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SUBSTANCES INJECTEES DANS LES VEINES

Chlorure Je sodium.

Phosphate de soude.

CarboDale de soude.

Chlorure de potassium.

Sulfate de strychnine.

— de quinine.

Perchlorure de fer.

Ammoniaque.

Alcool.

Wiskey.

Vin.

Opium.

Laudanum.

Solution de datura stramonium.

— de belladone.

— de feuilles séné.

Acide sulfurique.

— acétique.

Blanc d'oeuf.

Icthyocolle.

Gomme adragante.

Huile de Ricin (l).

Musc.

Teinture de quinquina.

Mercure métallique.

Camphre.

Habent sua fata libelli, a dit le poëte. Il en est des remèdes comme des livres, ils ont leurs destinées. Celle des infusions veineuses a été bien accidentée. Aux jours de splendeur a succédé le pilori, les condamnations, puis l'oubli le plus injuste. Mais la roue de la fortune vient encore une fois détourner, et voilà que les travaux de M. le professeur Oré, à la fois physiologiste éminent et chirurgien habile, rappellent de nouveau sur elles l'attention du monde savant.

M. Oré connaissait l'histoire des injections intra- veineuses, il l'avait enrichie d'une page brillante par la publication de ses beaux travaux sur la transfusion du sang et l'injection des gaz dans les veines, mais son attention se fixa surtout sur celte méthode, quand exposant à l'Ecole de médecine de Bordeaux, les phénomènes de l'absorption,

(i) Le docteur Haies, médecin à Boston, s'injecta à litre d'expérience, une demi-once d'huile de ricin dans la veine médiane du bras gauche. Il fut assez indisposé pour qu'on ne renouvelle pas une tentative que la physiologie réprouve. Les huiles peuvent produire des accidents mortels, si on les introduit dans le système circulatoire.

il réfléchit que le bul final de celte fonction, envisagée au point de vue thérapeutique, est d'amener au contact du sang les substances introduites dans le tube digestif ou le tissu cellulaire. Partant de ce principe universellement admis, il pensa que toute substance médicamenteuse ou toxique introduite en nature dans l'appareil circulatoire, sans avoir subi les modifications que l'acte digestif est susceptible de lui faire éprouver, produirait des effets plus rapides, plus puissants que si son absorption avait été confiée aux voies digestives ou hypodermiques.

Tandis que notre éminent collègue se livrait à ses réflexions, le hasard conduisit dans son service de chirurgie, à l'hôpital St-André de Bordeaux, deux malades, une femme et un homme présentant les symptômes les plus caractérisés de la rage. La femme était arrivée à la dernière période, l'homme au quatrième jour.

Le souvenir de Magendie se présenta naturellement à l'esprit de M. Oré, aidé de son confrère et ami M. le docteur Lande, il pratiqua dans la veine médiane céphalique de ces deux malheureux des injections d'eau tiède. Le calme revint immédiatement, les malades demandèrent à boire, burent avec une extrême facilité et succombèrent sans présenter aucun des phénomènes convulsifs qu'on observe habituellement.

Au lieu d'employer l'eau tiède, M. Oré avait eu d'abord la pensée d'injecter une solution d'hydrate de chloral. Mais ignorant si cette substance n'aurait pas d'influence fâcheuse sur la composition du sang ou sur les parois vasculaires, il renonça à cette idée se promettant de demander à l'expérimentation la solution de ce problème. C'est à partir de ce moment (mai 1872) que M. Oré se

U ANESTHÊS1E PAU INJECTION.

livra sur les animaux d'abord à des études très-nombreuses et très-suivies sur l'action des solutions d'hydrate de clilorai plus ou moins concentrées, injectées dans les veines.

Dés ses premières recherches, le savant professeur de Bordeaux remarqua que l'injection de chloral dans les veines produit d'une manière excessivement rapide un anéantissement de tout mouvement, de toute sensibilité dont il ne s'était pas fait d'idée avant d'en èlre témoin. Entre les main? d'un homme tel que M. Oré, un fait si important ne pouvait rester sans application pratique. Se souvenant que le chloral préconisé contre le tétanos avait donné quelques bons résultats, mais aussi beaucoup d'insuccès, il pensa que les résultats négatifs pouvaient tenir à un défaut d'absorption du médicament. Ur, ce défaut d'absorption, il était facile de l'éviter en injectant le chloral dans les veines, en le mettant en contact immédiat avec le sang, but final de toute absorption. Mais avant de faire sur l'homme des tentatives hasardeuses, M. Oré produisit artificiellement le tétanos sur des animaux au moyen de la strychnine et il opposa l'action du chloral, qui détruit momentanément le pouvoir excito-moteur de la moelle, à l'action diamétralement opposée de la strychnine qui surexcite et exalte cette même faculté médullaire.

A la suite d'un grand nombre d'expériences faites sur des animaux tétanisés par la strychnine introduite clans les veines ou le tissu cellulaire sous-cutané, M. Oré prit les conclusions suivantes :

« La strychnine, substance azotée, surexcite le pouvoir réflexe au point de donner naissance à un véritable tétanos. Le chloral substance non azotée a une action diaméiralement opposée, il affaiblit cette faculté médullaire, la fait

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même disparaître momentanément. Il en résulte que si on l'administre dès l'apparition des phénomènes convulsifs, ces derniers sont aussitôt atténués, arrêtés, remplacés par le relâchement musculaire et le sommeil. Mais par cela même que le chloral ne contient pas d'azote, il doit être plus facilement et plus vite éliminé que la strychnine, de telle sorte que la sédation durera seulement pendant le temps qu'il mettra à s'éliminer. Les convulsions reparaîtront alors et occasionneront la mort si on ne les combat pas par de nouvelles doses de chloral. On comprend qu'en prolongeant ainsi la durée de l'expérience par des injections répétées de chloral, l'élimination de la strychnine quoique lente, se fera néanmoins peu à peu ; il arrivera un moment où cette élimination étant complète, l'action de ce puissant alcaloïde sera vaincue et neutralisée. L'animal ne présentera plus alors d'autres phénomènes que ceux du chloral. »

Deux applications découlaient de ces expériences : la première relative aux empoisonnements, la seconde au tétanos traumatique.

1° Une substance toxique ayant pénétré dans le sang, on peut par l'injection d'une autre substance dans les veines suspendre l'action délétère de la première, lui donner le temps d'être éliminée et parlant de devenir inoffensive.

2° Les injections intra-veineuses de chloral sont le meilleur moyen à opposer au tétanos traumatique. Un fait considérable ressortait aussi de toutes ces expériences, c'était l'innocuité parfaite des injections intra-veineuses de chloral: pas le moindre accident ne s'était produit chez les animaux soumis à cette opération.

Ainsi donc un demi-siècle après Percy, M. Oré défendait

la même opinion que cet illustre chirurgien, comme lui il voulait revenir dans le traitement du tétanos aux infusions veineuses.

Ce n'est pas l'avis de tout le monde, et nous avons souvenance qu'à la Société de chirurgie, l'honorable M. Forget, adversaire des infusions veineuses, même dans le tétanos, disait : « avant de saluer ce nouveau procédé de traitement rappelons-nous les services rendus par |a thérapeutique rationnelle. »

Eh bien ! oui rappelons-nous les, ces services el voyons s'ils répondent à toutes nos aspirations.

