PAR INJECTION INTRA- VEINEUSE DE CHLORAI
Une idée neuve, a dit Fontenelle, est comme un coin que l'on veut faire pénétrer par ie gros bout.
Supprimer la douleur pendant les opérations est assurément une des plus belles conquêtes de la science moderne; mais l'idée de l'anesthésic, dont la réalisation appartient à notre siècle, est vieille comme la douleur elle-même. L'anesihésie est un rêve que toutes les générations chirurgicales ont caressé ; elles nous l'ont transmis, nous en avons fait une réalité.
Remontant le cours des âges pour rencontrer les premières traces de Panesthésie, il faut nous arrêter chez les Assyriens. Quand ils voulaient enlever le prépuce des jeunes gens, ils les privaient de mouvement et de sentiment en leur serrant la gorge.
Aristotc connaissait ce procédé, puisqu'il dit dans son Histoire des animaux : « si les veines du cou se trouvent comprimées entièrement, on voit un homme fermer l'œil et
tomber sans sentiment, comme s'il était étranglé, bien qu il ne le soit pas. » La compression du cou agit également sur les veines et les artères. Arislote croyait que l'aneslbésie était le résultat de la compression des veines, un médecin anglais, M. Fleming a démontré par de curieuses expériences (British and foreingmedico-chirurg. Review., p. 2S9, tom. xxx) que la seule compression des carotides produit presque immédiatement un sommeil profond avec insensibilité complète.
Les Ecoles grecque et latine connurent d'autres anesthésiques. Dioscorideet Pline les premiers parlent d'un agent minéral la Memphile ou pierre de Memphis, ainsi appelée, du lieu où on la rencontre. Cette substance était broyée et délayée dans du vinaigre; la partie sur laquelle on retendait devenait insensible. Les vertus sédatives de la pierre de Memphis sont faciles à expliquer : broyé et délayé dans du vinaigre, ce sel calcaire donnait lieu à un grand dégagement d'acide carbonique; or les recherches commencées dès 1772 par Percival et continuées depuis parlngenhousz, Beddoès, Ewart, Mojon, Simpson, ont suffisamment démontré les propriétés anesthésiques locales de cet agent.
Dioscoride et Pline signalent la mandragore comme un agent somnifère et anesthésique des plus importants. Prise en boisson, ou inhalée, la mandragore rendait insensible ceux qu'on allait opérer.
La tradition porta jusqu'aux chirurgiens du moyen âge les propriétés merveilleuses de la mandragore, signalées par Discoride et Pline. Guy de Chauliac, Brunus, mais surtout Théodoric mentionnent des préparations anesthésiques. Théodoric tenait la sienne de son maitre Hugues de Lucques; il la recommande aux opérateurs sous le
nom de « Confectio soporis a chirurgia facienda secuiidurn dominum Hugonem. »
Si nous en croyons Maistre Jehan Canappe en sa traduction « Le Guidon en francoys » (1538), Théodoric provoquait l'aneslhésie par inhalation. « Aucuns comme Théodoric leur donnent médecines obdormifères, qui les endorment afin que ne sentent incisions, comme opium, tnorelle, jusquiame, mandragore, ciguë, laitue, et plongent dedans esponge et la laissent sécher au soleil, et quand il est nécessité, ils mettent cette esponge en eau chaude et leur donne à odorer tant qu'ils prennent sommeil et s'endorment et quand ils sont endormis, ils font l'opération. Puis avec une autre esponge baignée en vin aigre et appliquée sur les narines les éveillent, ou ils mettent dans les narines ou dans l'oreille succum mise ou séné et ainsi les éveillent comme ils disent, » L'éponge devait rester dans l'eau chaude pendant une heure.
Dans son Histoire des plantes, notre illustre compatriote Dodonée dit a prooos de la mandragore : « le vin auquel on a mis tremper ou cuire la racine de mandragore fait dormir et appaise toutes les douleurs, c'est pourquoi on la donne profitablement à ceux auxquels on veut couper, scier, ou brûler quelque partie du corps, afin qu'ils ne sentent la douleur.
« La flaireur des pommes fait dormir, mais beaucoup moins leur jus pris à l'intérieur. »
Dans sa Dêmonomanie des sorciers (1598) , . Badin rend aussi témoignage aux propriétés anesthésiques de la mandragore.
n On peut bien endormir les personnes avec la mandragore et autres breuvages narcotiques, en sorte que la per-
6 AXESTHÉSIE PAR INJECTION.
sonne semblera morte ci néanmoins, il y en a qu'on endort si bien qu'ils ne se réveillent plus et d'autres ayant pris les breuvages dorment quelquefois trois ou quatre jours sans esveiller comme on fait en Turquie à ceux qu'on veut cbastrcr et se pratiqua en un garçon du bas Languedoc étant esclave, qui depuis fut racheté. »
Les propriété» aiiesthéstques de la mandragore ont été du reste bien près de nous confirmées par les recherches d'un médecin français, M. Dauriol, qui rapporte dans le Journal de médecine et de chirurgie de Toulouse (1847) qu'il anesthésia, au moyen de cet agent, cinq personnes qui devaient être soumises à des opérations sanglantes.
