‹ De l'AngleterreChapitre 7 sur 37 · LES ANGLAIS XE PERDRONT-ILS PAS UN JOUR LEUR LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS XE PERDRONT-ILS PAS UN JOUR LEUR LIBERTÉ

Beaucoup de personnes éclairées, qui savent à quel degré s'élèverait la prospérité de la nation française si les institutions politiques de l'Angleterre étaient établies chez elle, se persuadent que les Anglais en sont jaloux d'avance, et s'opposent de tous leurs moyens à ce que leurs rivaux puissent jouir de cette liberté dont ils connaissent les avantages. En vérité, je ne crois point à ce sentiment, du moins de la part de la nation. Elle est assez fière pour être con-

lo vaincue, et avec raison, que, pendant longtemps encore, elle marchera en avant de toutes les autres ; et, quand la France l'atteindrait, et la surpasserait même sous quelques rapports, elle conserverait toujours des moyens exclusifs de puissance, particuliers à sa situation. Quant au ministère, celui qui le dirige, le secrétaire d'Etat des affaires étrangères, semble avoir, comme je l'ai dit et comme il l'a prouvé, un tel mépris pour la liberté, que je crois vraiment qu'il en céderait à bon marché, même à la

20 France ; et pourtant la défense d'exportation hors d'Angleterre a presque uniquement porté sur les

principes de la liberté, tandis que nous aurions désiré, au contraire, qu'à cet égard aussi, les Anglais voulussent bien nous communiquer les produits de leur industrie.

Le gouvernement anglais veut à tout prix éviter le retour de la guerre ; mais il oublie que les rois de France les plus absolus n'ont pas cessé de former des projets hostiles contre l'Angleterre, et qu'une constitution libre est bien plus une garantie pour la durée de la paix que la reconnaissance personnelle lo des princes. Mais ce qu'on doit surtout, ce me semble, représenter aux Anglais, même à ceux qui sont exclusivement occupés des intérêts de leur patrie, c'est que si, pour empêcher les Français d'être factieux ou libres, comme on le voudra, il faut entretenir une armée anglaise sur le territoire de la France, la liberté de l'Angleterre est exposée par cette convention indigne d'elle. On ne s'accoutume point à violer l'indépendance nationale chez ses voisins, sans perdre quelques degrés d'énergie, 20 quelque nuance de la pureté des doctrines, lorsqu'il s'agit de professer chez soi ce qu'on renie ailleurs. L'Angleterre partageant la Pologne, l'Angleterre occupant la Prusse à la Bonaparte, aurait moins de force pour résister aux empiétements de son propre gouvernement dans l'intérieur. Une armée sur le continent peut l'entraîner à des guerres nouvelles, et l'état de ses finances doit les lui faire craindre. A ces considérations, qui ont déjà vivement agi dans le Parlement, lors de la question sur la taxe des pro- 30 priétés, il faut ajouter la plus importante de toutes, le danger imminent de l'esprit militaire. Les Anglais,

en faisant du mal à la France, en y portant les flèches empoisonnées d'Hercule, peuvent, comme Philoctète, se blesser eux-mêmes. Ils abaissent, ils foulent aux pieds leur rivale ; mais qu'ils y prennent garde : la contagion les menace ; et, si en comprimant leurs ennemis ils étouffaient le feu sacré de leur esprit public, la vengeance ou la politique à laquelle ils se livrent éclaterait dans leurs mains comme une mauvaise arme.

lo Les ennemis de la constitution d'Angleterre répètent sans cesse, sur le continent, qu'elle périra par la corruption du parlement, et que l'influence ministérielle s'accroîtra jusqu'au point d'anéantir la liberté : rien de pareil n'est à craindre. Le Parlement en Angleterre obéit toujours à l'opinion nationale; et cette opinion ne peut être corrompue dans le sens qu'on attache à ce mot, c'est-à-dire payée. Mais ce qui est séduisant pour toute nation, c'est la gloire des armes: le plaisir que les jeunes gens trouvent

