ANESTHÉSIE PAR INFUSION VEINEUSE
L'infusion de substances médicamenteuses dans les veines, est un moyen curatif si actif, qu'il faut regretter de le voir si rarement employé.
(Pebcy. Dicl. des sciences medic.)
Toute la science antique n'est pas arrivée jusqu'à nous, les incendies successifs dont la bibliothèque d'Alexandrie fut le théâtre, nous ont ravi d'incalculables trésors. Que d'idées en voie de développement, que de faits acquis, que de connaissances de tous genres ont disparu dans cette catastrophe. L'Ecole d'Alexandrie on s'en souvient, fut le berceau de l'anatomie; c'est là qu'on étudia pour la première fois le cœur, les artères, les veines et leurs fonctions ; ce fut aussi dans un livre sorti de cette Ecole, dans le Traité d'analomie d'Herophile, que nous voyons pour la première fois la question des infusions veineuses se poser scientifiquement.
Il est bien vrai que longtemps avant Hérophyle les infusions veineuses ont été signalées, mais c'était alors dans les livres religieux ou littéraires.
Ainsi on lit dans Y Histoire des anciens Egyptiens que ces peuples pratiquaient des infusions de sang dans les veines de leurs princes pour obtenir leur guérison.
Dans le livre de la sagesse de Tanaquila, femme de Tarquin l'ancien, il est écrit qu'elle se servit de la transfusion du sang.
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Il est encore fait mention de cette opération dans le livre sacré des Prêtres d'Apollon.
Mais jusque là, il s'agit toujours d'injection de sang dans le système veineux ; il faut arriver jusqu'à Ovide (43 ans avant notre ère) pour voir apparaître les injections médicamenteuses.
On nous dira que le témoignage d'un poëte n'a guère de valetir, mais nous répondrons à cela que si la littérature est l'expression de la civilisation d'un peuple, elle est surtout l'efpression de ses connaissances.
Ovide connaissait la transfusion du sang et les infusions médicamenteuses dans les veines. Il nous en donne dans ses Métamorphoses une preuve irrécusable.
«Jason à la tète des Argonautes a conquis la Toison d'or; lier de cette riche dépouille, plus fier encore de la conquête de Médée, il revient dans sa patrie. Toute laThessalie est en fête, mais Jason ne voit pas accourir au devant de lui le roi Eson, son père, que des infirmités et une extrême vieillesse ont conduit aux portes du tombeau. Dans sa piété filiale, Jason demande à Médée, pour qui la magie est sans secret, de prolonger les jours d'Eson. Médée y consent.
« Quand tous les préparatifs furent faits, quand Médée par ses vœux et ses sacrifices se fut rendue les divinités favorables, elle ordonna qu'on apportât près des autels ce prince si accablé sous le poids des ans qu'il ne pouvait plus se soutenir. Elle l'assoupit par ses enchantements, l'étend sur les herbes qu'elle a choisies et le purifie trois fois avec l'eau, le feu et le soufre. Pendant que ces cérémonies s'accomplissent, les herbes bouillissent dans un vase d'airain placé sur un brasier, une écume épaisse blanchit leur sur-
face. Les racines cueillies dans les vallées d'Héraonie, les semences, les fleurs et les sucs acides cuisent ensemble, elle y mêle des pierres apportées des confins d'Orient et le sable que les flots abandonnent sur les rives de l'Océan.
Elle ajoute encore : le givre cueilli la nuit aux rayons de la lune, les ailes et la chair infâme du stryx, les entrailles de ce loup qui, fécond en métamorphoses, sait emprunter les formes humaines, l'écaillé tendre et transparente d'une jeune tortue du fleuve Cinyphe, le foie d'un vieux cerf et la tète d'une corneille qui a vécu neuf siècles. De ces substances et de mille autres que je ne saurais nommer, elle compose le médicament destiné au vieillard, puis avec un rameau d'olivier sec et nu, elle les confond et les mêle en tous sens. Bientôt la vieille branche agitée dans la cuve bouillante reverdit, elle se couvre de feuilles et plie tout à coup sous le poids des olives pleines de suc.