Qu'y a-t-il d'étonnant d'ailleursà ce que In mandragore
produise l'insensibilité et à ce que les anciens s'en soient
servis comme préventif de la douleur avant les grandes
opéralions? Un autre narcotique l'opium, a plus d'une
fois réussi dans les mêmes circonstances. Nous lisons en
effet dans une thèse soutenue à Montpellier en 1849, par
M. Courty, que quelques temps auparavant, à l'hôpital île
Flsle à Berne, le professeur Hermann Demme, narcolisa
si bien une femme à l'aide de l'opium qu'il put, sans
éveiller de douleurs, pratiquer sur elle la désarticulation
coxo- fémorale.
Les faits que nous venons de citer suffisent à établir que l'antiquité et le moyen âge connurent l'anesthésie, que les chirurgiens de ces époques la pratiquaient avant les opérations, tantôt par ingestion de certains liquides, tantôt par inhalations de certains gaz, tantôt en applications locales. Nous faisons sans doute mieux, mais nous ne faisons pas plus.
Ça et là, dans tous les traités de chirurgie on trouve la
ANESTHÉS1E PAR INJECTION. 7
preuve du désir ardent qu'éprouvaient les chirurgiens de soustraire leurs malades à la douleur produite par les opérations. C'est ainsi que quelques-uns proposaient de faire sur la région intéressée des applications sédatives et narcotiques, que d'autres conseillaient l'action prolongée du froid, que d'autres imaginèrent de serrer avec force le membre qui devait être opéré, par des liens placés au dessus du point que l'incision devait atteindre. Il est si vrai que les chirurgiens du moyen âge connaissaient et pratiquaient l'anesthésie, que cette opération était tombée dans le domaine public et que les poètes et les littérateurs en parlent dans leurs écrits comme d'une chose fort ordinaire. Les vers suivants de Du Bartas, poète français du XVI e siècle, impliquent l'idée d'un aneslhésiqce pris, en boisson :
Comme le médecin qui désire trancher
Quelque membre incurable, avant que d'approcher
Les glaives impileux de la pari offensée,
Endort le patient d'une boisson glacée.
Puis sans nulle douleur, guidé d'usage et d'art
Pour sauver l'homme entier, il en coupe une part.
On lit dans Boccace, qui écrivait au XV e siècle, ce fait qui atteste d'une façon irrécusable qu'avant d'opérer les chirurgiens cherchaient à engourdir la sensibilité du patient.
« Advint que le cirurgien eut entre mains un patient qui avait une des jambes toute gastée et cognaissant d'où procédait le mal, dist à ses parents que si on ne luy oslait un oz pourry qu'il svait en la jambe, il la luy fuuldrait couper, ou qu'il mourust, mais luy tirant l'oz qu'il pourrait guérir, toutefois qu'il ne l'entreprendrait sinon le tenant desjà pour mort. A quoy s'estant accordez, ceulx de
S ANCSTHËSIE PAR INJECTION.
qui il estait allié, ils le luy baillèrent pour tel. Le cirurgien pensant que si le patient n'estait endormy, il ne seaurait endurer la peine et ne se vouldrait laisser penser, feit son conte de ne commencer à faire ceste cure jusqucs au soir ensuivant, feit distiller au matin une eau d'une sienne certaine composition, laquelle (quand le patient en aurait beu) le ferait dormir autant de temps comme il mettrait à le penser. » [Nouvelle X e , 4 e journée du Décaméron).
Ce n'étaient pas seulement les malades, qui devaient être opérés, qui prenaient des breuvages susceptibles de les mettre à l'abri de la douleur, mais il parait même que les criminels qui devaient être torturés par la question savaient aussi se rendre insensibles.
Guillaume Bouchct, sieur de Brocourt, écrivain Poitevin du xvi e siècle, dit dans son livre intitulé : Les Séries (soirées).' « Mais si les criminels ont prins quelques breuvages que pourra faire le juge? Car Albert afferme que la pierre nommée memphite, pulvérisée et meslée en eau et beurre et prinse pnrceluy qui doitèstre torturé, fait qu'il ne sentira aucun mal. Cardan dit aussi que celui qui sera oingt d'opium, de cbelidoine, de saffranet de la mouëllc et de la gresse d'un homme avec de l'huile de lesards, ou s'il boit du vin où il y aura eu dedans pour huit jours delà semence de portulaca marina, que cela empeschera de sentir aucun mai et parconséquent de ne rien confesser. »
Le sieur de Brocourt se moque bien un peu de ce prétendu spécifique contre la douleur; il croit que cela est trop empreint de magie, mais il avoue pourtant que les criminels connaissaient un moyen de se soustraire aux douleurs de la torture, et il croit que ce fameux secret n'était autre chose « que le savon destrempé en eau claire, qu'on
leur faisait avaller, qui a ceste propriété de faire entièrement assoupirer les sens. »
Cette idée que c'était au moyen de savon que les criminels s'endormaient pendant qu'ils étaient soumis à la question, se trouve confirmée par un homme dont la parole mérite toute créance. Ce n'est plus un littérateur qui parle, cette fois c'est un magistrat qui a vu. Claude Lebrun, de la Rochette, advocat en la seneschaucée et siège présidial de Lyon et au baillage de Beaujolais, rapporte dans son livre intitulé : Le Procès criminel (1611).
