‹ De L'Anemie des Mineurs dite D'AnzinChapitre 3 sur 46 · D^ANZIN · texte numérisé non relu

D^ANZIN

Son histoire comprendra l'épidémie de Fresnes de 1803-1804, l'état de 1804 à 1820, l'épidémie de Fresnes de 1820, l'état de 1820 jusqu'à nos jours, et, en dernier lieu, l'état actuel.

(1) La Compagnie des mines de houille d'Anzin, dont l'origine remonte à 1716, et qui est actuellement régie par un acte de Société datant de 1757, exploite dans Tarrondissement

§ i. — épidémie de fresnes, en 1803-1804

(fosse-du-vivier).

APPARITION DE l'épidémie. — En exploitant une des chasses de la fosse du Vivier (houille maigre antliraciteuse), à Fresnes, concession de la Compagnie des mines de houille d'Anzin, près Valenciennes, on constata, pour la première fois au mois de germinal an XI (mars-avril 1803), qu'il existait une cause produisant une espèce de maladie que tout portait à considérer comme nouvelle. La longue chasse de 550°* de longueur au couchant, dans la grande veine, niveau de 215'", où se manifestèrent exclusivement les accidents(i), était la plus profondément située et la plus longue des • chasses de la même fosse. Le renouvellement de l'air s'y faisait mal, et Ton y éprouvait une gêne sensible de la respiration. Les chandelles dont se servaient les ouvriers pour éclairer leurs travaux y brûlaient faiblement et donnaient peu de clarté (2).

de Valenciennes, sept concessions contiguës. Les principaux sièges d'exploitation sont établis à Anzin, Saint-Vaast, Denain, Haveluy, Abscon, Fresnes et Vieux-Condé. 20 à 21 miUions de quintaux métriques sont annuellement retirés de 20 fosses d'extraction auxquelles se rattachent 24 puits d'aérage ou d'épuisement. La Compagnie emploie environ 12000 ouvriers du fond et de 3 à 4000 ouvriers de chantiers et d'ateliers de construction et d'entretien.

Voir, pour l'origine et le développement de cette Compagnie, l'Histoire de la découverte et de Fexploitation de la houille dans le Hainaut Français, la Flandre Française et l'Artois, de 1716 à 1791, par notre érudit concitoyen M. E. Grar; Valenciennes, 1850.

(1) François Boissau, vérificateur des mines; Rapports manuscrits sur l'anémie ou maladie jaune ; Fresnes, 17 et 20 octobre 1820.

(2) Caudron (de Condé), thèse de Paris, n' 168, 1818.

En vertu du raisonnement « post hoc, ergo propter hoc », les mineurs baptisèrent du nom de maladie de la mécanique ce mal jusqu'alors inconnu, dont le développement coïncidait justement avec l'introduction récente aux mines d'Anzin, de la première machine d'extraction à vapeur qui avait été installée en 1802 à la fosse du Vivier (i).

EFFORTS TENTÉS PAR LA COMPAGNIE d'aNZIN POUR

COMBATTRE LA MALADIE. — Dcux mois cnvirou après le début de l'épidémie (vers la fin de mai), A. Gravis,chirurgien, et A. de Saint-Moulin, médecin des mines d'Anzin, adressèrent à J. Renard, agent-général des mines, un rapport où ils exposaient les symptômes et les causes de la maladie, et signalaient « qu'il était urgent d'en prévenir les suites funestes^ en cherchant, par une amélioration dans les travaux, à en détruire la cause et à soustraire les malheureux à une mort presque inévitable ». Ils y conseillaient une meilleure ventilation de l'air vicié par le gaz sulfhydrique se dégageant des eaux de flltration en voie de fermentation, gaz qu'ils accusaient d'être la cause des accidents observés chez les ouvriers.

Cependant, l'exploitation de la chasse infectée continuait toujours ; elle fut terminée le 22 novembre 1803 (F. Boissau). Les travaux que Renard ordonna dans le but d'augmenter le courant d'air dans la chasse furent insuffisants et ne produisirent pas les résultats immédiats qu'on en espérait, ainsi qu'en témoigne le

(1) C'était d'ailleurs la première machine à vapeur à rotation pour l'extraction de la houille , installée sur le continent.

second rapport des médecins de la Compagnie, en date du 25 février 1804, environ neuf mois après le premier (i). La partie étiologique de leur travail est trop intéressante pour que nous puissions nous dispenser de la citer.

