‹ De L'Anemie des Mineurs dite D'AnzinChapitre 9 sur 46 · ÉTAT ACTUEL · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL

1** anémie sporadique a fresnes jusau'en 1876

(fosse ronnepart).

conditions hygiéniques de cette fosse ; éruptions cuta.nées spéciales : ampoules et gourmes des bouil- LEURS (eczéma et urticaire tubéreuse). — De nos jours, il s'est encore de temps en temps produit (jusqu'en 1876) quelques cas isolés d'anémie à Bonnepart, la seule fosse de charbon maigre anthraciteux de la Compagnie d'Anzin encore en exploitation à Fresnes (i).

Ouverte seulement en 1809 , la fosse Buonaparte, depuis Bonnepart, avait été signalée dès 1820 par F. Boissau, comme susceptible d'être infectée d'anémie. « Dans la veine du Comble, au delà du cran du Levant, niveau de 268"", qui est plus épaisse et plus tendre que d'ordinaire, on n'y extrait qu'au besoin du menu charbon pour le chauffage des ouvriers des mines. L'air qui circule dans les travaux de cette chasse est très-rapide et bien frais, mais lorsqu'il en sort, il est assez échauffé pour faire craindre que si on y établissait une forte extraction, il ne devienne nuisible (2), »

Il y a 20 ans, les travaux delà fosse Bonnepart dégagèrent du grisou pendant une période de 3 ou 4 années.

(1) Les fosses du Vivier et des Rameaux sont actuellement fermées.

(2) Tournée d'inspection du 27 septembre 1820 ; Rapport manuscrit.

— dO —

Cette fosse a une profondeur de 329°*. Le courant d'air y est (jusqu'en 1876) d'une bonne direction, mais insuffisant ; il descend par le puits d'extraction de Bonnepart, longe, étant encore frais, la voie du fond et passe successivement sur les tailles pour remonter à la fosse Saint-Rémy, où fonctionne un ventilateur, et dont le puits ne sert qu à cet usage. I^es galeries en cul-de-sac ne sont aérées que par diffusion, tandis que les tailles et la voie du fond correspondant à la première taille sont mieux ventilées. La température de certaines tailles d'exploitation y est élevée ; d'après les directeurs du fond, elle est parfois de 27*" quand la ventilation est active, de 30'' en temps normal, pouvant montrer à 32"" quand l'aération se fait mal. L'air y a une odeur marécageuse.

Les eaux de iQltration qui séjournent dans certaines galeries, comme autrefois lés eaux de la fosse du Vivier, déterminent sur les parties avec lesquelles elles sont en contact, particulièrement aux pieds et aux mains, une éruption spéciale extrêmement douloureuse que les mineurs désignent sous le nom d'ampowles. Elle débute par des papules, qui revêtent plus tard la forme de vésicules et de pustules. La poussière de charbon déposée sur la peau peut aussi lui donner naissance.

Observation . — Cette éruption présentait les caractères de l'eczéma à la fin de la période d'exhalation, chez un conducteur du train de herchage à la fosse Bonnepart, âgé de 26 ans (21 août 1874). Elle siégeait sur le devant de la poitrine à la naissance du cou, aux plis des coudes, aux creux poplités, à l'aine et dans le pli

iûterfessier, où elle déterminait de vives démangeaisons. Cet eczéma paraissait devoir être attribué à l'abondante poussière de charbon que soulevaient les pieds du cheval qu il conduisait.

Depuis longtemps, suivant le docteur Nestor Castiau, ancien médecin principal des mines d'Ânzin (i), les médecins de la Compagnie combattaient- efficacement cette éruption avec l'onguent nutritum, résultant du mélange à une douce chaleur de 3 parties d'huile d'olives, de 1 partie de litharge et autant de vinaigre. Appliqué dès le début sur les papules, cet onguent enraie leur développement.

Les ouvriers de Bonnepart sont encore sujets à ce qu'ils appellent les gourmes. C'est une éruption caractérisée par des nodosités rouges, indurées, du volume d'un gros pois à celui d'un haricot, s'étendant jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les démangeaisons qu'elle détermine sont tellement vives, que les malades ne peuvent résister au besoin impérieux du grattage. Chaque nodosité dure de deux à trois jours, et d'autres lui succèdent parfois durant quinze jours et même un mois. Elles sont souvent au nombre de deux ou trois à la fois.

