OBSERVATIONS
Observation I
S Mai 1882. — Extraction d'un corps étranger. — Frédéric Cluzel , 29 ans, manœuvre, de constitution vigoureuse, a reçu, il y a deux mois, un traumatisme à la face externe de l'articulation métacarpo-phalangienne de l'index droit. Un fragment d'acier qui avait pénétré au moment de l'accident était toléré au milieu des tissus; mais quelques douleurs subsistaient le long de l'index, et le malade ne pouvait reprendre son travail. On se décide à l'extraction du corps étranger. Le 5 mai 1882, Cluzel se rend dans la cloche de M. Martin, à 8 h.; la pression est élevée de 74 à io3 \ les inhalations sont commencées, et presque aussitôt l'anesthésie est produite, sans secousses, au milieu du calme le plus parfait. Le docteur Duchamp fait au niveau du point malade une incision cutanée de 1 cent., et recherche avec précaution le corps étranger, qui est bientôt amené au dehors. L'opération et le pansement, qui sont faits suivant les préceptes de Lister, ont duré 16 minutes; les inhalations ont duré i5 minutes environ. Au réveil, nausées et vomissements (malgré la défense qui lui avait été faite , le malade avait mangé avant l'opération une soupe copieuse). Le malaise paraît céder un peu à la suite de quelques inhalations d'oxygène pur. Au bout d'une demi-heure, Cluzel retourne à pied chez lui. La plaie s'est réunie par première intention.
Observation II
12 Mai 1882. — M"° X..., 35 ans, bonne santé. — Pression initiale, 75. On élève la pression à 8 h. 23 m. En 12 minutes, c'est-à-dire à 8 h. 35 m., P. io3.
Début des inhalations à 8 h. 36 m. En 75 secondes environ, l'anesthésie paraît complète. Malgré cela, on continue les inhalations. A 8 h. 38 m. on élève P. à 106; l'anesthésie continue régulière.
A 8 h. 40 m. le masque à inhalation est retiré; au bout de I m. 1/2 l'avulsion de 5 grosses molaires étant achevée, brusquement la patiente se réveille en se débattant. En quelques secondes , elle a recouvré sa connaissance et raconte qu'elle s'est débattue parce qu'elle rêvait qu'on voulait lui prendre ses enfants. Pas de nausées, pas de malaise.
Comme il reste dans la bouche de la patiente quelques racines à extraire, on reprend l'anesthésie à 8 h. 49 m. P. a baissé jusqu'à 104. L'anesthésie est aussi prompte que la première fois ; à 8 h. 5 1 m. les inhalations cessent, et les racines sont rapidement extraites. Au bout d'une minute, à 8 h. 52 m. le réveil se fait brusquement, mais sans agitation. Au bout de quelques secondes, nausées et rejet par vomissement de quelques gorgées de sang avalées pendant la seconde anesthésie; à 8 h. 54 m. tout est rentré dans l'ordre. Il n'y a plus de malaise et la malade sort elle-même de la cloche dans un état excellent, fort contente de son anesthésie.
Observation III
13 Mai 1882. — M"' X..., 40 ans, nerveuse, hystérique , très - impressionnée à l'idée d'une anesthésie. — Au début, la température est de 20"; P. 75; à 8 h. 22 m. on élève la pression. A 8 h. 25 m. P. 86; à ce moment, la patiente ressent une vive douleur dans
l'oreille gauche (M™" X..., qui habite l'Espagne, a, depuis son arrivée à Lyon, un peu de catarrhe naso-phar3mgien). On abaisse P. à 83. Bientôt les douleurs cessent; à 8 h. 29 m. on augmente P. A 8 h. 3o m., P. 87; on est encore obligé de s'arrêter, puis on reprend à 8 h. 84 m. Nouvelle halte à 8 h. 87 m.; P. 96. Au bout de quelques secondes, les douleurs ont cessé, on monte à 102 (8 h. 40 m.) ; là on s'arrête encore. A 8 h. 42 m., P. 104. On commence les inhalations à 8 h. 48 m.; au bout de 2 minutes, légère agitation; on élève la pression qui, à 8 h. 47 m., atteint 109.
Le pouls est calme et régulier. Respiration bonne ; un peu de ronflement. Sueur au niveau de la face ; à 8 h. 49 m. on suspend les inhalations, et M. Martin se met en devoir d'extraire les dents malades au nombre de i3. Au bout de 2 minutes (8 h. 5i m.), réveil avec pleurs et excitation ; la patiente avale le sang et l'eau dont elle se gargarise ; elle les vomit au bout de quelques instants. Le calme se rétablit peu à peu. A 8 h. 67 m. M^^X... subit, sans témoigner de souffrance, l'avulsion d'une racine échappée à l'attention de l'opérateur, au milieu d'une série d'extraction aussi rapide.
On sort de la cloche à 9 heures. M"" X... ressent une sensation de brisement et quelques nausées contre lesquelles des inhalations d'oxj^gène pur ne paraissent pas avoir agi. Peu à peu le calme renaît.