Avant la découverte du chloral, M. Verneuil n'avait jamais guéri un cas de tétanos.

A l'hôpital de Bordeaux, M. Oré n'a jamais vu un seul cas de guérison dans le tétanos.

Depuis plus de vingt ans, pas un tétanique n'a guéri à l'hôpital de Gand, et Dieu sait si Burggraeve a varié de mille manières son audacieuse thérapeutique.

Sur 200 cas de tétanos aigu, O'Beirn ne vit pas une guérison.

Morgan disait en 1833 qu'il n'avait jamais vu guérir un tétanos aigu.

Curling a établi une statistique dans laquelle on voit que sur 246 cas de tétanos, 10 fois seulement le malade guérit.

Sur 50 cas, recueillis par Lawrie à l'hôpital de Glasgow, il y eut 41 morts.

Sur 72 cas, recueillis par Poland à Guy's Hospital, il y eut 62 morts.

Dans la dernière guerre d'Amérique sur 360 cas de tétanos, on compte 336 morts.

Dans une thèse soutenue sur le tétanos traumalique Frerieh signale 128 morts sur 176 cas.

Ainsi donc plus de 90 % d'insuccès, voilà les services rendus par la thérapeutique rationnelle.

Et maintenant que nous nous les sommes rappelés saluons, saluons de tous nos vœux et de toutes nos espérances la méthode que préconise M. Oré, et qui donna entre les mains de Perey 50 °/ de guérisons.

La physiologie expérimentale ne fait excuser les souffrances qu'elle impose aux animaux, que par le but élevé qu'elle se propose et qu'elle ne doit jamais perdre de vue, c'est d'être utile à l'homme. S'il n'est pas toujours possible de conclure de l'animal à l'homme, nous devons pourtant reconnaître qu'on l'a fait souvent avec le plus grand succès, et M. Oré se fondant sur l'histoire des injections médicamenteuses dans les veines et les expériences qu'il venait de faire sur les animaux était très-fondé à changer le théâtre de ses recherches et de les transporter de l'animal sur l'homme.

Le 15 novembre 1872 un homme robuste, âgé de 26 ans, a le pouce écrasé dans un engrenage. Le 1 er décembre, le tétanos éclate, et quand M. le docteur Douaud le visite, il le trouve dans un état de raideur générale compliqué de trismus. Le chloral administré pendant trois jours par la voie stomachale reste impuissant. M. Douaud prie M. Oré devenir l'assister. L'heure était venue pour notre honorable collègue de soumettre ses idées à une épreuve décisive. Pendant quinze jours on fit pénétrer 28 grammes de chloral dans les veines au moyen de neuf injections. Une amélioration instantanée, un calme, un bien être extrême suivaient chaque opération; le malade respirait plus aisé-

ment, parlait mieux, fléchissait bien la tête, ouvrait et fermait la bouche avec plus d'aisance. Dans le moment de , crise, il réclamait l'injection et s'étonnait qu'on hésitât, quanti il était si facile de le soulager. Le malade semblait si bien qu'on cessa les injections. On s'en repentit. Le quinzième jour, en effet, les phénomènes tétaniques qui, quoique heureusement modifiés, n'avaient jamais complément disparu, se montrèrent de nouveau et le malade succomba.

M. Oré conclut de ce fait que les injections intraveineuses de chloral ne présentent aucun danger, et que pour n'avoir pas été heureuse dans ses résultats, cette expérimentation n'en avait pas moins démontré que chaque injection avait amélioré d'une manière instantanée les phénomènes tétaniques. Mais pour avoir trop tôt suspendu les injections, il arriva ce qui arrive quand la strychnine n'est pas entièrement éliminée, les convulsions reparurent. Si l'on avait continué plus longtemps les injections intra-veineuses, il est possible que l'élément morbide, s'affaiblissant de plus en plus, au fur et à mesure que l'on s'éloignait du début de la maladie, aurait disparu, aurait été éliminé comme la strychnine, et le malade aurait guéri.

C'était à recommencer dans de meilleures conditions, M. Oré n'y manqua pas.

Le 9 février 1873, un homme de 52 ans, atteint 19 jours auparavant d'une contusion à l'extrémité inférieure du médius gauche, est amené dans le service de notre honorable collègue. Il a le tétanos depuis quatre jours. En trois jours on injecta trente grammes de chloral par trois injections intra-veineuses. A partir de la dernière opération, les symptômes s'améliorèrent tellement qu'on ne crut

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plus devoir recourir à ce moyen. Le malade guérit. Comme dans l'observation précédente, chaque injection était suivie d'une amélioration très-notable dans les symptômes tétaniques.

L'innocuité et la valeur des injections intra-veineuses de chloral ressortait évidemment de ce fait.

Mais, tandis que M. Oré expérimentait sur les animaux les effets des injections intra-veineuses de chloral, il constatait que cet agent produit une abolition telle de la sensibilité que ni les piqûres, ni les incisions, ni l'arrachement des parties, ni les cautérisations au fer rouge ne sont Capables de la réveiller; que cette abolition absolue de la sensibilité ne s'accompagne jamais de troubles respiratoires et partant que les fonctions du bulbe rachidien ne subissent aucune modification ; que la durée de cette insensibilité varie entre une et cinq heures, qu'elle cesse alors, mais que pendant vingt, vingt-quatre, trente-six et même soixante heures, l'animal parait plus ou moins abattu.

Or ces phénomènes d'anesthésie, qui jamais n'avaient manqué chez l'animal, se reproduisaient également chez l'homme. Les deux tétaniques dans les veines desquels on injecta le chloral, se trouvèrent pendant plusieurs heures après chaque opération dans un état d'insensibilité qui ressemblait à celle du cadavre.

Et devant ces faits constants chez les animaux, et constatés deux fois sur l'homme malade, M. Oré conclut que le chloral injecté dans les veines constitue le plus puissant des anesthésiques.

Notre savant collègue ne tarda pas à faire sur l'homme la preuve de la vérité de cette dernière proposition, non plus sut- des sujets malades comme sur les tétanisés dont

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nous parlions tout-à-1'heure, mais sur un jeune homme relativement sain, puisqu'il ne présentait d'autre affection qu'une carie du calcanéum.

Le 28 avril 1874, un jeune homme de 22 ans est amené dans le service de M. Oré, il présente à la partie inférieure et interne de la jambe gauche vers le milieu de l'espace qui sépare la malléole du tendon d'Achille, une plaie arrondie, fistuleuse qui laisse échapper depuis seize mois une suppuration que rien n'a pu arrêter. Celte plaie est survenue à la suite d'une chute du haut d'un trapèze. Un stylet introduit par cette ouverture pénètre profondément et arrive sur la face interne du calcanéum, où il est facile de constater une partie dénudée qui donne à la main une sensation caractéristique. Il s'agissait doncd'allerà la recherche d'un séquestre, opération fort longue et douloureuse.