« Quant à leurs ruses pour ne sentir les douleurs de la
question, j'ai veu la première année de ma réception au
barreau de Beaujolais qui fust en l'année 1588, que de
quatre voleurs qui y estaient prisonniers, le chef nommé
Grand François, homme d'une hauteur gigantale, appliqué
à la question, s'y endormit et lui furent à force de les tirer,
emportez les poulces des deux pieds, sans qu'il fit aucune
démonstration de douleur et jusqu'à ce que l'un de ces
compagnons descouvrit qu'il avait encore mangé du savon
qui a force de stupéfier les nerfs. Et le remède contre cette
ruse estre de lui donner du vin, lequel suivant cet aclvis
lui étant apporté et commandé de boire, il dit lors qu'il
était mort et sans se plus faire tirer,' confessa franchement
une infinité de meurtres et de voleries pour l'expiation de
quoi lui et ses compagnons furent rouez par sentence du
sieur Thomasson, Prévost des maréchaux en Beaujolais. »
Les assertions du sieur de Brocourt et de Claude Lebrun
de la Rochelle, sont confirmées par d'autres magistrats.
Nicolas Eymeric , grand Inquisiteur d'Aragon, publia
en 1358, le Directoire des inquisiteurs que François Pegna,
docteur en théologie, réimprima en 1558 avec des scho-
lies et des commentaires. Tous deux se plaignent dans cet ouvrage de l'impuissance de la question sur certains criminels. Ils constalaicnt leur insensibilité pendant la torture, mais ne sachant comment elle était obtenue, ils invoquaient pour l'expliquer l'intervention du diable, de la sorcellerie et des sortilèges. « Et d'autres, qui par leurs sortilèges deviennent comme insensibles et mourraient dans les supplices plutôt que de rien avouer. Ces malheureux employent pour leurs maléfices, des passages de l'écriture, qu'ils écrivent d'une manière étrange sur des parchemins vierges ; ils y mêlent des noms d'anges que l'on ne connaît point, des cercles, des caractères particuliers et portent ces caractères sur quelque endroit caché de leur corps. Je ne sais pas encore de remède bien sûr contre ces sortilèges. On fera pourtant bien de visiter et de dépouiller les coupables avec soin avant de les mettre à la question. >>
Un contemporain de Pegna, Etienne Taboureau rapporte également que ceux qui devaient être torturés recevaient, à prix d'argent, des geôliers, des remèdes qui les endormaient et les dérobaient aux horribles souffrances du supplice. Selon Taboureau l'anesthésie du supplicié était un fait si fréquent qu'il jugeait la question à peu près inutile.
Dans leur magnifique Traité d'anestkésie chirurgicale, MM. Maurice Perrin et Ludger Lallemand, rapportent qu'Hippolytus, professeur de Jurisprudence à Bologne en 1524, assure avoir vu dans sa pratique criminelle des accusés demeurer comme endormis au milieu des tortures et plongés dans un engourdissement en tout semblable à celui qui résulterait de l'action des narcotiques.
On ne saurait contester au moyen âge la connaissance
ANESTHÉS1E PAR INJECTION. 11
de substances capables d'endormir et d'aneslhésiçr ceux qui les avalaient ou les inhalaient :
Dans son livre sur la magie naturelle, J. B. Pesta consacre un chapitre aux médicaments somnifères, et il décrit ainsi le mode de conservation et d'administration d'une teinture de ce genre.
« Ces substances étant converties en essence, elles doivent être renfermées hermétiquement dans des vases de plomb, pour que la partie subtile ne s'en échappe point, car sans cette précaution le remède perdrait sa vertu; au moment de s'en servir on ôte le couvercle et l'on porte immédiatement le vase aux narines de la personne à endormir. Elle aspire les parties les plus subtiles de l'essence, et par ce moyen ses sens seront enfermés, comme dans une citadelle, de telle sorte qu'elle pourrait être enterrée dans le sommeil le plus profond, dont il ne serait possible de la tirer que par la plus grande violence. Après ce sommeil la personne n'éprouve aucune pesanteur de tète et n'a aucune connaissance de ce qui lui est arrivé. «
Dans un livre sur les choses merveilleuses publié en 1555, par Albert le Grand, on trouve la formule d'un
liquide nommé eau ardente, qui produisait le sommeil
quand on en respirait les vapeurs.