Observation IV
77 Mai 1882. — M"" X..., âgée de 60 ans. — Au début, la température est de r5", P. y5 ; on élève la pression à 8 h. II m. Lorsque P. est 391 (8 h. 18 m.) la malade se plaint de quelques bourdonnements d'oreilles qui cessent bientôt. A 8 h. 20 m., P. 97, et à 8 h. 22 m., P. io3.
A 8 h. 24 m. on commence les inhalations qui produisent l'anesthésie en une minute. On élève P. jusqu'à
io8 (8 h. 25 m.). Le calme étant absolu, on cesse les inhalations à 8 h. 27 m., et M. Martin se met en devoir d'extraire les dents malades. Au bout d'une minute (8 h. 28 m.), réveil avec cris , pleurs, agitation légère. Lorsque la malade est calmée, on reprend l'anesthésie pour achever l'extraction des racines malades (8 h, 36 m.); P. 106. En une minute, l'anesthésie est complète.
A 8 h. 38. m. les inhalations sont interrompues, et les avulsions sont rapidement pratiquées. Au bout d'une minute, à 8 h. 39 m., le réveil se fait comme précédemment avec des cris et des pleurs. 18 dents ou racines ont été extraites,
M"°X..., qui n'avait pas vomi après son premier sommeil, rejette alors du sang qu'elle avait avalé pendant sa seconde anesthésie. Mais ceci dure peu, et bientôt M"" X... sort de la cloche avec un peu de malaise , qui se dissipe rapidement.
Observation V
20 Mai /(^cy^. — M. X..., étudiant en médecine; endormi précédemment, il avait eu une période d'excitation intense. — Au début, P. 74; température 16". On élève la pression à 8 h. 23 m., et à 8 h. 37 m., P. io3. A 8 h. 38 m. on commence les inhalations, et presque aussitôt on surélève la pression jusqu'à 108.A8 h. 39 m., agitation assez vive ; on élève P. à 112; l'excitation continue pendant une minute. A 8 h. 42 m. on retire le masque, et M. Martin extrait une racine d'incisive. A 8 h. 43 m., réveil au milieu d'une ivresse complète; à 8 h. 44 m. quelques vomissements glaireux. Pendant 3 minutes, l'ivresse dure accompagnée de paroles incohérentes, mais sans grande agitation. A 8 h. 46 m. M. X... revient à lui ; le malaise se dissipe, et, au sortir de la cloche, tout est rentré dans Tordre.
Observation VI
25 Mai 1882. — M. X..., enfant de 10 ans, d'une bonne santé, mais nerveux ; inquiet de se sentir dans la cloche ; coryza depuis quelque jours. — Au début, P. 74, T. 17°. On élève la pression à 7 h. 38 m.; à 7 h. 42, P. 83. A ce moment, le malade se plaint de douleurs d'oreilles qui font suspendre l'arrivée de l'air dans la cloche. On recommence à 7 h. 46 m.; à 7 h. 5i m. la pression étant à 92, on interrompt encore à cause de la douleur d'oreilles. A 7 h. 53 m. on reprend la pression, qui atteint io3 à 7 h. 48 m.
On commence les inhalations à 7 h. 49 m. En une minute, l'anesthésie est obtenue; à 8 h. i m. agitation légère; on augmente P. jusqu'à 108, calme.
A 8 h. 2 m. on suspend les inhalations, et M. Martin se met en devoir de lui arracher trois grosses molaires. Pendant l'opération , le malade vomit sans effort un peu de bile. A 8 h. 3 m., réveil agréable, sans aucun malaise.
Cet enfant a depuis raconté à sa famille qu'il voulait faire des économies pour pouvoir de temps en temps se faire endormir sous la cloche.
Observation VII
25 Mai 1882. ~m.X..., âgé de 17 ans, sujet aux coryzas. — Au début, P. 74,7. i8«. On élève la pression à 8 h. 55 m.; mais à 88 (8 h. 58 m.) on est obligé de s'arrêter à cause d une vive douleur "d'oreilles. On reprend à 9 h. 4 m. pour s'arrêter à 9 h. 9 m. (P. 96). Le peu de perméabilité de la. trompe d'Eustache fait interrompre de temps en temps la pression qui arrive à io3 à 9 h. 20 m. Les inhalations commencent à 9 h. 2i,5; en une minute et demie l'anesthésie est produite, on surélève la pression. A 9 h. 24 m. contracture, P. 108 à 9 h. 25 m.; à ce momem survient une contracture légère, puis une exci-
tation qui cesse lorsque P. est à iio (g h. 26 m.). Les inhalations sont suspendues à 9 h. 27 m.; 7 dents sont enlevées. Réveil au bout d'une minute avec quelques nausées sans vomissements; bon état consécutif.
Observation VIII
3i Mai 1882. — M"" X..., 12 ans 1/2, d'une bonne santé. — Au début, P. 76 et T. 23°; à 8 h. 16 m. on élève peu à peu la pression. A 8 h. 24 m., P. io3, et à 8 h. 25 m. on commence les inhalations ; à 8 h. 26 m. la patiente faisant quelques mouvements, on élève P. à io8, et le calme renaît. A 8 h. 29 m. on retire l'embouchure pour pratiquer l'ablation de plusieurs dents. A 8 h. 3o m., le réveil se fait brusquement , accompagné de pleurs et de cris ; quelques nausées sans vomissement surviennent bientôt, et quand l'enfant sort de la cloche, tout malaise a disparu.
