TRAITEMENT
TRAITEMENT DE L'ANÉMIE. — NoUS UOUS OCCUperOUS
seulement du traitement de la maladie telle qu'on Tob-
serve encore actuellement, c'est-à-dire de la forme anémique proprement dite, ou cachexie anémique des bouilleurs.
Les mineurs atteints ne viennent généralement réclamer les soins du médecin qu'à la dernière extrémité. Ils savent en effet qu'on leur fera quitter les travaux du fond, pour les employer au jour, où la main-d'œuvre est moins rémunérée. N'obéissant qu'au besoin du moment, ils s'efforcent de dissimuler leur maladie, jusqu'à ce qu'ils soient complètement épuisés. Cela est d'autant plus regrettable, que, pris à temps, le mal pourrait être rapidement enrayé sous l'influence du travail au jour et d'une médication bien instituée.
Dès les premiers symptômes, il faut donc, sans hésiter, interdire au malade les travaux du fond, et lui donner au jour un emploi proportionné à ses forces, ou tout au moins l'employer au fond dans une fosse où il n'y a pas d'anémie. C'est là le seul moyen efficace de le soustraire à l'influence des dérivés de la houille, cause de la maladie.
Tous les praticiens qui ont observé l'anémie, s'accordent à reconnaître les bons effets des préparations martiales dans cette maladie. La pratique se trouve ici d'accord avec la théorie. Le fer est en effet parfaitement indiqué pour reconstituer l'hématine des globules sanguins, élément ferrugineux qui a subi une diminution notable, et remédier ainsi à la profonde anémie, principal effet de cet empoisonnement chronique professionnel.
A quelle préparation de fer doit-on ici donner la préférence ?
Gravis et de Saint-Moulin, Halle etKuborn ont administré la limaille de fer ; ce dernier praticien a également prescrit le sous-carbonate. Lebleu a choisi l'oxyde rouge ; tandis que les préparations solubles ont été préférées par And rai, Buisson père (lactate de fer), et par Boëns-Boissau (teinture martiale de Ludovic) (i).
Peu importe la préparation, pourvu qu'on sache la manier; et à ce sujet, la dose, les correctifs et le moment de l'administration sont d'une autre importance.
L'absorption du fer est subordonnée aux besoins de la composition du sang, qui en exige très peu, car la quantité de fer physiologiquement contenue dans la totalité du sang, atteint à peine 7 grammes 1/2. Il en résulte qu'une faible dose, bien administrée, peut suffire à amener promptement un résultat efficace ; et c'est en effet ce qui a eu lieu. Le grand succès des eaux minérales ferrugineuses est dû, suivant nous, à la dose minime de fer qu'elles contiennent. Il est donc inutile, nuisible même, de recourir, comme Font fait Halle, Gravis et de Saint-Moulin, à 4 et 8 grammes (1 et 2 gros) de limaille de fer. Aussi n'est-il pas étonnant que dételles doses massives aient causé des maux d'estomac et des vomissements, des coliques et de la constipation, qui légitiment la vive répugnance que les malades ont manifesté pour ce médicament. Lebleu, réagissant contre cette tendance, n'administrait jamais
(1) Un ancien pharmacien de Condé, près Fresnes, a longtemps délivré aux mineurs anémiques, comme remède secret, un sirop de tartrate ferrico-potassique, qui a joui d'une certaine vogue.
plus de 2 grammes (1/2 gros) d'oxyde rouge, et encore, n'y arrivait-il que progressivement, en commençant par 1 gramme (18 grains) par jour. L'observation de Kuborn nous offre, dans une de ses phases, un exemple de l'intolérance pour les fortes doses de fer. Au commencement de sa pratique, le docteur Buisson père a pu constater les fâcheux effets des hautes doses administrées aux mineurs anémiques par son prédécesseur.
Profitant de l'expérience de nos devanciers, nous pensons que gr. 20 à gr. 60 de fer par jour est une dose bien suffisante.
Pour que le médicament soit mieux toléré, et qu'il ne cause pas de constipation, on le divisera en deux prises qu'on administrera au commencement des repas.
Nous prescririons les pilules suivantes, dans lesquelles le fer réduit par l'hydrogène est associé à l'extrait d'absinthe, qui lui sert de puissant correctif.
R/ Fer réduit par l'hydrogène . 10 grammes.
Extrait d'absinthe Q. S.
f. s. a. 100 pilules.
Ces pilules, renfermant chacune gr. 10 de fer, pourront être prises au nombre de 1 à 3, au commencement de chacun des deux repas principaux. S'il y avait dyspepsie parétique, on y ajouterait gr. 01 de poudre de noix vomique par pilule.
R/ Fer réduit par l'hydrogène . 10 grammes,
Poudre de noix vomique ... 1 gramme.
Extrait d'absinthe Q. S.
f . s. a. 100 pilules.
A prendre à la même dose et de la môme façon que les préci'îdentes.
D'ailleurs, c'est au médecin à modifier la dose et le mode d'administration, suivant les susceptibilités individuelles et YiHiit des organes.
L'huile de ricin, employée dès le début, offrira le double avantage de remédier à l'embarras gastrointestinal avec inappétence et constipation, et d'éliminer, comme agent mécanique, et peut-être même comme dissolvant, les dérivés de la houille qui peuvent se trouver dans le tube digestif. Bourguet s'est bien trouvé des purgatifs salins, dans les cas légers au début.
Si l'on constatait de l'hypertrophie du foie, ainsi que cela arrive fréquemment, on préférerait la rhubarbe, à dose purgative, seule ou associée au calomel, comme susceptible de mieux dégorger le foie, où tendent à s'accumuler les dérivés. Tout en satisfaisant ainsi à une indication symptomatique, on favoriserait l'élimination du principe toxique.
La constipation habituelle et le défaut de sécrétion biliaire seront avantageusement combattus par la rhubarbe, à la dose de gr. 50 au commencement de chacun des deux repas principaux, prise en même temps que les pihiles de fer.
Boëns-Boissau a souvent employé avec succès, d'après les conseils du D"* Dieudonné, de Bruxelles, un mélange de bicarbonate de soude et de carbonate de magnésie, fortement sucré, à la dose d'une cuillerée à café dans un verre d'eau, une heure après le repas. Peut-être les alcalins agiraient-ils, en facilitant l'élimination du poison par le foie et surtout par les urines.
En dernier lieu, l'huile de foie de morue pourra être indiquée comme un des reconstituants les plus efficaces que nous possédions.
Il est à peine besoin de dire que le régime devra être substantiel et tonique.
Comme l'anémie récidive avec une grande facilité, on ne devra permettre au convalescent de descendre au fond qu'après la complète disparition des symptômes ; il serait même prudent de lui interdire pour longtemps, voire même pour toujours, le travail dans la fosse où il a contracté la maladie, et de l'employer dans une fosse où l'anémie ne règne pas.