BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN
(Acte III, scène l'«)
HÉRO. — Mais la nature n*a jamais fait un cœur de femme d'une trempe plus orgueilleuse que celui de Béatrice. La inorgue et le dédain étincellent dans ses yeux, qui méprisent tout ce qu'ils regardent, et son esprit s'estime si haut^ que tout le reste lui semble faible. Elle ne peut aimer ni recevoir aucun sentiment, aucune idée d'affection, tant elle est idolâtre d'elle-même.
Ursule. — Certes, certes, cette causticité n'est pas louable I * " /; ^
HÉRO. — Non sans xfôute.fOQvoe.pecit applaudir
à cette humeur bizarre deBéatrice, qui fronde tous les usages. Mais qui osera le lui dire? Si je parle, ses brocards iront frapper les nues; ohl elle me ferait perdre la tête à force de rire; elle m'accablerait de son esprit. Laissons donc Bénédict, comme un feu couvert, se consumer de soupirs et s'user intérieurement : c'est une mort plus douce que de mourir sous les traits de la raillerie; ce qui est aussi cruel que de mourir à force d'être chatouillé.