Observation IX
Juin /(^c^^. — M. X..., 55 ans, emphysémateux; le cœur droit paraît normal. — A 7 h. 40 m. on entre dans la cloche; P. 75, T. 22 : à 7 h. 5 1 m., P. io3 et T. 23"; début des inhalations à 7 h. 62; à 7 h. 53 m. 1/2, contracture légère qui cède lorsque P. est à 108. Le malade fait entendre un ronflement accompagné de râles trachéaux. A 7 h. 57 m. le calme étant complet, on cesse les inhalations et l'ablation des dents commence. Au bout d'une minute, M. X... se réveille en riant et en témoignant son contentement : (( C'est fini ! ce n'est pas possible ! » Malgré le réveil, l'analgésie persiste ; le malade ne perçoit pas l'ablation d'une dent qu'on n'avait pas eu le temps d'extraire pendant le sommeil. La décompression se fait lentement. Il n'y a pas de nausées, l'état général est excellent, et l'on ne peut noter qu'une hémorrhagie par les plaies gingivales.
Observation X
2 Juin /c?(y2.— Opération pratiquée en présence de M. le docteur Chassagny.— M'"'X..., 22 ans.— A 8 h. 32 m. P. 76 et T. 23". On élève la pression qui, à 8 h. 40 m., atteint io3. Inhalations à 8 h. 41 m. 1/2; surpression à 8 h. 43 m. à cause d'une contracture légère ; à 8 h. 46 m., P. no, et malgré cela la contracture, quoique faible, persiste pour ne céder qu'à ii3 dépression. A 8 h. 47 m. on retire le masque et M. Martin fait l'extraction de i5 dents ou racines. Au bout de 2 minutes, à 8 h. 49 m., le réveil se fait, accompagné d'excitation ; cependant l'analgésie persiste jusqu'à 8 h. 5o m. La sensibilité renaît à 8 h. 5 1 m. pour redevenir entière à 8 h. 52 m. (il y a 5 minutes que les inhalations sont suspendues).
Pas de nausées, état général excellent.
Observation XI
6 Juin 1882. — M. B..., interne des hôpitaux, 23 ans, en présence de M. le professeur Arloing. — Au début , P. 75 ; T. 21°. A 8 h. 21 m. on élève la pression jusqu'à io3 ; il est 8 h. 32 m.; à 8 h. 36 m. 1/2 on fait respirer le gaz; à ce moment, P. 102, le pouls est à roo, l'anesthésie survient rapidement; mais à 8 h. 38 m. 1/2 elle paraît céder. M. B... fait quelques mouvements; le pouls est à 120 (8. h. 39 m.), surpression. A 8 h. 40 m. le pouls est à 1 10; la peau se congestionne, il y a de l'excitation; M. B... fait entendre quelques plaintes et sa face se couvre de sueur. A 8 h. 40 m., P. ii5; le pouls redevient normal. A 8 h. 41 m. 1/2 on retire le masque et l'opération commence ; trois dents sont extraites en 3o secondes; une quatrième est enlevée à 8 h. 43 m.; à ce moment réveil.
A 8 h. 44 m. quelques nausées sans vomissements, qui cessent bientôt, et tout rentre dans Tordre.
Observation XII
7 Juvi 1882. — M. X..., 5o ans, rien au cœur. — A 8 h. 32 m., P. 74, T. 2i°,5; à ce moment le pouls est à 96. Le patient est ému et manifeste ses craintes ; lorsque P. est à io3 on commence les inhalations (8 h. 44 m.), le pouls est à 88 ; à 8 h. 46 m. le malade est anesthésié et le pouls est descendu à 76; on élève P. à io5, le sommeil est calme et profond. A 9 h. 48 m. le masque est retiré et neuf dents sont enlevées ; au bout d'une minute, M. X... se réveille, mais l'analgésie persiste encore une minute. A 9 heures 5o m. il rend un peu de sang qu'il avait avalé et aussi un peu de bile ; cet état dure 2 minutes et cesse pendant la décompression. A 8 h. 55 m. M. X... sort de la cloche sans nausées, et enchanté « de n'avoir rien senti «. État excellent.
Observation XIII
8 Juin 1882. — Il s'agit d'un jeune homme de 14 ans, fort craintif. — En entrant dans la cloche à 8 h. 21 m. 1/2 son pouls est à 96 ; P. 75, T. 20°. On élève la pression, qui atteint 104 à 8 h. 34 m. Le masque est appliqué à 8 h. 35 m. 1/2, mais retiré aussitôt par le malade, dont l'émotion est extrême. On reprend les inhalations à 8 h. 36 m. 1/2; en une minute le pouls est à 76, et au bout d'une minute et demie (8 h. 38 m.) l'anesthésie est complète. A 8 h. 38 m. 1/2 on élève P. jusqu'à io8 (8 h. 39 m.) \ ronaement léger. A 8 h. 40 m. excitation légère qui cesse lorsque P. est à 109,5 ; suppression du gaz à 8 h. 40 m. 1/2, on enlève 7 racines d'une extraction difficile et deux molaires. A 8 h. 43 m. surviennent de l'excitation, des cris et des pleurs ; à 8 h. 45 m. le réveil est complet, l'enfant dit n'avoir rien senti. Il conserve quelques instants un tremblement émotif qui disparait, et revient à l'état normal sans nausées ni vomissements.
