‹ De l'AngleterreChapitre 57 sur 60 · JO · texte numérisé non relu

JO

ceau de peau qni y adhérait encore. On laissait sur place la tête, les pieds et le reste de la carcasse, qui pourrissaient ainsi à Tendroit où l'animal avait été tué. Quand les insurgés n'avaient pas de cuir, ils prenaient des livres et s'en servaient comme de selles, en plaçant le volume ouvert au milieu, sur le dos du cheval ; des cordes remplaçaient les sangles et les étriers. Les grands volumes in-*folio qu'on avait rapportés de quelque pillage semblaient tout particulièrement appropriés à cet emploi. Comme on était très-maigrement pourvu de munitions, on recourut à du gravier, ou même à des boules d'argile durcie. Les chefs évitaient toujours d'attaquer Tennemi pendant la nuit, quand il y avait quelque résistance à attendre, et cela, parce que leurs gens ne suivaient jamais régulièrement les ordres reçus, mais obéissaient plutôt à l'entraînement et aux inspirations du moment. Dans lé combat, ils se surveillaient réciproquement, car chacun craignait d'être abandonné dans le cas d'une retraite qui avait lieu d-ordinaîre très-vite et inopinément; aussi ne se battaient-ils guère la nuit, lorsque personne ne pouvait avoir l'œil sur ses compagnons, et que chacun devait craindre qu'il -ne détalassent

tout à coup {make the i^n)^ avant qu'on s'en aperçut, et de tomber ainsi aux mains d-un «nnemi qui ne faisait jamais de quartier : personne ne se .fiait à persoui^* On peut affirmer que ces insurgés. ne se r^endirent jamais coupables d'un acte grossier ou in^eonvenant envers des femmes ou des enfants; rinoendie de Scullabogue, et les traitements infligés à Mackee et aux siens, dans le comté de Down, font seuls ici une exception ; à part cette abominable boucherie, où l'on n'épargna ni le sexe ni l'âge, je ne connais aucun exemple d'une femme maltraitée par les rebelles. Je crains qu'on ne puisse donner à leurs adversaires un semblable témoignage. »

Ce récit de la façon de guerroyer des insurgés irlandais^.nie suggère deux observations. Je remarque d'abord que les livres peuvent être d'un fort grand secours dans une insurrection populaire, en Stervaa! de selles, pour les chevaux; ce à quoi n'ont certainement pas songé. nos hommes d'action révolutionnaires, autr^fuent ils ne seraient pas si hostiles..à toutce qui^'appelle livres et faiseurs de livres. Je remarque ensuite que, dans une guerre avec John Bull, Paddy prendra toujours le large, et que le

premier ne perdra pas si facilement sa domination sur l'Irlande. Serait-ce que l'Irlandais est moins brave que l'Anglais? Non ; peut-être a-t-il même plus de courage personnel. Mais, chez l'Irlandais, le sentiment de l'individualisme l'emporte tellement, que lui qui, pris à part, est si brave, devient pourtant poltron, et qu'on ne peut plus compter sur lui, du moment qu'il s'est associé, et doit se fier à d'autres, et se soumettre à une volonté collective. Cet esprit d'individualisme est peut-être le trait caractéristique de. cette race celtique qui forme le fond du peuple irlandais. No.us retrouvons le même phénomène chez les habitants de la Bretagne française, et c'est à bon droit que, dans son histoire générale de la France, Michelet montre partout comment ce trait fondamental de l'individualisme ressort si puissant dans la vie et le caractère des Bretons illustres. Ils se sont fait remarquer par des efforts quasi aventureux pour faire prévaloir l'esprit individuel, la personnalité, sur une autorité constituée. La race germanique est plus disciplinable, elle combat et pense mieux dans les rangs, mais elle est aussi plus susceptible de servitude que la race celtique. La fusion de ces deux éléments.

DE l'axgleterre 3'37

germanique et celtique, produira toujours quelque chose d'excellent; aussi l'Angleterre et l'Irlande gagneront non-seulement au point de vue politique, mais encore au point de vue moral, à former un tout compacte et organique.

Page 1