Le 1 er mai en présence d'une nombreuse assistance, M. Oré plongea un trois-quart capillaire avec sa canule, dans une des veines radiales, le trois-quart retiré, le sang coule par la canule, ce qui prouvait qu'on était bien dans la veine, alors on poussa avec lenteur une solution de chloral au tiers (10 grammes de chloral pour 30 gr. d'eau). Douze grammes de solution avaient déjà pénétré quand le malade, dont la respiration se faisait avec une régularité parfaite, s'est écrié : « c'est étonnant comme j'ai envie de dormir. »

On continua à pousser lentement l'injection, 22 grammes avaient pénétré dans la veine, quand la tendance au sommeil devint de plusen plus irrésistible, «je m'endors, dit-il, je sens que mes paupières deviennent lourdes et qu'il m'est impossible de les relever. » L'injection pénétrait toujours. Il n'avait pas plutôt prononcé ces dernières

paroles que le sommeil était produit et avec lui une immobilité rappelant celle du cadavre. Il avait fallu moins de dix minutes pour arriver à ce résultat.

Pendant toute In durée de l'opération qui dura vingt-cinq minutes, le malade dormit du sommeil le plus calme, ne fit pas entendre le inoindre cri, ne proféra pas la moindre plainte. L'immobilité absolue de ses traits dénotait l'anéantissement complet de la sensibilité. La respiration était calme et régulière.

Quand l'opération fut terminée, M. Oré réveilla le malade en faisant passer un courant électrique, à intermittences rapides et fortes, à travers les nerfs pneumogastriques. Un des conducteurs fut placé sur la partie latérale gauche du cou, l'autre sur l'épigastre. Le patient se réveilla presque immédiatement, il était dans un véritable état d'ébriété qui se prolongea plus d'une heure.

Il n'avait rien senti, ne savait ce qui s'était passé. L'après-midi il dortuit d'un sommeil très-calme, et le soir tout était dissipé.

Aucune trace de phlébite ne se manifesta du côté de la veine piquée.

Une des illustrations de l'Ecole française, M. le professeur Bouillaud, communiqua à l'Institut cette observation si importante à tant d'égards. La presse médicale de tous les pays la reproduisit aussitôt et l'Académie de médecine et la Société de chirurgie la portèrent à l'ordre du jour de leurs discussions. On avait lieu d'espérer que la méthode des infusions veineuses, envisagée au point de vue de la thérapeutique et del'anesthésie, serait l'objet d'une discussion sérieuse de la part de ces sorps savants ; que les expériences faites sur l'homme depuis trois siècles, alors que la

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physiologie expérimentale n'existait pas, allaient s'éclairer des expériences faites sur les animaux et de tous les progrès réalisés par la science moderne. On pouvait espérer que cette grande question allait recevoir une solution digne des deux assemblées scientifiques qui l'évoquaient devant elles.

Nous avons été bien désillusionné! Un sentiment pénible, telle est l'impression qu'ont laissée en nous les débats soulevés par la communication de M. Oré.

M. Lefort. « On ne peut laisser passer sans protestation dans une société de chirurgiens français, l'assertion de M. Oré que l'injection intra-veineuse de chloral doit être préférée au chloroforme pour l'anesthésie chirurgicale. Employer celte méthode c'est témoigner d'un profond mépris pour la vie humaine. Dans une affection aussi grave que le tétanos, alors que tous les moyens sont impuissants, on s'explique les tentatives hardies, mais employer les injections de chloral pour endormir le malade qu'on veut opérer, c'est une monstruosité. »

M. Verneuil. «Quanta l'idée de vouloir faire de l'anesthésie chirurgicale en injectant le chloral dans les veines, c'est une aberration. »

M. Blot. « II n'y a pas à hésiter, il ne faut pas imiter M. Oré ; l'opinion que j'émets ici, n'est pas seulement la mienne, c'est celle de tous nos collègues de la Société de chirurgie. »

M. Chauffard. « Il faut avoir assez de respect de la vie humaine pour ne jamais expérimenter de manière à la mettre en danger, à moins qu'on ne se trouve dans les dangers suprêmes qui permettent toute expérience. Les injections veineuses de chloral doivent être blâmées par l'Aca-

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demie comme elles l'ont été par la Société de chirurgie. »

M. Gosselin. « Je crois qu'il est temps de déclarer que nous en savons déjà assez pour rejeter la nouvelle méthode. »

Chose étrange, aucun de ces orateurs n'avait soumis à la moindre expérience soit sur les animaux, soit sur l'homme la méthode qu'ils conspuaient ainsi du haut de la tribune de l'Académie ou de la Société de chirurgie. Sur quoi s'appuyait cette répulsion? Voilà ce qu'il fallait établir d'une manière scientifique réellementexpérimentale. Quand de pareils hommes prennent la parole devant le monde savant, ils enseignent, et nous avons alors le droit d'attendre d'eux autre chose que des phrases.

Ecoutons les objections faites à la méthode de M. Oré et jugeons-les.

M. Gosselin. « En résumé, phlébite adhésive ou suppurée, coagulation du sang, difficulté de produire l'anesthésie, persistance inquiétante du sommeil. Tels sont les inconvénients et les dangers que présente la méthode anesthésique de M. Oré. »

L'honorable professeur de la faculté de Paris s'exagère, ce nous semble, les dangers de la méthode de M. Oré. Il lui reproche de produire la phlébite et la coagulation du du sang; examinons d'abord ces deux accusations qui pareilles aux bâtons flottants du bon Lafontaine, ne ressemblent à quelque chose que de fort loin.

Les injections intra-veineuses ne produiront la phlébite que sous l'influence de la piqûre de la veine, ou de l'action du médicament injecté.

La piqûre de la veine par un trois-quarls capillaire ne produit pas l'inflammation du vaisseau. C'est là un axiome

pour tout chirurgien éclairé. Nul ne contestera que la phlébite ne complique la saignée que dans des circonstances fort exceptionnelles et que cet accident a toujours trouvé son explication dans la malpropreté de la lancette, quelque imprudence commise par le malade, ou le séjour de celui-ci dans un milieu infecté.

En dehors de ces circonstances qu'il est toujours possible d'écarter, la phlébite ne complique pas la saignée, comment donc supposer alors qu'elle compliquera une simple ponction sous-cutanée faite au moyen d'un instrument capillaire?

Mais le liquide injecté ne peut-il pas produire l'inflammation du vaisseau? A la liste fort longue des liquides injectés dans les veines, ajoutons le chloral ; interrogeons maintenant les faits.

Sur plus de 60 observations, M. Duchaussoy n'a rencontré qu'un cas de phlébite. Dans son beau travail, M. Ladevi-Roehe recueillant un nombre considérable d'injections veineuses ne signale que deux cas de phlébite qui guérirent avec la plus grande facilité.

Sur 198 cas bien connus de transfusion du sang, la phlébite a été notée deux fois, mais à un degré si léger que la guérison a été obtenue par l'emploi de simples émollients.

Dans plus de 500 expériences faites par M. Oré sur les animaux, jamais la phlébite ne s'est produite ; de nombreuses expériences ont éié faites (plusieurs centaines) par MM. Vulpian et Colin, jamais ils n'ont vu la phlébite se produire.

