LES DEUX GENTILSHOMMES DE VÉRONE
(Acte IV, scène 4me)
Julie. — Combien est-il de femmes qui voulussent s.e charger d'un pareil message! — Hélas I pauvre Protée, tu as pris un renard pour servir de berger à tes brebis. — Hélas I malheureuse insensée, pourquoi plaindre celui dont le cœur me dédaigne? C'est parce qu'il en aime une autre qu'il me dédaigne ; et moi, parce que je l'aime, je dois le plaindre. Voilà cet anneau même que je lui donnai, quand il me quitta, pour l'engager à se rappeler mon amour; et maintenant, malheureux messager, je suis chargée de demander ce que je ne voudrais pas obtenir, de porter ce que je voudrais qu'on refusât.
de louer sa constance, que je voudrais entendre déprécier. Je suis la fidèle et sincère amante de mon maître; mais je ne puis le servir fidèlement, sans me trahir moi-même. Je veux cependant aller parler à Silvie en sa faveur, mais si froidement, que je souhaite (le ciel le sait!) de ne pas réussir.
SILViE