CHAPITRE X
TRAIÎTEMENT
Dès que l'anémie sera soupçonnée, il faudra instituer un traitement, sans même attendre la confirmation du diagnostic. On prescrira des toniques el des reconstiluants. On a préconisé l’arsenic, le fer, le phosphore, le zinc, les injections hypodermiques de quinine, l'ingeslion de moelle de veau à la dose de 50 à 100 grammes par jour. Actuellement, on emploie le cacodylate de fer; mais ces différents médicaments n'ont pas donné de résultats appréciables.
La transfusion a aussi été employée: Fehleisen, dans 17 cas, obtint deux guérisons. Quincke, à Berne, transfusa du sang de mouton; les injections de sérum arlificiel ont été recommandées également.
Certains auteurs ont préconisé l'oxygène en imhalalion, à la dose de 5 à 6 litres. Mais ce mode de traitement ne produit qu'une amélioration passagère.
En présence de la gravité de l'affection, une question se pose: celle de l'avortement,
A ce sujet, les avis sont partagés.
Gusserow considérait ce moyen comme devant être efficace, mais n’obtint pas de succès. Certains auteurs conseillent ce mode de traitement, mais 1ls sont perplexes sur le moment de l'intervention. Il ne faut pas, en
effet, intervenir trop tôt, car on peut être accusé de confondre la chloro-anémie simple avec la chlorose, ni trop tard, et c’est l’état de la femme qui doit fixer l'intervention; il y a là une question très délicate à résoudre, analogue à celle qui se pose lorsqu'il s’agit de provoquer l'accouchement ou l'avortement dans les cas de vonnssements incoercibles. Dans un chapitre de Müller, l’auteur s'exprime ainsi: « On peut recourir à l’accouchement prématuré artificiel, vivement recommandé par Gusserow, mais à la condition qu'il sera pratiqué d'assez bonne heure, parce que, une fois la maladie avancée, ni l'accouchement spontané avant terme, ni l'accouchement à terme, ne peuvent arrêter la maladie. Il est cependant des exceptions à cette règle; le cas dont nous rapportons l'observation. Celui de Chiara, et celui cité dans la thèse de Decroix, où la malade accoucha spontanément, à sept mois et demi, et guérit. D'autre part, dans deux observations de Tarnier, l'accouchement prématuré fut provoqué à quatre mois, et les malades n’en moururent pas moins peu de temps après.
Quand l'accouchement se fait à terme, les phénomènes d’anémie paraissent céder moins facilement. Il semble donc qu'il soit préférable d'interrompre la grossesse entre sept et huit mois. C’est l'avis de Chiara, qui prétend qu'il faut intervenir, si la forme de la maladie est nettement caractérisée, si la femme. est enceinte de plus de huit mois, el si la cachexie va en se précipitant. Evidemment, fait-il remarquer, on pourra, en agissant ainsi, être accusé d'avoir confondu l'anémie simple avec l’anémie progressive, d'avoir interrompu une grossesse qui aurait pu peut-être se terminer heureusement à terme,
D dise
mais, étant donné la gravité extrème des faits jusqu'ici observés, étant donné qu'il s'agit le plus souvent de mulüpares, que l'enfant a toutes les chances de succomber avant la mère, Chiara conseille de provoquer l’accouchement prématuré; c'est en agissant ainsi qu'il réussit à sauver une femme qui était parvenue à sept mois et demi de sa grossesse (1).
Gaulard, dans son traité de pathologie de la grossesse (Encyclopédie Lemoine), cite également un cas d’anémie pernicieuse guéri par l'accouchement provoqué à sept mois, et, aJoute-t-1l, « pour réussir, il ne faut pas attendre que la malade soit complètement tombée dans le marasme ».
C'est également l'avis de Francesco Varaldo, qui dit : - « Quand la grossesse est compliquée d'anémie progressive, la défense d'énergie physique, qui est nécessaire pour laccomplissement des divers phénomènes de l'accouchement, et dont la parturiente doit faire les frais, est suscepüble d'aggraver d'une façon très importante le pronostic de l'accouchement; aussi, dans ces’'cas, l'accouchement forc& qui demande le moins de temps et cause à la mère une dépense d'énergie vitale moindre, est-il préférable à l'accouchement spontané: l'accoucheur arrêtera son choix parmi les méthodes, sur les procédés mécaniques et rapides, plutôt que sur les procédés dynamiques, €ar la logique lui interdit de demander un effort à un organisme qui est incapable de le donner ».
(1) Chiara.—Caso di Olegoemia grave (perniciosa progressiva) in gravidanza ; interrazione artificiale di questa ;: guaregione artificiale. Osservatore, Torino, 1882. ,