Cette affection cutanée participe des caractères de rérythôme noueux et de l'urticaire tubéreuse. Mais l'erythême noueux s'accompagne de peu de démangeaisons. D'ailleurs, les nodosités de l'urticaire tubéreuse s'étendent jusque dans le tissu cellulaire souscutané; elles peuvent être persistantes (urticariaperstans)

(1) Communication orale.

et ne disparaître qu'après deux ou trois septénaires. De sorte que nous penchons à considérer les gourmes comme une forme d'urticaire tubéreuse.

Quand les nodosités sont tant soit peu nombreuses, l'ouvrier est pris d'une bronchite catarrhale intense, vulgairement catarrhe des gourmes, qui, par ses répétitions fréquentes, peut donner lieu à l'emphysème pulmonaire le plus prononcé.

Cette urticaire tubéreuse se développe sur les parties du corps qui se trouvent en contact avec l'humidité recouvrant la houille. Les eaux de filtration, bien qu'elles puissent faire naître les gourmes, ne sont pas nécessaires à leur production, puisque, dans la Petite- Veine, où n'apparaît pas la moindre trace d'eau, les ouvriers en sont néanmoins atteints. Il suffit de s'asseoir, de s'agenouiller, ou de s'appuyer sur un bloc de houille couvert de cette humidité malsaine, pour qu'il se développe des nodosités, de douze à vingt-quatre heures après le contact. Les tronçons de bois pourri qui gisent dans les galeries abandonnées, paraissent imprégnés de cette humidité de la houille.

On peut dire que tout ouvrier de Bonnepart a eu les gourmes. Le porion-chef actuel et l'ancien directeur des travaux du fond, M. Alphée Castiau, en ont aussi été atteints. Et, fait important, ces diverses manifestations cutanées, observées chez les mineurs do cette fosse, ne se rencontrent jamais ailleurs.

Observations. — Nous avons vu à Fresnes (5 août 1874) un tailleur à la veine de la fosse Bonnepart, travaillant alors dans la veine-à-fllons, qui, depuis quatre semaines, était affecté d'urticaire tubéreuse au mol-

let droit et à la fesse gauche, et de catarrhe des gourmes consécutif. Les démangeaisons avaient été tellement pressantes que, pendant la nuit, le malade était réveillé par le besoin de se gratter. Tandis qu'il nous parlait, cet ouvrier se grattait sans y faire attention. L'urticaire, sur le point de guérir, persistait encore au mollet sous forme d'un noyau rougeâtre et induré, du volume d'un gros pois, siégeant dans le tissu cellulaire sous-cutané. L'auscultation de la poitrine nous a fait percevoir de la rudesse de la respiration, mais sans râles ; la bronchite était alors en voie de résolution.

Il ne fut complètement guéri qu'une quinzaine de jours après notre visite.

Un mineur de Vieux-Condé que nous soignions, en janvier 1875, pour un rhumatisme articulaire aigu, à l'inflrmerie delà Maison d'Arrêt de Valenciennes, avait été atteint des gourmes, uniquement quand il était venu travailler à Bonnepart.

OBSERVATIONS d' ANÉMIE (FORME CACHECTIQUE). —

Nous rapporterons ici plusieurs observations d'anémie des mineurs, telle qu'on la rencontrait encore jusque dans ces derniers temps à Fresnes. On pourra remarquer que la maladie ne se présente plus, comme au début de l'épidémie de 1803, sous la forme subaigûe, avec troubles digestifs intenses, ni même sous la forme chronique d'emblée s'accompagnant encore de troubles digestifs accentués, quoique mitigés, telle qu'on l'observa vers la fin de l'épidémie en 1804. Elle revêt aujourd'hui une forme chronique d'emblée, caractéri-

sée par les symptômes de l'anémie avec peu ou pas de troubles digestifs, analogue à ces formes incomplètes, déjà signalées en 1803 par les médecins des mines de Fresnes. Cette forme se trouve retracée dans Tobservation de Tanquerel, en 1843.

Nos observations sont classées par ordre de gravité décroissante.

Observation A. — Le 5 août 1874, nous observons un mineur, anémique depuis 5 mois.

X , âgé de 18 ans , mineur de Bonnepart

(Fresnes), depuis deux ans et trois mois, a travaillé comme hercheur au fond de cette fosse, dans la veine-à-filons, la même que celle où était occupé le 8i\jet de l'avant-demière observation. La voie dans laquelle il poussait les petits wagons chargés de charbon, était très-humide et malsaine. L*air y avait une odeur spéciale, désagréable, à laquelle cet ouvrier s'habitua bientôt au point de ne plus la percevoir dans la suite.