Observation XIV
g Juin 1882. — M"" X..., 18 ans, d'une bonne santé. — Au moment de l'entrée dans la cloche, le pouls est à 84; P. 74,5 et T. i9°5. On élève la pression qui devient io3 à 8 h. 39 m. A 8 h. 89 m. 1/2 on commence les inhalations, aussitôt le pouls s'élève à 120; à 8 h. 40 m. 1/2 l'anesthésie est complète ; cependant on surélève la pression, qui atteint 109 à 8 h. 42 m.; à ce moment le pouls est revenu à 84 puisât. A 8 h. 44 m. 1/2 les inhalations sont suspendues; à 8 h. 46 m. 1/2 3 racines et 2 dents ont été enlevées ; l'anesthésie continue jusqu^'à 8 h. 46 m. M"" X... se met alors à parler, mais l'analgésie continue encore un peu. Ici nous trouvons après l'ablation du masque deux minutes d'anesthésie , plus une minute d'analgésie. Le réveil est bon, sans nausées; à 8 h. 5i m.. M"" X... sort de la cloche ayant recouvré son état normal.
Observation XV
10 Juin 1882. — M. O..., âgé de 40 ans, porteur d'un kyste périodique du maxillaire supérieur. — Au début, le pouls est à 80; P. 74,5, T. i9»5. A 8 h. 33 m. 1/2, P. io3; les inhalations commencent, le pouls est alors à 84. On élève la pression à 8 h. 34 m. 1/2 ; à 8 h. 35 m. survient une contracture qui persiste jusqu'à 8 h. 36 m. 1/2, malgré l'élévation continue de la pression; celle-ci atteint iio à 8 h. 37 m. On cesse les inhalations à 8 h. 38 m.; une dent est arrachée, le kyste largement ouvert. A 8 h. 39 m., M. O... se réveille; il a de l'excitation, puis des nausées sans vomissements, qui durent jusqu'à 8 h. 42 m. Puis les malaises cessent, et M. O... s'en retourne dans un état excellent.
Observation XVI
// Juin 1882. — M. L..., interne des hôpitaux, trèsnerveux. - Inhalations à io3, 8 h. 21 m. On élève la
pression à 112; l'extraction dentaire est faite, et le réveil s'effectue 2 minutes 1/2 après le retrait du masque, sans aucun malaise.
M. L... nous raconte qu'il a ressenti, au début des inhalations, des battements artériels très-douloureux dans la tête; à ce moment , il y avait de la rougeur de la face avec sueur abondante. Sans malaise appréciable, M. L... a été somnolent une partie de la journée.
Observation XVII
12 Juin 1882. — M"" Ch..., opérée en présence de M. le professeur Létiévant. — Début à ro8, pouls 60 ; pas d'excitation. Les inhalations durent 4 minutes, et l'extraction de 6 dents 2 minutes. Quelques nausées au réveil qui cessent bientôt; l'état consécutif est excellent.
Observation XVIII
14 Juin 1882. — M"*" C. M..., 22 ans. — Les inhalations se font à 8 h. 32 m.; P. io3. Excitation légère; on élève P. à 108, le calme revient. Le pouls s'est maintenu à 98, à part une légère excitation au début. L'opération se fait à 8 h. 36 m., 5 dents sont extraites. Réveil rapide à 8 h. 37 m., sortie de la cloche à 8 h. 46 m. M""' C. M... a eu quelques nausées pendant plus d'une demi-heure, puis le calme se rétablit, et la journée se passe sans malaises.
Observation XIX
75 juin 1882. — M"" R..., 23 ans. — Opérée en présence de M. le docteur Icard. Inhalations à io3 cent. (8 h. 34 m. 1/2). Au bout d'une minute, excitation assez vive. Surpression jusqu'à 1 10. A 8 h. 38 m. le calme renaît, le pouls descend de 120 à 100. A ce moment l'opération est pratiquée et le réveil se fait deux minutes après à 8 h. 40 m. Il
n'y a pas de nausées mais un certaine émotion. Sans trop de fatigue le reste de la journée.
Dans une deuxième opération pratiquée sur M"" R... quelques jours après, j'ai débuté à la pression de 1 14. Il n'y a pas eu d'excitation ; le sommeil a été calme, le réveil bon, et aucun malaise n'a été ressenti dans la journée.
Observation XX
M™^ F..., 60 ans, opérée en présence de M. le docteur Peillon. — Inhalations à 1 15 cent,; le pouls qui était à 108 descend à 96 puis à 92. Anesthésie en une minute. Durée des inhalations 4 minutes. Extraction de 10 dents. L'analgésie persiste pendant 3 minutes. Le sommeil a été paisible et le réveil excellent. Pas de nausées. Pas de malaise dans les heures suivantes.