20 dans la vie des camps, les jouissances vives que les succès de la guerre leur procurent, sont beaucoup plus conformes aux goûts de leur âge que les bienfaits durables de la liberté. Il faut être un homme de mérite pour avancer dans la carrière civile : mais tous les bras vigoureux peuvent manier un sabre, et la difficulté de se distinguer dans l'état militaire n'est point en proportion avec la peine qu'il faut se donner pour s'instruire et pour penser. Les emplois qui se multiplient dans cette carrière donnent au

30 gouvernement des moyens de tenir dans sa dépendance un très grand nombre de familles. Les décorations nouvellement imaginées offrent à la vanité

des récompenses qui ne dérivent pas de la source de toute gloire, l'opinion publique ; enfin, c'est saper l'édifice de la liberté par les fondements que d'entretenir une armée de ligne considérable.

Dans un pays où la loi règne, et où la bravoure, fondée sur l'amour de la patrie, est au-dessus de toute louange ; dans un pays où les milices valent autant que des troupes réglées, où dans un clin d'œil les menaces d'une descente créèrent non seulement une infanterie mais une cavalerie aussi belle qu'intré- lo pide, pourquoi forger l'instrument de despotisme ? Tous ces raisonnements politiques sur l'équilibre de l'Europe, ces vieux systèmes qui servent de prétexte à de nouvelles usurpations, n'étaient-ils pas connus des fiers amis de la liberté anglaise, quand ils ne permettaient pas l'existence d'une armée de ligne, du moins assez nombreuse pour que le gouvernement s'appuyât sur elle ? L'esprit de subordination et de commandement tout ensemble, cet esprit nécessaire dans une armée, rend incapable de connaître et de 20 respecter ce qu'il y a de national dans les pouvoirs politiques. Déjà l'on entend quelques officiers anglais murmurer des phrases de despotisme, bien que leur accent et leur langue semblent se prêter avec effort aux paroles flétries de la servitude.

Lord Castlereagh a dit, dans la Chambre des communes, que l'on ne pouvait en Angleterre se contenter des fracs bleus, quand toute l'Europe était en armes. Ce sont pourtant les fracs bleus qui ont rendu le continent tributaire de l'Angleterre. C'est 30 parce que le commerce et les finances avaient pour base la liberté, c'est parce que les représentants de

la nation prêtaient leur force au gouvernement, que le levier qui a soulevé le monde a pu trouver son point d'appui dans une île moins considérable qu'aucun des pays auxquels elle prêtait ses secours. Faites de ce pays un camp, et bientôt après une cour, et vous verrez sa misère et son abaissement. Mais le danger que l'histoire signale à chaque page pourrait-il n'être pas prévu, n'être pas repoussé par les premiers penseurs de l'Europe, que la nature du

lo gouvernement anglais appelle à se mêler des affaires publiques ? La gloire militaire, sans doute, est la seule séduction redoutable pour des hommes énergiques ; mais, comme il y a une énergie bien supérieure à celle du métier des armes, l'amour de la liberté, et que cet amour inspire tout à la fois le plus haut degré de valeur quand la patrie est exposée, et le plus grand dédain pour l'esprit soldatesque aux ordres d'une diplomatie perfide, on doit espérer que le bon sens du peuple anglais et les lumières de ses

20 représentants sauveront la liberté du seul ennemi dont elle ait à se préserver : la guerre continuelle, et l'esprit militaire qu'elle amène à sa suite.

Quel mépris pour les lumières, quelle impatience contre les lois, quel besoin du pouvoir, ne remarquet-on pas dans tous ceux qui ont mené longtemps la vie des camps ! De tels hommes peuvent aussi difficilement se soumettre à la liberté que la nation à l'arbitraire ; et, dans un pays libre, il faut, autant qu'il est possible, que tout le monde soit soldat, mais per-

