotides. La faiblesse est extrême, et c'est à peine si ces malheureux sont capables de soutenir leur corps amaigri.
La diminution des proportions de Talbumine explique les œdèmes des parties déclives.
Enfin, la diminution de fibrine, quand elle est portée loin, rendrait compte des pétéchies et même des hémorrhagies passives (i) ; mais l'auteur reconnaît que, dans Tétiolement simple, elles sont très-rares.
Ce n'est qu'à titre d'exception qu'il a rencontré rétiolement pourvu de tous ces signes et dégagé de toute complication. Le plus souvent, bien que les trois principaux éléments du sang fussent altérés, la partie globulaire était surtout afiectée, et les symptômes de l'anémie prédominaient.
Voici un exemple d'étiolement tel qu'on le rencontre le plus souvent chez les mineurs. L'observation, recueillie dans le service du docteur Béroud, médecin de THôtel-Dieu de Saint-Etienne, porte sur un mineur de cette ville.
Observation. — *< Au n° 21 de la salle Saint-Joseph
(1) On se rappelle que Thémoptysie a été observée chez les mineurs anémiques de Quaregnon par le docteur Félix Manouvriez; voyez page 103.
(Hôtel-Dieu de Saint-Etienne) est actuellement couché
(novembre 1860) le nommé Auguste Garnier, ouvrier
bouilleur, âgé de vingt-et-un ans ; il est d'une forte
constitution. Il y a trois ans, il eut la variole ; c'est la
seule maladie dont il ait été atteint. Il fait l'état de
bouilleur depuis deux ans et demi. Cinq mois environ
avant de tomber malade, il fut attaché a un chantier
de la mine de Méons, situé profondément, où règne
une température très-élevée et où les ouvriers sont
forcé de rester complètement nus. Il y souffrit
beaucoup ; il raconte qu'à chaque moment il était
obligé, pour ne pas suffoquer d'aller respirer l'air
frais, alors qu'il était tout mouillé de sueur et n'était
préservé contre le froid par aucun vêtement. Au bout
de cinq mois d'un travail aussi pénible, il fut pris de
douleurs vagues, dont le siège était principalement à
l'épigastre ; il perdit ses forces et fut obligé d'entrer à
Ihôpital (22 septembre 1860).
« Aujourd'hui (6 novembre 1860) qu'il a subi pendant
six semaines un traitement où dominent les toniques analeptiques, on constate l'état suivant : la peau et les
muqueuses sont extrêmement pâles et offrent l'aspect de la cire blanche. On observe de l'œdème aux parties déclives, particulièrement à l'entour des malléoles ; la face, le matin surtout, est bouffie. La faiblesse musculaire est très-grande ; il peut à peine supporter le poids de son corps pendant quelques instants ; il ressent à la région épigastrique une douleur, une anxiété pénible; c'est du reste la seule chose dont il se plaigne.
« Le pouls est fréquent ; aux artères carotides des deux côtés, on perçoit un bruit de souffle à double courant (bruit de diable).
« La sensibilité semble diminuée (analgésie).
« Enfin, un traitement bien entendu et suivi pendant six semaines n a encore modifié en rien la marche de cette affection. »
Remarquons immédiatement ce fait important, qu'à Saint-Etienne, ainsi qu'à Anzin, la température des mines est très-élevée.
Complications. — Parfois, lorsque, comme à Commentry (Allier), le sol est argileux, et que les fièvres intermittentes sont endémiques, Fétiolement peut se compliquer de cachexie paludéenne. Mais, puisqu'ici l'affection primordiale est l'étiolement, il faut donner du fer, car, sans lui, on n'obtient du sulfate de quinine que des résultats douteux et fort lents.
Causes. — Riembault, qui ne connaissait de l'anémie d'Anzin que la forme abdominale grave observée dès le début de l'épidémie de 1803, et qui n'avait pas assisté, comme nous l'avons fait dans cet historique, à la transformation graduelle de la maladie sur les lieux où elle avait pris naissance, ne la crut pas de même nature que celle qu'il observait à Saint-Etienne et dans l'Allier. Tandis que l'anémie d'Anzin serait due, suivant lui, à une intoxication sulfhydrique, l'étiolement ou anémie grave des mineurs de Saint-Etienne et de l'Allier serait causé par la privation de lumière, l'humidité et le renouvellement insuffisant de l'air qui se trouve souvent altéré par des gaz délétères.
Traitement ferrugineuœ. — Le fer, un bon régime et la soustraction de la cause, sinon pour toujours, du moins pour un temps très-long, constituent tout le traitement.
Eruptions cutanées spéciales. — Riembault a souvent observé aux membres inférieurs des bouilleurs qui travaillent dans des galeries très-humides ou dans des puits en fonçage, une éruption de grosses pustules ressemblant beaucoup à de petits furoncles. Elle serait due au contact direct avec les eaux des mines, que rendent très-irritantes des acides formés par la décomposition des sulfures de fer que contient la houille. On saisit facilement l'analogie de cette éruption pustuleuse avec celle signalée en 1803 par les médecins des mines de Fresnes à la fosse du Vivier, et avec les ampoules observées à la Grosse-Fosse et au Chaufour (Epidémie d'Anzin 1811-1830), aux mines d'Aniche (1827-1866), et de nos jours à la fosse Bonnepart, à Fresnes.