Observation XXI
Juin 1882. — M"" L..., opérée en présence de M. le docteur Levrat, agrégé de la Faculté, et de M. le docteur Bard, médecin des hôpitaux. — A 8 h. 10 m., P. 75,5 et T. 2i"5. La pression s'élève provoquant quelques sensations de pression sur le tympan, la déglutition les fait disparaître. A la pression de 92, la douleur augmente, et l'on abaisse P. à 89, les douleurs cesseiit. A 8 h. 17 m. on élève la pression qui est mieux supportée; le pouls est à 96, il arrive à 100 à 8 h. 21 m. Les inhalations commencent à 8 h. 26 m.; T. 25" et P. 104; en une minute le sommeil est complet. Le pouls est à 96, on élève P. à 110,5; à 8 h. 28 m. le pouls est à 80; P. 112 A 8 h. 29 m. 1/2 la pression, étant à ii3,5, on cesse'les inhalations et l'opération est pratiquée (trépanation de 1 extrémité radiculaire de la canine droite); le réveil est rapide et sans nausées. A 8 h. 32 m. 1/2 on commence la décompression, qui nécessite quelques mouvements de
déglutition ; à 8 h. 36 m. 1/2 tout est terminé, et M'»" L sort de la cloche sans malaise.
Observation XXII
16 Juùi 1882. — Anesthésie pratiquée en présence de M. le professeur Arloing. — M. Ch..., 22 ans, opéré pour la deuxième fois. — Au début, le pouls est à 80 ; la pression est élevée, elle atteint 104 à à 8 h. 36 m. Les inhalations sont commencées à 8 h. 37 m., le pouls est à 84; il s'élève à 96 à 8 h. 38 m. 1/2 pour revenir à 84 à 8 h. 39 m.; on cesse les inhalations, et l'extraction se fait. A ce moment survient une vive excitation : extension du tronc et des membres, pas de sueur ni de congestion, mais plutôt un peu de pâleur. Pas de nausées, quelques bâillements. A 8 h. 45 m. le réveil'est complet, retour à l'état normal.
Observation XXIII
22 Juin 1882. — Cicatrices vicieuses de la main, opérées par M. le docteur Fochier, chirurgien en chef de la Charité. Enfant de 10 ans. — Au début, P. 75, T. 2o°,5; à 8 h. 4 m., P. 104; on commence les inhalations qui provoquent d'abord un peu de toux; l'anesthésie est complète au bout d'une minute. A 8 h. 6 m. l'opération commence ; les inhalations continuent, mais on les supprime à 8 h. 7 m., la respiration étant stertoreuse. On élève P. à 108; la respiration est meilleure; on reprend les inhalations qu'on interrompt à 8 h. i3 m., parce que des vomissements surviennent. Ceux-ci cessent, mais le malade s'est réveillé (8 h. 14 m.) ; on reprend les inhalations et le sommeil est obtenu en une demi - minute. L'opération est achevée à 8 h. 20 m., et on laisse le malade respirer de l'air; lorsqu'il se réveille, on lui redonne le mélange gazeux. Bientôt les sutures sont terminées et le pansement achevé. Il est 8 h. 28 m.; en une minute et demie l'enfant revient à lui, et le réveil s'opère sans incidents.
Observation XXIV
2J Juin 1882. — M. D..., 49 ans, et M. le docteur G..., 3o ans, sont introduits dans la cloche où ils doivent être opérés tous deux. — M. D... commence les inhalations à io3. Le pouls, qui marquait 68, monte à 88, puis à 96; surpression à iio. Sommeil calme, très-bon réveil; analgésie durant une minute. M. D... cède le fauteuil au docteur G...
Les inhalations se font à iio cent., le sommeil est très-calme; 3 dents, très-difficiles, sont extraites; réveil excellent. Il y avait, pendant le sommeil, des rêves agréables. Gomme dans le cas précédent, il n'y a pas eu de nausées, et le reste de la journée a été aussi bon que possible.
Observation XXV
24 Juin 1882. — M"-" G....— Au début, P. 75. T. 23". A 8 h. i5 m. on élève la pression; à 8 h. 3o m. 1/2, P. io5, le pouls est à 84. On commence les inhalations à 8 h. 3 1 m. 1/2 ; à 8 h. 33 m. le pouls est à 80 ; à 8 h. 34 m. la pression est à iio, et le pouls à 76. Le masque est retiré et l'opération faite.
Réveil à 8 h. 35 m.; le pouls est à 100; quelques nausées. M'"" G... sort de la cloche à 8 h. 40 m. avec de la céphalalgie et des nausées qui persistent toute la journée.
Observation XXVI
Juin 1882. — M. A..., officier fort instruit, a relaté lui-même les sensations qu'il a éprouvées pendant son anesthésie. — Tout allait régulièrement, lorsque de l'agitation et de la contracture se manifestèrent; on reconnut que le poids appliqué sur le sac contenant le gaz était accidentellement exagéré, et que le protoxyde arrivait
au patient sous une pression trop considérable. Voici le récit du patient :
« Je n'ai pas ressenti la moindre sensation due à la compression de l'air. Au moment de m'endormir, le docteur D... me pose cette question: « Êtes-vous alcooc( lique ? )) en riant, ce me semble; je n'y attache pas d'importance sur le moment. On m'applique l'appareil, qui commence à fonctionner.