Il fallait distiller dans un alambic un mélange de vin
foncé, de chaux vive, de sel commun, de tartre et de figues
vertes et conserver dans un vase de verre le produit de
cetie distillation.
Nous avons soumis cette formule à nos honorables
collègues MM. les professeurs Swarlz et Du Moulin. Ces savants chimistes croient que le produit de cette
distillation ne pouvait être autre chose que de l'alcool dont
12 ANESTHÉS1E PAR INJECTION.
la puissance variait avec la qualité du vin et la durée de l'opération. Si l'on distillait jusqu'à siccité, divers produits empyrcumatiques se mélangeaient à l'alcool.
Tout le monde sait que les vapeurs de l'alcool enivrent jusqu'au sommeil et l'insensibilité.
Les Chinois, qui nous ont devancé en tant de choses, n'ignoraient pas l'anesthésie. Dans la Notice biographique d'un médecin chinois Hoa-Tho, qui vivait au III e siècle de notre ère, on lit « que quand il devait employer l'acupuncture ou les inoxas, il donnait aux malades une préparation de chanvre qui les rendait en quelques instants aussi insensibles que s'ils eussent été plongés dans l'ivresse, ou privés de vie ».
Le chanvre indien ou haschisch est doué de propriétés enivrantes bien connues de tout le monde, et cette phrase : ils devenaient aussi insensibles que s'ils eussent été plongés dans l'ivresse, montre bien que l'on savait, dès cette époque reculée, que l'ivresse éteint la sensibilité. Les Européens savent depuis fort longtemps que l'ivresse alcoolique stupéfie tellement le système nerveux que les opérations les plus graves pratiquées dans cet état ne sont point perçues par le malade. Mais l'ivresse, même sous l'égide d'une idée thérapeutique, n'est digne ni de l'art chirurgical, ni d'un malade qu'on respecte; c'est ce qui l'a toujours fait repousser.
Que d'enseignements en ces quelques pages, que d'idées à féconder! L'antiquité et le moyen âge avaient introduit dans la pratique le principe de l'anesthésie, ils l'avaient perfectionné dans la mesure de leurs connaissances ; les malades, les malfaiteurs eux-mêmes avaient profité de ses bienfaits, et pourtant, à un moment donné, les modernes,
ignorants ou sceptiques, déclarèrent que l'anesthésie n'était qu'une chimère.
Comme le Janus antique, la science doit avoir deux faces, l'une tournée vers le passé, l'autre regardant l'avenir.
L'art de guérir, a dit Hippocrate, ne saurait progresser que si les derniers venus ont soin de se pénétrer des travaux de leurs devanciers. Mais les modernes oublient trop leurs devanciers; nous ne lisons plus les anciens, et l'histoire n'a été que trop souvent pour nous lettre morte.
L'anesthésie telle que .le moyen âge nous la légua, n'était, nous dira-t-on peut-être, qu'une ébauche.
JMais ne valait-il pas mieux achever l'œuvre ébauchée que de se jeter dans le merveilleux et de demander au magnétisme cette insensibilité que nos prédécesseurs avaient su produire par des moyens scientifiques et rationnels.
Le magnétisme ne tint pas ses promesses et son succès d'un jour ne se reproduisit plus.
Ce fut alors (1839) que le plus illustre des chirurgiens de notre époque, Velpeau, prononça cette décourageante parole : « Eviter la douleur dans une opération est une chimère qu'il n'est plus permis de poursuivre aujourd'hui; instrument tranchant et douleur, en médecine opératoire, sont deux mots qui ne se présentent pas l'un sans l'autre à l'esprit des malades et donl il faut nécessairement admettre l'association. »
C'est ou jamais le cas de s'écrier : « l'utopie est la réalité du lendemain ». A l'heure où Velpeau condamnait l'anesthésie, à l'heure où oublieux du passé, il condamnait toute recherche nouvelle sur ce sujet, l'anesthésie allait renaître, elle allait revoir les beaux jours qui avaient lui pour elle dans l'antiquité et le moyen âge.
li ANESTIIÉSIE PAR INJECTION.
A la fin du siècle dernier, In chimie sortait de son enfance, une ère nouvelle commençait pour elle; Priesiley et Lavoisier publiaient leurs remarquables travaux sur la composition des gaz et fixaient l'attention générale sur les propriétés de ces fluides. Profilant des découvertes de la chimie, la médecine se servit bientôt des inhalations gazeuses dans la thérapeutique d'une foule de maladies. Vers 1795, le docteur Beddoès fonda, à Bristol, le Pneumatic-Institut. A cet établissement était attaché un jeune chimiste qui devait un jour illustrer son nom, Humphry Davy. Le protoxyde d'azote, l'acide carbonique, l'élher étaient les gaz les plus régulièrement inhales par les malades qui fréquentaient cet hôpital.