Trois mois avant de tomber malade, au commencement de décembre 1873, ses pieds, sans cesse enfoncés dans la boue de la galerie, furent atteints d'urticaire tubéreuse (gourmes des mineurs). Les nodosités, au nombre de deux ou trois à la fois, duraient chacune deux ou trois jours. Elles étaient peu volumineuses, rouges, et elles s'accompagnaient de vives démangeaisons. Lors de leur disparition, elles étaient remplacées par d'autres résultant de nouvelles souillures. Tant qu'il travailla au fond, X . . . . souffrit presque continuellement d'urticaire. Tous les ouvriers de la même galerie en forent atteints comme lui. A l'éruption vint bientôt se

joindre une bronchite catarrhale (catarrhe des gourmes), qu'il conserva jusqu'à ce qu'il eut quitté les travaux du fond.

Peu à peu, sa respiration devint courte ; il ressentit des palpitations ; son teint pâlit ; ses forces allèrent en s'aflFaiblissant ; et, vers le mois de mars, sa maladie devint évidente pour ses camarades qui le regardaient comme atteint du coup-de-la-fosse, dénomination sous laquelle les mineurs désignent communément l'anémie. Le porion-chef, à qui il s'adressa, le fit placer aux travaux du jour, où il est encore employé pendant les trois-quarts de la journée.

Aujourd'hui (5 août), le teint est pâle, jaune-blafard, couleur de cire blanche vieillie. Les sclérotiques blancbleuâtre n'en ressortent que plus fortement sur ce fond blême. Les lèvres, les gencives, la langue, les conjonctives palpébrales sont décolorées et blanches. La profonde anémie est surtout évidente lorsqu'on examine le pavillon de l'oreille par transparence ; sa pâleur est alors absolue. Les pupilles sont dilatées ; la vision conserve toute sa netteté. La face est légèrement bouffie et sans animation. Il est impossible de découvrir le moindre vaisseau en quelque point que ce soit des téguments. La peau, amincie et transparente, garde longtemps l'empreinte de l'ongle faiblement appuyé sur elle. Les extrémités sont froides ; SS*" dans l'aisselle. Parfois œdème des pieds le soir.

La sensibilité tactile est amoindrie (hypesthésie). Notre sesthésiomètre à pointes isolantes d'ivoire (i),

(1) Construit en 1874 par M. Collin, d'après nos indications, il a été présenté, la même année, à la Société de Biologie. Voy. Nouvel sesthésiomètre à pointes isolantes ; perfection-

appliqué loDgitudinalement sur la partie moyenne de la face antérieure de Tavant-bras, nous fournit une distance-limite de 35°"*, à partir de laquelle les deux pointes ne sont plus perçues que comme une seule. La distance-limite normale de la région est de 17™" environ ; par conséquent la sensibilité tactile est 2 fois moindre qu'à l'état normal. Il n'y a pas d'hypalgésie. Exagération des sensibilités à la température et au chatouillement (hyperthermesthésie et hyperpallesthésie). L'hyperpallesthésie est telle qu'on ne peut toucher le malade pour l'ausculter ou le percuter sans qu'il tressaille aussitôt.

Les cheveux du malade, de noirs qu'ils étaient avant que cet ouvrier travaillât dans les mines, sont devenus châtain-brûlé.

Au moindre mouvement : oppression, battements de cœur violents, sensation de constriction à la tête, vertiges et demi-syncope. Pas de tintements d'oreille. Le pouls est dur et fréquent : 116 pulsations. Le tracé sphygmographique est remarquable par la hauteur et la verticalité de la ligne d'ascension.

A la palpation, les battements cardiaques sont plus

nement apporté à la mesure de la sensibilité tactile. Archives de physiologie, 1876.

forts qu'à l'état normal ; frémissement cataire. L'auscultation fait percevoir un bruit de souffle cardiaque au 1®^ temps avec maximum à la base, et un bruit de souffle continu dans les vaisseaux du cou.

Diminution de l'appétit, soif intense ; néanmoins la langue est nette ; absence de coliques ; ni diarrhée ni constipation. Seulement, douleur épigastrique en ceinture à certains moments de la journée ; borborygmes et excrétion de gaz par l'anus. L'abdomen est un peu tuméfié, mais insensible à la pression. Le foie hypertrophié descend au dessous des fausses-côtes de sorte que sa ligne de matité verticale passant par le mamelon droit est de 13 centimètres 1/2.