Plus de vingt fois M. Oré a injecté dans les veines de l'homme de l'eau, de l'ammoniaque, du chloral, sans que la phlébite se produisit.

MM. Labbé, Bucquoy, Poinsot et nous-mêmes avons injecté du ehloral dans les veines de l'homme et la phlébite n'est pas survenue.

Si l'on peut relever quelques phlébites à la suite des nombreuses saignées, transfusions du sang, infusions veineuses faites au commencement de ce siècle, cet accident est imputable au procédé dont on se servait pour ouvrir les veines. L'inflammation du vaisseau est d'autant plus à redouter que celui-ci est plus exposé au contact de l'air. En faisant la ponction veineuse sous-cutanée, M. Oré se met à l'abri de toute inflammation.

Les injections intra-veineuses ont-elles produit des caillots?

Jamais les expérimentateurs qui nous ont précédé n'ont signalé cet accident. On a surtout accusé le ehloral. Mais dans plus de 500 expériences faites par M. Oré, jamais cette complication ne s'est présentée. Jamais dans les expériences fort nombreuses également faites par MM. Vulpian et Colin sur les animaux, les emboles n'ont été signalées.

Après tant d'expériences heureuses, M. le professeur Oré était bien en droit de conclure de l'animal à l'homme; car si les injections de ehloral ne produisent pas la coagulation du sang chez les animaux, elles doivent à plus forte raison ne pas la produire chez l'homme, attendu que le sang des premiers, chiens, lapins, oiseaux se coagule si vite qu'il est à peu près impossible de faire chez eux la transfusion médiate.

Les expériences faites sur l'homme ont pleinement confirmé celles que M. Oré avait faites sur les animaux. Quatorze fois l'éminent professeur de Bordeaux injecta dans les veines de l'homme une solution de ehloral par

moitié (10 grammes de chloral pour 10 grammes d'eau).

M. Labbé fit une injection avec une même solution. MM. Oré, Poinsot et nous-mêmes avons anesthésié quinze malades par des injections au quart, au cinquième, au sixième, au dixième.

Enfin M. Bucquoy, à l'hôpital Cochin, ne recula pas devant la plus audacieuse injection faite jusqu'à cette heure; il infusa dans les veines d'un enragé, 33 grammes de chloral dans les vingt-quatre heures (solution au dixième).

Or dans aucun de ces cas, on ne vit se produire de caillots, tout se passa chez l'homme comme chez les animaux.

Ces expériences faites à tant de reprises dans les veines d'hommes et d'animaux vivants, sont encore confirmées parcelles faites par MM. Miahle et Oré sur des éprouvettes où se trouvaient mélangés du sang et du chloral. Même dans ces cas, la prétendue action coagulante du chloral ne s'est pas manifestée, quand on ne poussait pas trop loin la concentration de la solution de chloral.

A tous ces faits négatifs on s'est cru autorisé à opposer deux faits très-contradictoires dont l'un se serait passé dans le service de M. Cruveilhier fils, le second, dans celui de M. Tillaux. A la suite d'injections de chloral faites dans les veines de deux tétaniques, ces savants collègues auraient trouvé des caillots dans ces vaisseaux.

Examinons très-attentivement ces deux faits accusateurs.

Avant de commencer son opération, l'honorable M. Cruveilhier avait déjà commis une première faute, c'était de ne point s'être procuré l'appareil spécial dont se sert M. Oré. « A défaut d'instrumentation appropriée, dit le savant chirurgien, on fit l'injection dans une des veines cubitales gauches avee la seringue de Pravaz. »

Cette ponction de la veine ne fut pas heureuse, elle fut si malheureusement faite qu'une partie de la solution de chloral s'épancha dans le tissu cellulaire ambiant et y provoqua un abcès assez considérable. L'autopsie démontra que ce tissu était complètement sphacélé, la tunique externe de la veine cubitale était noirâtre et comme sphacélée.

C'est pour avoir manqué de l'instrument convenable que M. Cruveilhier, chirurgien fort habile assurément, a vu se produire cet accident. L'aiguille creuse dont la seringue de Pravaz est armée, est taillée en biseau ; or quand on la plonge dans une veine de petit calibre comme une des cubitales, quand on l'y fait cheminer, la pointe de l'aiguille aura franchi la paroi opposée du vaisseau avant que l'ouverture du canal dont cet instrument est creusé ne soit arrivée dans la veine. Elle y arrive; à un moment donne, le sang coule, mais déjà le vaisseau est percé d'outre en outre. M. Cruveilhier est bien trop habile pour avoir manqué la veine, mais il l'a transpercée, et c'est pour cela que son injection s'est partiellement épanchée dans le tissu cellulaire où elle a produit un abcès et le sphacèle.

M. Oré recommande de faire la ponction au moyen d'un trocart muni de sa canule. C'est ce que nous avons fait. On sent une première résistance quand on traverse la peau, puis le trocart glisse doucement dans le tissu cellulaire ; quand sa pointe traverse la paroi veineuse on sent une nouvelle résistance , puis on tombe dans le vide. A l'instant on retire le trocart, et comme sa pointe dépasse de fort peu l'extrémité de la canule, on n'est pas exposé à transpercer le vaisseau. L'extrémité de celle-ci étant mousse, on la fait cheminer dans la veine sans crainte de la piquer ou de la léser.

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Après cet accident, M. Cruveilhier renonça immédiatement à la ponction sous-culanée des veines et il substitua à celte opération si simple, si facile, si innocente, une méthode toute différente : il dénuda la veine, la chargea sur un stylet, incisa une partie de sa paroi et fit son injection par cette plaie.

Quatre veines furent traitées de cette façon. A l'autopsie on les trouva un peu épaissies, leur paroi interne était dépolie, ces vaisseaux renfermaient des caillots.

Le contraire nous eut surpris. Disséquer, dénuder une veine, la soulever sur un stylet, inciser sa paroi, c'est mettre ce vaisseau dans toutes les conditions requises pour qu'il s'enflamme et que le sang s'y coagule.

A priori on pouvait affirmer qu'il en serait ainsi, et l'expérience de M. Cruveilhier ne nous a rien appris à cet égard que tous les traités de pathologie chirurgicale n'aient enseigné depuis longtemps.

Notre savant collègue pense que les coagulums ont été plutôt provoqués par la solution de chloral elle-même qui, faite à la dose de 9 grammes de chloral pour 10 grammes d'eau , aurait été trop concentrée. C'est aussi l'avis de MM. Vulpian et Minhle. Mais M. Oré fait remarquer que dans un très-grand nombre d'expériences sur les animaux il s'est servi, sans accident, d'une solution à moitié; que deux fois cette solution a été injectée par lui dans les veines d'hommes tétanisés, que M. Labbé s'en est également servi dans un cas semblable et que jamais les caillots ne se sont produits. Nous aurions sans doute le droit d'attacher plus d'importance aux expériences de MM. Oré et Labbé, faites dans les veines d'hommes et d'animaux vivants, qu'à celles de MM. Vulpian et Miahle, pratiquées sur du sang mort

versé dans des verres de montre ou dans des éprouvettes; mais nous ne nous arrêterons pas davantage à ce point de la question puisque M. Oré ne se sert plus aujourd'hui que de solution au tiers ou au quart. Si l'émirient physiologiste de Bordeaux a renoncé aux solutions à moitié, ce n'est pas par crainte de coagulations qu'il n'a pas vues se produire, mais parce qu'il a remarqué que plus la solution injectée dans les veines présente une consistance sirupeuse ou oléagineuse, plus elle trouble la circulation capillaire des poumons et plus elle provoque la gène respiratoire. Remarquons pourtant que cet engouement pulmonaire n'était que passager et qu'il ne se produit absolument pas quand l'injection se fait au tiers ou au quart.

