‹ De l'anesthésie par le protoxyde d'azote avec ou sans tensionChapitre 3 sur 4 · SUR LA GERMINATION · texte numérisé non relu

SUR LA GERMINATION

Sans remonter aux recherches de Vogel (1848), on trouve une étude intéressante de cette question dans le travail que MM. Jolyet et Blanche ont publié dans les Archives de physiologie (t. V. 1873, p. 364).

M. Rottenstein, dans son Traité d'ariesthésie chirurgicale^ résume ainsi leur mémoire :

« Dans une première série d'expériences sur les végétaux, les auteurs ont recherché si des graines d'orge et de cresson pourraient germer dans une atmosphère de protoxyde d'azote pur, et si la germination déjà commencée continuerait à s'effectuer en présence de ce gaz. On sait, d'après les expériences de Saussure, que la germination et le développement des plantes est impossible en dehors d'un milieu contenant de l'oxygène, les graines n'ayant jamais germé dans l'azote, l'hydrogène, l'acide carbonique, etc.. On pouvait donc se demander si le protoxyde d'azote, gaz instable et riche en oxygène, pourrait par cet oxygène servir à la respiration des plantes.

(f Dans une atmosphère de protoxyde d'azote pur, on a

mis des graines de cresson et d'orge placées sur papier à filtre humide. Au bout de neuf jours dans une expérience, et de quinze dans une autre, ces graines ne présentaient aucun commencement de germination, tandis que d'autres graines, placées dans les mêmes conditions, mais dans une atmosphère d'air ordinaire, entraient en complète germination dès le troisième jour.

« Laissant alors rentrer dans l'atmosphère de protoxyde d'azote, où les graines n'avaient pas germé, quelques centièmes d'oxygène, les auteurs virent dans l'une et l'autre expérience la germination se produire du deuxième au troisième jour.

• « Dans d'autres expériences, ils ont mis des graines en voie de développement dans le protoxyde d'azote pur ; le développement se trouvait arrêté et reprenait lorsqu'on laissait entrer dans la cloche de l'air atmosphérique. Ils ont constaté de plus que, dans le protoxyde d'azote, les plantes n'exhalaient pas d'acide carbonique.

« De ces diverses expériences ils ont cru pouvoir conclure que l'oxygène du protoxyde d'azote ne peut être utilisé par les plantes pour leur respiration, et que si le contraire a été dit, c'est que le gaz expérimenté, imparfaitement pur, contenait une faible quantité d'oxygène; et l'on sait que, pour le début de la germination, il suffit d'une quantité excessivement minime de ce gaz. »

Les réserves de MM. Jolyet et Blanche sur l'état de pureté du gaz sont des plus justes. Rien n'est plus facile que d'avoir un gaz impur, soit qu'il contienne quelques traces de chlore, ou qu'un dégagement trop rapide ait produit du bioxyde d'azote, ou encore que le flacon à expérience ne soit pas absolument purgé de l'air qu'il contenait.

On voit par ce simple exposé combien il est difficile de se mettre à l'abri de toutes les causes d'erreur. Aussi ne pourrait-on accepter sans réserves les résultats signalés par M. Limousin. [Contributions à la pharmacie^ 1878- 1879, p. 236.)

M. Limousin est en effet un des expérimentateurs qui ont pensé que la germination se produisait dans le protoxyde d'azote : « Au mois d'avril 1867, je mis sous trois cloches trois pots remplis de terre dans laquelle je semai de la -graine de lin. Je maintins dans la première cloche une atmosphère«d'acide carbonique, dans la deuxième une atmosphère de protoxyde d'azote, laissant la troisième remplie par de l'air ordinaire. La germination se manifesta dès le second jour dans l'air ordinaire, vers le quatrième dans le protoxyde 'd'azote. Quant aux semences mises dans l'acide carbonique, elles ne se développèrent pas.

<c Dans les deux cloches ou les jeunes plantes apparurent, elles avaient la couleur verte, mais le développement dans l'air se fit avec beaucoup plus de rapidité que dans le protoxyde d'azote. »

M. Limousin ne faisant pas savoir par quel procédé il a pu se débarrasser de l'air atmosphérique contenu dans le pot rempli de terre, nous sommes en droit de conclure que cet air négligé a pu fournir à la germination.

Les expériences que j'ai faites sur la germination dans le protoxyde d'azote ne m'avaient pas dès l'abord donné de certitude. — J'employais de grands flacons de trois litres de capacité dont je chassais l'air en les remplissant avec de l'eau- que j'expulsais à son tour en faisant arriver du protoxyde. - Dans ces conditions j'eus, sur vingt-quatre expériences, neuf germinations et quinze résultats nuls.