30 sonne en particulier. La liberté anglaise ne pouvant avoir rien à craindre que de l'esprit militaire, il me semble que sous ce rapport le Parlement doit

s'occuper sérieusement de la situation de la France : il le devrait aussi par ce sentiment universel de justice qu'on peut attendre de la réunion d'hommes la plus éclairée de l'Europe. Son intérêt propre le lui commande; il faut relever l'esprit de liberté, que la réaction causée par la Révolution française a nécessairement affaibli ; il faut prévenir les prétentions vaniteuses à la manière du continent, qui se sont glissées dans quelques familles. La nation anglaise tout entière est l'aristocratie du reste du monde, par lo ses lumières et ses vertus. Que seraient à côté de cette illustration intellectuelle quelques disputes puériles sur les généalogies ? Enfin, il faut mettre un terme à ce mépris des nations sur lequel la politique du jour est calculée. Ce mépris, artistement répandu, comme l'incrédulité religieuse, pourrait attaquer les bases de la plus belle des croyances, dans le pays même où son temple est consacré.

La réforme parlementaire, l'émancipation des catholiques, la situation de l'Irlande, toutes les diverses 20 questions qu'on peut agiter encore dans le Parlement anglais, seront résolues d'après l'intérêt national, et ne menacent l'Etat d'aucun péril. La réforme parlementaire peut s'opérer graduellement, en accordant chaque année quelques députés de plus aux villes nouvellement populeuses, en supprimant avec indemnité les droits de quelques bourgs qui n'ont presque plus d'électeurs. Mais la propriété a un tel empire en Angleterre, qu'on ne choisirait jamais des représentants du peuple amis du désordre, quand 30 la réforme parlementaire serait opérée tout entière en un seul jour. Peut-être même les hommes de

talent sans fortune y perdraient-ils la possibilité d'être nommés, puisque les grands propriétaires des deux partis n'auraient plus de places à donner à ceux qui n'ont pas les moyens de fortune nécessaires pour se faire élire dans les comtés et dans les villes. L'émancipation des catholiques d'Irlande est réclamée par l'esprit de tolérance universelle qui doit gouverner le monde : toutefois ceux qui s'y opposent ne repoussent point tel ou tel culte ; mais ils craignent

10 l'influence d'un souverain étranger, le pape, dans un pays où les devoirs de citoyen doivent l'emporter sur tout. C'est une question que l'intérêt décidera, parce que la liberté de la presse et celle des débats ne laissent rien ignorer en Angleterre sur ce qui concerne l'intérieur du pays. Si les affaires extérieures y étaient aussi bien connues, il n'y aurait pas une faute de commise à cet égard. 11 importe certainement à l'Angleterre que l'état de l'Irlande soit autre qu'il n'a été jusqu'à présent; on doit y répandre plus de

2o bonheur, et par conséquent plus de lumières. La réunion à l'Angleterre doit valoir au peuple irlandais les bienfaits de la constitution : et, tant que le gouvernement anglais s'appuie, pour suspendre la loi, sur la nécessité des actes arbitraires, il n'a point rempli sa tâche, et l'Irlande ne peut s'identifier sincèrement avec la patrie qui ne lui communique pas tous ses droits. Enfin, c'est un mauvais exemple pour les Anglais, c'est une mauvaise école pour leurs hommes d'État que l'administration de l'Irlande ; et,

30 si l'Angleterre subsistait longtemps entre l'Irlande et la France, dans l'état actuel, elle aurait de la peine à ne pas se ressentir de la mauvaise influence que son

gouvernement exerce habituellement sur l'une et maintenant sur l'autre.

Le peuple ne rend heureux l'homme qui le sert que par la satisfaction de la conscience ; il ne peut inspirer de l'attachement qu'aux amis de la justice, aux cœurs disposés à sacrifier leurs intérêts à leurs devoirs. Il en est beaucoup, et beaucoup de cette nature en Angleterre ; il y a, dans ces caractères réservés, des trésors cachés qu'on ne discerne que par la sympathie, mais qui se montrent avec force, lo dès que l'occasion le demande : c'est sur eux que repose le maintien de la liberté. Toutes les divagations de la France n'ont point jeté les Anglais dans les extrêmes opposés; et, bien que dans ce moment la conduite diplomatique de leur gouvernement soit très reprehensible, à chaque session le Parlement améliore une ancienne loi, en prépare de nouvelles, traite des questions de jurisprudence, d'agriculture et d'économie politique, avec des lumières toujours croissantes, enfin se perfectionne chaque jour; tandis 20 qu'ailleurs on voudrait tourner en ridicule ces progrès, sans lesquels la société n'aurait aucun but que la raison pût s'expliquer.

