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FORME ABDOMINALE CHRONIQUE D'EMBLÉE, A DÉBUT INSIDIEUX

jfre période ou détail ou danémie (Temblée. — Début insidieux par un affaiblissement peu marqué, n'obligeant pas tout d'abord de suspendre le travail ; bientôt viennent successivement s'y joindre les derniers symptômes anémiques signalés dans la période d'état de la forme précédente, intimement associés à des troubles digestifs à peu près analogues, mais inférieurs, à ceux de la période d'invasion de la forme aigûe. Ces symptômes vont s'accentuaut par degrés iûsensibles, jusqu'à constituer l'ensemble complet dont voici le tableau.

La peau, les conjonctives oculaire et palpébrale, la muqueuse buccale sont décolorées et d'une teinte jaune-blafard caractéristique, comparée à la couleur du cuivre laune (Taranget), ou mieux à celle de la cire quia jauni en vieillissant (Halle). Absence de capillaires sur la conjonctive et la muqueuse gingivale; effacement des veines aux membres supérieurs. Sécheresse et aridité des téguments chez les uns, sueurs habituelles chez d'autres. Hyperthermesthésie cutanée. La face est bouffie, les membres sont œdématiés.

Pouls toujours faible, concentré et accéléré, 90-100 pulsations par minute. La fièvre est généralement lente et continue, parfois cependant avec de légers redoublements qui se traduisent par de l'accélération du pouls et de la chaleur à la peau, mais sans jamais, la moindre apparence de coloration. Battements de cœur continuels, même au repos, et palpitations extrêmement violentes au moindre mouvement. Anxiétés

précordiales et dyspnée intense quand le malade marche, et surtout quand il monte des escaliers. Cependant la sonorité est conservée dans toute l'étendue de la poitrine. Défaillances fréquentes.

Céphalalgie pulsative avec tintements d'oreilles, photopbobie et hyperacousie.

L'appétit est d'ordinaire conservé; chez quelques sujets néanmoins, perte d'appétit et soif. Il est rare que les digestions soient normales; dans la majorité des cas, il survient de temps à autre des coliques moins aiguës que celles observées au début de l'épidémie, quelquefois avec constipation, le plus souvent accompagnées de déjeclions liquides de matières très-variées, jaunes, vertes, noires, parfois muqueuses, extrêmement gluantes, érugineuses. Il n'y a point d'embarras sensible dans le ventre ; seulement, le mésentère paraît faire un paquet assez volumineux. Bourguet a fréquemment rencontré une douleur splénique plus ou moins notable, sans grand changement dans le volume de la rate à la percussion.

Urines abondantes, toujours normales (i).

Lassitude universelle et douleurs profondes. Œil éteint ; expression de faiblesse et de découragement ; insouciance morale.

Cette période dure de plusieurs mois à plus d'une année.

2°** période ou de déclin, signalée par une aggravation de tous les symptômes.

(l) La séméiologie des urines était alors peu connue. Dans le cas de forme abdominale que nous avons observé à TEscarpelle, les urines, jaune-verdâtre et transparentes, laissaient 86 former avec le temps un dépôt abondant.

La faiblesse est si grande que Talitement devient forcé. Altération des traits du visage dont la teinte jaune se prononce de plus en plus. Grande tristesse.

Fièvre continue , pouvant momentaném^t devenir intermittente et affecter le type tierce. Pouls dur ; peau sèche et ardente, sans la moindre coloration. La céphalalgie et les battements de cœur acquièrent une violence excessive. Douleurs contusîves dans les membres.

Haleine fétide, langue nette, mais inappétence et vomissements incoercibles. Diarrhée coUiquative, d une fétidité extrême; ventre météorisé et douloureux. Parfois hémorragies intestinales (Bourguet). Résistance sensible au toucher dans la région du foie.

Dans les derniers moments, la fièvre tombe, le pouls devient faible ; nausées; Enfin surviennent une forte oppression, l'intermittence du pouls, la contraction spasmodique des muscles, surtout de ceux de la face et de la mâchoire inférieure en particulier (trijiiîis)^ le refroissement des extrémités et la mort.

Quand la maladie doit se terminer par la guérison, les symptômes qui s'amendent et disparaissent les premiers, sont : la dyspnée et les tintements d'oreilles, puis les palpitations et la céphalalgie. Les forces commencent alors à se rétablir ; quelques veines se montrent sous la peau des avant-bras. L'appétit devient plus franc, et les digestions sont plus régulières.

Seule, la teinte jaune caractéristique de la peau, survit longtemps aux autres symptômes.

A Wasmes, quand le malade parvenait à se rétablir, ce n'était qu'après des infiltrations interminables.

Les rechûtes se produisent avec une grande facilité.

Cette forme abdominale chronique de Tanémie des mineurs a communément régné dans la dernière phase de répidémie de Fresnes en 1804, après les premières améliorations apportées à la ventilation des galeries ; elle a été décrite par Gravis et de Saint-Moulin, Taranget, Halle et Lebleu.

