CASSANDRE
— TROÏLUS ET CRESSIDA
C'est la fille prophétesse de Priam dont nous vous présentons ici le portrait. Elle porte dans son c*œur la sinistre prévision de l'avenir; elle annonce la ruine de Troie, et, en ce moment où Hector s'arme pour combattre avec le terrible fils de Pélée, elle supplie et se lamente... Elle voit déjà en esprit son frère chérj couvert de blessures saignantes, elle le voit mourir.^. Elle supplie et se lamente, mais en vain ! Personne n'écoute ses conseils, et, aussi impuissante à se sauver qu'à sauver le peuple aveuglé, elle tombe dans l'abîme d'une sombre fatalité.
Shakspeare ne consacre que peu de mots et des mots assez insignifiants à la belle Gassandre; elle n'est, dans son drame, qu'une prophétesse de mal-
heur très-ordinaire, qui court, en poussant des lamentations, à travers la ville condamnée :
Elle roule des yeux hagards, Ses cheveux flottant en désordre,
comme le montre la figure.
Notre grand Schiller en a fait un portrait plus sympathique dans une de ses plus belles poésies. Elle y adresse à Apollon çythien les plaintes les plus déchirantes sur le malheur dont il menace sa prétresse... Moi-même, ayant un jour à déclamer cette poésie dans un examen public à Técole, je restai court à ces mots :
Faut-il soulever le voile
Quand un malheur prodhain nous menace?
L'erreur seule est la vie,
Et savoir, c'est la mort.