VIOLA
— IrA DOUZIEME NUIT —
(Acte II, scène 5«ie)
Viola. — ... Mon père avait une fille qui aimait un homme, comme il se pourrait par aventure que moi, si j'étais femme, j*aimasse Votre Altesse.
Le Duc. — Et quelle est son histoire?
Viola. — Une page blanche, seigneur. Jamais elle n'a déclaré son amour; mais elle a laissé sa passion, cachée comme le ver dans le bouton, dévorer les roses de ses joues: elle languissait dans ses pensées; et, pâle et mélancolique, elle était tranquille comme la patience sur un monument, souriant à la douleur. N'était-ce pas là véritablement de l'amour? Nous autres hommes, nous pouvons en dire davan*
tage, en jurer davantage : mais, en vérité, nos démonstrations vont plus loin que nos volontés; car toujours nous prouvons beaucoup par nos serments, et bien peu par notre amour.
Le Duc. — Mais ta sœur est-elle morte de son amour, mon enfant?
Viola. — Je suis tout ce qui reste de filles dans la maison de mon père, et de frères aussi...