En étudiant le protoxyde d'azote, en inhalant ses vapeurs, Davy s'aperçut de leur action sur la sensibilité; il se guérit en les respirant, une fois, d'une violente céphalalgie, un autre jour, d'une névralgie dentaire. Ce fut alors qu'il écrivit : « Comme les propriétés du protoxyde d'azote détruisent les douleurs physiques, elles pourront probablement être utilisées dans les opérations chirurgicales qui ne s'accompagnent pas d'une grande perte de sang ».
Voilà donc le principe de l'aneslhésie chirurgicale par inhalation, déjà trouvé par le moyen âge, qui reparait à l'horizon scientifique ; mais personne n'y prit garde, personne ne comprit l'importance de la révélation faite par Davy, et bientôt le silence se fit autour de la merveilleuse propriété que le chimiste anglais avait su découvrir dans le protoxyde d'azote.
Ce fut aussi dans le Pneumatic-Institut que les inhalations d'élher furent pratiquées pour la première fois; ce
ANESTHESIE PAR INECTION. 15
fut là qu'on reconnut tout d'abord les étranges propriétés de ce liquide.
Quelques années plus tard en 1824, le docteur Hickman démontra que l'acide carbonique en inhalation produit aussi l'insensibilité.
Mais ces découvertes restèrent longtemps sans application bien positive; on se bornait dans les laboratoires et les cours de chimie à montrer aux élèves les propriétés soporeuses, anesthésiques de l'éther, de l'acide carbonique et du protoxyde d'azote, niais les chirurgiens, chose étrange, ne tit'tiient de ces expériences aucune déduction pratique.
Il est si vrai que l'action de l'éther et du protoxyde d'azote était bien connue des chimistes, qu'il était de tradition dans les laboratoires de se faire respirer entre élèves ces vapeurs qui enivraient et procuraient aux uns une gaieté folle, aux autres des rêves délicieux. Il semble même que ce jeu des étudiants en chimie et des garçons pharmaciens ait franchi les limites du laboratoire, puisqu'on signala, tant en Angleterre qu'en Amérique, certains accidents survenus à des personnes qui avaient abusé des inhalations dether.
Quelques esprits audacieux tentèrent même de se servir de l'anesthésic pour rendre insensibles les malades qu'on allait opérer. En 1828, M. Hickman, médecin à Londres, écrivit au roi Charles X pour lui faire connaître qu'il avait trouvé le moyen de produire l'insensibilité pendant les opérations. M. Hickman après de nombreuses expériences sur les animaux affirmait pouvoir anesthésier les malades en leur faisant respirer méthodiquement certains gaz.
Ce fait était complètement oublié, mais quand en 1847
l'Académie retentit des premiers succès obtenus en Amérique par l'élliérisation, M. le docteur Gerardin (séance du 23 février) rappela que dix-neuf ans auparavant, alors que celle assemblée était encore divisée en trois sections, le Minisire avait adressé à l'une d'elles une lettre d'un médecin anglais qui prétendait rendre les malades insensibles en leur faisant inhaler certains gaz.
Celte communication, dil M. Gerardin, fut alors accueillie avec de nombreuses marques de doute et d'incrédulité.
« Quelques membres s'opposèrent même formellement à ce qu'il y fût donné suite ».
« (l'est avec regret, disent MM. Maurice Perrin et Ludger Lallcmand, que nous rappelons ici la mesure peu libérale que l'Académie crut devoir prendre en cette circonstance. Un vote favorable eut peut-èlre avancé de vingt ans l'avènement de la méthode aneslhésique et doté la France d'une grande découverte ».
Nous nous associons à ces regrets superflus ; mais l'Académie, la suite de notre travail le démontrera, ne devait pas profiter de celte dure leçon. Nous la trouverons quarante-six ans après aussi intolérante pour M. Oré, proposant l'anesihésie par injeelions veineuses, qu'elle le fut pour M. Hickman, proposant de produire l'insensibilité en faisant inhaler certains gaz par les malades.
Malgrél'accucil dédaigneux fait par l'Académie de France aux propositions de M. le docteur Hickman, quelques médecins ne se découragèrent pas, et, gardant toute leur foi en l'anesihésie, poursuivirent leurs recherches et leurs expériences. C'est ainsi qu'en 1842, un médecin d'Athènes, le docteur W. C. Long, se servit plusieurs fois de l'éther pour insensibiliser ses malades avant de les opérer. Mal-
heureusementces recherches n'eurent pas le retentissement qu'elles méritaient.
Les faits que nous venons de reproduire établissent suffisamment que le principe de l'anesthésie fut bien découvert par les Européens; à un moment donné ils comprirent parfaitement toutes les applications qu'on pourrait en faire à la thérapeutique. Mais quand il fallut passer du domaine spéculatif dans le domaine pratique, l'audace leur manqua, et, pour n'avoir eu que la foi qui n'agit point, ils laissèrent aux Américains l'honneur d'une découverte qui peut être comptée parmi les plus brillantes de notre siècle.
