gr
10 h. 32 m. 4.25 La vue se trouble. Temp. 37-8 l/î.
Pouls à 26.
10 h. 32 m. 30 s. 4.50 gr. Temp. 37°8 1/2. Pouls 29
10 h. 33 m. 4.75 gr.
id.
id.
10 h. 34 m. 5.25 gr.
id.
10 h. 34 m. 30 s. 5.50 gr.
id.
10 h. 35 m. 5.75 gr.
id.
ANESTI1ÉSIE PAU INJECTION. 193
10 h. 36 m. 6.00 gr. Somnolence. T. 37°8 1/2. P. à 29. 10 h. 37 m. 30 s. 6.50 gr. Temp. 37°8 1/2. Pouls 25. 10 h. 38 m. 6.75 gr. La langue s'embarrasse. Température 37°8 1/2. Pouls 26.
10 h. 38 m. 30 s. 7.00 gr. Temp. 37^8 1/2. Pouls 27 10 h. 40 m. 30 s. 7.25, Sommeil. Temp. 37"8 \jt. P. 31 10 h. 41 m. 7.50 gr. Temp. 37°8l/2. Pouls 34
10 h. 42 m. 7.75 gr. id. » 35
10 h. 42 m. 30 s. 8.00 gr. id. » 33
10 h. 43 m. id. » 31
10 h. 44 m. 8.25 gr. id. » 31
10 h. 45 m. 8.50 gr. id. » 32
Ace moment, l'insensibilité du malade est absolue, mais les cornées sentent encore, leur aneslhésie n'est pas complète. M. Souparl ne juge pas qu'il soit nécessaire d'aller jusque là et commence immédiatement son opération. La peau qui recouvre la tumeur est incisée crucialemenl, le tissu morbide apparaît alors à nu, M. Souparl croit y reconnaître les éléments du sarcome et l'extirpe complètement au moyen du bistouri.
L'éminent professeur reconnaît aussitôt que la tumeur pénètre profondément dans l'épaisseur du sternum et qu'il faut la poursuivre jusque bien près du médiaslin. Dans la remarquable leçon clinique faite quelques jours auparavant sur ce cas, M. Souparl avait exprimé ses craintes sur la nature de la tumeur el fait entrevoir qu'il serait peut-êlre amené à réséquer une portion du slernum pour atteindre les dernières racines du mal. Ces appréhensions n'étaient que trop fondées ; au moyen d'un fort bistouri, M. Soupartévida le slernum dans toule l'étendue de son tiers moyen, ne laissant intacte qu'une mince pellicule osseuse au devanl du
191 ANESTHES1E PAR INJECTION.
médiastin antérieur. Manœuvre délicate et dangereuse. On craignait à chaque instant de voirie bistouri pénétrer dans le médiastin, il n'en fut rien et à 11 heures 6 minutes, l'extirpation de la tumeur et la résection du sternum étaient terminées. Quel avait été pendant ce temps l'état du malade. iO h. 47 m. Temp. 37°9. Pouls 35 au \ji.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Temp. 37°8
id.
id.
La respiration a toujours été calme et régulière, le pouls est faible, quelquefois un peu irrégulier. Les sécrétions n'ont pas été augmentées.
Désirant détruire les dernières racines du sarcome, M. Soupart éteint une série de cautères électriques dans cette plaie profonde et anfraclueuse, puis on fait le pansement. Pendant toute la durée de l'opération, c'est-à-dire de 10 heures 45 min. à H heures 6 min., l'insensibilité du malade fut absolue, mais quelquefois quand le caulère électrique était plongé dans la plaie, quelques mou vemenls réflexes se manifestaient légèrement.
Le .malade dormit profondément jusqu'à une heure de relevée, puis pendant le reste de la journée et de la nuit il resta fort somnolent, tantôt il était endormi, tantôt plus ou moins éveillé.
Les urines excrétées par le malade ne renfermaient aucune trace de sang. Ainsi donc ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.
8 gr. 50 centigr. de ehloral injectés en 21 minutes ont donc produit une aneslhésie absolue qui a duré 21 minutes (10 heures 45 min. à 11 heures 6 min.), un sommeil profond avec sensibilité très-obtuse qui se prolonge pendant deux heures et plus, et l'état chloralique persista jusqu'au lendemain.
La tumeur ayant été soumise à l'examen de M. le docteur Leboucq, l'habile micrographe n'y découvrit que les éléments de Posléo-sarcome.
Observation XXXIII. — Van Peteghem, Charles, âgé de 30 ans, est atteint d'une carie des os du pied gauche. Cette affection date d'une année, une entorse a été son point de départ. Le trailement institué à la clinique chirurgicale par M. Soupart n'ayant pas donné de résultats satisfaisants, l'honorable professeur se propose de réséquer les os cariés. Malgré des recherches très-attentives, les limites de la carie ne sont pasconnues, il est donc impossible d'établir d'avance ce qu'il faudra sacrifier de ce pied malade et ce que l'on pourra en conserver.
M. Soupart inventeur de remarquables procédés, aujourd'hui classiques, d'amputations partielles du pied (modes losangiques et en Y) désire n'enlever que les os absolument cariés et garder de ce pied la plus grande étendue possible. Il prévoit qu'une série d'incisions destinées à mettre successivement à nu de plus larges surfaces osseuses devront sans doute être pratiquées. Il importe donc que le patient soit plongé dans une aneslhésie profonde et prolongée, aussi l'honorable professeur nous invite-l-il à produire l'insensibilité
au moyen de l'infusion veineuse de chloral. L'opération est pratiquée le U février 1875 devant un grand nombre de médecins et d'étudiants.
10 h. 22 m. T. 37°9. P. 23 au i/* faible.
10 h. 25 m. Ponction de la médiane céphalique droite.
10 h. 26 m. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. T. 38». P. 27 au 1/4.
10 h. 26 m. 30 s. 1 gr. T. 38*. P. 28.
10 h. 27 m. 1.50 gr. T. 38°2. » id.
10 h. 27 m. 30 s. 2 gr.
10 h. 28 m. 2.50 gr.
10 h. 29 m. 3 gr.
10 h. 29 m. 30 s. 3.50 gr.
10 h. 30 m. 4 gr.
10 h. 31 m. 4.50 gr.
10 h. 31 m. 30 s. 5 gr.
commence.
10 h. 32 m. 30 s. 5.50 gr. id. » 20. La langue s'embarrasse.
10 h. 34 m. 6 gr. id. » 23.
10 h. 35 m. 6.50 gr. id. » 23.
10 h. 36 m. 7 gr. id. . 26
10 h. 37 m. 7.50 gr.
10 h. 40 m. 8.50 gr. id. » 27.
10 h. 41 m. 8.75 gr.
10 h. 42 m. 9 gr. id. • 29.
10 h. 42 m. 30 s. 9.25 gr.
10 h. 43 m. 9.50 gr.