Les coagulums que M. Cruveilhier a rencontrés dans les veines de ses opérés, tiennent au procédé dont l'honorable chirurgien s'est servi, procédé qui ne ressemble en rien à celui de M. Oré.

Examinons maintenant le fait signalé par M. Tillaux, laissons la parole à noire honorable collègue :

« J'ai fait une injection de chloral dans la veine céphalique, le lendemain vers 4 heures du matin, l'interne de service, M. Duré, en présence du retour des phénomènes tétaniques, veut introduire la canule dans une des veines radiales, qui parait très-lurgescente, mais elle fuit sur le côté, malgré la précaution qu'on a prise de la fixer à l'aide du doigt et 1 injection s'échappe en partie dans le tissu cellulaire sous-cutané. On enfonce l'aiguille au-dessous du point précédent et l'on pousse une injection qui pénètre facilement. En enlevant la seringue on enlève la canule, qui est alors plongée dans la veine basilique où l'injection pénètre aussi avec facilité. On introduit enfin la canule dans la veine

céphalique et l'on pousse deux injections successives. En tout 8 grammes de chloral ont été injectés. »

En lisant ces paroles, prononcées par M. Tillaux, le 13 mai 1874, en séance de la Société de chirurgie, on ne peut s'empêcher de regretter que l'honorable chirurgien n'ait pu présider l'opération si malheureusement conduite par son élève interne. M. Duré commence par manquer la veine radiale qu'il désirait ponctionner et puis lance son injection dans le tissu cellulaire voisin. La même veine est ponctionnée une deuxième fois, et par une maladresse au moins singulière et qui résulte à toute évidence de ce que l'honorable M. Duré était mal secondé, la canule s'échappe de la veine et il faut faire une troisième ponction dans la veine basilique. « L'injection y pénètre avec facilité », et pourtant on fait une quatrième ponction, cette fois dans la veine céphalique, et l'on y pousse deux injections successives. Pourquoi ponctionner la céphalique, à quelle nécessité cela répondait-il, puisque la canule se trouvait dans la basilique, pourquoi ne continuait-on pas à injecter par cette voie?

M. Tillaux a si bien compris tout ce que celte opération présentait de défectueux qu'il a lui-même plaidé les circonstances atténuantes dans les termes suivants : « L'examen des veines montre une coagulation du sang dans toute la veine céphalique et la médiane céphalique, j'ai poursuivi ce caillot jusqu'à l'embouchure de la veine dans la veine axillaire où il s'arrêtait. Il y avait un caillot dans la veine axillaire, un autre dans l'oreillette droite, un autre dans le ventricule gauche. Je répète, et cela pourrait être un fait quelque peu à décharge, que M. Duré a fait quatre injections sur le même bras. Aurait-on obtenu le même résultat

en injectant l'autre bras ou la saphène, c'est ce qu'on peut se demander. »

Mais nous poserons à MM. Cruveilhier, Tillaux et Duré, une autre question. Nous leur demanderons pourquoi dans une opération neuve, en litige, se sont-ils à plaisir écartés aussi complètement que possible de la manœuvre indiquée par son auteur. Pourquoi n'ont-ils pas adopté et son procédé et son instrument. Pourquoi ne se sont-ils pas, en un mot, placés dans des conditions identiques à celles qu'adoptait M. Oré, dans ses expériences. Pour avoir ponctuellement suivi les conseils de M. Oré, ni M. Labbé, ni M. Poinsot, ni M. Bucquoy, ni nous n'avons vu se produire les coagulums signalés par MM. Cruveilhier et Tillaux, nous avons été aussi heureux que notre savant collègue de Bordeaux l'avait été si souvent sur les animaux et sur l'homme.

Nous n'insisterons pas davantage, la différence des résultats nous parait suffisamment expliquée par la différence des procédés (l).

Que reste-t-il maintenant de l'accusation portée par M. Gosselin, « phlébite adhésive ou suppurée, coagulation du sang, tels sont les dangers que présente la méthode anesthésique de M. Oré. »

A ces dangers dont l'existence ne repose sur rien de sérieux, Thonorable M. Gosselin ajoute quelques inconvénients : « Difficulté de produire l'anesthésie, persistance inquiétante du sommeil. »

(0 La Gazette des Hôpitaux (27 octobre 1874), publie une observation de M. Lannelongue de Bordeaux qui a constaté des phlébites et des caillots chez un tétanisé dans les veines duquel il avait injecté du cbloral. Cette observalion élant, d'après les renseignements qui nous arrivent de Bordeaux, incomplète et inexacte, nous laissons à M. Oré le soin de rétablir les laits dans leur véritable jour, ce qui ne tardera guère.

62 ANESTHÉS1E PAR INJECTION.

Ce reproche s'adresse à nous ; nous avons mis quarante minutes pour endormir notre premier malade et nous n'avons pu le réveiller. Si nous avons mis quarante minutes à faire notre injection , c'est que nous avons mal interprété les instructions de M. Oré. Nous avons exagéré la lenteur qu'il nous recommandait. « Festina lente; » tel est le précepte qui doit guider l'opérateur; en dix minutes l'injection doit être terminée et l'anesthésie produite. Voilà ce que M. Oré enseigne et pratique. La méthode de notre savant collègue ne saurait être responsable de notre inexpérience.

M. Gosselin parle de persistance inquiétante du sommeil. Mais où donc l'honorable professeur a-t-il vu que le sommeil de M. De W nous avait inquiété? Oui de nous a

dit cela?

MM. Cruveilhier et Vemeuil font aux infusions veineuses un autre reproche, ils disent que la ponction de la veine sans dénudation, est difficile. Où git cette difficulté que ni M. Oré, ni M. Labbé, ni M. Tillaux, ni M. Poinsot, ni M. Bucquoy, ni nous-mêmes n'avons rencontrée? A qui fera-t-on croire que l'on ne puisse trouver en un point quelconque du corps une veine bien apparente et qu'il soit plus malaisé d'y plonger un trocart que la pointe d'une lancette? Des opérateurs et de fort habiles même, ont parfois plongé leur lancette à côté de la veine, cette maladresse a-t-elle jamais été un argument contre la saignée?

Sur une soixantaine d'expériences faites sur les animaux par M. Vulpian, le savant physiologiste a rencontré deux fois une complication singulière qui ne s'est jamais présentée chez l'homme, ni chez les animaux injectés dans le laboratoire de M. Oré ou de M. Colin. Deux chiens ont été

pris d'une hématurie abondante provoquée, l'autopsie en fournit la preuve, par des congestions et des ecchymoses de la substance rénale.

