INTRODUCTION
Cette maladie insolite, dite anémie des mineurs^ qui régna épidémiquement en 1803-1804 sur les ouvriers des mines de houille de la Compagnie d'Anzin, doit à certaines circonstances spéciales, exposées dans la partie historique de ce travail, le triste privilège d'avoir longtemps occupé Tattention du corps médical
savant de Tépoque, et d'avoir acquis de nos jours une grande importance historique et surtout étiologique.
Nous avons souvent entendu nos maîtres à la Faculté et dans les hôpitaux de Paris, se plaindre de Tinsufflsance des documents sur cet intéressant sujet d'hygiène publique, et faire appel à leurs élèves des contrées minières, les engageant à entreprendre de nouvelles recherches sur les lieux mômes.
Nous devons à la bienveillance de M. de Marsilly, directeur-général de la Compagnie d'Anzin, et à l'obligeant empressement de quelques amis, en particulier de M. Alphée Castiau, ingénieur-conseil de cette Société, d'avoir pu, d'une part, retrouver et compulser les rapports des anciens médecins et des directeurs des mines, ainsi que les consultations écrites des médecins étrangers ayant trait au sujet, et, d'autre part, observer sur place des houilleurs anémiques. Ces documents originaux et inédits (i), les communications orales que nous avons recueillies , les renseignements tirés des ouvrages et des articles épars sur la matière, nous ont permis, à l'aide de nouvelles observations cliniques, de reconstituer d'abord l'histoire médicale de l'anémie des mineurs, dès son origine scientifiquement constatée et sur son principal théâtre.
(1) Voir les pièces justifleatives à la fin du volume.
Gomme lors de la première apparition de la maladie à Anzin, en 1803, l'Académie de Médecine, à cette époque Société de la Faculté de Médecine de Paris, fut consultée par la Régie des mines et appelée à intervenir directement en soignant des ouvriers malades, nous avons cru devoir lui adresser le résultat de nos recherches, suite naturelle de ses anciennes observations. Ce premier essai fut récompensé par elle (médaille d'argent. Endémies, 1874).
Nous avons ensuite étendu nos recherches à un grand nombre d'autres mines houillères et métalliques de diverses contrées, nous transportant sur les lieux, autant que possible, pour observer les travaux et les ouvriers, provoquant des communications inédites, ou consultant les écrits des praticiens attachés à ces établissements. Le travail d'ensemble qui s'en suivit, obtint, en 1876, le prix que la Société de Médecine de Saint-Etienne et de la Loire avait mis au concours sur la question « de l'anémie chez les mineurs » ; il vient de paraître dans les Annales de cette Société.
Soutenu par les encouragements du premier corps médical de France, et par l'approbation de la Société de médecine la plus autorisée en matière d'hygiène minière, nous osons présenter au public spécial une deuxième édition de cette étude, revue et augmentée,
B'appuyant sur des pièces justificatives inédites, et suivie
i> de résultats pratiques dûment constatés.
■ Que nos lecteurs veuillent bien excuser les imper-
ii fections de ce travail en considération des difllcultés
de toute nature, tenant aux hommes et aux choses, qui ne manquent jamais de surgir dans ces sortes d'enquêtes toiyours compromettantes et pour ceux qui les subissent, et pour ceux qui osent les entreprendre sans autre mandat que l'amour de la science.
VcUenciennes y P^ octobre 1877 .
Le plan que nous adoptons est le suivant :