10 h. 45 m. 9.75 gr. 38»3.
id.
> id.
id.
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. id.
id.
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id.
Le sommei
ANESTIIÉS1E PAU INJECTION. 197
10 h. 46 m. 10 gr. T. 38-3 P 30
10 h. 48 m. 10.25gr. id. » id.
10 h. 49 m. 10.50gr. id. » id.
10 h. 49 m. 30 s. 11 gr. id. » id.
10 h. 50 m. 11.25gr. id. » id.
L'anestliésie du corps est absolue, les cornées sentent encore, mais très-faiblement, trois minutes après, l'œil est complètement insensible.
M. le docteur Bouqué applique l'appareil d'Esmarch. A 10 h. 52 m. M. Soupart commence l'opération.
Une première incision fui faite dans le sens longitudinal entre les deux premiers métalarsiens, comme pour désarticuler le premier métatarsien, puis le second étant trouvé malade, une seconde incision fut faite dans le second espace inlermétatarsien. Une incision horizontale pratiquée au niveau de l'articulation cunéo-métatarsienne avail rejoint la première. (En somme, mode losangique pour l'amputation des deux premiers métalarsiens.) Les deux cunéiformes et les deux métalarsiens sont alors extraits. L'articulation du 3 e métatarsien avec le 3 e cunéiforme étant malade, on prolonge l'incision horizontale pratiquée au niveau de l'articulation larso-métalarsieune, on taille le lambeau plantaire de l'amputation de Lisfranc et l'on emporte le 3 e métatarsien avec le 3 e cunéiforme. Mais l'articulation du cuboïde avec les deux derniers métalarsiens est malade, le cuboïde et le scaphoïJe sont ramollis, M. Soupart les emporte et de sacrifice en sacrifice on en arrive ainsi à une amputation médio-larsienne de Chopart.
Opération remarquable s'il en fût; a la faveur d'une hémostase absolue et d'une aneslMsie profonde M. Soupart, agissant comme sur un cadavre, mit successivement à nu,
1!)8 ANESTIIÉS1E PAR INJECTION
tous les os, loules les arliculations du pied, les examina à son aise el ne livrant rien au hasard, fidèle au programme qu'il s'élait tracé, enleva ce. qui était malade, tout ce qui était malade et rien que ce qui était malade. [I était 10 h. 60 m., l'opération avait donc duré huit minutes. On enleva l'appareil d'Esmarch.
Quelle était pendant ce temps la situation du patient?
La respiration était calme, physiologique, le pouls bat lait de 30 à 33 au 1/4. La température reslait à 38° 2.
L'hémorrhagie fut difficile à arrèler. Il fallut lier une série d'artérioles qui se dérobaient aux recherches, il fallut arrêter une hémorrhagie en nappe assez abondante. L'opéré perdit une certaine quantité de sang et nous vîmes la circulation s'accélérer, faiblir.
A 11 h. 10 m. P. 27 au 1/4. T. 38° I .
11 h. 15 m. id. id.
11 h. 32 m. P. 45 au 1/4.
Nous faisons prendre au malade quelques cuillerées de vin de Porto, mais ce qui est mieux c'est que l'hémorrhagie est arrélée, M. Sonpart s'en est rendu maître.
Aussitôt le pouls se relève, la face se colore, la respiration un moment assez accélérée reprend son rhylme normal.
A 11 h. 42 m. M. Soupart procède au pansement. Le pouls bal à 27 au 1/4, il est irrégulier, faible. La respiration est bonne.
L'aneslhésie absolue des cornées a (Juré environ 15 ni., puis peu à peu la sensibilité de l'œil s'est réveillée. L'insensibilité du corps a été absolue jusqu'à 11 h. 30 m.; à partir de ce moment on voyait à certains moments, de légers mouvements réflexes agiter les muscles de la face. A midi la sensibilité se réveillait doucement sur loote la surface du corps.
AftESTHÉSIE PAB EJECTION. !0U
Le palienl dormit profondément jusqu'à 8 heures du soir etresla somnolent pendant toute la nuit et toute la matinée du lendemain.
Ainsi donc en vingt-quatre minutes 41 grammes, vingtcinq cenligr. de chloral ont pu être injectés dans le torrent circulatoire. Cette infusion a produit une aneslliésie complète des cornées pendant 15 m., une insensibilité absolue du corps pendant quarante minutes, un sommeil profond pendant 9 heures et une somnolence très-marquée pendant 16 h.
Il n'y eut ni caillots, m phlébite, ni hématurie. La première urine expulsée par le malade ayant été soumise à l'examen de M. le professeur Du Moulin, noire honorable collègue l'a trouvée légèrement albumineuse.
Observation XXXIV. — Le 2 février M. le professeur Souparl taisait la résection de l'articulation fémoro-tibiale droite du nommé Lievin Diest (obs. XXXI). Pendant quelques semaines les résultats de cetle brillante opération furent des plus heureux, l'état local et général du palienl étaient des meilleurs, et tout portail à espérer une guérison prochaine. Mais vers la fin du mois de mars la situation du malade s'empira, l'élat local et général devinrent chaque jour plus mauvais et bientôt il fallut renoncer aux espérances que l'on avait conçues. Dans une consultation qui eut lieu le 12 avril entre MM. les professeurs Burggraeve et Souparl il fut décidé qu'on tenterait, par l'amputation de la cuisse.de sauver les jours du malade.
Le lendemain (3 avril 1875) l'opération fut pratiquée par
M. Souparl en présence de MM. Burggraeve, De Change, Du
Moulin, Van Wesemael, Poirier, Gliberl, Teirlinck et des
élèves de la Faculté.
Bien que le malade se trouvât dans un état de débilite
SOO ANESTHÊSIE PAU 1^^JECT10^.
extrême, l'aneslhésie fut pratiquée au moyeu île l'injection intra-veineuse dechloral.
A 10 h. 36 m. Pouls 21 au i/t. T. 37° 4. Ponction de la médian g basilique gauche.
10 li. 37 m. 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.
10 h. 38 m. 30 s. 1 gr. P, 28. T. 37°4.
10 h. 39 m. l.oOgr. » 26. id.
10 h. 40 m. 2 gr. » 24. id.
10 h. 40 m. 30 s. 2.80 gr. id. » 37»S.
10 h. 41 m. 3 gr. id. » 37°6.
10 h. 41 m. 30 s. 3.80 gr. id. » 37°7.
10 h. 42 m. 4 gr. id. Paroles délirantes.
10 h 44 m. 4.50 gr. » 26. T. 37°8. Paroles délir.
10 h. 48 m. 5 gr. »> 28. id.
10 h. 46 m. 30 s. 8.80 gr. » 28. » 37°7. Les pupillles se contractent.
10 h. 80 m. 6 gr. » 30. Le maladeneparleplus,
il dorl. L'insensibilité est très-grande, mais incomplète encore.