Les urines, claires, sont d'une couleur vert-pré remarquable, comme Tanquerel l'avait déjà signalé dans son observation en 1843. 12 heures après l'émission, cette coloration avait complètement disparu. Odeur spéciale, difficile à caractériser. Elles ne contiennent ni albumine, ni sucre, ni bile. Pour rechercher cette dernière substance, nous avons employé le procédé par l'acide azotique et celui par le chloroforme.

Douleurs à la partie postérieure des membres inférieurs, et crampes dans les mollets. Grande faiblesse, irascibilité, nonchalance et tristesse.

A 5 mois de là, le 12 janvier 1875, nous revoyons

X , qui depuis quelque temps est soumis à un

traitement ferrugineux. Bien que son habitude extérieure ne trahisse pas une augmentation de l'anémie, le malade prétend qu'il sent son état s'aggraver. La céphalalgie est plus intense, la dyspnée et les palpitations de cœur, plus violentes que jamais, apparaissent

même pendant le repos ; les signes plessimétriques et stéthoscopiques du cœur n'ont pas changé ; le pouls bat toiyours 116 fois par minute. Polydypsie plus marquée qu'auparavant. Le foie, qu'il y a cinq mois nous avions trouvé hypertrophié de sorte que sa ligne de matité verticale passant par le mamelon droit était de 13cm 1^^ est aujourd'hui revenu sur lui-même, ainsi que l'indique la réduction de sa ligne de matité verticale à 8^™ 1/2 seulement. Les urines présentent encore leur couleur vert-pré. Il n'y a plus de crampes ; mais la faiblesse est extrême ; le malade a cessé tout travail.

La mydriase existe encore, et bien qu'il n'y ait pas amblyopie, comme Bœns-Boissau l'a observé chez les bouilleurs anémiques belges, nous procédons néanmoins à l'examen ophthalmoscopique et nous constatons de la décoloration de la choroïde, qui fait paraître le fond de l'œil gris-sale à peine rosé, et non rougeclair comme il doit l'être normalement ; de l'œdème et de l'anémie papillaires ; la papille optique est grisâtre, nullement rosée ; ses bords, obscurcis par l'œdème péripapillaire, ne peuvent plus être distingués ; les vaisseaux rétiniens sont diminués de calibre, rosés seulement, entourés d'une gangue œdémateuse dans laquelle ils disparaissent en certains points.

C'est seulement vers le 25 mai 1875, que cet ouvrier put être employé comme conducteur au jour ; bien qu'amélioré, il n'était pas encore revenu à son état de santé antérieur.

Le mineur de l'observation suivante a contracté l'anémie vers la même époque que le précédent.

Observation B. — Nous l'avons examiné le 22 août

Y , âgé de 20 ans, hercheur dans la Grande-veine

à Bonnepart depuis deux années, vient d'être relégué aux travaux du jour.

Il y a un an : gourmes des mineurs et catarrhe bronchique consécutif ayant, à deux ou trois reprises différentes, duré une semaine. ,

Depuis 5 mois, cet ouvrier est devenu peu à peu malade : oppression, palpitations et faiblesse générale. Dans ces derniers temps, il lui arrivait souvent de ne pouvoir se rendre à son travail.

Teinte jaune et pâleur de la peau ; décoloration des muqueuses, moins complète que chez le sujet de l'observation précédente. Les conjonctives oculaires sont d'un blanc-bleuâtre. Les cheveux, noirs avant qu'il fut mineur, sont devenus blond-hasardé.

Au moindre mouvement, le malade se plaint d'essoufflement et de palpitations, avec pulsations céphalalgiques, bourdonnements d'oreilles et éblouissements. Bruit de souffle cardiaque au 1®^ temps avec maximum à la base, et bruits de souffle continus dans les vaisseaux du cou. Pouls à 92 pulsations. Tracé sphygmographique présentant les mêmes caractères que dans le cas précédent, mais moins marqués.

Appétit capricieux ; selles régulières ; pas de borborygmes, ni d'excrétion de gaz par Tanus. Foie normal, plutôt diminué de volume. La ligne de matité verticale passant par le mamelon droit, mesurait 6^^ 1/2 seulement.