Cet accident, on le voit, est des plus exceptionnels, et nous ne savons, puisque les chiens ont été sacrifiés immédiatement, quelles auraient été les conséquences de cette hématurie. Nous n'attachons pas grande importance jusqu'à cette heure du moins, à une complication qui n'a jamais été signalée autrefois et qui ne s'est produite que très-exceptionnellement entre les mains d'un seul des expérimentateurs modernes. Nous plaçons l'hématurie parmi les questions réservées, l'avenir nous éclairera sur ce point.

Dans une série d'expériences faites sur les animaux par MM. Vulpian et Colin, ces éminenls physiologistes ont vu périr des animaux dans les veines desquels ils avaient injecté des solutions de chloral ; des syncopes mortelles se sont produites.

Les expériences de M. Oré répondent victorieusement à celles de MM. Vulpian et Colin. « Comme M. Vulpian, dit M. Oré, j'ai observé quelques fois ces morts subites chez les animaux en expérimentation. Mais je me haie de dire que cela n'est jamais arrivé que dans des cas où, ayant négligé de peser l'animal, je n'avais pas proportionné la dose de chloral à son poids. Ce que je n'ai jamais vu, et ce que M. Vulpian ne verra pas plus que moi, je l'affirme, c'est la mort arriver chez un chien pesant 15 ou 20 kilogr. 5 la suite d'une injection intra-veineuse bien faite de 3 grammes de chloral dans 6 grammes d'eau. »

MM. Verneuil et Forget ont rappelé devant la Société de chirurgie, que des chirurgiens italiens utilisaient les pro-

64 ANESTHÉS1E PAR INJECTION.

priélés coagulantes du chloral pour obtenir la cure radicale des varices. C'était là une grave atteinte portée aux doctrines de l'éminent physiologiste de Bordeaux. Nous nous demandons en vérité par quelle aberration (que M. Verneuil, que nous entourons d'ailleurs de toute notre estime, nous pardonne ce mot, c'est lui qui l'a introduit dans la discussion), ces chirurgiens, si distingués à tant de titres, ont pu comparer des veines variqueuses à des veines saines ? Y a-t-il un seul point de comparaison entre l'infusion du chloral dans des veines dont les parois sont profondément altérées, très-souvent dans un état sub-inflammaloire, couvertes d'ampoules, tapissées de caillots, où la circulation est ralentie, où le liquide sanguin stagne quelques fois, et l'infusion de la même substance dans des vaisseaux indemnes de toute altération et où le sang circule physiologiquement? Ces considérations théoriques suffiraient, au besoin, à prouver toute l'inanité de l'argumentation de MM. Verneuil et Forget; mais nous avons été plus loin, nous avons lu [Scalpel, 26 juillet 1874), les observations des chirurgiens italiens Porta, Toloni, Pellizari; que disent-ils? Précisément le contraire de ce qu'ont avancé MM. Verneuil el Forget. Ils reconnaissent que la coagulation du sang ne s'est montrée immédiatement que par exception. Règle générale « aucun caillot ne résulta immédiatement de l'injection, au contraire, quand on retirait l'aiguille de l'ampoule veineuse le sang sortait en abondance ». Mais le lendemain tous les vaisseaux injectés étaient douloureux, ils se gonflaient et durcissaient de plus en plus. Est-ce assez clair? Les caillots n'étaient pas le résultat de l'injection du chloral, mois de l'inflammation des veines, inflammation qui existe d'ailleurs à un degré plus ou moins élevé dans tout vaisseau

variqueux. Rien n'est plus prompt à la réaction inflammatoire qu'une varice.

L'honorable M. Trélat oppose à la doctrine de M. Oré, un argument bien étrange. Il n'y a pas, dit-il, de parallèle à établir entre l'anesthésie par injection intra-veineuse qui ne s'appuie que sur deux ou trois cas et l'anesthésie par inhalation d'éther ou de chloroforme qui a fait ses preuves depuis plus de vingt ans et dans plus de cent mille cas. Est-ce une raison pour ne pas accorder à la découverte de M. Oré toute l'attention dont elle est cligne? Quand en 1824, Civiale pratiqua deux fois avec succès la lilhotritie devant une Commission nommée par l'Académie, la repoussa-t-on en lui disant que sa méthode ne s'appuyait que sur deuxsuccès, tandis que la réputation de la taille s'appuyait sur plus de cent mille cas? Bien inspirée celte fois, l'Académie tendit la main à ce jeune chirurgien qui s'en allait dans des voies nouvelles. Cinquante ans se sont passés; qu'est-il advenu de celte découverte qui ne s'appuyait que sur deux succès; un des chirurgiens les plus illustres de la Grande- Bretagne, dont nous entourons le nom d'un affectueux souvenir, Henry Thompson, nous le dira. « Toute pierre, si elle est diagnostiquée quand elle est encore suffisamment petite, peut toujours être broyée avec des chances presque certaines de succès. De sorte que la litholomie est appelée un jour à disparaître, en tant que méthode courante de traitement pour les calculs de I homme adulte. Ce ne sera plus qu'une opération exceptionnelle à l'usage des vieilles concrétions vésicales négligées par les malades ou méconnues par les médecins. J'espère que vous vivrez assez pour voir le jour où la litholomie sera rayée du nombre des opérations pratiquées sur l'homme adulte. »

El pourtant il y eut un jour où la liiliotritie ne comptait que deux succès !

L'honorable M. Panas n'est pas plus heureux dans fes objections. Il estime qu'il faudrait, pour le succès de la méthode de M. Oré, démontrer : l°quc l'action du chloral dans les veines est constante ; 2° que l'injection veineuse est sans danger. On m'objectera peut-être, dit-il, que si l'on ne fait point d'essais, on n'acquerra jamais cette double certitude. Je n'admets point celte objection et j'estime qu'il est au moins imprudent d'expérimenter sur ses semblables, une méthode dont les effets peuvent être funestes.

L'honorable M. Panas nous rappelle ce Normand qui disait ayant failli se noyer :

Oncques rtans l'eau, n'entrerai de ma vie Qu'auparavant je ne sache nager.

En terminant son discours, l'honorable M. Lefort disait : fin caudâ venenum) « Je m'élève avec indignation contre des idées et une pratique qui ne peuvent prendre leur source que dans un mépris profond de la vie humaine. »

Quand on a vu périr tant de monde par les inhalations aneslhcsiques, quand plus de deux cent cinquante existences humaines se sont éteintes par le fait du chloroforme et de l'éther, peut-on dire à ceux qui cherchent à préserver leurs semblables contre de pareils dangers que leurs études n'ont leur source que dans un mépris profond de la vie humaine?

Une chose nous étonne du reste dans toute cette étrange discussion, c'est que les enseignements du passé y tiennent si peu de place. Nos prédécesseurs ont fréquemment

ANESTI1ÉSIE PAU INJECTION. 07

pratiqué sur l'homme les injections intra- veineuses ; à eôté de succès éclatants, et que nous sommes bien coupables d'avoir oubliés, ils ont eu des revers; mais nous cherchons vainement dans les relations qu'ils nous ont transmises les épouvantables accidents dont on nous menace aujourd'hui. Ecoutez cette loyale parole de Percy : « en récapitulant toutes les expériences on verra que la méthode des infusions veineuses compte plus de revers que de succès, mais c'est un moyen cuialif si actif, qu'on doit regretter de le voir si rarement employé. »

Nulle part Percy, qui avait fait un grand usage de cette méthode, ne parla ni de phlébite ni de coagulation du sang, ni d'hématurie, ni de syncopes, tout cela est né d'hier, sur les lèvres des adversaires de l'infusion veineuse.