« Quoique comparativement aux établissemens d'Anzin et de Vieux-Condé, celui de Fresnes ait toujours fourni un nombre plus considérable de malades, jamais, ni dans le nombre, ni dans l'espèce de maladies, il ne s'est rien offert d'aussi alarmant que celles de cette année.

« Nous avons observé que les maladies qui régnent à Fresnes depuis près d'un an n'ont jamais paru dans les autres établissemens , que les ouvrages de Fresnes sont aussi faciles à travailler que les autres, que, par conséquent, la fatigue ne pouvoit être considérée comme cause principale.

« Nous avons pensé que l'air et les eaux étoient la source des désordres vraiment extraordinaires que nous avons remarqués dans la santé des ouvriers. Dans tous les temps, les eaux qui abreuvoient les ouvrages du fond ont, par leur mauvaise qualité, causé des inflammations aux mains et aux pieds des ouvriers ; souvent même, il en résultoit des éruptions pustuleuses qui les faisoient horriblement souffrir ; mais elles bornoient là leurs ravages. Jamais on n'avoit observé qu'elles attaquoient le principe de leur existence. Mais

(1) Opinion du médecin et du chirurgien des mines de Fresnes sur la cause des maladies qui affectent un grand nombre d'ouvriers, et exposé succinct des moyens qu'ils ont employés pour les combattre. Rapport manuscrit ; 25 février

aujourd'hui que ces eaux semblent être saturées au plus haut degré de substances corrosives (puisque les ouvriers disent que une seule goutte de ces eaux, reçue sur une partie du corps, suffit pour produire une pustule), elles entrent facilement en fermentation par la grande chaleur (i), qui existe dans les galeries de la mine et qui est produite par l'union de l'eau avec l'acide sulfurique, développent un gaz pernicieux qui se répand dans l'atmosphère et la vicie, (les ouvriers en reçoivent les fatales impressions, tant par la respiration que par les pores de la peau), et occasionnent les désordres cy-après » (2).

SYMPTOMES DE LA MALADIE AU DÉBUT DE L'ÉPIDÉ- MIE: forme abdominale aiguë a invasion BRUSQUE.

— Invasion par la gêne de la respiration, la prostration des forces, de très-vives douleurs épigastriques ; puis des coliques si violentes qu'il faut plusieurs personnes pour contenir le malade ; météorisation de l'abdomen et déjections noires et vertes.

Durée de ces accidents initiaux pendant dix à douze jours et parfois même un mois.

Alors les coliques se calment, le pouls devient faible, concentré et très-accéléré. Il y a augmentation des anxiétés, et des palpitations du cœur « si fortes qu'on en aperçoit les mouvemens à l'œil ». Le teint devient décoloré, d'un jaune spécial à cette maladie, à laquelle il a fait donner le nom de maladie jaune.

(1) 170 à 220 Réaumur, ou 21' 25 à 2T 5 centigrades, d'après Geoffroy et Nysten ; Dict. en 60 vol., Art. Anémie, Paris, 1812.

(2) Ces eaux coulent de TEst à rOuest sur un schiste pjrriteux ; elles sont transparentes, un peu jaunâtres, et elles exhalent une odeur de soufre (Caudron).

Défaillances fréquentes, aflfreuse céphalalgie avec sensibilité morbide au moindre bruit et à la lumière ; œdème de la face et des membres inférieurs, affaiblissement, maigreur extrême et consomption. Les derniers jours, les accidents primitifs reparaissent avec plus d'intensité, en particulier les coliques avec météorisation et déjections purulentes (i) ; et la mort ne tarde pas à survenir.

En vain les médecins des mines cherchèrent-ils successivement à favoriser l'élimination du principe toxique par de « doux évacuans w et des lavements, des bains, des sudoriflques, des fomentations et des frictions, à calmer les douleurs avec Topium et le camphre, ou à soutenir les forces par le vin, le quinquina et la diète analeptique. Sur plus de cinquante ouvriers affectés, trois étaient morts, aucun n'était guéri. Gravis et de Saint-Moulin ne dissimulaient pas leurs appréhensions pour l'avenir, puisque, après avoir mentionné ces décès, « il est bien à craindre — disaientils en terminant — que la plupart de ces ouvriers qui sont atteints de cette maladie n'éprouvent le môme sort ».

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