En 1844, un dentiste américain Horace Wells, d'Hartford, dans l'état de Connecticut, ayant été témoin dans les cours de chimie des effets produits chez l'homme et les animaux surtout, par les inhalations de protoxytle d azote, imagina de s'en servir pour extraire les dents. Ses expériences réussirent merveilleusement; les malades respiraient le protoxyde d'azote pendant quelques minutes, puis s'endormaient si profondément, que 25 d'entre eux subirent l'avulsion d'une dent sans ressentir la moindre souffrance.
Wells n'expérimenta pas seulement le protoxyde d'azote, mais dès 1844, écrit-il à l'Académie de médecine de Paris (23 février 1847) , il avait étudié les effets de l'éther.
Wells comprit qu'il tenait en ses mains un fait immense et, quittant sa petite ville, il vint à Boston pour montrer au public médical de cette cité qu'on pouvait rendre un malade insensible au point d'exécuter sur lui, sans qu'il les sentit, les opérations les plus douloureuses de la chirurgie. On ne le crut pas, pas plus que l'Académie de
Paris n'avait cru le médecin anglais qui s'était adressé à elle par l'intermédiaire du Ministre. Pourtant on daigna l'admettre à une expérience publique (décembre 1845). Dans quelles conditions malheureuses, cette expérience fut-elle faite, nous l'ignorons; tout ce que nous en savons, c'est qu'elle échoua complètement et qu'on ne crut pas devoir la recommencer. Wells regardé somme un fourbe ou un sot, retourna dans sa petite ville d'Hariford.
La tentative de Wells n'avait pas été sans retentissement, el si l'insuccès du dentiste d' Hartford avait pleinement convaincu les chirurgiens de l'inanité de sa découverte, il n'en était pas de même des dentistes, race, parait-il, moins sceptique que la nôtre. Un autre dentiste, Morlon de Boston, plus clairvoyant que ceux qui avaient repoussé et découragé Wells, se prit à réfléchir sur ce qu'il avait vu et entendu, et persuadé que l'expérience négative de Wells ne signifiait absolument rien, il entreprit de se livrer à de nouvelles recherches. Les connaissances chimiques manquant à Morton, il crut devoir recourir aux lumières d'un chimiste de Boston, M. Jackson. Ce fui en septembre 1840 que Jackson révéla à Morton les propriétés stupéfiantes de l'éther. Evidemment Jackson n'a rien à revendiquer dans celte découverte qui (rainait depuis vingt ans dans tous les livres de chimie et de toxicologie et qui avait fait depuis longtemps l'objet d'expériences et de démonstration publique dans les écoles.
Le rôle de Morton dans l'histoire de l'anesthésie nous semble plus beau que celui de Jjckson ; ni Morton, ni Jackson n'ont découvert les propriétés de l'éther, ni l'un ni l'autre n'a rien imaginé, mais Morton a osé appliquer; il eut dans cet agent merveilleux assez de confiance pour le
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foire respirera un malade jusqu'à perte complète de connaissance. Le dentiste Morton ayant, grâce à l'éther, arraché quelques dents sans mal ni douleur, comme son confrère Wells l'avait fait, grâce aux vapeurs du protoxyde d'azote, chercha aussi le grand jour de la publicité et vint comme Wells demander aux chirurgiens, la consécration, je ne dirai pas de sa découverte ou de sa trouvaille, puisqu'il n'avait rien découvert ni trouvé, mais la consécration de sa conduite.
Et dans ce même hôpital de Massachusetts, à Boston, témoin de i'insuccès de Wells, Morton le 30 septembre 1846, endormit si bien un malade qu'il fut opéré sans la moindre souffrance parles docteurs Warren et ds Hawyard. C'était un événement considérable, la nouvelle s'en répandit avec rapidité; communiquée par le docteur Bigelow au docteur Boots de Londres, celui-ci essaya l'éther le 19 décembre pour l'extraction d'une dent et, le 21 décembre, Liston pratiqua à l'hôpital de l'Université une amputation de cuisse; l'opération fut supportée sans douleur aucune.
Tous les chirurgiens américains et anglais s'accordèrent bientôt à reconnaître que les inspirations d'éther avaient réellement la propriété de suspendre la sensibilité, tous semblaient complètement rassurés sur les inconvénients possibles de la nouvelle méthode.
L'accueil qu'elle reçut en France, fut loin d'être aussi favorable qu'en Angleterre; bien que l'anesthésie eut déjà fait ses preuves entre des mains illustres, elle ne séduisit pas tout d'abord les chirurgiens français.