Néanmoins la liberté anglaise échappera-t-elle à cette action du temps, qui a tout dévoré sur la terre ? La prévision humaine ne saurait pénétrer dans un avenir éloigné : cependant on voit dans l'histoire les républiques renversées par des empires conquérants, ou se détruisant elles-mêmes par leurs propres conquêtes ; on voit les peuples du Nord s'emparer des 30 États du Midi, parce que ces Etats tombaient en décadence, et que d'ailleurs le besoin de la civilisa-

tion portait avec violence une partie des habitants de l'Europe vers les contrées méridionales; partout on a vu les nations périr faute d'esprit national, faute de lumières, et surtout à cause des préjugés qui, en soumettant la plus nombreuse partie d'un peuple à l'esclavage, au servage ou à tout autre injustice, la rendaient étrangère au pays qu'elle pouvait seule défendre. Mais, dans l'état actuel de l'ordre social en Angleterre, après un siècle de durée des institu-

lo tions qui ont formé la nation la plus religieuse, la plus morale, et la plus éclairée dont l'Europe puisse se vanter, je ne concevrais pas de quelle manière la prospérité du pays, c'est-à-dire sa liberté, pourrait être jamais menacée. Dans le moment même où le gouvernement anglais penche vers la doctrine du despotisme, quoique ce soit un despote qu'il ait combattu ; dans le moment où la légitimité, violée authentiquement par la révolution de 1688, est soutenue par le gouvernement anglais comme le seul

20 principe nécessaire à l'ordre social ; dans ce moment de déviation passagère, on entrevoit déjà que par degrés le vaisseau de l'Etat se remettra en équilibre : car, de tous les orages, celui que les préjugés peuvent exciter est le plus facile à calmer, dans la patrie de tant de grands hommes, au foyer de tant de lumières.

CHAPTER I Page 1.

1. 2. un certain parti. It is difficult to state precisely what party Madame de Staël had in mind when she wrote these words. It is characteristic of her that she always loved the French, no matter how badly she was treated by her enemies at home. In spite of her bitter and justifiable hatred of Napoleon, after his fall in 1815 she was unable to bear the sight of foreign troops in Paris.

Page 2.

1. 5. Louis XIV. died in 1715, and the date of the French Revokition is 1789. During these years, we have first of all the reign of Louis XV. (1715-1774), which presents nothing we need notice here except the gradual rise of those modern philosophical and political sentiments which prejDared the overthrow of all the ancient institutions of the country. The regency of the profligate Orléans paved the way for the miseries which followed, while his corrupt financial administration brought the nation into the most overwhelming embarrassments. The state was disorganised, the fleet and army neglected. The capricious change of policy which Madame de Pompadour forced on the government brought contempt upon the country. By the Peace of Paris (1763) the greater part of France's colonial possessions were given up to England. In 1774. Louis xvi., a well-meaning, weak prince, succeeded to the throne. His first ministers, Maurepas, Turgot, and Malesherbes, had not the vigour to carry out reforms. Mme. de Staël's father, Necker, who endeavoured by economy and method to arrest the bankruptcy of the state, was not allowed fair play. The influence of Voltaire, Rousseau, Montesquieu, and other writers imbued with the modern democratic spirit, the importation of English political ideas, the American

Page 2.

War of Independence, the restoration to the parliaments of Paris and the provinces of some of their long-lost privileges, conspired together to sound the death-knell of monarchy and absolutism. After much opposition on the part of the king and his court the States General met at Versailles on the 25th of May, 1789.