10 h. SI m. 30 s. 6.25 gr. P. 28. T. 37° 7. Légère congestion de la face.
10 h. 52 m. 6 50 gr. Insensibilité presque complète.
10 h. 53 m. 6.75 gr. P. 29. Insensibilité complète.
A ce moment l'insensibilité du corps est absolue, les piqûres ou les pincements de la peau ne réveillent plus de mouvements réflexes. La cornée n'est pas encore complètement insensible. D'accord avec MM. Soupart et Burggraeve, nous trouvons l'aneslhésie suffisante.
M. Soupart aidé par M. Bouqué, chef de clinique chirurgicale, commence l'opération. L'extrême faiblesse du malade ne permettant pas la moindre perte de sang, M. Soupart fait tout d'abord la ligature de l'artère fémorale au sommet du
triangle de Scarpa, puis, après avoir (aillé un lambeau externe par la méthode elliptique, il abat la cuisse au tiers supérieur. L'opération commencée à 10 h. 57 m. 30 s. est terminée à 11 h. 10 m. Pendant ce temps la respiration est restée physiologique, comme elle l'avait été pendant la durée de l'injection. Le pouls a oscillé entre 25 et 30 pulsations aui/i. La température n'a pas varié, elle reste à 57°7. Aucune sécrétion n'a augmenté.
L'héinoslase dure vingt minutes, pendant ce temps, sous l'influence de la perte de sang le pouls faiblit el augmente de fréquence, mais à mesure que la perle de sang diminue il se relève et son rythme devient plus normal. AH h. 50 m. il bat à 22aui/4, il est bon. Respiration normale. Pendant la période de l'hémostase, la température s'élève d'un degré. La contraction des pupilles a persisté.
Vers H h. 40 m. tout est terminé. L'insensibilité du malade est restée complète, le sommeil a toujours été très-profond. Vers midi moins un quart, le malade ouvre les yeux quand on l'interpelle, mais il n'a pas conscience de ce qui se passe et se rendort aussitôt.
A une heure le malade s'éveille, divague et se rendort. Une fois ou deux pendant l'après-diner,Lievin Diest s'éveille pour se rendormir immédiatement. Un moment la transpiration fut abondante. A deux heures et demie le pouls bat à 22 a :t 1/4. A 61/2 h. même nombre de pulsations, le pouls est bon, la respiration normale, le sommeil très-profond. A 2 1/2 h. delà nuit le patient s'éveille, il a repris connaissance; bientôt il se rendort jusqu'au malin. Le lendemain 14 avril nous visitons le malade à 9 1/2 h., sa situation est bonne, le pouls bat à 25 au 1/4, la respiration est physiologique. L'influence chloralique ne s'est pas encore dissipée, la somno-
202 VNESTHÉSIE l'A.N INJECTION.
lence esl .très-marquée, elle persiste toute la journée.
Ni phlébite, ni caillot, ni hématurie.
Au 23 avril la situation du malade était satisfaisante.
Ainsi donc6gr.75centigr.dechloral injectés en16 minutes ont produit une insensibilité absolue qui a duré 50 minutes ; un sommeil profond pendant 15 heures. L'influence chloralique s'est prolongée pendant 56 heures.
Les neuf dernières observations (XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV) présentent des particularités fort intéressantes ut sur lesquelles nous appelons l'attention de nos lecteurs.
On sait que les acides ont la propriété de rendre le sang plus coagulable, de le coaguler même, or le chloral que nous avons employé dans nos vingt-cinq premières injections veineuses était acide.
Tous les chlorals sont acides; M. Oré, à Bordeaux, M. Du Moulin, à Gand, l'ont tout récemment constaté dans une série de recherches qu'ils viennent de pratiquer. Celte acidité est signalée d'ailleurs par les chimistes. Dans un article publié sur le chloral, par M. Eug. Lebaigue, chef du laboratoire d'analyses et de recherches de la pharmacie centrale de France (Bulletin de la Société de pharmacie de Bruxelles, p. 153, 1870), nous lisons: « il est blanc, opaque, d'une texture cristalline, offrant assez bien l'aspect du nacre, sou odeur est vive et piquante, sa saveur esl caustique, il ne fume pas à l'air. Sa solution aqueuse rougit légèrement le papier de tournesol, cependant elle louchil à peine le nilrate d'argent.» Mais celle acidité doit être très-faible, à peine sensible; la solution de chloral, lit-on dans YOfficine de Dorvault, (8 e édition, p. 1079), ne doit pas précipiter l'azotate d'argent, sa vapeur ne doit pas décolorer le papier tournesol, ni décom-
ANESTHÉSIE PAU INJECHON. 2DÏ
poser les iodures, ou colorer en bleu le papier amidonné; le contraire indiquerait la présence d'un excès de chlore. Un autre indice d'impureté est la coloration en brun au contact des alcalis caustiques qui révèle la présence d'huiles chloralcooliques et un produit mal rectifié. »
La solution de chloral que notre honorable ami, M. le pharmacien Bt'gcin, nous prépare toujours, présente toutes les qualités requises par les traités de chimie et de pharmacie, mais elle est acide, puisqu'elle rougit le papier de tournesol; mais celte acidité est si faible, qu'elle n'influence pas la solution de nitrate d'argent, que la vapeur de ce chloral ne décolore pas le papier de tournesol, que les iodures ne sont pas décomposés par la solution chloralique et que celle-ci ne modifie point la couleur du papier amidonné. Aussi ce chloral de provenance allemande (Dresde), ne nous a-t-il jamais donné le moindre inconvénient, jamais il n'a provoqué, entre nos mains, de phlébite ou de caillots. Nous devons pourtant reconnaître que beaucoup de malades, au moment de l'injection, accusaient une sensation assez vive de brûlure dans tout le trajet de la veine qui était le siège de l'opéralion.
Mais cette acidité, inofl'ensive quand elle est faible, peut s'accentuer davantage si le chloral n'est pas préparé avec tout le soin désirable, et elle peut provoquer alors les plus graves accidents, elle peut entraîner la coagulation du sang.
Voilà où nous en étions de nos recherches, quand l'atten lion do M. Oré fut tout particulièrement appelée sur ce point par un fuit qui se produisit sous ses yeux.
Le 23 septembre dernier, au moment de pratiquer l'évidement d'un tibia carié, M. le docteur Poiusot, chef interne de M. Oré, pratiqua Panesthésie par injection veineuse de chloral (observ. XI). Le 17 novembre, il fallut pratiquer un
204 ANESTHÉS1E PAR INJECTION.
nouvel évidemenl, nouvelle infusion veineuse île cliloral. Mais celle fois, dès que la solulion commença à pénétrer dans le sang, le malade accusa une douleur aiguë le long de la veine, cela ne ressemblait plus, disail-d, à ce qui s'était passé la première l'ois, alors il n'avait pas soufl'erl ; l'anesthésie se produisit néanmoins. Autour du point piqué, la veine re>la indurée pendant quelques jours. A quoi tenait celle douleur, cette sensation de brûlure. M. Oré crut aussilôl que le cbloral qu'il avait employé était moins pur que de coutume, qu'il élait penl-èlre plus acide qu'il ne devait l'être, et, l'examinant, il s'aperçut qu'il rougissait fortement le papier de tournesol. Il résultait de là, que le commerce peut nous livrer des chlorals impurs, des clilorals dont l'acidité variable pourrait être portée à un degré tel, qu'ils seraient capables de coaguler le sang. Le danger découvert, M. Oré découvrit aussilôt le moyen de le conjurer.