« Il y a six semaines environ, disait Velpeau, le 12 janvier 1847, devant l'Académie de médecine, qu'on est venu me proposer de faire 'dans mon service l'essai du nouveau
moyen d'endormir les malades, mais sans médire en quoi consolait ce moyen; je ne dus pas y consentir. Peu de jours après je connus le procédé par une lettre de Boston. J'avoue qu'alors même je n'osai pas en faire l'essai. L'élher n'est pas une substance indifférente pour l'économie. J ai craint que l'inspiration d'une grande quantité d'éther ne produisit quelque accident sérieux qui contrebalançât l'avanlage qu'en aurait pu tirer le malade et je me suis abstenu. Je me suis demandé d'ailleurs, sans pouvoir résoudre la question, jusqu'à quel point l'effet produit par l'élher serait assez durable pour èire de quelque utilité dans une opération de longue durée. »
Mais toutes ces trahîtes, toutes ces hésitations n'avaient plus de fondement, les faits qui s'étaient multipliés en Amérique et en Angleterre ne parlaient-ils donc déjà pas assez haut?
Le 18 janvier, l'illustre chirurgien prenant de nouveau la parole devant l'Académie fut moins favorable encore que la première fois à la nouvelle méthode.
« Depuis quelques jours, disait-il, j'ai fait l'essai de ce nouveau procédé et les effets que j'en ai obtenus sont fort divers et en général peu satisfaisants. Je crois en résumé, qu'il est nécessaire de n'accepter qu'avec une grande réserve les conclusions que l'on voudrait tirer des faits de cette nature, et il ne m'est d'ailleurs pas prouvé encore que Vemploi de cette méthode soit sans inconvénient. »
Velpeau ne fut pas seul à exprimer celte réserve, cette défiance à l'égard d'une méthode que les Américains et les Anglais entourèrent immédiatement de la plus haute faveur.
Dans la même séance un autre chirurgien, non moins autorisé, Roux, disait :
« J'ai répété quatre ou cinq fois l'expérience et je n'ai obtenu jusqu'à présent aucun résultat. Je crois en résumé que cest une question beaucoup plus complexe qu'on ne le pense, je déplore même en raison de l'importance de cette question, la publicité prématurée qui lui a été donnée. >)
Les chirurgiens français furent moins heureux dans leurs premières expériences que leurs confrères d'Amérique et d'Angleterre; ce n'est pas seulement à Paris que la nouvelle méthode échoua, il parait que les mêmes revers se produisirent à Lyon.
Nous lisons en effet dans la Gazette médicale du 13 février 1847, dans une lettre de M. Diday, sur l'emploi des inhalations éthérées : a Comme à Paris, divergence extrême entre les effets. Action tantôt nulle, tantôt incomplète, plus rarement décisive, et, comme le disait très-loyalement et (rès-véridiquement M. Bonnet à la Société de médecine de Lyon, l'assoupissement complet a été ici un fait exceptionnel. »
C'est à ce moment où le doute se faisait dans les esprits, que le plus illustre des physiologistes français jeta l'anathème sur la nouvelle méthode et demanda sa condamnation à l'Académie des sciences.
« Je n j puis, je l'avoue, disait Magendie, m'associer, dans cette circonstance, à cette espèce d'enthousiasme général dont je suis témoin. Ce que je vois de plus certain dans tout cela c'est que les chirurgiens font des expériences sur l'espèce humaine sain savoir ce qu'ils produiront, ni quels sont les résultats qu'ils obtiendront. Cette conduite n'a peut-être pa-; toute la moralité désirable. On expérimente sur des hommes un moyen que dans trois mois peut-être on n'emploiera plus. A mes yeux la nouvelle méthode est
sujette à des inconvénients graves, et je ne saurais trop vivcmenl protester contre la généralisation d'un semblable moyen. Je sais bien que mes confrères agissent dans un but de philantropie, mais leurs expériences doivent être réprouvées, car elles peuvent déterminer de graves accidents et j'insiste sur ce point, elles sont immorales. »
Au nom de la science, de l'humanité et de la moralité, l'un des membres les plus éminents de l'Académie des sciences demandait qu'on renonçât à la nouvelle méthode, qu'on renonçât à rendre insensibles ceux qu'on allait opérer. Quel blasphème !
Ce fut un bonheur que la question eût déjà été jugée par l'Amérique et l'Angleterre, la vérité avait été reconnue et proclamée par ces deux grands pays, la France dut l'accepter. Dieu sait ce qui serait advenu si elle avait été le premier juge de l'anesthésie !