« Partout où le feu ardent projette l'eau écumante naissent aussitôt le vert gazon, les fleurs et les gras pâturages. Les voyant surgir, Médée lire son épéedu fourreau, frappe la gorge du vieillard, laisse couler son sang et le remplace par les sucs qu'elle venait de préparer. Dès qu'Eson les eut absorbés par la bouche et la blessure, sa barbe et ses cheveux blancs noircissent, les rides de son visage s'évanouissent, sa maigreur disparaît, un nouveau sang circule dans ses veines, l'embonpoint brille sur tous ses membres et Eson retrouve la vigueur de sa jeunesse. »
Au fond decette histoire, dit très-judicieusement M. Ladevi-Roche, abstraction faite des brillantes couleurs échappées à la palette magique d'Ovide, il y a un fait qui ne saurait passer inaperçu, pour un médecin, c'est celui d'un homme vieux et malade auquel on ouvrit la jugulaire et
dont on remplaça le sang perdu dans une saignée copieuse par un liquide pharmaceutique. (Métamorphoses d'Ovide, liv. vu.) Cette fois l'opération réussit. Il n'en était pas toujours ainsi parait-il.
Médée étant allée demander asile à Pelias fut reçue par les filles du vieux roi. Médée leur ayant raconté l'histoire et les circonstances de la merveilleuse opération qu'elle avait pratiquée sur Eson, celles-ci la prièrent de rajeunir aussi leur père. C'est à ce moment que le poète met dans la bouche de Médée ces deux vers qui ne laissent aucun cloute sur les connaissances de la transfusion du sang qu'on possédait à celte époque :
Slringite, aitgladios; veteremque haurile cruorem Ut repleam vacuas juvenili sanguine venas.
{Métamorphoses, liv. vu.)
Mais cette fois l'opération échoua et Pelias mourut.
A travers la nuit scientifique du moyen âge, l'idée des infusions veineuses ne se perd pas, nous la voyons luire de loin en loin.
En 1492, sur les conseils d'un médecin juif, le pape Innocent VIII, fut soumis trois fois à la transfusion du sang (Villeri. Vie de Jérôme Savonarole) .
En 1615, Libavius parle de l'infusion du sang dans les veines et décrit la manière de la pratiquer.
En 1628, De Colle, professeur à l'Université de Padoue, parle de l'infusion du sang dans les veines comme d'un moyen de rajeunir les vieillards. « Sisenec haberet oculum juvenis, nonne videret ut juvenis? Non sentiret et ratiocinaretur ut juvenis? Si cor et cerebrum juvenis possideret, ergo etiam si sanguinem juvenis obtineret, viveret ut juvenis. »
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En 1650, Dom Robert des Gabets, bénédictin français, prononça dans une assemblée qui se tenait chez M. de Montmor, un discours sur la transfusion du sang.
En 1656, Christophe Wren, professeur à l'Université d'Oxford, propose dans ses cours l'expérience de l'infusion des médicaments dans les veines.
En 1665, la Société royale de Londres, en séance publique, lente la transfusion du sang, mais l'opération eut peu de succès, le procédé et l'appareil dont on se servit étaient défectueux.
En 1667, l'allemand Jean-Daniel Major, pratique la translusion sur l'homme.
C'est à ce moment qu'un enthousiasme indescriptible s'empare des esprits. La science croyait avoir trouvé le secret de la vie, et l'infusion des médicaments et du sang est pratiquée dans les veines par Richard Lowcr, Christophe Wren, Robert Boyle, Edmond King et Thomas Coxe en Angleterre; par Cassini, Griffoni, Manfredi en Italie; en
France, par Denis, Tardi, etc On s'occupait beaucoup
plus de la transfusion du sang que des infusions médicamenteuses; la première était bien plus riche en promesses que la seconde. Ne devait-elle pas rajeunir les vieillards? Ne devait-elle pas substituer à un sang altéré, un sang pur et partant guérir une foule de maladies ?
Pratiquée sans règles déterminées, sans indications précises, la transfusion du sang donna de déplorables résultats et la Cour du Chàtelet, par un arrêt du 17 avril 1668, la proscrivit. Cette décision entraîna dans la même ruine la transfusion du sang et l'infusion médicamenteuse dans les veines. Des liens trop intimes unissaient ces deux ope-
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rations pour que la mort de l'une, n'atteignit pas l'autre d'un coup mortel.
La transfusion du sang semblait jouer de malheur. Riva, qui plus d'une fois l'avait réussie, fut accablé par un insuccès retentissant et la cour de Rome, en 1679, proscrivit également cette opération en Italie.
Mais la vérité ne se laisse abattre ni par les arrêts des corps médicaux, ni par ceux des cours de justices ou des parlements. Elle est, et rien, rien au monde ne peut faire qu'elle ne soit pas.
Proscrites en France et en Italie, les infusions veineuses se réfugient en Allemagne et deviennent l'objet d'études et d'expériences fort remarquables.