Que le chirurgien vérifie lui-même la qualité du cliloral qu'il va injecter, qu'il dose son acidité au moyen du papier de tournesol, puis qu'il la neutralise et tout danger aura disparu. Voici comment M. Oré conseille de neutraliser l'aeidilé normale ou en excès du cliloral. On l'ait dissoudre un gramme de carbonate de soude, chimiquement pur, dans 10 grammes d'eau distillée et ou verse dans la solulion de cliloral autant de fois deux, trois, quatre gouttes (quatre au plus) de la solution de carbonate de soude, qu'il y a de grammesde cliloral. D'après M. Oré, et c'est également l'avis de M. le professeur Du Moulin, le carbonate de soude et le cliloral resttronl en présence sans se décomposer; malgré son acidité, le cliloral ne se combinera avec aucune base. Si celle acidité dépasse le degré normal, ce qui dépend d'un excès d'acide chlorhydrique, il se formera sous l'influence de
ANESTHÉS1E PAR INJECTION. 205
la solution de carbonate de soude un chlorure de sodium et l'on verra se produire un dégagement d'acide carbonique; l'injeclion d'une ptlilê quantité de chlorure de sodium dans le sang ne saurait avoir aucun inconvénient.
Mais le chloral ainsi neutralisé conservc-t-il ses propriétés physiologiques? M. Oié résolut immédiatement cette question par une expérience concluante.
« J'ai injecté, nous écrit-il, dans la veine crurale gauche d'un grand chien de montagne, 7 grammes de chloral dissous dans 20 grammes d'eau, additionnés de 20 gouttes de solution de carbonate de soude. L'animal s'est endormi et presqu'aussilôt est devenu insensible comme un cadavre. Jamais je n'ai constaté une respiration plus calme, plus régulière, plus facile. Profilant de l'aneslhésie dans laquelle il élait plongé, j'ai mis à nu sa veine crurale et je l'ai disséquée depuis le point piqué jusqu'à la veine cave; ces vaisseaux furent alors largement ouverts, le sang qu'ils renfermaient offrit la coloration la plus normale, sans la moindre trace de coagulation. »
Il résultait à toute évidence de celle expérience que la neutralisation du chloral par le carbonate de soude n'altérait point les propriétés aneslhésiques de cet agenl.
Quelques jours après, la même expérience faite cette fois sur un élre humain, donnait les mêmes résultats, (observation XXVI).
M. le docteur Lande devant aneslhésier par injection veineuse de chloral la jeune femme que MM. les docteurs Durodié père et fils et Dudon allaient ovariolomiser, pria M. Oré de lui préparer une solution d'hydrate de chloral. L'honorable professeur fit dissoudre 20 grammes de chloral dans 80 grammes d'eau distillée, ce liquide était acide, il
2116 WLSTHKMi: l'Ait I,\JK.IH>V
rougissiiil le papier de tournesol. M. Oré le neutralisa par le carbonate de soude. C'est celte solution ainsi neutralisée qui fut injectée dans les veines de la femme par M. le docteur Lande.
Le chloral produisit ses efl'ets habituels, puisque cinq grammes de cette substance injectés en treize minutes provoquèrent l'aneslhésie la plus absolue. Pendant l'injection, la patiente n'a pas l'ail le moindre mouvement, elle n'a accusé aucune douleur, aucune sensation désagréable.
M. Oré avait à peine porté ces laits à notre connaissance qu'une occasion s'offrit à nous de vérifier la valeur du chloral neutralisé.
Il s'agissait d'enlever à M me Amélia W...., un sein cancéreux (Observation XXVII). Nous nous rendîmes chez notre ami, M. le pharmacien Begein, qui prépara sous nos yeux, en suivant exactement les conseils de M. Oré, la solution de chloral que nous devions injecter. Quinze grammes de chloral soûl dissous dans 45 grammes d'eau distillée, on lillre, puis on ajoute la quantité suffisante d'eau distillée pour l'aire 60 grammes en volume. Essayée par le papier de tournesol, celle solution est acide. M. Begein dissoul un gramme de carbonate de soude chimiquement pur, dans 10 grammes d'eau distillée et verse 15 goulles de celte solution (une goulle par gramme de chloral) dans la solution chloralique; celle-ci reste acide, elle rougit encore le papier de tournesol. On y verse encore quinze goulles de carbonate de soude, el l'on essaye la solution par le papier de tournesol, son acidité n'a fias encore disparu, mais elle a notablement diminué. On ajoute encore quinze goulles, celle fois la solulion est neutre, elle ne réagil plus sur le papier de lournesol. Il a donc fallu pour neutraliser complètement la solulion chlora-
ANESTIIÉSIE PAU IJiJECTIOS. -M\1
Itque employer 43 goulles de la solution alcaline, ce qui représente 20 cenligr. et 5 milligr. de carbonate de soude.
Au moment où les deux solutions étaient en contact, nous vimes se dégager quelques bulles d'acide carbonique qui perlèrent clans le liquide dont la limpidité resta parfaite. C'était l'acide chlorhydrique libre qui se combinait avec le carbonate de soude, formant un chlorure de sodium soluble et mettant l'acide carbonique en liberté. Le chlorure de sodium est un sel que l'on trouve dans le sang physiologique, et sa présence en petite quantité dans la solution chloralique ne présente aucun danger.
Dix-sept heures après, nous injections dans les veines de
M mc Amelia W ce chloral neutralisé. Au moment où le
liquide pénétrait dans le lorrent circulatoire, nous demandâmes à la patiente ce qu'elle ressentait dans le bras. Rien... répondit-elle, et jusqu'au moment où elle s'endormit, elle n'accusa aucune douleur, ni aucune sensation désagréable.
Les solutions acides, l'expérience nous l'a prouvé, produisent dans la veine injectée une sensation de brûlure qui remoiite parfois jusqu'à l'aisselle, sensation très-fugitive, il est vrai, mais assez désagréable pour qu'on l'épargne au malade en neutralisant le liquide injecté au moyen du carbonate de soude.
Toutefois il ne faudrait pas croire que l'injection du chloral neutralisé soit absolument indolore chez tons les sujets. Elle provoque chez la plupart d'entre eux une sensation de chaleur qui s'étend du point piqué jusque vers l'aisselle. Quelques-uns l'indiquent spontanément, d'autres ne la signalent que si l'on fixe leur attention sur celte particularité.