Un an s'était à peine écoulé depuis l'introduction de l'éther dans la pratique chirurgicale, que Simpson reconnut les avantages et la puissance du chloroforme, mais cet agent plus merveilleux et plus terrible encore que l'éther, selon l'expression de Flourens, n'entra dans le domaine chirurgical que par droit de conquête, on lui disputa vivement la place qu'il y occupe aujourd'hui. Les chirurgiens se partagèrent en deux camps, d'un côté les partisans de l'éther, de l'autre ceux du chloroforme. On reprocha au chloroforme d'être meurtrier et en quelques années on releva à sa charge deux cents cas de mort. Le chloroforme a tué bien du monde, nous sommes forcés de le reconnaître, mais toutes proportions gardées l'éther en. a-t-il moins lue? Le docteur Kidd cite quarante-quatre cas de mort par l'éther, et cette statistique se trouve confirmée par celle de
la société de médecine de Boston qui après s'èlre livrée à une enquête minutieuse a découvert quarante et un cas où l'éther avait produit la mort du malade. Si le chloroforme a produit plus d'accidents que l'éther, cela tient à ce que le chloroforme possède une puissance anesthésique bien supérieure à celle de l'éther, cela lient aussi à ce que le premier de ces agents a été bien plus employé que le second.
Le chloroforme est resté maître du terrain, et depuis vingt-cinq ans, on peut dire, qu'il est le principal agent de l'anesthésie.
Loin de nous la pensée de le décrier, ses services sont trop éclatants, mais loin de nous aussi la pensée de le regarder comme un moyen prompt, sur et innocent de produire l'insensibilité du malade.
Nul ne contestera que la chloroformisalion ne soit une opération sérieuse, délicate qui ne doit être confiée qu'à des mains habiles et exercées. Mal conduite, la chloroformisation peut être mortelle, les faits sont là pour attester la vérité de ce que nous avançons et les faits établissent aussi que des accidents irrémédiables se sont produits entre les mains des plus habiles. Si beaucoup de malades s'endorment aisément en respirant les vapeurs du chloroforme, il en est, et il ne sont pas rares, qui restent absolument réfractaires à leur action. Il en est beaucoup qui la subissent d'une façon incomplète, qui ont senti toutes les douleurs de l'opération, mais qui ne s'en souviennent plus au réveil. Comme les vapeurs du vin enlèvent à l'ivrogne le souvenir de ce qu'il a fait, de ce qu'il a dit, les vapeurs du chloroforme enlèvent au patient le souvenir de ses souffrances, mais les cris qu'il a poussés, les paroles
suppliantes qu'il a prononcées attestent tout ce que l'opération a eu de douloureux pour lui. Que de fois les symptômes d'asphyxie que présente le malade pendant la chloroformisation n'inquiètent-ils pas les chirurgiens? L'anesthésie doit être interrompue, reprise, suspendue encore et le temps s'écoule et l'insensibilité ne se produit pas.
Ceux qui ont beaucoup chloroformé savent que ce n'est pas un tableau de fantaisie que nous traçons. C'est une photographie. Si le chloroforme avait été un agent si fidèle, pourquoi aurait-on voulu lui substituer tant d'autres substances dont l'infidélité fut reconnue égale à la sienne?
Telle que nous la pratiquons l'anesthésie a rendu d'immenses services, mais est-elle si parfaite qu'on ne puisse la perfectionner? Ne peut-on rêver une insensibilité plus facile à obtenir, plus complète, plus prolongée, plus assurée que celle que nous obtenons par les inhalations d'élher, de chloroforme ou d'autres agents employés actuellement ? Cette question que beaucoup de chirurgiens se sont posée a fait l'objet des études de M. Oré, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Bordeaux, et notre honorable collègue croit l'avoir résolue en découvrant une nouvelle méthode de produire l'anesthésie.
Nous avons attaché à la parole de M. Oré une importance extrême, ce ne sont plus des dentistes n'ayant que des connaissances superficielles sur l'organisme et sur la physiologie humaine qui viennent, comme en 1844 et 1846, nous enseigner la manière d'éteindre la sensibilité de ceux qui vont subir une opération chirurgicale ; cette fois, c'est un physiologiste éminent, dont les recherches expérimentales ont fixé depuis plusieurs années l'attention du monde
scientifique, c'est un savant de tout premier ordre qui soumet à l'avis de ses confrères un moyen nouveau de produire l'anesthésie, moyen longuement étudié déjà par des expériences faites sur les animaux et sur l'homme même.
Nous voulons parler des injections intra-veineuses de chloral.
L'idée d'ouvrir le cercle fermé de l'appareil circulatoire est effrayante au premier abord, mais ne serait-ce peutêtre pas son apparente nouveauté qui provoquerait surtout la crainte dont tant de personnes semblent saisies? Il n'y a pourtant rien de si nouveau dans les injections intra-veineuses, peut-être même pourrait-on dire qu'il n'y a rien de si vieux dans notre art.
En 1870, un jeune médecin français, fort distingué déjà, M. le docteur Ladevi-Roche a publié un ouvrage fort remarquable sur Y Histoire des injections médicamenteuses dans les veines. Nous en recommandons instamment la lecture à ceux de nos honorables confrères qui voudront se faire une opinion raisonnée et personnelle sur la question soulevée par M. le professeur Oré.
Nous allons en attendant mettre sous les yeux du lecteur les points les plus importants de l'historique des infusions veineuses, si bien exposé par M. Ladevi-Roche.