« Les premières bouffées arrivées lentement sont plutôt un plaisir qu'une gêne. Le gaz a un goût sucré ; il me produisait progresssivement une sensation analogue à celle du Champagne qui monte à la tête. Je commençai à perdre la netteté de mes idées, quand, tout d'un coup, comme sous l'action d'une pression trop forte, j'ai éprouvé une sensation d'étouffement ; je ne pouvais plus respirer; je trouve une grande analogie entre cet effet et celui que j'ai éprouvé une fois que, en me baignant, j'ai ce qu'on appelle vulgairement bu un bon coup ; mais là, la sensation a été beaucoup plus violente. A ce moment, le mot du docteur D...: «Etes-vous alcoolique?» m'est revenu dans la mémoire. Notez que je ne savais dans quel but il m'avait posé cette question. Je me suis dit alors : « Je ne « suis pas alcoolique, mais ne suis-je pas apoplectique? « mon frère et mon oncle m'ayant souvent dit que tel était « mon tempérament. » J'ai eu alors un moment d'angoisse où, je l'avoue, avec mes idées déjà brouillées, je me suis cru victime d'un accident comme il s'en produit, quoique rarement, pendant les anesthésies. J'ai agité vivement ma main droite de haut en bas dans l'intention de dire : « plus doucement; » en même temps j'avais les yeux ouverts, et je regardais M. Martin avec l'intention d'y mettre toute l'expression possible, me rappelant des histoires saugrenues de gens s'entendant condamner. J'ai fort bien entendu les mots : « Pas si fort, » prononcés à très-haute voix.
« Toutes ces sensations ont été éprouvées en un clin
d'œil ; j'ai senti mes tempes serrées comme dans un étau, le sang m'affluer au cerveau avec des pulsations violentes, et j'ai perdu connaissance.
(( J'ai rêvé de sujets agréables, voluptueux presque, puis de dispute et même de lutte ; je me suis réveillé tout d'un coup sans passer pour ainsi dire par le demi-sommeil, et j'ai vu M. Martin penché sur moi, achevant l'opération.
(( Ce que j'ai trouvé de particulier dans ce réveil, c'est sa rapidité et sa netteté. J'ai retrouvé immédiatement ma situation sans avoir à m'étonner du local ou plutôt du bocal qui nous renfermait, ni de rien, en un mot. En outre, j'avais le souvenir fort net de tout ce que j'avais éprouvé.
« Il ne m'est resté aucune impression désagréable, autre que Tébranlement dû à l'opération. »
Observation XXVII
iJ Juillet 1882. — Redressement par M. le professeur Poncet. — A I h. 40 m., P. 74 et T. 2i",5. On élève la pression, le pouls est à io5; il descend à 99 lorsque P. est à io5 (i h. 5i m.); T. 24". On commence les inhalations à I h. 53 m. à la pression de 109. A i h. 54 m. l'insensibilité est obtenue, mais il persiste de la contracture sans excitation ; à i h. 55 m., rougeur de la face, les pupilles sont dilatées. La contracture cesse à i h. 55 m. 1/2, ronflement à i h. 56 m., la contracture repaïaît ; on élève P. à 1 16. A I h. 58 m., la contracture persiste, ronflement, les pupilles sont contractées. La durée de ce phénomène est attribuée à ce que l'embouchure destinée aux adultes laisse passer de l'air sur les côtés de la joue de cet enfant. A 2 h. 18 m. la jambe est redressée; à ce moment, il reste de la contracture , surtout des bras ; un bandage est appliqué. La pression est descendue à i 1 1 ; T. 25°,5, le pouls est à 124. A 2 h. 20 m. on laisse réveiller l'enfant, qui revient à lui sans malaise.
Observation XXVIII
g Août 1882. — M. M..., i5 ans. — Les inhalations sont commencées à 1 13 de pression (8 li. 41 m.). A 8 h. 42 m. légère excitation; on élève P. à ii5; l'excitation persiste; on monte alors jusqu'à 120; le calme renaît. A 8 h. 45 m. on cesse les inhalations; l'extraction dentaire est opérée, et à 8 h. 47 m. M. M... se réveille. — Il a quelques nausées et vomit le café qu'il a pris le matin. Le pouls, qui était à 120 au début, était descendu à 100 pendant l'anesthésie.
Observation XXIX
10 Août 1882. — En présence de M. le docteur Gignoux, médecin des hôpitaux. M. G..., nerveux et impressionnable.
• — On commence à 11 5 cent, de pression. Excitation assez vive supprimée par une surpression (120). Le pouls de i36 est tombé à 11 5. On fait l'extraction de 5 dents très-difficiles. Au bout de 2 minutes 1/2, réveil très-naturel et sans malaises.
On remarquera que les inhalations ont été commencées à ii5 cent, de pression. L'état nerveux de M. G... nous avait fait prendre cette précaution dont nous n'avons eu qu'à nous féliciter.