208 A!\ESTI!ÉSIE PAB INJECTION.
Celle sensalion est d'ailleurs fugitive et ne gêne guère l'opéré.
Alors même que le commerce arriverait à nous fournir du cliloral neutre, le chirurgien n'en devrait pas moins, avant d« s'en servir, le vérifier au moyen du p.ipierde tournesol.
L'expérience nous a prouvé que du cliloral neutre peut devenir acide. M. le pharmacien Begcin, ayant préparé du cliloral anhydre en distillant le cliloral du commerce sur du carbonate de chaux sec, obtint du chloral parfaitement neutre, n'exerçant plus la moindre influence sur le papier de tournesol. Notre honorable ami l'enferma dans un flacon bien bouché, mais exposé à la lumière ; cinq semaines après nous vérifiâmes ce chloral, il était acide et rougissait fortement le papier de tournesol. Nous avons conservé dans une armoire obscure quatre flacons contenant des solutions de chloral neutralisées par le carbonate de soude. La plus récente de- ces solutions datait de vingt-quatre jours, la plus ancienne de deux à trois mois. Quand nous les essayâmes par le papier du tournesol, nous vimes que toutes les quatre étaient redevenuts fortement acides. Ainsi donc une solution de chloral neutralisée par le carbonate de soude enfermée dans un flacon bien bouché, redevient acide au bout d'un certain temps.
Quel était ce temps? Pour résoudre celle question, voici l'expérience que nous fimes avec noire honorable ami M. Begcin. Nous plaçâmes dans deux bouteilles bien bouchées, une solution de chloral parfaitement neutralisée; l'une de ces bouteilles resta exposée à la lumière, l'aulre fut placée dans une armoire obscure. Tous les jours nous essayâmes ces solutions au moyen du papier de tournesol, à partir du 15 e jour l'acidité se manifesta.
ANESTHÉSIB PAU INJECTION. 209
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE L'iNFUSION 1NTRA-VEINEUSE DE CULOKAI,.
La première sensation que le malade accuse, c'csl un sentiment de chaleur le long de la veine injectée. Cette impression remonte habituellement jusque vers l'aisselle. D.ins son remarquable travail sur la transfusion du sang M. le docteur Casse signale que les personnes auxquelles on transfuse du sang accusent la même sensation.
Bientôt après quelques malades déclarent qu'ils éprouvent une sensation singulière, il leur semble qu'ils vont s'évanouir. Jamais nous n'avons vu dans ces circonstances, l'évanouissement se produire. Celle sensation nous parait tenir à l'action du cbloral sur l'économie plutôt qu'à l'infusion veineuse elle-même. En effet, une demoiselle à laquelle nous frisions passer chaque soir un lavement de S grammes de chloral, éprouvait immédiatement après l'injection rectale cette sensation d'évanouissement. Pendant plus d'un mois ce même lavement lut passé chaque soir, jamais la sensation d'évanouissement ne manqua et son intensité resta toujours la même.
Peu après, chez quelques malades on voit se produire l'incohérence des idées, quelquefois un peu de loquacité. Chez d'autres on ne trouve qu'un calme absolu, ils ne parlent que si on les interpelle.
Un antre phénomène que l'on rencontre encore au début de l'injection, c'est le trouble de la vue: le malade ne voit plus les objeU qui l'entourent qu'au travers d'un brouillard.
Puis la langue s'embarrasse, le malade bredouille ; puis les yeux se ferment et la somnolence s'établit. Tout d'abard le
J10 ANESTHÉSIE PAR I.NJECTIOM.
sommeil est léger, le malade rouvre les yeux dès qu'on l'interpelle, pour les refermer aussitôt.
Tous ces phénomènes se produisent dans la première période de l'injection, règle générale avant que les cinq premiers grammes de chloral n'aient pénélré dans le torrent circulatoire, chez la femme un peu plus loi que chez l'homme. Il est rare que l'action du chloral se manifeste quand il n'a encore pénélré qu'à la dose de 1 gramme 50, mais cela se voit cependant (observation XXVI).
Le plus souvent on atteint 3 grammes 50 avant qu'aucun efH ne se manifeste, mais nous croyons pouvoir dire qu'à parlir de ce moment on doit se lenir sur ses gardes, l'action du chloral va se manifester.
Le sommeil devient de plus en plus profond, et bientôt le malade n'entend plus, ne' voit plus.
Si on le pique, si on le pince, les mouvements réflexes se produisent, mais ta mesure que le chloral pénètre, la sensibilité s'érhousse de plus en plus et les phénomènes réflexes vont s'amoindrissait!. Quand le sommeil est profond, l'anesthésie commence et l'insensibilité absolue n'est pas loin. Le corps est complètement insensible, à un moment où le globe oculaire perçoit encore le frottement ou le contact des corps étrangers promenés à sa surface. C'est la cornée qui s'auesthésie la dernière.
Quelle dose de chloral faut-il injecler pour produire les phénomènes que nous venons d'exposer? M. Oi'é, se fondant sur les nombreuses expériences qu'il avait pratiquées sur les animaux, crut un moment que la dose devait toujours êlre proportionnée au poids de la personne à laquelle l'injection était faite. Nous croyons, et M. Oré partage aujourd'hui notre avis, qu'il ne faut lenir aucun compte du poids du malade;
AMESTHÉSIE P\n r.VJECTIOiN. 211
la susceptibilité spéciale île chaque individu, voilà ce qui domine la scène quand on opère sur l'homme.
Règle générale cependant, les femmes et les sujets débiles sont aneslhésiés par des doses moindres que les sujets robustes, athlétiques.
A un moment donné, variable pour chaque individu, l'aneslhésie est absolue, les opérations les plus douloureuses ne sont plus perçues, aueun mouvement réflexe ne se produit, le malade est là perinde ac cadaver. Le chloral en injection dans les veines agit donc bien comme un aneslhésique et non pas comme un simple hypnotique. Nous ne pouvons comprendre comment dans srs leçons sur les aneslliésiques et. sur l'asphyxie (1875, p. 308 et 309), Claude Bernard ait pu dire : « que l'état dans lequel le chloral plonge, les animaux n'est qu'un sommeil plus on moins profond lorsqu'on commence par donner une faible dose de celle substance et qu'on répèle successivement l'injection. On n'a d'abord qu'un assoupissement léger, puis avec des doses considérables un sommeil si profond qu'il ressemble à une véritable aneslhésie, mais en suivant les gradations successives de cet étal, on voit que ce n'est bien réellement que du sommeil, alors quand on pince l'animal, il ne répond parfois que très- tardivement à celle excitation par un faible gémissement ; mais un instant après, la même excitation produit une réaction immédiate, comme s'il avait été réveillé par la première.