Urines transparentes, d'odeur résineuse, et d'une couleur vert-pré, déjà légèrement modifiée six heures après l'émission. Cette décoloration coïncide avec la formation d'un léger dépôt qui, examiné au microscope, paraît constitué par des masses globuleuses jaune-serin, résultant du groupement rayonné de petits cristaux d'acide urique autour d'un point central commun. Çà et là, quelques granulations de couleur pourpre. Douze heures après l'émission, la couleur verte de l'urine a complètement disparu, pour laisser place à une coloration jaune-clair; il s'est formé un abondant dépôt d'une matière floconneuse blanchâtre, au sein de laquelle l'œil nu distingue de petites granulations jaune-rouge. A l'examen microscopique, outre les cristaux jaunes rayonnes d'acide urique, on y trouvait de nombreux petits cristaux du même acide sous forme de tables rhomboïdales à angles mousses, et quelques autres, en masses bizarres connues sous le nom de Dumbbell's. Le dépôt, séparé par filtration et calciné avec de l'acide azotique, donna, par addition de quelques gouttes d'ammoniaque, la coloration pourpre de la murexide, caractérisant l'acide urique.

Sensibilité cutanée intacte. La distance-limite aesthésiométrique de la face antérieure de l'avant-bras est de Igmm seulement. Grande faiblesse, ni crampes, ni douleurs dans les membres.

Observation C. — Le 15 juin 1875, nous observions l'anémie chez le tailleur à la veine de la fosse Bonnepart, que nous avions vu, l'année précédente en août, atteint de gourmes et de catarrhe bronchique concomitant. Il est alors convalescent de sa maladie dont le début remonte à trois mois 1/2.

Cet ouvrier, âgé de 34 ans, originaire d'une famille de mineurs de Charleroi, d'une forte constitution, travaille depuis l'âge de 12 ans au fond de la fosse Bonnepart, où il a été successivement galibot, puis hercheur (de 16 à 22 ans) et enfin tailleur-à-laveine.

Il contracta les gourmes dans la veine-à-filons, où travaillait aussi le sujet de la première observation d'anémie ; on se rappelle que cette'urticaire tubéreuse et le catarrhe bronchique durèrent environ six semaines.

Plus de six mois après, dans les premiers jours de mars 1875, commencèrent à se manifester divers symptômes d'anémie : oppression, palpitations de cœur et tintements d'oreille ; teint pâle, jaunâtre ; faiblesse musculaire et douleurs dans les mollets ; obscurcissement de la vue de l'œil gauche ; urines verdâtres et impuissance génitale.

A la fin du mois, cet ouvrier, se rendant bien compte de sa maladie, demanda à quitter la fosse Bonnepart et fut admis à travailler au fond de la fosse du Vieux- Condé, où il ne s'est jamais produit de cas d'anémie. Son état ne fit que s'y aggraver ; l'ascension aux échelles qui relient les différentes parties des travaux, lui causait une forte oppression et de violents battements de cœur. Sa faiblesse musculaire était si grande qu'il n'avait plus la force d'entamer la veine avec sa pioche.

Il dût alors quitter la fosse et réclamer les soins du médecin en chef de la Compagnie et de son fils, médecin de la division, les docteurs Nestor et Abel Castiau. Sa teinte jaune-blafard était à cette époque devenue tout-à-fait caractéristisque.

C'est après un mois de traitement par le fer (3 tablettes martiales par jour), aidé d'une forte alimentation et d'un air pur, qu'il nous fut donné de voir le malade ; il entrait alors en convalescence.

Son teint est encore pâle, mais moins jaune qu'il ne l'a été ; les sclérotiques sont blanc-bleuâtre ; les lèvres, les gencives, la langue et les conjonctives palpébrales sont rose-pâle ; le pavillon de l'oreille est rosé, de blanc-parcheminé qu'il était.

Le sang provenant du pouce est examiné au microscope à l'aidé du compte-globules de Malassez; il présente un nombre de 3,174,000 globules sanguins rouges par millimètre cube, au lieu de 4,500,000, chiflfre qui est très certainement au-dessous de la moyenne normale. Une particularité importante à noter est le grand nombre de globulins que renferme le sang. Bien que nous ne puissions fournir le nombre exact de globules blancs, nous avons constaté qu'il n'y avait pas leucocythémie.

Extrémités fraîches ; température axillaire = 38''. Sudorèse exagérée.

AfTaiblissement de la sensibilité tactile : notre œsthésiomètre à pointes isolantes, appliqué longitudinalement sur la partie moyenne de la face antérieure de l'avant-bras, a besoin d'avoir 57"*" d'écartement de ses pointes pour que celles-ci soient perçues distinctement toutes deux ; la distance-limite d'écartement

pour cette région étant normalement de 17"*"*, la sensibilité tactile est donc 3,3 fois moindre qu'à l'état sain.