Des médecins se soumettraient-ils de gaieté de cœur à une opération que leur expérience les autoriserait à regarder comme dangereuse? Pourtant nous voyons en 1683 Mathieu Godefroi Purmann, se faire injecter deux fois des médicaments dons les veines; nous voyons, en 1821, le docteur Haies, médecin de Boston, se faire infuser de l'huile de Ricin dans les veines du bras. «Mes expériences, dit M. le docteur Haies et celles d'autres médecins sur les différents animaux, m'ayant convaincu que certains médicaments doux pouvaient être injectés dans les veines sans danger, je résolus d'en faire l'essai sur moi-même. »

Cette confiance n'a-t-elle pas quelque chose d'entraînant?

Pourquoi les expériences de nos prédécesseurs ne fontelles pas partie du débat? Pourquoi nous parle-t-on sans cesse des caillots provoqués par les malheureuses infusions de MM. Cruveilhier et 'filiaux et laisse-t-on dans l'ombre

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les cas déjà nombreux où aucun accident ne s'est produit? Pourquoi dit-on à M. Oré nous exposant les 500 expériences heureuses qu'il a faites sur les animaux, qu'il ne faut pas conclure de l'animal à l'homme, et pourquoi s'empresse-t-on de conclure de ranimai à l'homme, quand M. Vulpian parle des hématuries et des syncopes mortelles qu'il a vues se produire dans son laboratoire?

Il est profondément regrettable que toutes les accusalions portées contre la méthode des infusions veineuses, n'aient pas été l'objet devant l'Académie et la Société de chirurgie de Paris d'une discussion présentant un caractère plus élevé. Ceux qui ont l'honneur d'appartenir à l'enseignement supérieur ou à des académies ont une autre mission à remplir que celle d'étouffer les découvertes naissantes. Le flambeau de la science a été remis entre leurs mains pour qu'ils encouragent et protègent les travailleurs et non pour flétrir leurs recherches.

L'Académie de médecine de France et la Société de chirurgie de Paris ont condamné prématurément la méthode des infusions veineuses; mais que M. Oré se console, ce n'est pas la première fois que les corps savants de la France, pour avoir plutôt écoulé leurs sentiments que leur raison, se sont exposés à de graves déconvenues. Ce n'est pas impunément qu'on oublie ce vieil axiome juridique : « si judicas, cognosce. »

La transfusion du sang est acceptée aujourd'hui par tout le monde, et pourtant ce fut une cour de justice française, la cour de Châtelet qui la condamna, poussée par les intrigues d'une cabale dont Lamaninière était le chef (1668).

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Ou'arriva-t-il à l'anlimoine? Découvert par les alchimistes du xvt* siècle, quelques-uns d'entre eux, et surtout Paracelse, le vantèrent comme un remède héroïque, une sorte de panacée universelle. La Faculté de Paris, ayant Guy Patin à sa tète, ne partagea pas cet avis, elle dénonça le nouveau médicament comme un poison dangereux et un arrêt du Parlement de Paris (1566), condamna l'antimoine et en défendit l'usage. Mais la fortune de ce remède devait changer. En 1658, Louis XIV fut sérieusement malade, à Calais; les purgalions répétées, les .aignées n'arrêtaient pas le mal, qui semblait au contraire empirer tous les jours. Guénaut fut appelé el, dans une consultation dont le cardinal Mazarin semble avoir eu la direction, il fut décidé que le Roi prendrait l'antimoine. Le Roi prit le médicament et guérit. Dès ce moment la cause de l'antimoine fut g.ignée, il ne compta plus que des flatteurs, et en 1666 le Parlement rendit un arrêt qui le réhabilita et en permit l'usage.

Quand Harvey eut découvert la circulation du sang, la Faculté de Paris, fidèle à son esprit, repoussa la nouvelle découverte, et son champion le plus illustre fut JeanRiolan, le plus grand anatomiste de son époque. Guy Patin, le fameux doyen de la Faculté, combattait l'évidence côte à côte avec son maître el ami Riolan. Tandis que Riolan expérimentait , Guy Patin faisait des calembours. Les partisans d'Harvey étaient, selon lui, des circulateurs, circulatores en latin (Guy n'écrivait qu'en cette langue ses mordantes épiircs); or, circulator veut dire charlatan.

Tout récemment le Mouvement médical de Paris tranchait aussi celte grande question scientilique des infusions

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veineuses en faisant sur la veine, la déveine et le nom de M. Oré, quelques jeux de mots que Guy Patin n'eut peutêtre pas désavoués, mais qui n'étaient pas à leur place, selon nous. — Rien de nouveau sous le soleil !

Vers 1640, le quinquina est introduit en Europe. Le nouveau remède trouva de nombreux détracteurs et parmi eux, dit M.Henri Montanier, « la Faculté de médecine, car il était écrit que ce corps savant s'opposerait à toutes les innovations et que, assistant aux découvertes les plus merveilleuses, la circulation du sang, l'antimoine, le quinquina, elle ne comprendrait rien à aucune. »

Un médecin anglais, Talbot, ayant guéri Louis XIV, d'une fièvre intermittente très-rebelle, au moyen du quinquina, le grand Roi fit ordonner aux Facultés d'admettre le remède et d'en permettre l'emploi.

Deux fois donc, au grand profit de l'humanité, l'autorité royale se substitua à l'autorité de la science.

L'accouchement prématuré artificiel est assurément une des plus belles opérations que nous ait légué le siècle dernier. Nul ne conteste aujourd'hui les immenses services qu'il a rendus. Depuis 1756, les accoucheurs les plus recommandâmes de la Grande-Bretagne, le considéraient comme une précieuse ressource et le pratiquaient.

Quel accueil lui fit-on en France? L'opposition systématique de Baudelocque et de ses élèves le frappèrent d'un véritable ostracisme.

Ce ne fut qu'en 1831, que grâce à la courageuse initiative de Stoltz, Velpeau et P. Dubois, l'accouchement prématuré artificiel prit droit de cité dans la pratique française.

Pendant 75 ans l'oppo-ition acharnée des accoucheurs

français empêcha cette précieuse opération d'être pratiquée dans ce pays. Que de vies sauvées, si l'on avait jugé l'accouchement prématuré artificiel avec moins de passion !

C'était un crime, disait-on! Nous savons quel est en France le pouvoir des mots.

L'américain Fulton vint au commencement de ce siècle, soumettre au Gouvernement français, ses idées sur l'application de la vapeur à la navigation. Le Gouvernement de l'Empereur renvoya la question à l'Institut. On éconduisit le pauvre Fulton et l'invention condamnée par la première assemblée scientifique de la France, révolutionnait le monde quelques années après.