En 1667, Fabricius, grâce à elles, guérit trois malades : un syphilitique et deux épileptiques.
En 1668, le docteur Schmiclt, de Dantzick, fut plus heureux encore, faisant des infusions médicamenteuses dans les veines, il guérit des épilepsics, des gouttes, des pliques, des syphilis invétérées. Sur cinq malades qu'il traita de cette façon, il obtint quatre guérisons.
Nous placerons ici un fait qui montre bien la confiance qu'inspiraient aux médecins de cette époque les infusions veineuses. En 1683, Mathieu Godefroi Purmann, médecin allemand, se fit une première fois celte opération pour se guérir d'une affection cutanée rebelle, plus tard, il recourut encore à la même méthode pour se délivrer d'une fièvre intermittente chronique. On ignore quels sont les fluides qu'il s'infusa.
En 1770, Litberkùhn et Loeseke infusèrent avec le plus grand succès des substances purgatives et émétiques dans les veines. Celte e\périence n'avait plus aucun cachet de
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nouveauté puisqu'en 1661 Jean Sigismond Elsliolz avait déjà purgé des animaux en leur infusant des purgatifs dans les veines.
Le docteur Koehler ayant assisté aux opérations de Lieberkùhn et Loeseke, eut un jour recours à l'infusion de six grains d'émélique pour exciter le vomissement chez un soldat, dans l'œsophage duquel un morceau de tendon de bœuf était arrêté, sans qu'on put en faire l'extraction, ni faire arriver l'émétique dans l'estomac. [Bibliothèque de chirurg. du Nord, par Rougemont, n°l, p. 198.)
Le chirurgien Knoph appelé chez un homme qui suffoquait par suite d'un morceau de viande également engagé dans le gosier, injecta dans la veine médiane du bras droit une demi-once d'eau chaude dans laquelle il avait fait dissoudre quatre grains d'émélique. Une minute après cette opération, le malade commença à vomir et rejeta par le vomissement le morceau de viande.
Le docteur Kluyskens qui a consigné ce fait dans le premier volume des Annales de littérature médicale étrangère, rapporte que Schmucker eut le même succès dans une circonstance absolument pareille.
On lit dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, une observation d'injection émétisée sur une jeune fille atteinte d'une affection vermineuse. Quand M. le docteur Méplain, médecin au Donjon, arriva près d'elle il la trouva dans une raideur tétanique, la tète renversée en arrière, les mâchoires convulsivement rapprochées, sans qu'aucun effort put les écarter, la respiration était presque inappréciable, le pouls à peine sensible, la peau froide, la perte de sentiment était absolue. M. Méplain ne voyant dans cet état qu'un spasme violent et général
occasionné par des vers, chercha le moyen le plus propre à les expulser. Il voulait provoquer le vomissement, mais il était impossible de faire avaler quoique ce fût à la malade. Il injecta alors quatre grains d'émétique dissous dans six onces de petit lait. Le spasme cessa peu à peu. La malade vomit à plusieurs reprises des pelotons de vers lombrics ; quarante-quatre minutes après l'injection la malade revint à elle, et peu de jours après elle était complètement guérie.
On lit dans le premier volume du Journal universel des sciences médicales (observation de médecine vétérinaire), que M. Dupuy, professeur à l'école d'Alfort, fit gorger deux chevaux de nourriture jusqu'à provoquer les symptômes d'une indigestion mortelle. Quand ces animaux étaient près de périr, on injecta dans leurs veines crurales 15 décigrammes d'émétique dissous dans 15 centilitres d'eau. On les vit faire des efforts pour vomir, ils remuaient sans cesse les mâchoires. Une heure après on observa les effets d'une purgation complète et au bout de six heures, ils étaient tous deux bien guéris. Le lendemain ils mangèrent leur ration avec appétit, quelques heures après on leur injecta six décigrammes d'émétique dans les veines et l'on vit se produire les mêmes résultats.
En 1773 le médecin allemand Hémann, grand partisan de l'infusion, répéta souvent les injections intra-veineuses et avec des résultats fort heureux. L'eau de muguet, de chardon bénit qui prise par la bouche n'a aucun effet, en a produit de très-remarquables, infusée dans les veines. Une demoiselle avait un épistaxis qu'on voulut arrêter par l'affusion d'eau froide sur la tète, lepilepsie ayant été la suite de cette médication, Héman prit le parti d'infuser
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une once à la fois de la solution d'un demi-gros de musc, dans six onces d'eau, ce qui procura une guérison complète.
