‹ De l'anesthésie appliquée à l'art des accouchementsChapitre 1 sur 9 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les résultats merveilleux que les chirurgiens avaient obtenus de la découverte de Jakson devaient tout naturellement donner l’idée d’utiliser les propriétés si remarquables de l’éther, à la suppression ou tout au moins à l’atténuation de la douleur qui accompagne l’accouchement. Mais ici, l’application de l’anesthésie était beaucoup plus complexe que dans les opérations chirurgicales. En effet, le chirurgien est seul actif dans les opérations; l’accoucheur, au contraire, doit se contenter, le plus souvent, du rôle d’observateur intelligent, attentif à diriger convenablement les efforts de la nature, en même temps qu’à prévenir, par une sage prophylaxie , les accidents souvent très graves pour la mère et pour l’enfant qui peuvent résulter des écarts ou de l’impuissance des forces naturelles; c’est donc dire assez que l’organisme, qui est complètement passif pendant les opérations chirurgicales, a besoin d’être actif durant le travail de l’accouchement. Il s’agissait, par conséquent, de savoir si l’anesthésie, qui plonge les organes de la vie animale dans un sommeil plus ou moins complet, laisserait à ceux de la vie organique, et à l’utérus en particulier, leur liberté d’action complètement indépendante.

On devait craindre que la synergie d’action des muscles abdominaux venant à manquera la fin du travail, celui-ci ne fut considérablement ralenti, peut être même empêché.

Là, d’ailleurs, ne devaient pas se borner les appréhensions, et il était tout naturel de se demander quelle pourrait être l’influence des agents anesthésiques sur la santé de la mère et de l’enfant, soit pendant, soit après l’accouchement.

L’excitation plus ou moins grande, les mouvements désordonnés presque convulsifs, observés par les chirurgiens chez les sujets soumis à l’éthérisation, devaient faire redouter les mêmes troubles chez la femme en travail qui, comme on le sait, se trouve , par la condition même de la puerpéralité, prédisposée à l’éclampsie. Les résultats peu satisfaisants, obtenus par quelques médecins, de l’anesthésie appliquée à certaines affections convulsives, comme l’hystérie et l’épilepsie, devaient augmenter les inquiétudes.

Tous ces motifs, et quelques autres qu’il serait trop long d’énumérer ici, font bien comprendre la réserve (font on a fait preuve en France jusqu’à ce jour. D’ailleurs, comme nous le verrons plus loin, il est des raisons d’un autre ordre qui doivent éloigner l’idée de généraliser, d’une manière trop absolue, l’emploi de l’anesthésie dans la pratique des accouchements. En attendant que nous arrivions à discuter ces motifs, exposons l’état présent de cette grave et intéressante question, afin de fournir les éléments nécessaires de jugement à ceux qui voudront étendre , restreindre ou régulariser l’application de l’anesthésie à l’art des accouchements.

Parmi les questions que nous venons de poser il en est quelques unes dont le souvenir de certains faits pathologiques pouvait fournir la réponse ; d’autres, au contraire, que l’expérience directe pouvait seule résoudre définitivement. Exposons brièvement les unes et les autres.

Faits prouvant que V accouchement est possible sans le secours des muscles abdominaux.

On a observé des femmes paraplégiques qui sont cependant accouchées sans difficulté (1). Les choses ont pu se passer à peu près de la même manière chez quelques autres qui étaient affectées de prolapsus complet de l’utérus. Enfin les expériences directes faites sur les animaux ont depuis longtemps appris aux physiologistes que le part n’est pas rendu impossible par la section des muscles de la paroi abdominale. Ces notions fournies par la pathologie et les vivisections devaient donc rassurer , sur la question de savoir si l’accouchement pourrait avoir lieu , en supposant que l’anesthésie plongeât les muscles abdominaux dans l’inaction.

Faits pouvant faire espérer la persistance des contractions utérines pendant V anesthésie.

Ces faits sont relatifs: 1° à des cas d’accouchements de femmes paralytiques, comme on en trouve des exemples dans Smellie, Lamotte et quelques autres ; 2° à des accouchements qui se sont accomplis pendant le coma de l’ivresse, comme dans le fait suivant, observé par Deneux : Une femme est apportée à l’Hôtel-Dieu d’Amiens dans un état comateux, causé par l’abus de boissons alcooliques auquel elle s’était livrée depuis le commencement du travail. Elle accoucha naturellement pendant cet état d’ivresse et le sommeil alcoolique continua pendant quelque temps après sa délivrance. La femme, en se réveillant, fut fort étonnée de voir son accouchement terminé et se félicita d’avoir trouvé

(1) Ollivier, Traité des maladies de la moelle , p. 78/4. — Hasse, Untersu chengen zur physiologie.

un moyen aussi heureux. Elle se promit, ajoute Deneux, de s’en servir à la première occasion (1).

Si l’on ajoute à ces faits les cas d’accouchement dans un état léthargique et surtout pendant le coma de l’éclampsie, ce que chacun a pu observer, on comprend que Haller (2) ait dit : La femme peut accoucher à son insu : « Maire ignarâ, » slupidâ et sopitâ, et immobili, et apoplecticâ et epilepticâ, » et convulsionibus agitatâ et ad summum debili, inque » agone demum mortis. »

Voilà pour les données fournies par la pathologie et la physiologie. 11 nous faut exposer 'maintenant les résultats de l’expérience directe, ce qui nous amène tout naturellement à la partie historique de notre sujet.

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