‹ De l'AngleterreChapitre 18 sur 60 · LE ROI RICHARD III · texte numérisé non relu

LE ROI RICHARD III

La faveur des femmes, comme le bonheur en général, est un pur don ; on la reçoit sans savoir comment^ sans savoir pourquoi. Mais il est des hommes qui, armés d'une volonté de fer, savent tenir tête au destin, et ceux-là parviennent à leur but, soit par la flatterie, soit en inspirant aux femmes de la terreur ou de la pitié, soit enfin en leur donnant Toccasion de se sacrifier... Ce dernier moyen, c'est-àdire le sacrifice, est le rôle favori des femmes ; il leur sied si bien devant le monde, et il leur procure dans la solitude tant de douces larmes et de mélancoliques jouissances !

Lady Anne est vaincue par tout cela à la fois. Les paroles flatteuses coulent douces comme le miel des

lèvres du terrible Richard... Richard la flatte, ce même Richard qui lui inspire toutes les terreurs de Tenfer, qui a tué son époux chéri, et son père, cet ami à qui elle rend les derniers devoirs. . . Il ordonne aux porteur§ de déposer le corps, et c'est en ce moment qu'il adresse sa déclaration d'amour à la belle désolée... L'agneau voit d'abord avec effroi les grincements de dents du loup, mais celui-ci fait tout à coup la bouche en cœur et trouve les accents de la plus douce flatterie... Cette flatterie du loup ébranle et enivre tellement le cœur du pauvre agneau, qu'une révolution soudaine s'opère dans tous ses sentiments... Et le roi Richard parle de son chagrin, de sa douleur, de sorte qu'Anne ne peut pas lui refuser sa pitié, d'autant plus que cet homme farouche n'est pas d'un naturel très-porté à la plainte... Ce malheureux assassin a des remords de conscience, il parle de repentir, une bonne femme pourrait peut-être le remettre sur une meilleure voie, si elle voulait se sacrifier pour lui... Et Anne se résout à devenir reine d'Angleterre.

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