J'attribuai cette diversité au mode même de l'expérience; il est en effet bien difficile, en agissant comme je l'avais fait, de ne pas laisser adhérer aux parois du verre quelques bulles d'air qui modifieront les résultats. — Depuis lors j'ai employé un procédé meilleur, en faisant passer sur les graines un courant continu de protoxyde.

Je pris des graines de cresson alénois que je plaçai (à une température de i8° centigr.) dans des éprouvettes , sur des éponges humectées avec de l'eau distillée et récemment bouillie; je m'étais assuré de sa parfaite neutralité. Puis, suivant le procédé de Claude Bernard, je fis passer sur ces graines un courant continu de protoxyde d'azote pur, pendant quatre jours et demi, avec un débit de lo litres à l'heure ; aucune graine ne germa tandis que des graines semblables placées à l'air libre, et dans les mêmes conditions de lumière et de température, avaient germé dès le deuxième jour. Cette expérience renouvelée plusieurs fois prouve bien, avec celles de MM. Jolyet et Blanche, que le protoxyde d'azote ne peut servir à la germination.

Il est intéressant de constater comment ce gaz se comporte vis-à-vis des plantes lorsqu'il contient plus ou moins d'oxygène. Il est utile de savoir si le protoxyde employé comme anesthésique chez l'homme et les animaux n'a pas une action fâcheuse sur la vie végétative. C'est sur les plantes que ces phénomènes peuvent le mieux s'étudier. Ce corps gazeux n'altère pas la plante, il n'est pas pour elle un agent toxique, et la preuve en est dans la germination rapide des graines en expérience, dès qu'on leur rend de l'oxygène. Le protoxyde agit donc sur les végétaux comme un corps neutre, ne se décomposant pas en leur présence pour leur fournir l'oxygène qu'il contient.

On sait que, mélangé avec ce dernier gaz, le protoxyde n'empêche pas la germination ; il paraît cependant la retarder ; ainsi j'ai vu que dans un mélange de protoxyde d'azote et d'oxygène (88 et 12), il fallait deux fois plus de temps à une graine pour germer que lorsqu'elle était libre dans l'air atmosphérique. Ce retard dans la germination tient-il à la proportion du mélange qui n'est pas celle de l'air atmosphérique?

Pour bien démontrer si le protoxyde est ou n'est p^s, par sa présence, une cause d'arrêt dans la végétation, ne pourrait-on pas, tout en laissant de l'oxygène en quantité suffisante donner assez de protoxyde pour arrêter la germination ? Il n'y a qu'à faire pour les plantes ce qu'on a fait pour les animaux, c'est-à-dire suivre la méthode de M. Paul Bert et élever la pression du mélange.

Voici quels résultats j'ai obtenus.

Si Ton prend pour unité le temps nécessaire à la germination des graines à l'air libre, on voit que ce temps devient double dans un mélange de 88 de protoxyde et 1 2 d'oxygène; si l'on élève la pression d'une demi-atmosphère, ce temps redevient un ; il ne change pas avec une surpression d'une atmosphère, mais on remarque que les plantes sont plus jolies et plus vivaces-, si la surpression est d'une atmosphère et demie, le temps paraît augmenter quelque peu , les plantes sont moins belles ; — à deux atmosphères de surtension, le temps augmente et redevient deux.

On voit donc qu'en élevant la pression d'une manière continue et progressive, on abrège d'abord le temps de la germination, qui se fait mieux et fournit des sujets plus forts, mais que bientôt la végétation se ralentit de plus en plus. Nous remarquons que c'est au moment oij la tension

de l'oxygène égale 24, c'est-à-dire lorsqu'elle dépasse un peu la tension normale de ce gaz dans l'air atmosphérique (21), que la germination est le plus active. La courbe suivante permettra de se rendre compte de la marche de la végétation aux diverses tensions que nous avons expérimentées. Nous avons pris pour unité le temps que demande une graine pour germer dans l'air atmosphérique à la pression ordinaire (une atmosphère). En désignant par le chiffre 100 la tension du mélange à une atmosphère, nous avons indiqué les tensions comparatives des gaz entrant dans le mélange.

Courbe schématique indiquant le temps nécessaire à la germination des graines dans un mélange de protoxyde d'apte {88} et d'oxygène (72) sous diverses pressions {le mélange est celui que j'ai employé dans ma pratique anesthésique.)

JVession.

, Tension propra

chaque gai

Aïo = 88 0 = 12

Azo = 176 0 = 2l^

Azo = 220 0 = 30

Les résultats que nous avons obtenus ne sont pas suffi-

sants pour définir une loi sur la rapidité de la germination dans le mélange du protoxyde et d'oxygène sous tension ; ils nous montrent du moins que le protoxyde ne nuit en rien à la vie végétative dans son mélange avec l'oxygène, à la tension usitée. C'est peut-être un argument de plus à apporter à la méthode de M. P. Bert, l'anesthésie protoazotée sous pression.

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