On lit dans le Dictionnaire des sciences médicales (article : Infusion, par Percy et Laurent) : « L'extrait aqueux d'opium, introduit à petites doses par les veines crurale ou médiane, présente moins de dangers que de chances favorables. Nous l'avons essayé sept fois contre le tétanos traumatique, il y a trois ans, et nous avons incontestablement sauvé trois malades. Ces expériences ont été faites publiquement et de l'aveu des officiers de santé Russes sur des soldats de cette nation, à l'hôpital de l'Abattoir établi à Ménilmontant. Antérieurement nous avions fait un bien plus grand nombre d'essais qui avaient encore été plus heureux, puisque la proportion des guérisons avait été de cinq sur huit, et quel est celui des moyens qu'on a successivement vantés et employés contre ce redoutable et mortel accident qui ait eu des succès aussi remarquables, aussi encourageants?
» Une décoction rapprochée de datura stramonium ou vingt-quatre grains d'extrait de cette plante dans une demionce d'eau tiède, infusés dans la veine, plongent le sujet dans une sorte de paralysie universelle, favorable à la guérison du tétanos, ainsi qu'il conste par les expériences que nous avons encore tentées nous-mêmes contre ce fléau de la chirurgie et de l'humanité.
» Les teintures de quinquina, de digitale pourprée, de valériane infusées dans les veines, ont aussi rempli les indications pour lesquelles nous les avions tentées : le vin introduit par cette voie produit constamment l'ivresse. » Avons nous besoin d'insister sur la valeur d'un pareil
En 1822 M. le docteur Coimlet lut à la Société médicale d Edimbourg, un mémoire sur l'action des médicaments où se trouve consignée une observaiion que nous allons résumer :
A la suite d'une grande frayeur une jeune fille de 14 ans fut saisie d'un état nerveux qui après diverses péripéties provoqua des spasmes tétaniques d'une violence extrême. Ils commençaient très-irrégulièrement par des attaques d'emproslhotonos, la tète venait très-fréquemment frapper ses genoux avec force; l'opisthotonos succédait, le corps prenait la forme d'un arc et ne se reposait plus que sur les talons et sur l'occiput, tous les muscles du corps participaient à cet état de tension douloureuse qui une fois dura vingt-sept minutes ; la respiration ne se faisait qu'avec peine, les battements du cœur devenaient faibles et irréguliers et la jeune fille était menacée de suffocation. Enfin à celte terrible agonie succédaient quelques convulsions de pleurosthotonos qui finissaient l'accès ; elle tombait alors pour quelques instants dans un état de tranquillité comparative. Cette nouvelle attaque durait depuis environ trois semaines et allait chaque jour en empirant. Ce n'était que de loin en loin, dans les intervalles où les mâchoires se desserraient un peu, qu'on lui faisait prendre quelques remèdes qui restaient sans effet. M. Coindet fit dissoudre un scrupule d'opium dans une once d'eau distillée et l'injecta dans la veine basilique ouverte comme cela se pratique pour la saignée. Les spasmes s'arrêtèrent, le relâchement le plus complet se produisit dans le système musculaire. A part une légère inflammation de la veine dont on vint aisément à bout, aucun symptôme fâcheux ne se produisit. Mais après six semaines d'une convalescence heureuse, la
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jeune fille retomba dans un état semblable à celui pour lequel on avait employé les moyens énergiques qui lavaient rendue à la vie. On cessera d'en être étonné si l'on réfléchit à l'action très-passagère de l'opium.
Depuis longtemps on a tenté des injections d'eau tiède dans les veines des animaux, elles n'ont été suivies d'accidents que dans les cas où les expérimentateurs, forçant les doses, ont distendu outre mesure les voies circulatoires, ont engoué, déchiré les parenchymes organiques.
Magendie avait un jour injecté de l'eau tiède dans les veines d'une chienne de for,te taille atteinte d'hydrophobie. Le résultat immédiat fut une rémission manifeste dans tous les accidents de l'hydrophobie ; à une agitation incessante succéda un calme complet. L'animal succomba à l'excès de liquide injecté, mais ce fait produisit une impression profonde sur l'illustre physiologiste, et il conçut l'espoir de guérir les hydrophobes au moyen de cette nouvelle méthode. En 1823 l'occasion d'appliquer ce traitement s'offrit à lui. Un individu présentant les phénomènes suivants est amené à l'Hôlel-Dieu dans son service : agitation extrême, les membres et le tronc horriblement convulsés, l'œil est saillant, le regard effrayant. On entend grincer les dents, la sputation est continue, tout dans ses traits exprime la fureur. Si on lui présente un corps poli, sa fureur ne fait que croître. Il crache au visage, il déchire sa chemise avec ses dents ; il cherche à mordre. Il boit, mais difficilement ; le spasme du pharynx s'opposant au passage des liquides, ordinairement il rejette avec force les boissons qu'on parvient à introduire dans la bouche.