« Chez le lapin les phénomènes sont tous aussi nets : à un moment où l'animal est si profondément endormi qu'on pourrait le croire complètement aiiesthésié, on le réveille si bien en lui pinçant les palier, ou les oreilles que l'animal secoue la tète ou la patte comme pour se débarrasser d'une irritation dont il paraît avoir parfaitement conscience. »
« Tout dans les symptômes nous permet de rapprocher les effels du cliloral de ceux de la morphine et non de ceux du chloroforme. Le chloroforme est un aneslhésique ; le chloral n'est qu'un hypnotique. »
Ni M. Oré, ni nous, ne pouvons nous rallier à l'opinion émise par l'illustre physiologiste français. Il est vrai de dire qu'à un moment donné, le malade perçoit encore les piqûres ou les pincements qu'on lui fait subir, il accuse ces sensations ; plus lard, les mouvements réflexes trahissent la perception de la douleur, mais un moment vient où les mouvements réflexes eux-mêmes ont disparu, le malade ne sent plus, absolument plus, il git là peiïnde ac cadaver. Si M. Claude Bernard a vu se produire des mouvements réflexes, voire même volontaires, sur les animaux dans les veines desquels il injectait du chloral, il a bien vu, M. Oré, et nous avons constaté la même chose sur l'homme; mais si M. Claude Bernard avait poussé ses expériences plus loin, si, comme nous, il avait sans cesse augmenté la dose de chloral injeclé, nul doute qu'il n'eût vu disparaître absolument les mouvements volontaires et réflexes comme nous les avons vu disparaître chez l'homme. — Question de dose, rien de plus.
Aux expériences de M. Claude Bernard, nous opposons celles de M. Oré et notre pratique, et nous croyons, malgré l'opinion du physiologiste franc lis, que le chloral n'est pas seulement un hypnotique, mais bien un aneslhésique.
Une fois introduit dans le torrent circulatoire comment agit le cliloral ?
Suivant M. Personne, le chloral introduit dans l'économie se transforme, sous l'influence de l'alcalinité du sang, en formiaieet en chloroforme; il donnerait 72 pour cent de chlo-
A.\ESTHÉS1K l'Ail INJECTION. 215
roforme, cl c'est à ce dernier agent que le cliloral devrait ses propriétés aneslhésiques.
Dès le début de nos recherches nous soumîmes celle question à l'appréciation de M. le professeur Du Moulin. Notre honorable collègue ne croyait pas à cette transformation, mais il voulut bien assister à plusieurs de nos injections et se confirma plus encore dans son opinion contradictoire de celle de M. Personne; il sentit à diverses reprises et avec soin l'haleine des malades injectés, jamais il n'y trouva l'odeur du chloroforme, mais bien celle du cliloral qui rappelle d'une manière si caractéristique celle du melon. Dans aucune des sécrétions, ni dans la sueur, ni dans la salive, ni dans les larmes, ni dans les urines, M. D.i Moulin n'a trouvé de chloroforme. Pour noire honorable collègue le cliloral agirait donc en verlu des propriétés aneslhésiques dont il est doué et sans qu'il y ait lieu d'invoquer aucune transformation chimique pour expliquer son action. Dms ses leçons sur les aneslhésiques et sur l'asphyxie, Claude Bernard partage l'opinion de M. Du Moulin : « Nous sommes donc porlé à penser que le cliloral agit par lui-même et non en se dédoublanl et en donnant naissance à du chloroforme. »
Dans son mémoire sur les injections inlra-veineuses de cliloral (1873), M.Oré,dità son loup, qu'en présence de l'aneslliésie immédiate, instantanée, en quelque sorte foudroyante, produite par l'infusion veineuse de cliloral, il n'est plus possible de soutenir la théorie du dédoublement lent en chloroforme et en formiale alcalin. Ainsi donc pour MM. Oré, D.i Moulin et Claude Bernard « le cliloral est un aneslhésique qui a son action propre, indépendante de toute autre action. »
Nous distinguons dans l'anesthésie obtenue par l'injection inlra-veiueuse de cliloral trois degrés.
214 \NBSTHÉSIE PAU INJECTION.
Dans le premier degré le sommeil est profond, mais sous l'influence d'excilalions périphériques les mouvemenls réflexes se produisent encore.
Dans un second degré le corps, à part le globe oculaire, esl insensible, les irritations périphériques ne réveillent plus les mouvemenls réflexes.
Au troisième degré le globe oculaire lui-même esl absolument insensible.
La dose de chloral nécessaire pour obtenir l'un ou l'autre de ces degrés d'aneslhésie doit varier avec la susceptibilité spéciale de chaque individu. La durée de chacun de ces degrés d'aneslhésie varie aussi de personne à personne. Au minimum l'insensibilité absolue des cornées dure dix minutes, quelquefois elle se prolonge au delà d'une demi-heure, puis arrive la seconde période qui comprend parfois aussi une dt mi- heure, puis le malade en revient an premier degré de l'aneslhésie, les mouvements réflexes se réveillent.
Peu à peu le malade en arrive à celle situation que M. Claude Bernard a, bien à lort, décrite comme le lype du sommeil chloralique. « Vous vovez que ce chien est parfaitement endormi, mais il esl facile de constater qu'il n'est nullement insensible. » Le malade dorl, mais il sent, si on l'interpelle, il ouvre les yeux et les renferme aussitôt, d'abord il ne comprend rien si on lui parle, il répond par un grognement, mais peu à peu l'intelligence renaît et le patient se met en rapport avec le monde extérieur. Ce sommeil, plus ou moins profond, pendant lequel la sensibilité est fort obluse, dure un temps variable d'individu à individu, quinze heures et môme plus dans certains cas. Quelquefois le malade se réveille et se rendort profondément presqu'aussitôt. Quand le réveil est complet l'influence chloralique n'est pas encore
éleinïc, le malade reste somnolent pendant un certain nombre d'heures encore, de sorte que chez certaines personnes, 24, 36, 48 heures même s"écoulent avant que l'action stupéfiante du chloral se soit complètement évanouie.
Avons-nous besoin de faire remarquer l'importance de ce sommeil et de cet amoindrissement de la sensibilité au point de vue du choc chirurgical?
La longue durée de l'influence chloralique n'a jamais entraîne le moindre inconvénient.
uand on fait la transfusion du sang, « la respiration, dit M. Casse, est toujours un peu plus profonde, il existe une légère oppression tenant à la congestion pulmonaire qui doit nécessairement se produire. »
Sous l'influence de l'injection intra-veineuse de chloral la respiration est quelquefois aussi troublée dans son rhylhme, parfois elle est un peu plus profonde, parfois un peu accélérée.