Eu 1828, un chirurgien de Londres, M. Hickman, adressa au roi Charles X, une lettre aussitôt renvoyée à l'examen de l'Académie, dans laquelle il annonçait avoir trouvé le moyen de rendre insensible, pendant les opérations les plus longues et les plus délicates. La communication du médecin anglais fut dédaigneusement accueillie et l'Académie perdit ainsi l'occasion de doter l'humanité d'une découverte que le génie des américains ne fit éclore que vingt ans après et dont la France aurait pu s'honorer.

Quand l'anesthésie, toute brillante des succès dont elle s'était couronnée en Amérique et en Angleterre, fit en France son apparition, nous avons dit l'accueil réservé que lui firent Roux et Velpeau ; nous avons dit quelle fut l'alli ude de Mageudie : l'illustre physiologiste demanda à 1 Académie qu'elle condamnât l'anesthésie chirurgicale, au nom de l'humanité et de là morale. — C'était une immoralité!

Quelques années s'écoulèrent, l'ovariotomie prenait place clans la thérapeutique. L'Amérique et l'Angleterre avaient soumis celle opération à de longues éludes, à de nombreuses expériences.

Quel accueil lui fit-on en France? (Voir Bulletin de l'Académie, 1856-1857).

M. Malgaigne... « Il a été beaucoup question en Amérique de l'extirpation des kystes de l'ovaire, opération qui me parait trop radicale et de nature à mettre les femmes trop absolument à l'abri de toute récidive. Les statistiques alléguées ne prouvent rien, on sait ce que valent les staiistiques où tous les succès sont ramassés et où manque la liste des revers. »

M. Cruveilliier... a 11 n'y n point de traitement curatif pour les kystes multiloculaires, car il n'y aurait qu'un moyen de guérison, ce serait leur extirpation et bien que cette extirpation des kystes de l'ovaire ait été en quelque sorte inspirée par l'isolement des kystes, par l'intégrité parfaite des organes environnants, par la facilité du procédé opératoire, bien qu'elle ait été pratiquée un assez grand nombre de fois avec succès surtout en Angleterre et en Amérique, je ne pense pas que cette opération hardie doive prendre droit de cité en France. Le succès ne justifie pas toujours les entreprises téméraires. »

M. Huguier... « Malgré les statistiques nous repousserons l'extirpation des kystes ovariques d'une, manière presque absolue, pareeque... »

M. Jobert... « L'extirpation est une opération dangereuse qui doit bien rarement trouver son application. »

M. Velpeau... « L'extirpation des ovaires malades est

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une opération affreuse, qui doit èire proscrite, quand même les guérisons annoncées seraient réelles. »

M. Moreau... « Pour moi, je pense que celte opération doit être rangée dans les attributions des exécuteurs des hautes œuvres. »

Enfin et terminons par là cette page désolante, il y a quelques mois un physiologiste éminent propose de revenir aux injections intra-veineuses dans le traitement des tétanisés. Que lui répond-on?

Que mieux vaut s'en tenir à la thérapeutique rationnelle, alors que tous les chirurgiens savent que cette thérapeutique prétendument rationnelle ne réussit pas dans le tétanos aigu et ne réussit guère dans le tétanos chronique.

Il propose pour les cas où l'on voudrait obtenir une anesihésie longue et absolue, de substituer aux inhalations de chloroforme, l'injection intra -veineuse de chloral. Et l'on répond que c'est une monstruosité, une aberration.

Quelle est donc celte tradition qui pousse les corps scientifiques de France, à légitimer par leur conduite à l'égard de ceux qui font une découverte, cette pensée de Voltaire : « que noire espèce est tellement faite que ceux qui marchent dans le chemin battu, jettent toujours des pierres à ceux qui enseignent un chemin nouveau. »

Mais le passé, mais l'histoire est là pour rassurer ceux qui marchent dans les chemins nouveaux et leur montrer ce que valent les arrêts des corps savants quand ils s'appuient sur autre chose que l'expérience.

La transfusion du sang était une opération barbare, sortie de la boutique de satan ; ceux qui la pratiquaient étaient des bourreaux méritant dètre envoyés parmi les

cannibales. Et pourtant la transfusion est en honneur aujourd'hui.

L'antimoine et ses partisans furent couverts d'injures et pourtant les aniimoniaux occupent une place d'élite dans notre thérapeutique.

Que ferions-nous sans le quinquina? Et pourtant il fut condamné.

L'accouchement prématuré artificiel était un crime et pourtant tout le monde aujourd'hui en admire les bienfaits.

L'anesthésie était immorale ; qui songerait à nous en priver?

L'ovariotomie devait être reléguée parmi les aitribulions de l'exécuteur des hautes œuvres; et pourtant tous les chirurgiens se glorifient de la pratiquer.

L'injection intra-veineuse est aujourd'hui une monstruosité, une aberration ; dans quelques années ne sera t-elle [tas en honneur?

Que nos savants collègues de l'Académie de médecine et de la Société de chirurgie nous permettent de leur remettre en mémoire, la dernière phrase du discours de Cazeaux prononcé lors de la discussion sur l'ovariotomie (1856-1857). « Je ne ne veux pas quitter cette tribune sans protester contre l'espèce d'anathème lancé par plusieurs contre l'extirpation des ovaires. Avant de proscrire il faut examiner et l'on n'a pas suffisamment examiné. »

Pour nous qui ne reconnaissons d'autre autorité que celle des faits, nous en appelons du jugement de l'Académie et de la Société de chirurgie, à l'expérience.

Un occasion de vérifier la valeur des injections intraveineuses et les doctrines de M. Oré, s'étant présentée

à nous, nous l'avons saisie avec confiance. Un succès complet a couronné notre tentative.

Au mois de mai 4871, aidé par nos honorables am[s, MM. les docteurs De Lorge et Blonde, nous enlevâmes à M. De W..., alors âgé de 54 ans, une partie de son rectum devenu cancéreux.

Pendant près de trois ans le malade put se livrer à tous ses travaux sans être incommodé par la maladie dont il était atteint. Mais depuis quelques temps l'ampoule rectale s'emplissait de bourgeons cancéreux. Des hémorrhagies assez fréquentes, une suppuration fétide, des douleurs souvent assez vives, des rétentions de matières fécales, des trajets fistuleux dans l'épaisseur de la fesse gauche, telles étaient les complications qui minaient la santé de M. De W..., et menaçaient de terminer à bref délai sa précieuse existence. Il nous suppliii de venir à son secours et de le délivrer encore une fois de son cancer. Nous nous y décidâmes.

C'était au même moment, qu'un des chefs les plus honorés de la médecine française, M. le professeur Bouillaud, communiquait à l'Institut le remarquable succès qui venait de couronner la méthode anesthésique imaginée par M. le professeur Oré , de Bordeaux. En Belgique, notre vénéré maître M. le professeur Soupart, préconisait également l'anesihésie par injection intra-veineuse dont M- Bouillaud s'était fait le parrain devant l'Académie des sciences. Nous nous mimes immédiatement en relation avec notre honorable collègue de Bordeaux, qui voulut bien dans une série de lettres, nous mettre au courant de sa méthode et nous envoyer l'appareil dont il se sert pour ses injections intraveineuses.

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