Les formes abdominales ont aussi été observées : P pendant l'épidémie de Wasmes (fosse n** 4 des Vanneaux), en Belgique, après l'épidémie de Fresnes de 1803-3804 ; 2** pendant l'épidémie d'Anzin (Grossefosse et Chaufour) de 1811 à 1830 ; 3° pendant l'épidémie d'Aniche-Auberchicourt de 1827 à 1834; 4** à l'Escarpelle 1871-72, et 5° jusqu'à nos jours aux mines de Graissessac (Hérault).

§ 3. FORME ANÉMIQUE PROPREIIENT DITE, ESSENHELLEMENT CHRONIQUE, OU CACHEXIE ANÉMIQUE DES HOUILLEURS.

MINES OU ELLE A ÉTÉ OBSERVÉE. — CottO forme,

déjà décrite par Gravis et de Saint-Moulin comme forme bénigne de la maladie, s'observant parfois à côté des formes abdominales aigiie et chronique, est celle que la maladie affectait, depuis un certain temps déjà, et dernièrement encore, aux mines de Fresnes. C'est à ce type qu'appartiennent les cas d'anémie des mineurs de la Compagnie d'Anzin, rapportés par Chomel, par Tanquerel et par nous dans ce travail. C'est à lui qu'il faut aussi rapporter l'anémio des mineurs de Fresnesmidi et celle observée aux mines d'Aniche-Somain depuis 1834 (François Buisson), et aux mines de Lens, vers 1871; l'étiolement des mineurs de l'Allier et de la Loire (Riembault), dont M. Lévy a observé un cas;

Tanëmie des bouilleurs de Decize (Nièvre) (Valat), et Tan^mie essentielle des bouilleurs belges (Van den Broeck, Ducpétiaux, Hanot, Bœns-Boissau, Kuborn, Ricbe, Félix Man ouvriez). Les importantes améliorations apportées à Tbygiène des mineurs rendent compte des cbangements survenus dans les symptômes et dans la marcbe de la maladie.

DESCRIPTION. — L'affection s'établit insensiblement, sjrmptôme par symptôme, s'annonçant par de la gêne de la respiration, à laquelle viennent bientôt se join^dre des palpitations, de la pâleur et de la faiblesse générale. En quelques mois, la maladie atteint sa période d'état, caractérisée par l'ensemble des phénomènes suivants.

La peau présente une teinte blafarde, un peu jaune, comparable à la couleur de la cire blanche qui a jauni en vieillissant* Elle est, de plus, demi-transparente et amincie, et garde longtemps l'empreinte d'une légère pression exercée on un point limite. On n'y pourrait découvrir la moindre trace de vaisseaux. Les caractères de la peau se montrent dans toute leur netteté lorsqu'on examine par transparence le pavillon de l'oreille . Les muqueuses buccale et palpébrale sont blanches, non vascularisées et, pour ainsi dire, affaissées. Sur ce fond terreux des téguments, les sclérotiques blanc-bleuâtre n'en ressortent que plus singulièrement.

Les pupilles sont dilatées ; qu'il y ait amblyopie, ou que parfois la vision ait conservé toute sa netteté, l'examen ophthalmoscopique révèle : P de la décoloration de la choroïde, d'où l'aspect gris à peine rosé du fond de l'œil ; 2** de l'œdème et de la décoloration de

la papille oi»tique, qui est grisâtre, nullement rosée, et dont les bords, obscurcis par l'œdème péripapillaire, ne sont plus distincts. Les vaisseaux rétiniens sont diminués de calibre, rosés seulement, et entourés d'une gangue œdémateuse dans laquelle ils disparaissent en certains points. Boens-Boissau signale l'amblyopie asthénique chez les bouilleurs belges.

Nous n'avons pas rencontré le nystagmus observé sur des mineurs de houille par quelques auteurs étrangers : Decondé, L. Noël, Niedan, Schrates, Von Graefe (i)etCh. Bell Taylor (2), et qui, d'aprèsDransart, (de Somain), semblerait coïncider avec un étal anémique (3).

La face, légèrement bouffie, est sans animation aucune. Fraîcheur des extrémités, et ensuite œdème des pieds vers le soir. La sensibilité tactile est normale ou amoindrie, et dans le cas d'hypesthésie, la sensibilité tactile peut être jusqu'à 3,3 fois moindre que normalement. Nous n'avons pas constaté l'hypalgésie observée par Riembault ; mais il y a constamment exagération des sensibilités au chatouillement et à la température (Hyperpallesthésie et hyperthermesihésie). L'hyper pallesthésie est telle qu'on ne peut toucher le malade, pour l'ausculter ou le percuter, sans qu*il tressaille aussitôt. Il survient facilement des sueurs, sans jamais frisson ni chaleur à la peau. Le thermomètre, appliqué dans Faisselle, accuse une température de 38"*.

(1). Handbuch der gesammten Augenheilkunde.

(2) The Lancet, 15 juin 1875, cité par Gauchet, Dict. prat. Art. Mineurs.

(3) Communication au Congrôs du Havre, 24 août 18)7.

Quand le malade marche un peu vite, ou monte un escalier, il est subitemenj pris d'étourdissements, de bourdonnements et de sifflements d'oreilles, de pulsations dans la tête, avec dyspnée, palpitations, nausées, demi-syncope et sueurs abondantes.