Quand on fait la transfusion du sang, dit M. Casse, « chez des individus peu excitables, indolents, l'excitation cardiaque est faible. Chez les sujets impressionnables il se manifeste au contraire une excitation vive du centre circulatoire. Presque toujours on remarque une arylhmie qui dure peu de temps; le pouls pendant l'opération monte à 120, 130 pulsations, mais bientôt revient à un chiffre moindre et les pulsations deviennent régulières. »
L'injection intra-veineuse de chloral produit les mêmes phénomènes. Chez certaines personnes le pouls varie à peine, l'excitation cardiaque est à peu près nulle, on trouve parfois une légère augmentation, parfois une légère diminution dans la fréquence du pouls. Mais chez certains sujets impressionnables il se manifeste une excitation si vive du centre circu-
216 ANESTHÉS1E PAU iiNJECTWN
laloire que Pons avons un jour compté jusqu'à 52 pulsations an \k. Quelquefois nous avons rencontré aussi de l'arythmie. La fréquence el l'irrégularité du pouls se manifestent surlout vers la fin de l'opération, alors que le chloral a pénétré dans l'économie depuis quelque temps; ces deux phénomènes sont du reste de courte durée.
Sous l'influence du chloral la force du cœur diminue et la pression s'abaisse dans les vaisseaux (i).
M. Claude Bernard a constaté le même fait. Chez certains individus nous avons remarqué une dilatation vasculaire Irèsaccentuée à la face.
Celle coloration de la face se rencontre aussi, dit M. Casse, dans les cas de transfusion du s=ing.
Nous trouvons encore à la suite de l'injection veineuse de chloral une modification de l'économie que l'on renconlre également el au même degré, dans les cas de transfusion du sang. « La température de l'individu augmente, dit M. Casse, el l'oscillation qui en résulte varie entre un degré el un degré et demi. »
Nous avons remarqué que dès l'entrée du chloral dans le torrent circulatoire la température du corps s'élève, et celte élévation a varie de trois dixièmes de degré à un degré el sept dixièmes.
Sous l'influence de la transfusion du sang, dil M. Casse, les diverses sécrétions sont augmentées, el noire honorable confrère cite tout particulièrement la transpiration el la sécrétion urinaire.
(i) Nous appelons l'attenlioo sur les remarquables expériences que viennent lie puhl.er sur ce sujet M. Ueger, professeur à l'Uuiversité de Bruxelles, el M. le diicieur Siienoii : Action du chloral sur les nerfs vaso-moteurs. (Journal, de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 1S75).
/VNESTIIÉSiE l'Ait INJECTION, 217
Sous l'influence de l'injection veineuse de chloral nous avons constaté à diverses reprises l'augmentation de la sécrétion salivaire; une fois nous fûmes témoins d'une transpiralion excessive, une fois d'une sécrétion très-abondante de larmes. Jamais nous n'avons constaté, jusqu'aujourd'hui du moins, l'augmentation de la sécrétion urinaire.
Le chloral semble exercer une action spéciale sur les reins, se traduisant parfois par la présence du sang, d'autres fois d'une certaine quantité d'albumine dans les urines. Ce fait avait été signalé à l'Académie de médecine de France ("2 juin 1874), par M.Vulpian. Le savant physiologiste avait pratiqué soixante fois des injections inlra-veincuses de chloral sur les animaux el trois fois l'hématurie s'était produite. Chose singulière, M. Oré, qui a pratiqué plus de cinq cents injections sur les animaux, n'a jamais rencontré ce phénomène. Neuf fois l'injection in Ira- veineuse de chloral a été pratiquée à Bordeaux, pour obtenir Paneslhésie, l'hématurie ne s'est pas produite, vingt-cinq fois nous l'avons pratiquée à G.ind, quatre fois nous avons vu du sang dans les urines, quelquefois nous y avons rencontré également de l'albumine. Mais, disons le vile, jamais le sang ou l'albumine ne se trouvaient en quantité considérable dans les urines, c'était parfois en très-faible quantité. C'était toujours la première urine expulsée qui présentait ces caractères anormaux, la seconde éiait limpide, tout était déjà rentré dans l'ordre. Les malades qui ont présente soit l'hématurie, soit l'albuminurie, ont été soigneusement visités, surveillés et interrogés par nous. Jamais ils ne se sont plaints de la moindre douleur ou malaise, soit dans la région rénale, soit dans la région vésicale, jamais le moindre inconvénient n'a résulté de la présence du sang ou de l'albumine dans les urines.
218 ANESTHÉSIE l'\li INJECTION.
D'après les autopsies qui ontété pratiquées par M. Vulpian, sur les animaux héraaluriqiies, on peut assurer que le sang provient des reins qui ont été trouvés très-congestiounés et ecchymoses par places.
L'hématurie, selon M. Claude Bernard, proviendrait de la congestion des reins provoquée par le chloral.
Nous ferons remarquer que l'hématurie n'est pas inhérente à l'injection inlra-veineuse de chloral, puisque M. Casse signale que sur dix-sept transfusions du sang, M. De Cristoforis a rencontré deux fois le passage du sang dans l'urine.
M. Claude Bernard se demande : quelles circonstances favorisent la production de l'hématurie?
Nous ne pouvons répondre encore d'une façon bien assurée à la question de l'illustre physiologiste. Tout ce que nous pouvons avancer, sous toute réserve, c'est que trois de nos hémaluriques avaient été opérés l'hiver dans des chambres peu chauffées et que la présence du sang dans l'urine pourrait tenir au refroidissement que les malades ont éprouvé. Le refoulement du sang de la périphérie vers les organes internes ne pourrail-il pas augmenter la congestion des reins et provoquer ainsi l'hémorrhagie? Nous soumettons cette hypothèse aux physiologistes.
L'urine présente une modification constante dans la proportion des sels qu'elle renferme.
Dans les cas de transfusion du sang, dit M. Casse, les urates augmentent en quantité dans les urines. Or, il se fait que le même phénomène se produit dans les cas d'infusion veineuse de chloral. A diverses reprises nous avons envoyé à M. le professeur Du Moulin, les urines des malades que nous avions aneslhésiés par le chloral. Voici ce que nous écrit à ce propos noire savant collègue : « Dans les échantil-
ANESTHÉS1E PAR INJECTION. Î19
Ions d'urine que vous avez soumis à mon examen, l'abondance des urales étail toujours telle, qu'une partie de ces sels se déposait par le refroidissement el était la cause de l'aspect trouble qui ne vous a sans doute pas échappé. Ce trouble se dissipait par la chaleur pour reparaître après refroidissement. L'urate dominant était 1'urale de soude. Les phosphates et les sulfates m'ont paru également un peu augmentés en quantité, si j'en juge par simple comparaison du volume du précipité obtenu avec celui qu'on obtient dans les urines normales. »
Pendant la transfusion du sang, dit M. Casse, des frissons apparaissent souvent, souvent ils se manifestent une demiheure, une heure ou plus après l'opération et durent quelquefois dix minutes, d'autres fois une heure.
Pendant l'injection intra-veineuse de chloral jamais nous n'avons vu de frissons se produire, nous les avons conslalés quelquefois vers la fin de l'opéralion, mais jamais ils n'ont eu une grande intensité, ni une longue durée; l'injection était terminée depuis une demi-heure quelquefois, quand le frisson se produisait.