M. Magendie injecte dans la veine radiale dénudée une livre et demie d'eau à 30° centigrades.
Immédiatement après l'opération un changement soudain se produisit dans l'état du malade. Le délire disparut, l'agitation tomba rapidement, un calme profond survint. De 130 le pouls tomba à 80, le malade but tranquillement, se leva, put marcher et jouir la nuit suivante de plusieurs heures de repos.
Les phénomènes spasmodiques ne se reproduisirent plus. Il existe encore dans la science d'autres observations d'injection d'eau tiède clans les veines des hydrophobes, mais à part une seule publiée par M. Guersent dans le Dictionnaire en 30 volumes, elles ont toutes été suivies d'insuccès.
Vers 1832 le choléra fit son apparition en Europe. Frappés de l'état poisseux du sang observé chez la plupart des sujets qui avaient succombé à celte maladie, attribuant le changement survenu clans la masse hématique à la grande quantité de liquide abandonné par l'organisme dans les évacuations alvines et sudorales, plusieurs médecins songèrent à restituer au sang, au moyen d'injections aqueuses dans les veines, la quantité de sérum perdue.
Les premières expériences furent faites en 1832 à l'hôpital des Juifs de Varsovie, dit M. Ladevi-Roche; nous croyons que déjà en 1830 un médecin Russe le docteur Jaehnichen les avait pratiquées.
Les succès obtenus par les médecins Russes frappèrent tous les esprits, et depuis lors dans chaque épidémie de choléra les injections veineuses furent employées dans la thérapeutique de ce fléau. Ce ne fut pas toujours de l'eau tiède que l'on injecta, on infu>a aussi de l'eau additionnée d'alcool, du sérum artificiel, de l'eau additionnée de chlorure de sodium, du lait, du laudanum plus ou moins
étendu d'eau, de l'acide acétique, de l'extrait de belladone (0.10 centig. pour 15 grammes d'eau distillée).
M. Dujardin-Bcaumeiz, qui souleva la question des injections intra-veineuses dans le traitement du choléra devant la Société médicale des Hôpitaux (10 octobre 1873), rapporte quinze cas de guérison par l'emploi de cette méthode. MM. Piorry, Lorain et Potain remployèrent aussi avec des succès divers.
Plusieurs médecins anglais et MM. Germain Scè et Hérard, en France, injectèrent chez les cholériques des solutions de sulfate de strychnine dans lesquelles les quantités de ce sel ont varié de trois milligrammes à deux Centigrammes et demi. On n'obtint aucun succès.
M. Duchaussoy guérit un cholérique en lui injectant dans les veines une solution de sulfate de quinine ainsi préparée : Eau 15 grammes, acide sulfurique 1 goutte, sulfate de quinine 0,30 centigrammes.
Quelques médecins expliquant les phénomènes du choléra par la présence de l'acide oxalique dans le sang des sujets infectés s'imaginèrent d'infuser dans les veines des solutions alcalines.
Les Anglais se servirent souvent de solutions composées de 10 grammes de chlorure de sodium et de 2 grammes 30 centig. de carbonate de soude. La quantité d'eau qui servait de véhicule était très-variable. Les quantités de liquide injectées variaient aussi, elles ont été portées parfois jusqu'à 1 kilo et plus. On ne vit jamais se produire d'accident, le soulagement fut constant, presque toujours les facultés absorbantes de l'organisme se réveillaient, enfin sur 37 malades traités de cette manière 13 furent sauvés.
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Le vin, l'alcool, l'eau-tle-vie camphrée, le wiskey ont été injectés sans succès dans les veines des cholériques.
M. Ladevi-Roche, rapporte cinq observations où Ton voit des personnes mordues par des serpents venimeux d'Australie et présentant déjà les symptômes les plus manifestes d'une intoxication mortelle, être guéries par des injections d'ammoniaque dans les veines. (15 gouttes d'ammoniaque en solution).