Observation XXX
11 Août 1882. — M'"= P.., i3 ans. — A eu de la douleur d'oreilles pendant la compression de l'air. Les hihalations ont été commencées à 112 de pression. Surpression jusqu'à 1 18. Extraction de 4 dents. Bon réveil.
Observation XXXI
ly Août 1882. — M. le docteur A... — Début des inhalations à 8 h. 35 m.; P. ii5 ; surpression à 118. — Opéra-
tion à 8 h. 37 m. Extraction de 5 dents. Très-bon réveil à S h. 39 m.
Observation XXXII
18 Août 1S82. — M. D..., pharmacien. — La pression était à ii5 au début. Surpression à 120. Extraction de 5 dents. Au réveil, bavardage pendant 4 minutes. Pas de malaises.
Observation XXXIII
2S Août 1882. — M. V..., 22 ans. — Début à ii3. Surpression II 5. Le pouls de 100 pulsations est tombé à go, puis à 80 pendant l'anesthésie. Celle-ci a duré deux minutes après la cessation des inhalations. Extraction de 8 dents. Bon réveil. M. V... a eu de la céphalalgie le reste de la journée.
Le même malade est opéré une deuxième fois le 25 octobre suivant; pendant la compression de l'air, M. V... a quelques nausées. Les inhalations se font à 1 15; il se manifeste malgré la surpression 117 une légère excitation qui se continue jusqu'au réveil. Les dents sont extraites; pour la dernière le malade éveillé n'a rien senti. Analgésie. Au réveil quelques efforts de vomissements qui expulsent le sang avalé pendant l'opération. Contrairement à la première anesthésie, le reste de la journée s'est très-bien passé.
Observation XXXIV
6 Octobre 1882. — P..., lo ans. — Inhalations à 1 10. Surpression jusqu'à 117. Pendant les inhalations, quelques nausées. Après l'ablation du masque, l'anesthésie a duré deux minutes. Extraction de 5 dents. Au réveil, nausées qui persistent pendant dix minutes, puis retour complet à l'état normal.
Observation XXXV
7 Octobre — M. J...,32ans. — Débuta i 10. Excitation ; on élève la pression. L'excitation disparaît à 118;
on va jusqu'à 120. Après la fin des inhalations, l'anesthésie dure 4 mmutes. Le réveil est bon et sans nausées. Le pouls, qui marquait 140 au début, était à r 19 pendant l'anesthésie!
Observation XXXVI
26 Octobre 1882. - M-" A,.., 25 ans, porte une tumeur uterme qui lui cause souvent des nausées. Début à 107, puis à ii8; le pouls descend de 104 à 100. Extraction de 4^dents. Légères nausées au réveil, suivies de l'évacuation d'une gorgée de sang.
Observation XXXVII
7 Novembre 1882. — M"' S..., opérée en présence de
M. le docteur Sabatier, chef de clinique de la Faculté. —
La pression a été élevée à 110, puis à 118. Extraction de 6 dents. Bonne anesthésie et réveil excellent.
Observation XXXVIII
8 Novembre i882.-~W^^ G..., 66 ans. — Début des inhalations à II 3. Gris, puis agitation qui se ralentit à 116 pour persister cependant un peu pendant deux minutes. Le calme s'établit; 10 dents sont extraites. Bon réveil.
Observation XXXIX
g Novembre 1882. — M"'^ G..., 20 ans, opérée en présence de MM. les docteurs Garry et Bineau. — Les inhalations sont commencées à 1 15. Au bout de deux minutes, excitation qui dure une minute et cesse; pression 122. Extraction de 19 dents et 4 racines ; la malade se réveille et perçoit l'ablation de la dernière racine; cependant, cinq minutes après la cessation des inhalations. M"" G... ne s'apercevait de rien lorsqu'on lui traversait la peau de l'avant-bras avec une épingle.
Observation XL
15 Novembre 1882. — M"" M..., i5 ans. — Début à 112. Il y a de l'excitation pendant deux minutes, puis, malgré une surpression jusqu'à ii5, une contraction légère qui dure jusqu'au bout. Ablation de 3 dents et de 2 racines. Bon réveil.
Observation XLI
16 Novembre 1882. — M. l'abbé J..., 3o ans. — On commence les inhalations à 117 (8 h. 55 m.); anesthésie parfaite. A 8 h, 58 m. on pratique l'extraction de 7 dents et 3 racines; au bout de 2 minutes, à 9 heures, réveil excellent.
Observation XLII
2J Novembre 1882. — M. A..., 55 ans. — ■ A la pression de ii3 (8 h. 5/ m.). On commence les inhalations, une minute après, réveil instantané, on élève la pression à 120; une demi-minute suffit pour rendre le sommeil très-profond; à la 5" minute, 9 h. 9 m., on retire le masque et l'extraction de 20 dents commence. Au bout de deux minutes de calme, le réveil se fait brusquement pendant l'ablation de la 15" dent; malgré ce réveil rapide, le malade n'a pas ressenti l'extraction des 5 dernières dents, il y a eu une légère excitation.