La céphalalgie, rarement continue, est tantôt pulsative, tantôt constrictive ; elle peut aussi, mais plus rarement, se présenter sous forme d'accès d'hémicrânie, revenant au milieu de la journée, et d'une durée variable de quelques minutes à une heure.

Des palpitations de cœur extrêmement violentes se montrent par accès, à la suite du moindre mouvement ou d'une émotion quelconque. Les battements sont plus énergiques que normalement, et quelquefois, la palpation permet de percevoir du frémissement cataire. Surface de matité précordiale physiologique. Bruit de souffle au V temps, avec maximum d'intensité à la base. Dans certains cas, il peut y avoir dilatation cardiaque. L'auscultation des vaisseaux du cou fait entendre un bruit de souffle continu dans les veines jugulaires, et dans les artères carotides un bruit de souffle întermittent, souvent musical. Le pouls est dur, serré, facile à déprimer, régulier et fréquent (84 à 116 pulsations par minute); le tracé sphygmographique est remarquable par la hauteur et la verticalité de la ligne d'ascension (Voyez les tracés, pages 69, 69 et 73).

La dyspnée par la marche et les efforts est le seul trouble respiratoire observé. Il n'y a ni toux, ni expectoration ; la sonorité de la poitrine et la netteté du murmure vésiculaire sont conservées. Chez certains sujets cependant, Kuborn aurait constaté des points de submatité. On a parfois observé des hémoptysies.

L'appétit est capricieux et diminué ; soif vive et sécheresse de la bouche. A peine découvre-l-on un léger enduit blanchâtre à la base de la langue. Douleur épigastrique en ceinture à certains moments de la journée. Borborygmes et excrétion de gaz par l'anus; abdomen développé, très-sonore à la percussion et insensible au palper. Selles régulières, jaunâtres. Nous avons trouvé le foie considérablement hypertrophié et plus tard revenu à ses dimensions normales dans un cas, légèrement diminué de volume dans un autre.

Les urines, de quantité en rapport avec les boissons ingérées, limpides et transparentes, possèdent constamment une couleur vert-pré très remarquable, qui, déjà légèrement modifiée 6 heures après l'émission, disparaît complètement après 12 heures, pour laisser place à une coloration jaune-clair. Leur odeur, spéciale, est difficile à définir ; au moment même de l'émission, c'est une odeur résineuse; plus tard elle est comparable à celle des urines chargées d acide urîque. Leur densité est de 1010 seulement. Elles ne contiennent ni albumine, ni sucre, ni bile. Pour cette dernière substance du moins, n'avons nous pu la déceler en employant les* procédés par l'acide nitrique et par le chloroforme. Avec la disparition de la couleur verte coïncide la formation d'un abondant dépôt d'une matière floconneuse blanchâtre, au sein de laquelle l'œil nu distingue de petites granulations jaune-rouge. A l'examen microscopique, ce dépôt paraît constitué par des cristaux d'acide urique de formes diverses, imprégnés de la matière colorante jaune-verdâtre de l'urine, qui sont : 1^ des lentilles biconvexes vues de profil ; 2** de petites tables rhomboïdales à angles mousses ; 3"" des lames

allongées paralléllipipèdes et des prismes triangulaires à angles droits, et terminés par des faces planes ; ils sont la plupart groupés en masses rayonnées autour d'un point central commun ; 4^ quelques masses bizarres connues sous le nom de Dumbbeirs ; enfin çà et là quelques granulations de couleur pourpre. Le dépôt, séparé par fiUration, et calciné avec de Tacide azotique, donne par addition de quelques gouttes d'ammoniaque, la coloration pourpre de la murexide, caractérisant l'acide urique.

Dans certains cas se montrent des symptômes d'excitation génésique ou d'impuissance génitale. D'après Boens-Boissau, les organes génitaux sont plus affectés chez les hercheuses belges, qui éprouvent une partie des symptômes de la chlorose, que chez les mineurs, qui offrent seulement un affaiblissement de la puissance génésique.

Douleurs dans les membres inférieurs et parfois à la nuque, névralgies diverses, et crampes dans les mollets. Grande faiblesse, tendance au sommeil, irascibilité, nonchalance et tristesse.

La durée de cette forme est très-longue ; nous l'avons vue se prolonger 13 ans. Quelquefois, sous l'influence persistante des causes qui lui ont donné naissance, la maladie s'aggrave de plus en plus, les digestions surtout se troublent, et il survient des accidents nerveux, des hydropisies, du marasme, des complications pulmonaires, ou une affection intercurrente à laquelle succombe le malade.

En général, la soustraction de la cause et un traitement bien institué amènent la guérison. Pendant la convalescence, il peut se développer des plaques de

vitiligo avec canitie du système pileux correspondant. L'influence de Yhérédité se manifeste par une tendance à Tanémie, chez des enfants de mineurs anémiques ou ayant souffert de la profession, lors même que ces enfants ne travaillent pas encore dans les mines, ou qu'ils sont adonnés à d'autres professions (Kuborn, Buisson et Bourguet).

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