La sensibilité à la douleur est conservée.

Les sensibilités à la température et au chatouillement sont exaltées. Le malade est très-frileux.

Pupilles normales. Depuis le début de la maladie, la vision est obscurcie à gauche. L'instillation atropique augmente encore cette amblyopie. A l'ophthalmoscope : fond de l'oeil d'un rouge-pâle un peu moins intense que normalement ; papille gris-rose à peine obnubilée sur ses bords ; vaisseaux rétiniens un peu diminués de calibre. Ces lésions papillaires sont surtout accentuées dans l'œil gauche.

Quand le malade marche vite, court ou monte, il éprouve encore de l'oppression et des battements de cœur. Il est encore de temps en temps sujet à des tintements d'oreille; mais il n'y a jamais eu ni céphalalgie, ni vertiges.

Pouls dur, fréquent ; 76 pulsations par minute. Le tracé sphygmographique rappelle celui des précédentes observations par la hauteur et la verticalité de la ligna, d'ascension, encore suffisamment marquées.

Souffle cardiaque au V" temps et à la base, surtout après la marche ; bruit de souffle intermittent dans les vaisseaux du cou.

L'appétit n'est plus capricieux comme il l'a été ; soif encore assez vive ; langue bonne. Il n'y a jamais eu de constipation habituelle ; foie normal.

Les urines transparentes, d'une odeur résineuse, offrent la couleur vert-pré spéciale, qui vire au jaune six heures après l'émission ; cette couleur verte était beaucoup plus nette au summum de la maladie.

L'examen microscopique immédiat ne décèle rien de particulier. Le dépôt qui s'est formé le lendemain, est composé de cristaux d'acide urique, imprégnés de la matière jaune-verdâtre de l'urine ; ce sont : des cristaux sous forme de lentilles biconvexes vues de profil, des lames allongées parallélipipèdes, et des prismes triangulaires à angles droits et terminés par des faces planes ; ils sont la plupart groupés en masses rayonnées autour d'un point central commun. Les urines ne renferment ni albumine, ni bile.

La puissance génitale qui a été longtemps complètement abolie, commence à renaître.

Depuis quinze jours, les douleurs dans les mollets ont disparu. Les forces renaissent et après-demain, le malade doit, sur sa demande, reprendre ses travaux au fond de la fosse du Vieux-Condé, où lui sera accordée une occupation proportionnée à ses forces.

Ce dernier cas d'anémie des mineurs, moins grave que les précédents, sert de transition aux formes incomplètes, légères, dans lesquelles les palpitations et la pâleur étaient les seuls symptômes, et dont voici un exemple que nous avons eu l'occasion d'observer le 22 août 1874.

— Inobservation D. — Forme incomplète légère. —

Z , âgé de 25 ans, ancien tailleur-à-la- veine de

Bonnepart, travailla depuis, pendant plusieurs mois, aux mines de Fresnes-Midi, exploitées par les Sociétés de Fresnes-Midi et de Thivencelles réunies. Il fut bientôt réduit à les quitter, il y a trois mois, à cause de sa faiblesse.

Depuis cette époque, il chôme. Au moment où nous l'examinons, il présente les symptômes suivants : le teint est pâle, un peu jaune ; les muqueuses sont peu colorées. Palpitations de cœur et essoufflement par la marche et l'action de monter. A l'auscultation, bruit de souffle cardiaque au V temps, à la base, et bruits de souffle continus avec renforcements intermittents musicaux dans les vaisseaux du cou.

L*appétit est conservé ; pourtant, légère diminution des forces.

Les urines sont claires.

Il n'est pas encore jugé capable de supporter les travaux du fond.

En terminant, nous signalerons le vitiligo comme une suite possible de l'anémie des mineurs.

Observation E. — Vitiligo consécutif à V anémie, — Un mineur de Bonnepart, âgé de 2? ans, fut atteint, il y a sept ans, d une anémie tellement intense que ses conjonctives oculaires furent colorées en jaune. Pendant la convalescence, il se développa à la tempe gauche, une large plaque de vitiligo, qui s'étend aujourd'hui (août 1874) jusque dans le cuir chevelu situé en avant de l'oreille, et jusqu'au tiers externe du

sourcil. Les poils et les cheveux qui revêtent cette plaque sont complètement décolorés (i).

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