Il est bien vrai que de ces cinq faits quelques-uns nous viennent d'Amérique, et a beau mentir, nous dira-t-on, qui vient de loin. Mais nous sommes en mesure de satisfaire ceux dont la foi ne s'étend pas à de pareilles distances ; plus près de nous, M. Oré a injecté de l'ammoniaque dans les veines et le succès le plus complet a couronné sa tentative. Nous laissons la parole à notre savant collègue.
« Le 25 mars dernier, un jeune homme de 17 ans est amené dans mon service ; pendant qu'il dormait la veille sur le bord d'un fossé, une vipère le mordit au pouce de la main droite. Aussitôt une violente douleur se produisit et rapidement on vit survenir un gonflement considérable du pouce, puis du poignet, de lavant-bras, du bras, de l'épaule et même du tronc. Le soir même le malade fut pris d'une syncope suivie d'une grande agitation avec fièvre et insomnie complète. Quand on l'amena dans mon service, je trouvai le membre supérieur droit très-gonflé, douloureux à la pression, il est jaune et sur ce fond ictérique se dessinent des marbrures noirâtres pareilles à des ecchymoses en voie de résolution. Toute la partie supérieure du tronc jusqu'au sacrum est tuméfiée ; le regard est animé, la
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pupille dilatée, l'agitation extrême, le pouls petit, fréquent, la respiration gênée, la sécrétion urinaire est absolument suspendue depuis la morsure.
« L'ammoniaque ayant été inutilement injecté dans la plaie, et la situation du malade me paraissant grave., je me résolus à injecter de l'ammoniaque dans les veines. Après avoir comprimé l'avant-bras gauche au dessus de l'articulation du coude, je piquai une des veines avec un trocart cnpillaire et j'injectai en une seule fois un mélange de dix gouttes d'ammoniaque dans sept grammes d'eau distillée. Une sensation passagère de brûlure le long de la veine, une soif ardente se manifestèrent immédiatement, mais ce furent les seuls phénomènes dignes d'être notés. Le soir à dix heures, le malade était calme, le pouls régulier et fort battait à 80, le thermomètre mis dans l'aisselle s'arrêtait à 37°,2. Le jeune homme se sentait mieux, il dormit de minuit jusqu'au matin. Le lendemain la marche de l'œdème, jusque là progressive, était enrayée, la peau était moins tendue, le pouls normal, l'agitation avait disparu. Les accidents généraux qui s'étaient améliorés immédiatement après l'opération, disparurent bientôt, les phénomènes locaux se modifièrent rapidement, trois jours après l'accident le malade se levait, et le 5 avril la guérison était complète. Ni caillots, ni phlébite, a
Nous n'insisterons pas davantage sur le passé des injections intra-veineuses; ce que nous avons dit suffit à démontrer que celte opération dont les origines se perdent dans la nuit des temps a toujours occupé l'esprit des médecins. On l'oublie parfois, mais elle renaît toujours. Les injections intra-veineuses comptent bien des revers, mais que de vies elles ont sauvé! Pour apprécier leurs revers
n'oublions pas la gravité, l'incurabilité même des maladies qu'elles devaient vaincre.
Choléra.
Rage.
Tétanos.
Morsure de serpents.
Épilepsie.
Hystérie.
Syphilis.
Affections cutanées rebelles.
Epuisements hémorrhagiques.
Cachexies anémiques.
Obstruction de l'œsophage.
Fièvres intermittentes rebelles.
Si l'on peut reprocher aux infusions veineuses de ne pas avoir toujours guéri, reproche que l'on peut adresser d'ailleurs à tous les moyens thérapeutiques, on ne peut du moins pas les accuser d'avoir aggravé la situation du malade.
Parmi les nombreuses infusions qui ont été pratiquées, nous ne trouvons qu"un seul cas de mort qui leur soit imputable. Une phlébite mortelle se développa ; mais qui en est responsable, est-ce l'infusion ou celui qui la pratiqua? Peut-on citer une opération qui n'ait à son bilan quelques revers? En est-il une seule? Et pourtant malgré l'innocuité des infusions veineuses, malgré leur succès parfois si merveilleux, elles tombèrent en désuétude, et l'oubli les enveloppa si bien qu'on n'en parla plus dans les écoles et que les classiques ne prononcèrent même plus leur nom.
Les recherches de nos prédécesseurs méritaient moins de dédain; elles avaient été faites avec une persistance, un soin, une variété qui démontrent la confiance que leur inspirait ce moyen thérapeutique. Qu'on jette un coup-d'œil sur le tableau suivant et l'on se rendra compte de l'importance de leurs investigations.
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