I. 27. l'ancienne Égrypte. One of the most marvellous things in the world's history is the extraordinary civilisation attained by the Egyptians, a civilisation which must have existed 4000 years before Christ. The notation of time, the decimal system, as applied to weights and measures, the division of the year into 365 days — all these were already known to them. The Egyptians must have had a knowledge of astronomy, and their arts could not have attained such a high development without some knowledge of geometry and chemistry. Their government was largely ecclesiastical, and, as Madame de Staël says, their political and religious institutions were inseparably connected.

Page 4.

1. 5. si Bonaparte n'avait pas énervé l'esprit public. Madame de Staël never misses an opportunity of inveighing against her persecutor. It is perfectly true that Najjoleon bestowed money and honours lavishly on those he trusted, but it is doubtful if this had the result that Mme. de Staël attributes to it.

1. 11. les Vendéens. Among the heroes of the insurgent royalists of La Vendée were the tAvo brothers, Henri and Louis de La Eochejaquelein. The former signalised himself by many heroic deeds against the armies of the Republic. He was killed in battle in 1794 at Nouaillé. His heroic words to his soldiers are memorable : 'Si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi.' His brother emigrated at the beginning of the Revolution, and returned to France in 1801, but resisted all Napoleon's attempts to win him over, and in 1813 placed himself at the head of the royalists in La Vendée. He fell in battle at Pont-des-Mathis in 1815.

1. 29. pour me servir du titre de l'ouvrage de Bossuet. The work referred to is La Politique Tirée de Sainte jEcriturCy published in 1709.

Page 4.

Bossuet was born at Dijon in 1627. In 1661 he preached for the first time before Louis xiv., who was so impressed by the discourse that he was retained in Paris. His reputation as an orator spread over France, and he became the recognised chief of the devout party at the court. He was appointed tutor to the Dauphin, for whose benefit he wrote his Discours stir l'Histoire Universelle, 1679. In 1681 he received the bishopric of Meaux. He was made a member of the Council of State in 1697 and died in 1704. His greatest works are the Histoire Universelle, a first attempt at a philosophy of history, and the Oraisons Funhhres. The chief characteristics of these are the splendour of the diction and the sustained flight of the rhetoric. He had the qualities of intense religious conviction and of a deep knowledge of human nature.

Page 5.

1. 26. la corruption n'était de rien. Corruption played no part.

Page 6.

1. 13. Les Français, dit-on, sont frivoles. Other French writers have refuted this accusation of frivolity. Compare the following fine passage taken from Louis Blanc : — ' Peuple léger, disent du peuple français les esprits superficiels, en le voyant tour à tour sublime et tombé, aujourd'hui plein d'un glorieux délire, demain abattu, tantôt emporté jusqu'à la licence, tantôt endormi aux pieds d'un maître.

' Les détracteurs de la France ne se doutent pas qu'il n'y a en ceci de léger qu'eux-mêmes, et qu'à la frivolité de leur appréciation se mêle le crime de l'ingratitude. Si la France est livrée au tourment d'une fluctuation perpétuelle ; si sa vie se compose d'une alternative de succès et de revers ; s'il lui est donné d'étonner la terre par tant d'aspects divers et imprévus, c'est parce que l'initiative du progrès moral est en elle, parce que son sol est le champ de toutes les expérimentations de la pensée ; c'est parce qu'elle cherche, parce qu'elle explore, parce qu'elle court les aventures, pour le compte du genre humain tout entier. Lorsque, au prix de fatigues mortelles, elle se trouve avoir fait quelque découverte précieuse, lorsque, le sein déchiré, elle se trouve avoir remporté quelque magnanime victoire, si, baignée

Page 6.

dans son sang, épuisée, elle se couche un moment sur le bord du chemin pour reprendre ses forces, les autres nations la montrent du doigt d'un air railleur, et elles avancent avec calme, elles qui profitent du résultat sans s'être affaiblies par l'effort, en faisant honnevu- à leur propre sagesse de ce qu'elles doivent au dévouement du peuple précurseur et martyr.'

Page 1