Observation XLIII
28 Novembre 1882. — M™" F.!., 27 ans. — Pression à 107, puis à 1 14. Il y eut une légère excitation calmée par la surpression. Ablation de 4 dents; réveil très-bon.
Observation XLIV
M"" M..., 22 ans, opérée en présence de M. le docteur Chassagny. — Inhalation à io3 cent, de pression. Au
bout de 2 minutes, surpression à io8; sommeil paisible; extraction de 7 dents. Réveil sans nausées; état excellent après la sortie de la cloche.
Observation XLV
M. H..., étudiant en médecine, âgé de 24 ans, nerveux et très-impressionnable, opéré en présence de M. le professeur Desgranges. • — Cette anesthésie est la plus mauvaise que j'aie obtenue. Dès le début des inhalations, il y avait une raideur musculaire très-marquée ; au bout de 3 minutes , la résolution survenait , mais la face était vultueuse, couverte de sueur; à cause de son excitation, l'on ne pouvait noter le nombre des pulsations cardiaques, car on était assez occupé à le maintenir. Cependant M. le professeur Desgranges a remarqué que, au moment oi!i la résolution se produisait, le pouls devenait tout à coup lent et très-petit pour se relever ensuite. Dans une première séance , je fis l'extraction de 5 dents ; à peine 3o secondes après le retrait du masque , survint une excitation violente. Il y avait de l'analgésie; mais les cris et les secousses du patient étaient des plus intenses.
Une seconde fois , mais en l'absence de M. le professeur Desgranges, je l'anesthésiai , mais avec un mélange de go cent, de protoxyde et 10 d'ox3^gène ; le sommeil fut un peu meilleur.
Une troisième anesthésie en présence de M. Desgranges, dans laquelle j'avais repris le mélange 12 d'oxygène "/„, fut, en tous points, semblable à la première.
Une demi-heure après, comme il restait une dent à extraire, j'endormis M. H... au protoxyde d'azote pur, sans tension. La cyanose fut très-forte et l'excitation violente.
M. H... est donc réfractaire à l'anesthésie ; il nous a rappelé les plus mauvaises anesthésies à l'éther. Du reste, nous dit M. H...: « J'ai une sœur qui n'a jamais pu être endormie par l'éther. »
Parmi mes nombreux opérés, je n'ai pas trouvé un seul cas qui se rapproche de celui-ci.
Observation XLVI
En avril 1882 M. Martin réunissait dans sa cloche les docteurs Petit, Dufourt, Sabatier et Duchamp pour assister à l'anesthésie du docteur C... L'observation était d'autant plus intéréssante que, rhumatisant, le docteur C... avait eu des lésions d'endocardite du côté des valvules aortiques, sans troubles fonctionnels d'ailleurs.
Le mélange gazeux comprenait 12 parties en volume d'oxygène pour 88 parties de protoxyde d'azote.
Lorsque la pression fut montée dans la cloche à 108 centimètres, on commença les inhalations. D'après la relation du docteur C..., les seuls phénomènes perçus à ce moment furent : une saveur sucrée et des bourdonnements d'oreilles rappelant le bruit que produit une locomotive lancée à toute vapeur. En moins d'une minute l'anesthésie était complète. Au bout de deux minutes le masque était retiré, l'opération faite et le réveil se faisait une demi-minute après.
Le pouls, interrogé avec soin, marquait 70 avant les inhalations. Au début de celles-ci, il monte à 80 pour redescendre à 70 lorsque l'anesthésie fut complète. Les battements étaient parfaitement réguliers, la respiration fut également normale, la face ne fut pas congestionnée. On y vit perle seulement une légère sueur. Notons que ce phénomène est fréquent chez M. C...
Depuis les inhalations jusqu'au réveil 2 minutes et 1/2 seulement s'étaient écoulées. Le docteur C... demande en s'éveillant si sa dent est enlevée ; en une demi-minute la lucidité de l'esprit est revenue, il n'y a ni nausées ni sensation de fatigue, aucun malaise en un mot.
Aussitôt après, M. le docteur Dufourt, désireux d'expérimenter par lui-même les effets de l'anesthésie, respire le mélange gazeux. Le sommeil est tranquille et calme, le réveil aussi satisfaisant que possible.
Obs. (incomplètes, les notes prises h leur sujet ayant été égarées).
^ G..., Julie, 7 ans, opérée par M. le professeur Gayet. — Enucléation de l'œil droit, sommeil très-paisible. Après un réveil facile la malade vomit un peu.
R..., Jeanne-Marie, 28 ans. •—- Iridectomie de l'œil droit pratiquée par M. le professeur Gayet. Sommeil excellent permettant facilement l'opération. L'insensibilité était com-r plète. Après le réveil, nausées.
Depuis cette dernière observation j'ai pratiqué souvent l'anesthésie proto-azotée sous tension, suivant la méthode du professeur Paul Bert. Mes opérations se montent à i5o environ ; je ne les relate pas toutes ici, à cause de leur caractère de simplicité; ce serait une redite continuelle; aussi me contenté-je de signaler mes premières anesthésies et celles qui dans la suite ont présenté quelque particularité intéressante.
Lyon, Assoc. typ., rue de la Barre, 12. — Th. G iraud, directeur.