L'exposé que nous venons de faire de l'aclion physiologique de l'injection intra-veineuse de chloral semble établir que si l'aneslhésie est produite par le chloral, les autres phénomènes tiennent bien plus à l'introduction d'une substance étrangère dans le sang qu'à la nature de celle substance. Si l'injection inlra-veineuse de chloral produit la mydriase, un peu de trouble respiratoire, de l'excitation cardiaque, de l'arylhmie, une sensation de chaleur dans le vaisseau injecté, une augmentation dans la température du sujet, l'augmentation des sécrétions, l'hématurie, un surcroit d'urales dans les urines, des frissons généraux, n'oublions pas que la transfusion du sang produit absolument les mêmes phénomènes.
Jamais nous n'avons observé, jusqu'à ce jour, de nausées ou de vomissements chez les malades sur lesquels l'injection a été pratiquée. Jamais non plus le sommeil et l'anesthésie ne sont précédés d'une période d'excitation.
Or, on sait que tous les anesthésiques employés jusqu'à ce jour provoquent dos nausées, des vomissements et une excitation souvent désagréable pour les opérateurs. Un moment on avait cru que le bi-chlorure de méthylène ne provoquerait aucun de ces inconvénients : ce devait être le plus inofi'ensif des anesthésiques. L'expérience est venue nous enlever ces douces illusions. Non-seulement le bi-chlorure de méthylène a tué plusieurs fois, mais il ne met pas les patients à l'abri des vomissements et de la période d'excitation. J'en trouve la preuve dans les faits qui se sont produits à Gand et dans le compte rendu de la clinique de M. le professeur De Roubaix, rédigé par M. le docteur Lavisé.
« M. De Roubaix, dit M. Lavisé, continue à employer comme anesthésique, le bi-chlorure de méthylène, qu'il a substitué généralement au chloroforme. Les avantages qu'on attribue au premier de ces agents consistant surtout dans la diminution de la durée de la période d'excitation et dans la moindre fréquence des vomissements, l'attention du professeur de clinique a été surtout dirigée sur ces deux points importants de l'administration du méthylène. Jusqu'ici il résulte des observations prises, qu'en effet les opérés soumis au bi-chlorure de méthylène, ont une période d'excitation un peu moins longue, sans qu'il soit cependant possible d'affirmer que la différence en faveur du nouvel agent anesthésique soit bien importante. Il a été aussi constaté qu'il donne moins souvent lieu aux vomissements, ce qui est d'une importance capitale dans certaines opérations telle que l'ovariotomie.
« Il est cependant inexact de dire comme l'ont affirmé certains chirurgiens qu'il ne produit jamais de vomissements ; car sur trente cas où il a été employé pendant ce semestre, il les a provoqués sept fois. »
Nous nous proposons, dans nos éludes ultérieures, de compléter et d'étendre nos premières recherches.
ANESTHÉSIE PAR 1JIJECTI0.N.
Tablean synoptique de vingt-deux observations d'anesthésie obtenue par injection intra-veincuse de cbloral.
Sexe.
Age.
Nature de l'opération.
Durée
de l'Injection.
Quantité de
colorai
injectée.
Durée
de
l'anesthé-
sie.
Durée
de
l'influence
chlorall-
que.
ans.
min.
Sr.
Masc.
RéseclioD du calcanéum.
Ma«c.
Ablation, cancer rectal.
Fém.
Ablation, cancer du sein.
Fém.
Ablation, cancer du sein.
Fém.
Extirpation, tumeur adénoïde du sein.
Fém.
Ouverture du sinus ischiolectal.
Masc.
Ablation, cancer du testicule.
Mate.
Ablation, enchondrôme sur un orteil.
Maie.
Énucléation de l'œil.
Masc.
Extraction, cataracte.
Plus. b.
Masc.
Extraction, séquestre du tibia.
Masc.
Ablation, testicule tuberculeux.
Fém.
Opération de l'entropion.
Fém.
Ablation du col de la matrice.
Masc.
Opération d'ectropion.
Quelq.m.
Masc.
Amputation du bras.
Fém.
Périnéoraphie.
Masc.
Extraction, cataracte.
6, on
Fém.
Ablation, polype utérin.
(Suite) Tableau synoptique de vingt-deux observations d'aneslhésie obtenue par injection inlra-veineuse de cbloral.
Sexe.
Age.
Nature de l'opération.
Durée
de l'injection.
Quantité de
chloral
Injectée.
Durée
de
l'ancsthé-
sie.
Durée
de
l'influence
chlorali-
que.
ans.
min.
Fém.
Extraction de deux cataractes.
Masc.
Ablation d'une tumeur osseuse de l'humérus.
Peu de temps.
Masc.
Extraction d'un séquestre du tibia.
Fém
Opération de cataracte.
Fém
Sarcome de l'œil.
Masc.
Késection fémorale.
Fém.
Ovariotomie.
Fém.
Extirpation d'un sein cancéreux.
Masc.
Blépbaroplastic.
Masc.
Amputation de la cuisse.
Masc.
Opération de cataracte.
Masc.
Résection du genou.
Masc.
Résection du sternum.
Masc.
Amputation du pied.
Masc.
Amputation de la cuisse.
(i) Meurt d'hémorrhagie une heure et quinze minutes après que l'injection est terminée.
(j) Mort.
Table Des y\S.ATiÈi\ES.
Pages.
Histoire de ('anesthésie . . 5
Histoire des injections intra-veineuses 20
Maladies combattues par les injections intra-veineuses 41
Substances injectées dans les veines . . 42
Travaux de M. Oré sur les injections intra-veineuses 42
Première anesthésie produite pirinjection intra-veineuse de chloral 50 Discussion soulevée par ce fait à l'Académie de médecine de France
et à la Société de chirurgie de Maris 51
Condimnation de grandes découvertes par des Sociétés savantes . 68
Seconde anesthésie produite par injection intra-veineuse de chloral 75
Appareil de M Oré pour les injections intra-veineuses 76
Manuel opératoire des injections intra veineuses de chloral ... 77
Dosage du chloral 79
Ablation d'un cancer rectal, anesthésie par injection intra veineuse
de chloral. . 89
Analyse microscopique de la tumeur du rectum, par M. le docteur
Leboucq, chef des travaux anatoraiques à l'Université de Gand . 99
Nouveaux cas d'anesthésie par injection intra-veineuse de chloral . 101
— — ___ — — . 155 Neutralisation des solutions de chloral par le carbonate de soude. 202 Action physiologique de l'infusion intra-veineuse de chloral . . 209 Tableau synoptique de trente quatre observations d'anesthésie obtenue par injection iutra veineuse de chloral 222
I In DE LA TABLE DES MATIERES.
Accession no.
tC
Author
Peneffe, Victor ç\ a ^ni)
De l'anesthësie & JL t: .4 («
Call no.